Sur les Gilets jaunes, à Genève, Macron reconnaît une « erreur fondamentale » de méthode

Devant l’Organisation internationale du travail à Genève, Emmanuel Macron a évoqué le mouvement des Gilets jaunes et dénoncé les dérives d’un « capitalisme devenu fou ».

 

C’est la moindre des choses que je consacre un article à ce discours qui surprend. Six mois d’obstination à rester dans sa tour d’ivoire, à violenter les manifestants, à même éviter de prononcer le nom, comme aujourd’hui à Genève, des Gilets Jaunes. Cela amène aujourd’hui à nous poser les bonnes questions, même sans avoir des éléments d’analyse et de réponse.

Cette déclaration, longue, où on peut déceler la reconnaissance d’une erreur fondamentale de méthode selon ses propres dires, nous laisse circonspect. Mais d’abord les phrases exactes qu’il a prononcées.

 

Il a pris la parole mardi à Genève pour le 100e anniversaire de l’Organisation internationale du travail. Et Emmanuel Macron a évoqué, sans le citer nommément, le mouvement des Gilets jaunes. « La France a traversé ces deniers mois une crise très dure »,a déclaré le Président à la tribune. Dans la foulée, il a reconnu ce qu’il considère être une « erreur fondamentale »: « Nous avons peut-être parfois construit des bonnes réponses trop loin de nos concitoyens. En considérant qu’il y avait des sachants et des subissants. »

Je crois qu’il faut avec beaucoup d’humilité savoir écouter, constater ce qu’on a mal fait

 

« Lorsque le peuple français dit avec force ce qu’il a dit, je crois qu’il faut avec beaucoup d’humilité savoir écouter, constater ce qu’on a mal fait, ne pas arrêter de faire ce qu’on doit faire, savoir changer de méthode mais entendre l’intuition, le message profond »,a poursuivi le chef de l’Etat français, affirmant que les citoyens appelaient à « plus de sens, plus de proximité et plus d’humanité ».

Macron veut « retrouver ce que fut l’économie sociale de marché »

 

Emmanuel Macron en a également profité pour dénoncer les dérives d’un « capitalisme devenu fou »au sein d’organisations comme le FMI ou l’OMC, qui privilégient les ajustements économiques aux droits sociaux. « Nous devons réussir à ce que notre modèle productif change en profondeur pour retrouver ce que fut l’économie sociale de marché, une manière de produire, de créer de la richesse, indispensable, mais en même temps de porter des éléments de justice et d’inclusion »,a-t-il plaidé, indiquant qu’il défendrait partout ce positionnement.

La crise que nous vivons peut conduire à la guerre et à la désagrégation des démocraties

 

« Nos concitoyens ne vivent pas les déclarations ou la réglementation de l’OIT d’un côté, du FMI de l’autre ou du Conseil européen, ils vivent leur vie! Et leur vie, c’est le fruit de tout ça et de nos aberrations »,a poursuivi le Président, qui a réclamé le retour à une « économie sociale de marché où chacun trouve sa part ».

Dans son allocution, Emmanuel Macron a fait une mise en garde à « tous ceux qui croient, sagement assis, confortablement repus, que ce sont des craintes qu’on agite » : « La crise que nous vivons peut conduire à la guerre et à la désagrégation des démocraties. »

Bon ! Maintenant que vous avez lu ses paroles, quelles informations peut-on en tirer ?

 

  1. Macron fait-il finalement son mea culpa, après six mois et des violences importantes envers les Gilets Jaunes ?

 

  1. Ses commanditaires oligarques l’ont-ils enfreints à mettre une pédale douce ?

 

  1. Ce discours marque-t-il un tournant dans l’attitude du pouvoir envers le mouvement ? Y aura-t-il chez lui un rapprochement avec les Gilets Jaunes, un dialogue ?

 

Pris au dépourvu après ces déclarations, entre surprise, suspicion et méfiance, sans trop d’espoir vu le personnage et le contexte, je me réserve les heures qui viennent pour écrire quelque chose après que j’y aurai soigneusement réfléchi…

 

ALgarath

Écrivain, journaliste politique, polémiste, simple citoyen engagé, et retraité en sursis, financier

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4 Commentaires
  • Serge Bernard
    Publié à 16:09h, 11 juin Répondre

    Certaines idées sont tellement mauvaises que seule une personne très intelligente peut y croire. George Orwell

  • ErJiEff
    Publié à 18:30h, 11 juin Répondre

    Immanquablement cet homme livre systématiquement par ses discours et ses attitudes la matière qui sert ses détracteurs ; c’en deviendrait comique si la dignité et la sérénité des peuples n’était pas en question.

    « Erreur fondamentale »: « Nous avons peut-être parfois construit des bonnes réponses trop loin de nos concitoyens. En considérant qu’il y avait des sachants et des subissants. »
    Ahurissant de co… d’arrogance incontrôlée ; du Gilles Legendre dans le texte, rappelez-vous : le gars trop intelligent et trop subtil qui s’est ridiculisé il y a quelques mois…
    Il n’a rien compris, et nous ressert le même plat sérieusement ranci et frelaté, sans s’en rendre compte.

