LIVRE : MAINTENANT, PAR LE COMITE INVISIBLE 4 EME CHAPITRE : DESTITUONS LE MONDE – DE 7 PAGES

Allez ! Revenons à nos chères études. Pour les plus avides de comprendre notre temps et ce qui couve en France et commence à éclore depuis la fin de l’an dernier, il est selon moi très important de connaître assez bien les thèses centrales du Comité Invisible.

 

Je présente donc intégralement le 3èmelivre de cette très honorable et très secrète organisation, qui s’appelle « maintenant ». Personnellement, et indépendamment de ma culture éprouvée et très ancienne de l’Éveil citoyen, j’ai beaucoup appris à l’époque en m’abreuvant aux 3 livres de ce Comité Invisible, œuvre collective de gens érudits et définitivement révolutionnaires.

Il y a une idée passionnante qui est développée à chaque paragraphe. Je veux que vous puissiez la partager et la juger.

Ceci dit, la lecture des travaux du Comité Invisible n’est pas aussi facile qu’un roman à deux balles. Je crois que parfois elle est un peu ardue…

ALgarath

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DESTITUONS LE MONDE

Même si 80% des Français déclarent ne plus rien attendre des politiciens, ils sont également 80% à faire confiance à l’État et à ses institutions. Aucun scandale, aucune preuve, aucune expérience personnelle ne parvient à réduire le respect dû au cadre institutionnel de ce pays. Ce sont toujours les hommes qui l’incarnent qui sont à blâmer.

Il y a eu des gaffes, des abus, des pannes extraordinaires. Les institutions, similaires à l’idéologie à cet égard, sont à l’abri de la contradiction de faits, même récurrents. Il suffisait que le Front national promette de restaurer les institutions pour les rassurer au lieu de les troubler. Il n’y a rien d’étonnant à cela. La vraie chose a quelque chose de intrinsèquement chaotique que les humains doivent se stabiliser en leur imposant une lisibilité, et cela à la prévisibilité. Et ce que chaque institution fournit est précisément une lisibilité stationnaire du réel, une stabilisation ultime des phénomènes. Si l’institution nous convient si bien, c’est en raison de la lisibilité qu’elle garantit que chacun de nous ne peut affirmer quoi que ce soit, de risquer notre lecture singulière de la vie et des choses, de produire ensemble une intelligibilité du monde ; c’est bien à nous et partagé en commun.

Le problème est que choisir de ne pas être cela revient à choisir de ne pas exister. C’est de quitter la vie. En réalité, ce dont nous avons besoin, ce ne sont pas des institutions, mais des formes. En fait, il se trouve que la vie, qu’elle soit biologique, singulière ou collective, est précisément une création continuelle de formes. Il suffit de les percevoir, d’accepter de les laisser émerger, de leur faire une place et d’accompagner leur métamorphose. Une habitude est une forme. Une pensée est une forme. Une amitié est une forme. Un travail est une forme. Un métier est une forme. Tout ce qui vit n’est que formes et interactions de formes.

Sauf que, voila, nous sommes en France, pays où la Révolution est devenue une institution et qui a exporté cette ambivalence aux quatre coins du monde. Il y a un amour français particulier pour l’institution qui doit exister si nous voulons reparler de la révolution un jour, sinon en faire une. Ici, le plus libertaire des psychothérapies a jugé bon de se qualifier d ‘ »institutionnel », le plus critique des sociologies s’est donné le nom d’ « analyse institutionnelle ».

Si le principe nous vient de la Rome antique, l’affect qui l’accompagne est clairement D’origine chrétienne. La passion française pour cette institution est un symptôme flagrant de l’imprégnation chrétienne durable d’un pays qui se croit délivré de cela. De plus, il est d’autant plus durable qu’il doit être livré. Il ne faut jamais oublier que le premier penseur moderne de l’institution était ce Calvin lunatique, ce modèle de tous les mépris de la vie et qu’il était né en Picardie.

