LR élit son président… mais à quoi sert encore la droite ?

On a autant besoin de la droite qu’une rougeur sur la peau de ses couilles (dixit Algarath).

 

Ce parti, flamboyant il n’y a pas longtemps, s’est fait flusher dans les cabinets. Forcément : Pas de chef charismatique, que des porteurs de serviette, pas de ligne du parti, pas d’idées, pas de positionnement. Bref des riens du tout. De profondis, politicus !

Algarath

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Christian Jacob, Julien Aubert et Guillaume Larrivé se disputent ce week-end les faveurs des militants pour prendre la tête de LR. Mais le parti peut-il vraiment se relever de sa torpeur ?

A droite, on se souvient avec nostalgie du temps d’avant. Celui où la compétition pour la présidence du parti était un spectacle sous les feux de la rampe, chroniqué au quotidien par la presse.

Parmi les souvenirs revient le couronnement en grande pompe de Nicolas Sarkozy sur l’immense scène du Bourget, en 2004. Ou l’incroyable carnage de la guerre Copé-Fillon en 2012, lorsque les accusations de triche volaient par médias interposés. Ou même le retour en fanfare de Sarkozy en 2014, après deux années passées à envoyer des cartes postales impatientes.

JACOB ET CÆTERA

 

Cette époque est bel et bien révolue. La plupart des Français ignorent que ces dernières semaines, Christian Jacob, Julien Aubert et Guillaume Larrivé ont fait campagne pour la présidence des Républicains (LR).

Pas de quoi mobiliser les foules… Favori du scrutin électronique de ce week-end des 12 et 13 octobre, Jacob est une tête connue et respectée à droite. Militant RPR issu du syndicalisme agricole, formé en Chiraquie, député depuis 1995, ex-ministre, il préside aujourd’hui le groupe LR à l’Assemblée nationale. Sollicité pour reprendre une maison en ruines après la catastrophe des européennes de mai (8,5%) et le départ de Laurent Wauquiez, l’homme a dit oui, sans grand enthousiasme. En face, Aubert et Larrivé, deux députés de la génération quadra, tentent leur chance.

« On marine toujours dans le même jus, on n’a pas une idée nouvelle »

 

Le vainqueur succèdera à celui qui assurait l’intérim, l’ex-député Jean Leonetti, grand spécialiste de la fin de vie (on lui a fait la blague mille fois, merci pour lui). Et se retrouvera devant le sombre tableau que dresse pour nous Jean-François Copé, ancien titulaire de la fonction : « Entre le désastre Fillon de 2017 et le deuxième désastre Wauquiez aux européennes, tout est à reconstruire. Maintenant, c’est à LR de justifier son existence. » Car, quelle que soit l’identité du nouveau patron de la rue de Vaugirard, que pourra-t-il vraiment faire pour sortir de sa torpeur une droite en panne d’idées, en manque de leader, et qui a vu Emmanuel Macron piétiner allègrement ses plates-bandes ?

Les idées, d’abord : la droite a-t-elle encore quelque chose à dire aux Français ? « Bien sûr qu’il faut un président de LR, mais il faut surtout rebâtir à partir des idées », exigeait le sénateur Bruno Retailleau fin août. « On marine toujours dans le même jus, on n’a pas une idée nouvelle », se lamente en écho un eurodéputé LR.

Tâche d’autant plus difficile que Macron a investi une bonne partie du corpus traditionnel de la droite, que ce soit sur le code du travail, les retraites ou l’ISF. Et puis, dans l’appareil LR, tout le monde n’est pas d’accord sur les priorités. La jeune génération de députés réclame un discours plus social et moins obsédé par l’immigration ou la dépense publique. Certains élus se sont alliés à la gauche pour entraver la privatisation d’ADP. Et quelques voix se sont démarquées en soutenant la PMA pour les couples de femmes et les femmes seules.

Autre écueil, dans un parti où le culte du chef est une tradition : qui peut bien incarner la droite en vue de la présidentielle de 2022 ? Xavier Bertrand et Valérie Pécresse ont déserté LR pour créer leurs écuries personnelles. Laurent Wauquiez a battu en retraite dans sa région Auvergne-Rhône-Alpes après la raclée des européennes. Bruno Retailleau a repris le micro-parti de François Fillon. Bref, chacun tient son échoppe en se regardant en chien de faïence. « Chez LR, vous avez de quoi faire un très bon gouvernement, mais qui sera le président ? s’interroge un pilier de la droite sénatoriale. Le juge de paix, ce sera que l’un d’entre nous émerge, mais ça ne peut arriver que quand la cote du président de la République s’érodera. »

L’ABSORPTION MACRON

 

Voilà le grand problème de la droite : celui de l’espace politique. La carte électorale des européennes a confirmé l’OPA d’Emmanuel Macron sur les électeurs de droite. Une cadre LR à l’Assemblée s’alarme : « On pensait que Macron voulait fracturer la droite mais en réalité, le danger, c’est l’absorption. » D’autant que le chef de l’Etat a poussé un peu plus loin les marqueurs régaliens depuis la rentrée, en durcissant le ton sur l’immigration et l’islamisme. « L’illusion finira par se dissiper, veut croire François-Xavier Bellamy, qui a mené la liste des européennes. La démocratie ne peut pas se résumer à la confrontation populistes/progressistes. La plupart des Français ne se sentent pas représentés. »

En attendant ces hypothétiques jours meilleurs, les derniers passagers de l’esquif LR misent beaucoup sur les élections locales pour éviter le naufrage définitif. A commencer par les municipales de mars 2020. « Attendons un succès électoral, prêche une ex-ministre de Sarkozy. Les municipales vont bénéficier aux maires sortants, et on en a beaucoup. » D’autant que La République en marche enchaîne les déconvenues ! Les investitures à Paris et à Lyon ont tourné au psychodrame, tandis que ses candidats peinent à émerger ailleurs. Mais un parlementaire LR préfère ne pas se faire d’illusions : « Les municipales, ça va être de l’oxygène artificiel. Le vrai sujet, c’est 2022. Si on se rate, c’est la fin des Républicains. » Tout simplement.

Louis Hausalter

 

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