Emmanuel Macron et la droite: vents contraires

Si le chef de l’Etat séduit toujours une partie de l’électorat des Républicains et du centre, le charme opère moins désormais du côté des élus. Les élections européennes en sont une première illustration

Petit à petit, le fleuve semble retrouver son lit. Au lendemain de son élection, Emmanuel Macron, adepte du « et de droite et de gauche », choisissant pour Matignon un maire LR, le Havrais Edouard Philippe, avait fortement ébranlé les élus de droite et du centre. Deux ans plus tard, le pouvoir d’attraction qu’exerce le chef de l’Etat sur eux s’étiole. Les élections européennes en sont une première illustration.

Le 2 mai, Jean-Luc Moudenc a annoncé son soutien à la liste des Républicains menée par François-Xavier Bellamy. Le maire LR de Toulouse n’a pas participé au meeting que tenait le candidat en Haute-Garonne le 2 mai, mais il a fait savoir à celui-ci qu’il lui apportait son appui. Un mois plus tôt, c’est Christian Estrosi qui avait annoncé son vote pour lui.

Au début du quinquennat Macron, le maire LR de Nice et Jean-Luc Moudenc avaient fondé un mouvement avec d’autres édiles de la droite et du centre, La France audacieuse, qui se voulait en soutien des réformes d’Emmanuel Macron et était prometteur d’aventures communes. Nicolas Florian, le nouveau maire LR de Bordeaux, lui aussi en est membre. En vue du scrutin du 26 mai, le successeur d’Alain Juppé ne prendra pas position, mais recevra tous ceux qui seront de passage dans sa ville (Laurent Wauquiez et François-Xavier Bellamy y tiendront meeting le 17 mai).

Le 13 mars, Edouard Philippe a convié à déjeuner les maires de droite et du centre dont il est proche, comme il le fait régulièrement. A cette occasion, Christophe Béchu, le maire d’Angers, qui a quitté LR en décembre 2017, a lancé l’idée d’une tribune où ces derniers apporteraient leur soutien à la liste macroniste. Le 14 avril, le texte est paru dans Le Journal du Dimanche. Au pied ne figurent que neuf signatures.

Une seule figure LR, Jean-Pierre Raffarin, s’est ralliée à la liste macroniste. D’ici aux européennes, quelques élus de droite et du centre devraient l’imiter. « Mais il n’y a plus le même enthousiasme»

Aucune n’émane d’un LR. Aucune n’est vraiment une prise de guerre : Christophe Bouchet, le maire de Tours, et Olivier Carré, le maire d’Orléans, ont multiplié les signes de bienveillance vis-à-vis de la majorité ; les formations du Nancéien Laurent Hénart (le parti radical) et de l’élu de Vesoul Alain Chrétien (Agir) figurent sur la liste macroniste… « Il y aurait dû y avoir 50 signataires, constate un maire LR qui fait partie de ces déjeuners et n’a pas signé la tribune. Un de mes collègues m’a dit : “Pourquoi tu veux qu’on soutienne ? Il n’y a pas eu de deal !”»

Déception. Parmi les familiers de la table du Premier ministre, Laurent Marcangeli ne l’a pas paraphé. Le maire d’Ajaccio, qui a rendu sa carte de LR, avait fait connaître le jour même des agapes ses réticences. Maire de Reims, Arnaud Robinet n’a pas non plus soutenu cette initiative. « Je vais rester fidèle à ma famille politique d’origine, déclare à l’Opinion celui qui est toujours encarté LR. Je suis déçu par la campagne de LREM et j’ai beaucoup d’amitié pour Arnaud Danjean et Agnès Evren, qui figurent sur la liste des Républicains. »

Pour l’instant, une seule figure de LR, Jean-Pierre Raffarin, s’est ralliée à la liste macroniste (tout en précisant qu’« il ne s’agit pas d’un engagement de politique intérieure »). D’ici au scrutin, quelques élus de droite et du centre devraient encore l’imiter. « Mais il n’y a plus le même enthousiasme», admet l’un de ceux-là.

Si Emmanuel Macron exerce toujours une certaine séduction sur l’électorat de droite(environ 40 % électeurs de François Fillon et un tiers des sympathisants LR), un double mouvement a opéré sur leurs élus. Il y a d’abord la déception. « J’adore Macron, c’est un personnage incroyable. Le problème, c’est qu’autour de lui, de Castaner à Loiseau, c’est catastrophique», dit un maire LR, en contact régulier avec le chef de l’Etat. « Je leur en veux d’être aussi mauvais », reconnaît un élu francilien des Républicains, un temps séduit par le camp présidentiel. « Il y a un tel manque d’attention », ajoute un autre.