La passion française pour l’institution vient d’une méfiance proprement chrétienne envers la vie. La grande malice de l’idée d’institution réside dans sa prétention à s’affranchir de la règle des passions, des aléas incontrôlables de l’existence, selon laquelle ce serait une transcendance des passions quand ce n’est en réalité qu’un d’eux, et assurément l’un des le plus morbide. L’institution prétend être un recours contre les hommes, en qui on ne peut faire confiance, ni au peuple, ni au dirigeant, au voisin, au frère ou à l’étranger. Ce qui la gouverne est toujours la même idiotie d’une humanité pécheresse, sujette au désir, à l’égoïsme et au désir, et qui doit s’abstenir d’aimer tout ce qui est en ce monde et de céder à leurs inclinations, qui sont toutes uniformément vicieuses.

Ce n’est pas sa faute si un économiste comme Frédéric Lordon ne peut imaginer une révolution qui ne soit pas une nouvelle institution. Parce que toute la science économique, et pas seulement son courant « institutionnel », trouve son fondement dans les leçons de saint Augustin.

 

Par son nom et son langage, l’institution promet qu’une seule chose, dans ce monde inférieur, aura transcendé le temps, se sera retirée du flux imprévisible du devenir, aura instauré un peu d’éternité tangible, un sens non équivoque, libre de tout lien humain et de toute situation – une stabilisation définitive du réel, comme la mort. Cet ensemble se dissout en mirage quand une révolution éclate. Tout à coup, ce qui semblait éternel s’effondre dans le temps comme dans un puits sans fond. Ce qui semblait plonger ses racines dans le cœur de l’homme s’avère être une fable des dupes. Les palais sont libérés et on découvre dans le fouillis de papiers abandonné du prince que je n’y ai plus cru, s’il l’avait jamais fait.

Car derrière la façade de l’institution, il se passe toujours quelque chose d’autre qu’il prétend être, c’est précisément ce que l’institution prétendait avoir tiré du monde: la comédie même de la coexistence de réseaux, de loyautés, de clans, intérêts, lignes, même des dynasties, une logique de luttes acharnées pour des territoires, des ressources, des titres misérables, des histoires d’influence de conquête sexuelle et de pure folie, d’anciennes amitiés et de haines ravivées.

 

Chaque institution est, dans sa régularité même, le résultat d’un bricolage intense et, en tant qu’institution, d’un déni de ce bricolage. Il est supposé que la fixité masque un appétit glouton pour absorber, contrôler, institutionnaliser tout ce qui se trouve en marge et nourrir un peu de vie.

Le véritable modèle de chaque institution est universellement l’Église. De même que l’Eglise n’a manifestement pas pour but de conduire le troupeau humain à son salut divin, mais au contraire de réaliser son propre salut dans le temps, la prétendue fonction d’une institution n’est que le prétexte de son existence.

 

Dans chaque institution, la légende du grand inquisiteur est reconstituée année après année. Son véritable objectif est de persister. Inutile de préciser combien d’âmes et de corps doivent être en bas pour obtenir ce résultat, même au sein de sa propre hiérarchie. On ne devient pas un chef sans être le plus au sol le roi du sol. Réduire la délinquance et « défendre la société » ne sont que le prétexte de l’institution carcérale. Si, au cours des siècles, il a existé, il n’a jamais réussi à ces choses, bien au contraire, c’est parce que son but est différent; c’est continuer à exister et à se développer si possible, ce qui signifie tendre vers le terreau de la délinquance et gérer les illégalités. L’institution médicale n’a pas pour but de prendre en charge la santé des personnes, mais de produire les patients qui justifient leur existence et une définition correspondante de la santé. Rien de nouveau à ce sujet depuis Ivan Illich et son Nemesis médical.

Ce n’est pas l’échec des institutions de santé que nous vivons dans un monde totalement toxique qui rend tout le monde malade. Au contraire, nous avons vu leur triomphe. Assez souvent, l’échec apparent des institutions est leur véritable fonction. Si l’école décourage les enfants d’apprendre, ce n’est pas fortuite: c’est parce que les enfants désireux d’apprendre rendraient l’école presque inutile.

