Macron face au doute

/ Mercredi 13 février 2019 

L’édifice macronien s’effrite, les désertions s’enchaînent. Le départ d’Ismaël Emelien prive Emmanuel Macron de sa capacité d’innovation politique, et laisse le Président en proie à un terrible doute : était-il fait pour gouverner ? L’analyse de Frédéric Saint-Clair.

Il est trois heures du matin. Emmanuel Macron, comme à son habitude s’est couché tard, mais il ne dort pas. Le doute l’assaille. Le départ d’Ismaël Emelien s’est répandu dans les médias comme une trainée de poudre. Les deux hommes avaient acté ce départ depuis plusieurs semaines déjà, mais son annonce officielle dans la presse le déstabilise plus qu’il ne l’avait anticipé. Les éléments de langage qu’Emelien a fournis aux journalistes pour justifier son départ ne tiennent pas. Comment un homme à qui l’on a confié l’opportunité de présider aux destinées de la cinquième puissance mondiale, en conseillant au plus près, sur des questions politiques stratégiques, le Chef de l’Etat peut-il choisir de renoncer à sa fonction sous prétexte qu’il publie un livre – co-écrit de surcroît – sur le… progressisme ? Qui peut croire une chose pareille ? Ce départ, c’est en réalité un lâchage. Un de plus. Emmanuel Macron le sait bien, et c’est la raison pour laquelle, cette nuit-là, alors que l’aube se lève bientôt et qu’une longue journée l’attend, il ne parvient pas à trouver le sommeil. Brigitte dort à ses côtés, et ronfle légèrement. Lui, engoncé sous cette couverture Louis XV dénichée par son épouse et qui le gratte terriblement, se sent de plus en plus seul. Seul face à un doute qui le tenaille, et dont il sait qu’il ne parviendra plus à le dissimuler très longtemps.

La politique, disait Albert Thibaudet, ce sont des idées. Et les idées politiques nécessitent une pensée et une parole. Une pensée pour les produire et une parole pour les diffuser. La parole, en politique, c’est avant tout l’écriture des discours, une tâche essentielle confiée à la plume du Président ! Une fonction tout à fait centrale quel que soit le Président. Mais encore davantage lorsque la majorité présidentielle passe son temps à vanter l’intelligence et la subtilité des mesures mises en œuvre et à déplorer l’indigence intellectuelle de français incapables de les comprendre. La parole, à l’Elysée, c’était Sylvain fort. Or, celui-ci, pour un prétexte tout aussi fuyant que celui évoqué par Ismaël Emelien, a quitté le navire il y a quelques semaines.

Le « cerveau politique » était mené par Ismaël Emelien et Alexis Kohler

Pour ce qui est de la pensée, le « cerveau politique », à l’égal de tout autre, se divise en deux hémisphères. L’hémisphère gauche, celui de la raison, c’est l’hémisphère bureaucratique, administratif, gestionnaire : le Secrétaire général de l’Elysée. Alexis Kohler occupe cette fonction depuis bientôt deux ans, et, comme bon nombre de ses collègue macronistes, il n’a pas été épargné par les affaires. Il est aujourd’hui fragilisé. L’hémisphère droit, celui de la créativité – celui qu’on nomme habituellement dans le milieu politique : la boîte à idées – est le véritable centre de l’influx politique. Innovant. Dérangeant. Disruptif. Il a vocation à renverser les perspectives pour déceler les angles neufs par lesquels il sera possible de résoudre les sempiternels problèmes auxquels le pays est confronté et que tous les gouvernements précédents ont échoué à solutionner. Il a également vocation à jouer la carte de l’image du Chef de l’Etat avec un, voire deux coups d’avance – la stratégie politique, pour des raisons évidentes, ne se tenant jamais très éloignée de la communication politique. Jusqu’à peu, cet hémisphère droit, doté d’un visage très discret, portait un nom bien connu – Ismaël Emelien. Exit. Lui aussi.