Dominique Bussereau s’en veut un bon exemple. « Quand j’ai vu Emmanuel Macron en septembre, on a parlé une demi-heure des collectivités locales et une heure des européennes, raconte le président de l’Assemblée des départements de France, démissionnaire de LR. “Es-tu prêt à m’aider ?”, m’avait-il demandé. J’étais plutôt partant. Depuis, j’ai eu zéro contact à ce sujet. Ni avec un mec de l’Elysée, ni avec le Premier ministre, ni avec les ministres politiques du gouvernement. C’est une drôle de manière de procéder. » Dominique Bussereau, qui n’a pas exprimé son choix pour les élections européennes, a rendez-vous avec Nathalie Loiseau, la semaine prochaine. La chef de file LREM a demandé à le voir.

Parallèlement, un second phénomène a joué : l’effet Bellamy. Dans les sondages, le philosophe redonne des couleurs aux Républicains. Le philosophe permet à la droite de croire qu’elle a un avenir, même si la réalité reste compliquée : la seule question est la capacité de la droite à se qualifier au second tour de la présidentielle 2022. Avant cette échéance, c’est aussi une autre qui se joue : les municipales de 2020. Il y a un an, le parti présidentiel avait fait passer le message aux maires de droite : sans soutien aux européennes, ils n’auraient pas l’investiture macroniste aux municipales.

« J’en fais un critère déterminant mais pas une règle écrite. Il s’agit en effet d’un enjeu de cohérence politique. Un maire qui soutient une vision orthogonale de la nôtre sur l’Europe pourra difficilement se prévaloir de notre soutien aux municipales », amende légèrement aujourd’hui Stanislas Guerini, le nouveau délégué général de LREM, interrogé par l’Opinion. Reste qu’au vu de l’évolution actuelle de la popularité majoritaire, la menace effraye moins…Quant à l’UDI, qui a déjà choisi de se compter aux européennes, elle s’apprête à retourner avec LR dans beaucoup de grandes villes.

Refus. Dans cette histoire entre Emmanuel Macron et la droite, une occasion aura été particulièrement manquée. C’était à l’automne dernier lors du remaniement provoqué par le départ précipité de Gérard Collomb du ministère de l’Intérieur. La nomination de Frédéric Péchenard avait alors été envisagée par le chef de l’Etat. Ancien directeur de la police nationale, c’est un spécialiste des questions régaliennes. Elu LR parisien, c’est aussi un proche de Nicolas Sarkozy (il a été le directeur général du parti quand l’ex-chef de l’Etat était à sa tête).

Même si Frédéric Péchenard est peu connu du grand public, la déflagration provoquée par son entrée au gouvernement aurait été d’importance. Cela aurait arrimé Nicolas Sarkozy à la majorité et fortement ébranlé les Républicains. Au final, sur les pressions de l’aile gauche de la macronie, il ne lui sera proposé qu’un secrétariat d’Etat auprès de Christophe Castaner, sans autorité sur la police et la gendarmerie, ni cabinet propre. Dans ces conditions, il refusera. Aujourd’hui, Frédéric Péchenard est en 9e place sur la liste LR.

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2 Commentaires
  • Régis
    Publié à 17:11h, 07 mai Répondre

    Comment devient-on président de la République sans avoir été jamais élu ni membre d’aucun parti ? C’est à cette question que tente de répondre Marc Endeweld dans son livre “Le grand manipulateur”, où il propose une cartographie des différents réseaux de pouvoir et d’influence qui ont participé à l’ascension d’Emmanuel Macron. Il est rejoint en seconde partie d’émission par Raphaëlle Bacqué, grande reporter au Monde.
    https://www.youtube.com/watch?v=QRGSqLfH0Mo

  • Le rougest de l'isles
    Publié à 19:27h, 07 mai Répondre

    Je crois qu’il va devenir URGENT, comme en Belgique, de mettre le vote obligatoire pour des candidats nés en

    France, français depuis au moins 2 générations, âgés de plus de 50 ans et connaissant l’histoire de France passée et

    récente !

    Un filtre ANTI Macron…

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