Il en va de même pour les syndicats, dont le but n’est manifestement pas l’émancipation des travailleurs, mais plutôt la perpétuation de leur condition.

 

Qu’est-ce que les bureaucrates des syndicats pourraient faire de leur vie, en fait, si les travailleurs avaient la mauvaise idée de se libérer eux-mêmes? Bien sûr, dans chaque institution, il y a des gens qui pensent vraiment être là pour remplir leur mission. Mais ce n’est pas un hasard si ces personnes sont systématiquement obstruées, systématiquement tenues à l’écart, punies, intimidées, voire ostracisées, avec la complicité de tous les « réalistes » qui se taisent. Ces victimes de choix de l’institution ont du mal à comprendre son double langage et ce qu’on lui demande réellement. Leur destin y est toujours traité comme une tuerie, comme un rebelle, et d’être surpris sans cesse par cela.

Contre la moindre possibilité révolutionnaire en France, on trouvera toujours l’institution du Soi et le Soi de l’institution. Dans la mesure où « être quelqu’un » revient toujours à reconnaître une allégeance à une institution, dans la mesure où réussir implique de se conformer à la réflexion que l’on vous montre dans la salle des miroirs du jeu social, l’institution a sur tout le monde à travers le Soi. Tout cela ne pourrait pas durer, serait-il trop rigide, sinon suffisant, si l’institution n’était pas déterminée à compenser sa rigidité par une attention constante aux mouvements qui le bousculent. Il existe une dialectique perverse entre institution et mouvements, qui témoigne de son instinct de survie implacable. Une réalité aussi ancienne, aussi massive et hiératique que celle inscrite dans le corps et l’esprit de ses sujets depuis des centaines d’années où l’Etat français existe, n’aurait pas pu durer aussi longtemps sans pouvoir tolérer, surveiller et récupérer les critiques et les révolutionnaires comme ils se sont présentés. Le rituel carnavalesque des mouvements sociaux y joue un rôle de soupape de sécurité, d’outil de gestion du social et de renouvellement de l’institution. Ils lui apportent la souplesse, la chair jeune, le sang neuf qui manque cruellement. Génération après génération, dans sa grande sagesse, l’État a été capable de convaincre ceux qui se sont montrés disposés à être achetés et d’écraser ceux qui ont agi par intransigeance. Ce n’est pas pour rien que tant de dirigeants de mouvements étudiants ont été naturellement promus de postes ministériels, des personnes sûres d’avoir une idée de l’État, c’est-à-dire une appréciation de l’institution comme un masque.

Ce qui a été reconstitué, c’est le vieux débat qui a fait l’objet d’une séance plénière en France depuis 1792. Et il semble qu’on ne l’en obtienne pas assez. C’est un sport national. Il n’y a même pas besoin d’améliorer le décor pour plaire aux goûts d’aujourd’hui. Il faut dire que l’idée de réforme constitutionnelle présente l’avantage de satisfaire à la fois le désir de tout changer et le souhait que tout reste identique. Il s’agit simplement de changer quelques lignes, de modifications symboliques. Tant que l’on discute des mots, tant que la révolution est formulée dans le langage des droits et du droit, les moyens de la neutraliser sont bien connus et balisés. Lorsque des marxistes sincères proclament dans un tract syndical: « Nous sommes le vrai pouvoir! », C’est toujours la même fiction constitutive qui opère et qui nous éloigne de la pensée stratégique. L’aura révolutionnaire de cette vieille logique est telle que, dans son nom, les pires mystifications parviennent à se faire passer pour des vérités évidentes. « Parler de pouvoir constituant, c’est parler de démocratie. » C’est avec ce mensonge risible que Toni Negri commence son livre sur le sujet, et il n’est pas le seul à jouer de la trompette dans ce genre d’inanité qui défie le bon sens. Il suffit d’avoir les pages de Constitutional Theory de Carl Schmitt, qui ne peuvent pas compter sur les bons amis de la démocratie, pour se rendre compte du contraire.

