La crise de Macron en France est un danger pour toute l’Europe

Pour les observateurs étrangers pro européens (ici des Anglais pro européens, il y en a), le fait que Macron n’essaie pas de résoudre la crise des Gilets Jaunes par la négociation et s’entête à la combattre par la violence policière est une erreur car cela met l’UE en danger.

Je ne doute pas que ce que fait Macron avec les Gilets Jaunes déplaît à l’oligarchie qui, elle, veut maintenir l’UE.

L’article suivant du Guardian illustre ce fait.

Regardez la photo de Macron en tête de l’article. Il est clairement très fatigué, ses orbites sont creusées, il est blanc. Ce mec va craquer !

ALgarath

 

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Les forces extrêmes se réjouissent de la situation difficile du président. Leur but ultime est une prise de contrôle politique du continent

 

Pour le bien de l’Europe, Emmanuel Macron a besoin d’aide, pas de notre mépris ni de notre haine. Un jeune président français réformiste qui a promis une « renaissance européenne » se retrouve aux prises avec un pays qui est en train de redevenir « le malade de l’Europe ». C’était un moment marquant lorsque des émeutiers ont défiguré le visage d’une statue de Marianne, le symbole de la république, à l’Arc de Triomphe à Paris. Quelques semaines plus tôt à peine, les dirigeants mondiaux s’étaient réunis avec Macron pour le centenaire de l’armistice. Si les « tristes passions » que Macron a mises en garde à maintes reprises perdurent en France, tout un continent sera touché – pas seulement la carrière politique d’un homme.

Les forces extrêmes de l’Europe se réjouissent de la situation difficile dans laquelle se trouve Macron. Que ce soit les Brexiters britanniques (à gauche et à droite) jusqu’à l’homme fort d’extrême droite italien Matteo Salvini, sans parler des points de propagande de Poutine, le goût est indéniable. Les bouleversements et le chaos dans les démocraties libérales sont ce qui les nourrit. Le prix recherché par les extrémistes est une prise de contrôle politique de l’Europe lors des élections au Parlement européen de mai prochain. Les événements en France sont inquiétants et leur portée dépasse de loin les frontières d’un pays.

Il n’y a pas longtemps, Macron s’est présenté fièrement comme l’ennemi juré de Salvini et de Viktor Orbán, dont les politiques en matière de marques de commerce visent les migrants, les opposants politiques et l’état de droit. Macron est affaibli, sur la défensive et de plus en plus isolé.

Les scènes en France ces dernières semaines peuvent sembler, pour certains, comme une reprise du soulèvement de mai 1968, mais un parallèle plus pertinent pourrait être le 6 février 1934. Ce jour-là, des bandes de nationalistes d’extrême droite ont défilé dans la capitale française et se sont affrontées avec la police dans la violence qui a fait 15 morts. Les événements de la journée ont été un mythe fondateur pour cette génération d’extrême droite française.

Macron a certainement commis des erreurs. La plupart des manifestants ont de véritables griefs, même s’ils sont exprimés de manière chaotique. Ils se considèrent comme des personnes «invisibles» traitées avec mépris par les élites parisiennes et se rendent désormais très visibles avec leurs gilets fluorescents. L’opinion publique est derrière eux.

Ingrid Levavasseur, jeune infirmière et mère célibataire de deux enfants de Normandie, fait partie de leurs membres les plus éloquents. Elle a évoqué avec émotion à la télévision son combat pour joindre les deux bouts et son profond sentiment d’injustice: «Certaines personnes se plaignent du blocage des routes, mais ne se plaignent pas lorsqu’elles sont coincées dans des embouteillages dans les stations de ski, n’est-ce pas? demanda-t-elle doucement.

Mais la crise française a des courants plus sinistres, incarnés par un autre porte-parole de gilets jaunes, Christophe Chalençon. Forgeron du sud du Vaucluse, Chalençon est ouvertement anti-musulman et a appelé à la mise en place d’un gouvernement dirigé par des militaires – « car nous avons besoin d’un vrai commandant, d’un général, d’une main forte. » Des groupes d’extrême droite comme Action française tentent quant à eux de faire leur grand retour.

L’annonce faite de suspendre les hausses d’impôts est probablement trop peu et trop tard. Les inquiétudes françaises sont triples. Il y a la peur de perdre le pouvoir et le prestige; la crainte de l’impact économique de la mondialisation et la crainte de perdre une «identité nationale». Le pays souffre également de profondes fractures internes qu’un président pourrait à peine guérir en dix-huit mois seulement.

