Éloquence : les gagnants et les perdants du débat des européennes

Vous avez certainement, chères lectrices et lecteurs, été nombreux (ses) à écouter le débat des européennes car je suspecte que vous connaissez l’importance de ces élections pour les valeurs auxquelles nous tenons vous et moi.

 

Voici un point de vue très intéressant sur l’analyse des performances au cours de ce débat des participants. C’est pas mal ce que j’avais ressenti moi-même hier soir.

ALgarath

*****

Spécialiste de l’art oratoire et coauteur du hors-série du « Point » sur l’éloquence, Romain Decharne évalue les prestations des candidats aux européennes. Son verdict.

 

Le président de la Fédération francophone de débat, Romain Decharne, a noté les prestations des candidats aux élections européennes invités jeudi soir, dans L’Émission politique de France 2. De manière générale, les orateurs ont été, selon lui, mauvais. LREM, censée incarner le renouveau de la politique, rate le coche avec Loiseau, laissant la voie libre aux jeunes du Rassemblement national et de La France insoumise.

Les gagnants

 

Yannick Jadot : il incarne ses convictions et s’exprime clairement, en restant concret. Il a une très bonne voix, bien grave, et parle avec un bon rythme. Il prend son temps, maîtrise sa gestuelle, son argumentation, et sait synthétiser son propos. Il a su lier le sujet abordé à son propre programme et a élevé le débat, comme il l’a fait en rapprochant la conversation sur l’immigration du réchauffement climatique. On visualise et mémorise sans mal ce qu’il dit grâce aux nombreux détails qu’il décrit, preuve qu’il connaît son sujet et qu’il est animé par son propos. En revanche, il est moins bon dans son discours préparé en fin d’émission que dans le débat et la spontanéité. Il a raison de suivre son instinct.

François Asselineau : il se distingue lorsqu’il prend la parole, même s’il passe après, car il apporte quelque chose de nouveau au débat, relance de nouvelles thématiques, ajoute de nouvelles informations… Il parle clairement et ne gesticule pas. Il n’oublie pas les métaphores, qui donnent du corps au propos en insistant sur des éléments concrets.

Nicolas Dupont-Aignan : il prend la parole aux autres et sait la garder. Il est sans doute mieux préparé que les autres. Il ne récite pas, est dans l’instant présent, et maîtrise « l’improvisation préparée » : il ne lit pas son papier, s’exprime clairement. Son propos est bien structuré, rythmé, et il a recours lui aussi à des métaphores.

Les insignifiants

 

Benoît Hamon : on a l’impression qu’il livre le même débat à chaque fois, qu’il n’évolue pas en matière d’art oratoire. Il manque de coffre, d’épaisseur, et ne s’impose pas : aucune de ses idées n’est ni reprise ni réfutée par ses adversaires ; ses prises de parole sont un éternel recommencement, pétries d’un langage de technocrate.

Florian Philippot : c’est le « AK47 du débat » (fusil kalachnikov) : il tire plus vite que son ombre, mais les balles n’atteignent pas leur cible. Il recycle ses anciens arguments en en mitraillant ses adversaires, mais il ne se renouvelle pas. Il n’est pas non plus assez nuancé : il voit le mal partout, et cela atteint sa crédibilité. Cependant, il sait argumenter et maîtrise ses dossiers.

Ian Brossat : il ne parvient pas à se démarquer, malgré l’énergie qu’il déploie. Il arrive toujours après la bataille et peine à se construire une identité : il pourrait très bien représenter un autre parti.

Jean-Christophe Lagarde : un bon commercial d’idées libérales, sans relief.

Ils auraient mieux fait de ne pas venir (ou de se préparer avant)

 

Nathalie Loiseau: c’est l’oratrice de plomb. Elle doit revoir tous les fondamentaux : posture, voix, ton, argumentation, être expressive… Elle ne se tient pas droite et semble molle. On se demande parfois si elle aura la force de terminer le débat. Elle n’exprime rien, son visage ne change jamais d’expression, et elle ne sait pas construire une argumentation à l’oral. Elle ne rend pas hommage à son manifeste féministe, car sa prestation se résume à sa veste rouge : c’est tout ce que l’on retiendra d’elle. Si elle n’avait pas son parti derrière elle, survivrait-elle ?

Raphaël Glucksmann: il minaude sans avoir pris la peine de préparer son débat. Il ne semble pas à l’aise, récite, un peu comme un enfant qui chercherait à remettre la main sur sa leçon. Son erreur majeure : insister sur le fait qu’il n’est pas là pour faire carrière, que ce n’est pas un politique professionnel. Si c’est le cas, est-il là pour se divertir ? Il incarne ainsi le touriste et n’inspire pas confiance, manquant de respect aux gens qui sont venus l’écouter. Et il conclut en évitant de regarder la caméra. Comment dès lors montrer qu’il était là pour se dévouer aux autres ?

Le plus fort potentiel

 

Jordan Bardella. Ses qualités : il est spontané et à l’écoute, toujours présent dans l’instant. Il est le premier à avoir dit « bonjour » au public lors des présentations, alors même qu’il était le huitième à passer, donnant l’exemple pour les suivants et soulignant de fait l’impolitesse de ses sept prédécesseurs. En revanche, il est trop dispersé et a trop morcelé sa prise de parole : il a perdu du temps à répondre à tout le monde sans choisir ses combats. Il gagnerait à prendre le temps de réfléchir à des arguments pertinents.

Nos encouragements à :

 

François-Xavier Bellamy, pour sa sincérité : c’est avec cela qu’il va séduire son électorat. Il ne doit pas changer, car son éloquence lui ressemble ; il ne faut surtout pas imiter quelqu’un. Mais il doit encore travailler, pour utiliser des exemples de la vie de tous les jours : il faut qu’il garde en tête qu’il n’est pas là pour donner une conférence, mais pour toucher des électeurs.

Manon Aubry, pour son énergie. Mais elle doit apprendre à structurer son argumentation pour éviter une « bouillabaisse oratoire ». Elle doit faire des propositions concrètes, interagir avec les autres et ne pas gesticuler dans tous les sens.

On offre le hors-série à :

 

Nathalie Loiseau : elle n’a aucune excuse. Elle aurait dû assurer, avec la machine du parti qui la soutient. Je lui offre même un cours d’art oratoire, pendant lequel on reprendra toutes les bases.

0 visiteurs

2 Commentaires
  • Philippe
    Publié à 13:28h, 05 avril Répondre

    Un FREXIT clair – mené par François Asselineau – serait réparateur pour notre bon pays la France

  • Jules
    Publié à 07:00h, 06 avril Répondre

    Affirmatif Philippe ! Seulement, Asselineau c’est quel pourcentage aux dernières présidentielles ? Soyons réalistes, vu le peu de couverture médiatique de l’UPR, c’est peine perdu.

Écrire un commentaire