La fiction du pouvoir constituant convient à la monarchie comme à la dictature. Ce joli slogan présidentiel « au nom du peuple » ne dit-il rien à personne? Il est regrettable que l’abbé Sieyes, inventeur de la distinction désastreuse entre pouvoir constitutionnel et pouvoir constitué, ce brillant tour de passe-passe, n’ait jamais été un démocrate. C’est ce qu’il a dit dans son célèbre discours du 7 septembre 1789: « Les citoyens qui désignent des représentants s’abstiennent et doivent s’abstenir de faire la loi eux-mêmes: ils n’ont aucune volonté particulière d’imposer. S’ils dictaient des volontés, la France ne serait plus cet État représentatif; ce serait un État démocratique. Le peuple, je le répète, dans un pays qui n’est pas une démocratie (et la France ne peut pas en être une), le peuple ne peut pas parler, ne peut agir que par l’intermédiaire de ses représentants. « Démocratie », ces deux notions mènent cependant toujours les révolutions dans une impasse.

Destituere en latin signifie: placer debout, lever séparément; abandonner; mettre de côté, laisser tomber, abattre; laisser tomber, tromper. Considérant que la logique constitutive se bloque contre l’appareil électrique, cela signifie prendre le contrôle, là où l’appareil pourrait avoir, en s’échappant, en supprimant toute prise sur lui. qu’il forme. Son geste caractéristique est exaltant, tout comme le geste constitutif typique prend d’assaut. En termes de logique déstabilisante, la lutte contre l’État et le capital vaut tout d’abord pour la sortie de la normalité capitaliste qui s’y vit, pour la désertion des relations de merde avec soi-même, les autres et le monde sous le capitalisme. Ainsi, là où les « constituants » se placent dans une relation de lutte dialectique avec le pouvoir en place pour en prendre possession, la logique désorientée obéit à la nécessité vitale de s’en désengager. Il n’abandonne pas la lutte; Il s’attache à la positivité des luttes. Il ne s’adapte pas aux mouvements de l’adversaire mais à ce qui est nécessaire pour augmenter son potentiel. Il est donc peu utile de critiquer: « Le choix est soit de sortir sans retard, sans perdre son temps à critiquer, tout simplement parce qu’on est placé ailleurs dans la région de l’adversaire, ou bien on critique, on y garde un pied et avoir l’autre à l’extérieur. Nous devons sauter dehors et danser au-dessus « , comme l’explique Jean-François Lyotard, reconnaissant le geste de l’Anti-Oedipe de Deleuze et Guattari.