Des groupes sociaux entiers se sentent les uns contre les autres: jeunes et vieux, chômeurs et travailleurs, ruraux ou urbains, non qualifiés ou scolarisés. De telles divisions existent dans de nombreux pays, mais en France, elles prennent une dimension existentielle en raison de l’idéal d’égalitarisme historiquement associé à la république. Beaucoup de Français ont le sentiment que la réalité ne reflète pas ce à quoi ils ont droit.

Lorsque Macron s’est présenté aux élections en 2017, il a promis une «révolution» (c’était même le titre de son livre de campagne) pour répondre à un besoin généralisé de rénovation nationale et de réaménagement du prestige français, notamment sur la scène européenne.

Maintenant, le président a l’air paralysé à la maison et les derniers sacrements pourraient bientôt être lus sur ses projets européens.

 

De même qu’une Merkel affaiblie n’a pas beaucoup aidé Macron à relancer le projet européen, un Macron affaiblie offrira désormais une aide nouvelle aux extrémistes et aux populistes du continent. Le Pen, Orbán et Salvini attendent dans les coulisses. Si nous ne trouvons pas de solutions, les élections européennes en France risquent de devenir un référendum contre Macron.

Ainsi, le président français a fait la gloire en tant que champion des libéraux et des pro-européens. Mais considérer cela comme une bonne nouvelle pour l’Europe et la démocratie au sens large est ahurissant. C’est comme souhaiter un accident de train afin que certaines voitures puissent être remplacées. Les douleurs sociales en France sont réelles et doivent être abordées. Mais les forces qui ont à gagner des épaves collectives et de la violence de rue sont celles qui nous pousseront dans un abîme. Regardez les menaces de mort proférées contre les gilets jaunes qui se disaient prêts à négocier avec le gouvernement.

Il y a quelques années, une Italie épuisée et sous tension a connu ses «journées de vaffanculo» (le message étant: «va te faire foutre» à l’establishment) à partir desquelles le mouvement populiste des 5 étoiles a pris de l’ampleur. Que s’est-il passé depuis? Cette année, l’Italie est tombée dans l’extrême droite. Les «journées de vaffanculo» françaises conduiront à un scénario similaire si des personnes sobres d’esprit n’aident pas Macron à rétablir un minimum de confiance. Il ne peut y avoir de projet démocratique européen ni de justice sociale sans une France démocratique européenne. Le visage de Marianne doit être restauré.

 

  • Natalie Nougayrède est chroniqueuse au Guardian

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4 Commentaires
  • Le rougest de l'isles
    Publié à 17:10h, 02 avril Répondre

    A force de substances, on croirait voir Mouammar Kadhafi dans ses moments les plus poudreux !

    Je n’ose penser que c’est la cure d’omelettes que lui inflige Bibi comme s’il s’agissait d’un régime astringent…

    Macron va-t-il devenir un Idi Amin Dada, un Nicolae Ceaușescu, un Bokassa avec ses abeilles napoléoniennes ?
    Encore, notre libyen a le mérite d’avoir porté le projet de la grande rivière…

    Emmanuel kadhafi… ça sonne bien, non ? Faudra en parler à BFM…

  • GEBE
    Publié à 17:50h, 02 avril Répondre

    Apparemment, les représentants de la liste LREM pour les Européennes n’en veulent pour leur 1er meeting.

    « Le président souhaitait faire une apparition au premier grand meeting de la majorité présidentielle avant le premier tour des élections européennes. On lui a déconseillé. »

    http://m.leparisien.fr/politique/macron-prie-de-ne-pas-venir-au-premier-meeting-de-campagne-de-lrem-samedi-31-03-2019-8043657.php

  • Fox69
    Publié à 23:25h, 02 avril Répondre

    Je n’adhère pas du tout à ce qui est dit dans cet article pro Macron et pro UE.

    Les deux sont nuisibles, destructeurs.

    La France doit se libérer de Macron et de l’UE.

    L’Europe doit se reconstruire sur de nouvelles bases, plus respectueuses des intérêts des peuples.

  • Gournouf
    Publié à 02:04h, 03 avril Répondre

    Encore un article d une journaliste pro euronouillisme… Et qui travaille pour des anglo saxons…

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