    « Lorsque le peuple français dit avec force ce qu’il a dit, je crois qu’il faut avec beaucoup d’humilité savoir écouter, constater ce qu’on a mal fait, ne pas arrêter de faire ce qu’on doit faire, savoir changer de méthode mais entendre l’intuition, le message profond »
    – Tu parles d’une humilité ! « constater qu’on a mal fait » mais surtout ne pas s’arrêter et faire quand même » !!.???
    – Tu parles d’une compréhension ! « je fais quand même, mais d’une autre manière : au lieu de t’envoyer faire foutre,
    je t’abrutirai avec une surdose de langue de bois et tu n’y verras que du feu »…
    Là encore, il y a redite, Sarkozy pourrait réclamer ses droits d’auteur : « j’écoute, mais je ne tiens pas compte » qu’il disait. C’est vrai que le raffinement et la recherche de style c’était pas son truc…

    «les citoyens appelaient à plus de sens, plus de proximité et plus d’humanité »
    – Ben voyons (la soupe est bonne, il serait dommage de s’en priver) ! Alimentaire mon cher Watson !!. Il lui aura fallu plus de six mois d’échauffourées, de mutilations, d’effets de manches, de désespoirs allant jusqu’à la haine, de misères et de souffrances étalées au grand jour… pour qu’il se rende compte, ce prétendu philosophe, qu’il a gravement manqué de sens, de proximité et d’humanité ? Mais que diable fait-il à ce poste même s’il est notoire (c’est lui-même qui l’affirme) qu’il y a été élu par défaut ?

    « tous ceux qui croient, sagement assis, confortablement repus, que ce sont des craintes qu’on agite » : « La crise que nous vivons peut conduire à la guerre et à la désagrégation des démocraties. »
    – Ces « tous ceux » sont une infime minorité : 20% des votes exprimés, 10% du corps électoral, au pays de La Boétie, ceux qui par ignorance ou indifférence se complaisent à adopter une reposante servitude consentie.
    – De moins en moins de monde, cependant ; il est encore une chose que la subtilité gouvernementale n’a pas encore réussi à capter : ces dix dernières années, un nouvel outil cybernétique a complètement changé la donne et remodelé le paysage ; comment diable un chef d’État qui n’a pas un demi-siècle peut ne l’avoir pas compris ?
    Un rappel est nécessaire.

    Monsieur le Président,
    – Pendant que vous classiez la bibliothèque de Paul Ricoeur, les citoyens lambda, les « riens », captaient Internet et en profitaient pour s’informer, comparer, évaluer, raisonner et comprendre.
    – Il suffit de quelques minutes d’écoute de maxime Nicolle, Juan Branco, Jérôme Rodrigues, Priscilla Ludosky, François Boulo, Eric Drouet… pour comprendre que l’intelligence a changé de camp, que des Todd, Lordon, Onfray, Finkielkraut l’ont tout de suite perçu, et que la démocratie qui est à désagréger est très précisément la démocratie représentative, celle-là même que très effectivement, vous représentez.

    Pour conclure, je ne sais laquelle des hypothèse émises par ce blog est à retenir :
    Faites-vous votre mea culpa ?
    Vos commanditaires vous ont-ils appelé à plus de modération ?
    Comptez-vous remettre en question votre projet politique en tendant la main au mouvement populaire ?
    J’aurais plutôt la désagréable impression que l’évidence par vous affichée depuis bientôt huit mois pousserait à n’en retenir aucune.

    Tout simplement parce qu’il est d’ores et délà trop tard, que la crise sociale s’est faite malaise institutionnel pour devenir conflit de classe et qu’aucune solution politique, sociale, économique, ou institutionnelle ne sera trouvée qui ne soit préalablement conditionnée par votre départ.

    Vous avez mis le pays au fond d’une impasse et si vous n’assumez pas votre devoir de lui permettre d’en sortir, il sera contraint pour survivre de casser les murs qui l’entourent.
    Un fin lettré comme vous ne peut ignorer, un responsable politique encore moins, Bertolt Brecht :

    On dit d’un fleuve emportant tout qu’il est violent, mais on ne dit jamais rien de la violence des rives qui l’enserrent.

  • Le rougest de l'isles
    Publié à 20:00h, 11 juin Répondre

    Ce que je remarque dans son discours, est l’emploi de l’imparfait… comme si la crise était passée, finie. Rien de moins pour exciter un fauve… et le ré animer !

    En tout cas pour un Président sans personnalité qui rêvait qu’on l’aime… Plutôt raté pour un type sans personnalité, sans expérience et que maintenant, tout le monde rêve de voir DEHORS !
    La seule chose positive que je vois à cette expérience, est de renforcer les conditions d’élection d’un président de la république.
    Selon moi, le candidat devra avoir plus de 50 ans révolu, une nationalité française affirmée (de plusieurs générations), avoir été élu à des postes de responsabilité (maire, député…)… pour commencer.

    La jeunesse, à ce stade, n’est pas un avantage…
    Effectivement, Macron livre systématiquement par ses discours et ses attitudes, la matière qui servira à ses détracteurs… Pourvu que cela vienne VITE !

  • Radlicki
    Publié à 03:11h, 12 juin Répondre

    Bien vu dans l’analyse des propos tenus

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