Et Deleuze a fait cette remarque: « En gros, on reconnaît le marxisme en disant qu’une société se contredit, se définit par ses contradictions, en particulier ses contradictions de classe. Nous disons que c’est que dans une société tout échappe, qu’une société se définit par ses lignes d’échappatoire […] Évasion, mais tout en s’échappant, cherche une arme. « Ce n’est pas une question de lutte pour le communisme. Ce qui compte, c’est le communisme vécu dans la lutte elle-même. La vraie richesse d’une action est en elle-même. Cela ne signifie pas pour nous qu’il ne soit pas question de l’efficacité observable d’une action. Cela signifie que l’impact d’une action ne réside pas dans ses effets, mais dans ce qui y est immédiatement exprimé. Ce qui est construit sur la base de l’effort finit toujours par s’effondrer d’épuisement. En règle générale, l’opération que la cour de justice fait subir à l’organisation processionnelle des manifestations syndicales est une opération de dénuement. Avec la joie vitale qu’il exprimait, la justesse de son geste, sa détermination, avec son caractère à la fois affirmatif et offensif, le cortège de tête absorbait tout ce qui était encore vivant dans les rangs militants et il démontait les manifestations en tant qu’institution. Pas avec une critique du reste de la marche mais autre chose qu’un usage symbolique de capturer la rue. Se retirer des institutions, c’est tout sauf laisser un vide, c’est les supprimer de manière positive.Déshériter, ce n’est pas attaquer l’institution, mais attaquer le besoin qu’on en a. Ce n’est pas à le critiquer, les premiers critiques de l’État sont les fonctionnaires eux-mêmes; quant aux militants, plus ils critiquent le pouvoir, plus ils le désirent et plus ils refusent de le reconnaître, mais de prendre à cœur ce que l’institution est censée faire, de l’extérieur. Privatiser l’université, c’est établir à distance des lieux de recherche, d’éducation et de pensée, plus vivants et plus exigeants qu’il ne serait pas difficile, et saluer l’arrivée des derniers esprits vigoureux qui Ils en ont marre de fréquenter les zombies académiques et ensuite seulement pour leur donner le coup de grâce. Désamorcer le système judiciaire, c’est apprendre à régler nous-mêmes nos différends, y appliquer une méthode, paralyser sa faculté de jugement et chasser ses hommes de force de nos vies. Avoir une médecine sans ressources, c’est savoir ce qui est bon pour nous et ce qui nous rend malades, sauver de cette institution les savoirs passionnés qui lui permettent de survivre hors de vue et de ne plus jamais se retrouver seul à l’hôpital, le corps remis à l’homme souveraineté artistique d’un chirurgien dédaigneux. Désarmer le gouvernement, c’est se rendre ingouvernable. Qui a parlé de gagner? Surmonter est tout.Le geste de destitution ne s’oppose pas à l’institution. Il ne monte même pas au combat frontal, il le neutralise, le vide de sa substance, puis avance sur le côté et le regarde expirer. Vous le réduisez à l’ensemble incohérent de ses pratiques et prenez des décisions à leur sujet. Un bon exemple de cela est la manière dont le parti socialiste, alors au pouvoir, a été conduit à l’été 2016 à annuler son université annuelle, l’école d’été du parti à Nantes. Ce qui a été constitué en juin au sein de l’assemblée appelée « l’attaque » a fait quelque chose que le cortège de tête n’a pas pu faire pendant tout le conflit de printemps: il a permis aux éléments hétérogènes de la lutte de se rencontrer et de s’organiser au-delà d’un mouvement laps de temps Unionistes, noctambules, étudiants universitaires, zadistes, lycéens, retraités, bénévoles de la communauté et autres artistes ont commencé à mettre sur pied un comité d’accueil bien mérité pour le Parti socialiste. Pour le gouvernement, il y avait de grands risques que le peu de potentiel dissident qui l’avait gâtée au printemps soit mieux organisé. Les efforts convergents des confédérations, de la police et les vacances pour enterrer le conflit n’auraient servi à rien. Ainsi, le Parti socialiste s’est retiré et a abandonné l’idée de se battre face à la menace posée par la positivité même des liens formés dans l’Assemblée « Attack! » Et par la détermination qui en émanait. De la même manière, c’est le potentiel des connexions qui se sont formées autour du ZAD qui le protège, et non sa force militaire. Les plus belles victoires sans destin sont souvent celles où la bataille n’a simplement jamais lieu.

Fernand Deligny a déclaré: « Pour lutter contre le langage et l’institution, la phrase juste ne consiste peut-être pas à lutter contre, mais à prendre le plus de distance possible, même si cela implique de signaler sa position. Pourquoi irions-nous nous appuyer contre le mur? Notre projet n’est pas de prendre et de conserver la place. « Toni Negri ne peut pas demeurer, » un remplaçant. « Mais observons ce qui se passe lorsqu’une logique constitutive consistant à combiner des mouvements sociaux avec un parti vise à prendre le pouvoir, comme le dénuement est la voie à suivre. Ainsi, nous avons vu ces dernières années Syriza, ce parti politique « issu du mouvement des places », devenir le meilleur relais des politiques d’austérité de l’Union européenne. Quant à Podemos, personne ne peut apprécier la nouveauté radicale des querelles de contrôle, qui opposait son numéro 1 à son numéro 2. Et comment oublier le discours émouvant de Pablo Iglesias lors de la campagne législative de juin 2016: « Nous sont la force politique de la loi et de l’ordre […] Nous sommes fiers de dire notre pays. […] Parce que notre pays a des institutions qui permettent aux enfants d’aller au théâtre et à l’école. C’est pourquoi nous sommes des défenseurs des institutions, des défenseurs du droit, car ils ne disposent que du droit et de leurs droits. « Ou cette tirade instructive de mars 2015, en Andalousie: » J’aimerais rendre un hommage: vive le pays nos militaires démocrates! Longue vie à la Garde civile, ces policiers qui ont menotté les corrompus.  »

Les intrigues politiques les plus déplorables composent désormais la vie. Nous pouvons inciter certains de ses membres à faire cette observation amère: « Ils voulaient prendre le pouvoir, et c’est le pouvoir qui les a pris. » Quant aux « mouvements de citoyens » décident de « squat power » en prenant possession du plus grand bureau de Barcelone, ils ont confié à leurs anciens amis des squats quelque chose qu’ils ne peuvent toujours pas déclarer en public: en accédant aux institutions, ils ont effectivement pu prendre pouvoir « , mais ils ne pouvaient rien faire de là, si ce n’était de saborder quelques projets hôteliers, de légaliser une ou deux occupations et de recevoir avec grande cérémonie Anne Hidalgo, maire de Paris.

Le dénuement permet de repenser ce que nous entendons par révolution. Le programme révolutionnaire traditionnel impliqué dans la récupération du monde, une expropriation des expropriateurs, une appropriation violente de ce qui est le nôtre, mais dont nous avons été privés. Mais voici le problème: le capital s’est emparé de chaque détail et de chaque dimension de l’existence. Il a créé un monde à son image. D’exploitation des formes de vie existantes, elle s’est transformée en un univers total. Il a été configuré, équipé et rendu désirable les manières de parler, de penser, de manger, de travailler et de passer des vacances, d’obéir et de se rebeller, qui conviennent à sa fonction. Ce faisant, il a réduit très peu la part des choses dans ce monde que l’on pourrait vouloir réapproprier. Qui souhaiterait se réapproprier des centrales nucléaires, des entrepôts Amazones, des autoroutes, des agences de publicité, des trains à grande vitesse, Dassault, le complexe d’affaires de La Défense, des cabinets d’audit, des nanotechnologies, des supermarchés et leurs produits toxiques?

Qui imagine une prise de contrôle industriel personnes des exploitations agricoles où un seul homme laboure avec ses charrues 400 hectares de terrain érodé au volant de son megatractor piloté par satellite? Personne avec aucun sens. Ce qui complique la tâche des révolutionnaires.

Avec le résultat que le plus désespéré, le plus déterminé pour le sauver, a enfin trouvé la formule gagnante: pour en finir avec le capitalisme, tout ce que nous faisons est d’avoir à se réapproprier l’argent lui-même!

Un esta Negriist déduit du printemps 2016 conflit: « Notre objectif est le suivant: la transformation des cours d’eau de commandement qui se jettent l’argent des robinets de la Banque centrale européenne en argent comme de l’argent, en revenu social inconditionnel! Apportez les paradis fiscaux vers le bas sur Terre, attaquer les citadelles de la finance offshore, confisquer les dépôts de liquide, garantir l’accès de tous dans le monde des produits de base, le monde dans lequel nous vivons vraiment, ou non qui nous plaît. Le seul universalisme qui est est celui de gens qui aiment l’argent! Que tous ceux qui souhaitent prendre le pouvoir puissent commencer en prenant l’argent! Que tous ceux qui souhaitent mettre en place les communes de contre-pouvoir commencent en fixant les conditions de matériaux sur la base des contre-pouvoirs qui peuvent être construits!

Que quelqu’un préférant l’exode destituante tienne compte des possibilités objectives d’un retrait de la production des rapports sociaux dominants sont inhérents à la possession de l’argent! Que tout le monde au nom du général et renouvelable grève en marge de l’autonomie salariale accordée par une socialisation des revenus dignes de ce nom! Que tous ceux qui souhaitent une insurrection des sous-officiers  n’oublient pas la promesse puissante de libération contenue dans le slogan « Prenons l’argent! »

Un révolutionnaire qui se soucie de leur santé mentale voudra quitter la logique constituant et ses rivières d’argent imaginaire derrière eux. Le geste révolutionnaire ne consiste donc plus en une simple appropriation violente de ce monde; il se divise en deux. D’un côté, il y a des mondes à créer, des formes de vie créées en dehors de ce qui règne, y compris en sauvant ce qui peut être sauvé de l’état actuel des choses, et de l’autre, l’impératif d’attaquer, de détruisez simplement le monde du capital. Un geste à deux volets qui se divise à nouveau: il est clair que les mondes que l’on construit ne peuvent rester séparés du capital que par le fait de l’attaquer et de conspirer contre lui.

Il est clair que l’idée sincère du monde qui n’aurait aucune portée réelle s’épuiserait dans un activisme stérile. Dans la destruction, la complicité est construite sur la base de laquelle se construit le sens de la destruction. Et vice versa. Ce n’est que du point de vue de la localisation que l’on peut saisir tout ce qui est incroyablement constructif dans la rupture. Sans cela, on ne comprendrait pas comment un segment entier d’une manifestation syndicale peut applaudir et chanter lorsque la vitrine d’un concessionnaire automobile cède enfin et qu’elle tombe à terre ou lorsqu’un meuble urbain est brisé. Il n’est pas non plus naturel qu’un cortège de 10 000 personnes vienne tout casser, méritant d’être brisé, voire un peu plus, le long du parcours d’une manifestation comme celle du 14 juin 2016 à Paris. Ni que toute la rhétorique anti-smashers de l’appareil gouvernemental, si bien établie et normalement si efficace, ait perdu son élan et ne soit plus convaincante pour personne.

La rupture est compréhensible, entre autres, comme un débat public en public sur la question de la propriété. Le reproche de mauvaise foi « ils cassent toujours ce qui ne leur appartient pas » doit être retourné. Comment pouvez-vous casser quelque chose à moins que, au moment de le casser, la chose soit entre vos mains, soit en quelque sorte la vôtre? Rappel du Code civil: « En ce qui concerne les meubles, la possession peut être assimilée à la propriété. »

En effet, une personne qui se brise ne s’engage pas dans un acte de négation, mais dans une affirmation paradoxale et contre-intuitive. Ils affirment, contre toutes les apparences: « Ceci est à nous! » La rupture est donc une affirmation, une appropriation. Il révèle le caractère problématique du régime de propriété qui régit maintenant toutes choses. Ou du moins, il ouvre le débat sur ce point épineux. Et il n’y a guère de méthode différente pour commencer, tellement elle est encline à fermer dès qu’elle s’ouvre de manière pacifique. On notera en outre que le conflit du printemps 2016 a été une accalmie divine dans la détérioration du débat public.

Seule une affirmation a le potentiel d’accomplir l’œuvre de destruction. Le geste destituent est donc la désertion et l’attaque, la création et la destruction, et tout à la fois, dans le même geste. Il défie les logiques acceptées d’alternatisme et d’activisme en même temps. Il constitue un lien entre le temps de construction prolongé et le temps d’intervention spasmodique, entre la disposition à apprécier notre morceau du monde et la disposition à le mettre en jeu. Avec le goût de prendre des risques, les raisons de vivre disparaissent. Le confort – qui trouble les perceptions, prend plaisir à répéter des mots qu’il vide de tout sens et préfère ne rien savoir – est le véritable ennemi, l’ennemi intérieur. Il ne s’agit pas d’un nouveau contrat social, mais d’une nouvelle composition stratégique des mondes.

Le communisme est le véritable mouvement qui dénigre l’état actuel des choses.

 

Rédigé par le Comité Invisible

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