Emmanuel Macron a perdu coup sur coup son cerveau droit et sa faculté d’élocution politiques, quand, dans le même temps, son cerveau gauche souffre de paralysie partielle. Si Albert Thibaudet a raison, si la politique, ce sont des idées, alors il faut nous rendre à l’évidence : la machine élyséenne de production de contenu politique est désormais Hors Service. Ennuyeux ? Emmanuel Macron profite actuellement d’un regain modéré de popularité grâce à ce grand moment de psychanalyse collective que l’on a nommé : Le Grand Débat National. Le pouvoir exécutif est à l’arrêt : il cause. Le bourgeois de province et le bobo urbain ne semblent cependant pas s’en soucier outre mesure. Ils sont tous deux ravis d’admirer le champion dont ils avaient fini par douter un peu, mouiller sa chemise à nouveau et « prendre l’initiative », et ils se reprennent à rêver. Au sein de la macronie, on se dit qu’il pourrait émerger de ces discussions avec les territoires quelques mesures qui, correctement ajustées, constitueraient potentiellement une martingale gagnante. Dans les rédactions, les éditorialistes et autres commentateurs énamourés qui nous ont survendu durant toute la campagne présidentielle un Emmanuel Macron façon génie politique gaullo-mitterrandien, disciple de Paul Ricœur et de Machiavel, suggèrent désormais la possibilité d’un second souffle. Une nouvelle équipe. L’homme brillant a épuisé son entourage. En coagulant de nouvelles énergies, il pourrait remporter son pari : réformer la France. Lui rendre à la fois sa croissance économique, sa puissance et sa gloire.
Emmanuel Macron réalise qu’avoir été conseiller puis ministre d’un Président socialiste, et passer son temps à solliciter Nicolas Sarkozy pour des conseils, et les sarkozystes pour reconstituer son équipe, pose un problème de cohérence idéologique.

Cet optimisme semble cependant impuissant à calmer les angoisses du Président. Impuissant à apaiser sa conscience. Il commence en effet à réaliser qu’il n’est pas le génie politique que les médias ont décrit des mois durant. La crise des « gilets jaunes » lui a en outre révélé qu’il n’était pas non plus fait pour gouverner par gros temps. Il réalise qu’avoir été conseiller puis ministre d’un Président socialiste, et passer son temps à solliciter Nicolas Sarkozy pour des conseils, et les sarkozystes pour reconstituer son équipe, pose un problème de cohérence idéologique. Ensuite, outre le chaos social qui gangrène le pays et qu’il ne parvient pas à apaiser, les indicateurs économiques sont au rouge. La croissance est revue à la baisse. Le déficit public, qui diminuait depuis huit années, y compris sous le quinquennat Hollande donc, repart à la hausse, et, pour couronner le tout, la Cours des Comptes estime que les cadeaux fiscaux offerts aux « gilets jaunes » feront passer le déficit de la France bien au-dessus de la barre des 3% de PIB en 2019. Echec sur toute la ligne.

Le doute qui s’installe, en cette nuit si particulière, dans la pensée d’Emmanuel Macron est un doute beaucoup plus profond que ce que l’on pourrait croire. Emmanuel Macron commence à comprendre qu’il n’était pas fait pour cette fonction. Il commence à comprendre que la déesse machiavélienne du hasard et de la chance, fortuna, ne lui a peut-être pas tracé un chemin doré vers le pouvoir, comme il le croyait jusqu’alors, mais qu’elle s’est jouée de lui… et peut-être de nous aussi. Machiavel écrivait, à l’été 1513 : « Ceux qui grâce à fortuna seulement deviennent princes, de simples particuliers qu’ils étaient, le deviennent sans grande peine, mais en ont beaucoup pour se maintenir. Ils n’ont aucune difficulté en chemin, car ils y volent ; mais toutes les difficultés naissent quand ils sont en place. » Voilà, cinq siècles plus tôt, décrite la conquête incroyablement aisée du pouvoir par Emmanuel Macron – grâce à l’entremise opportune des princes de la finance et de médias – et les difficultés infinies du même Emmanuel Macron à exercer ce pouvoir. Et la prévision de sa chute. Et, bien évidemment, la justification de ce doute obsédant qui le prive de repos.

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3 Commentaires
  • gounouf
    Publié à 02:09h, 14 février Répondre

    mr macron vient de se rendre compte qu il n est qu une marionnette des rotschilds, jeté à la vindicte populaire, un président de pacotille sans pouvoir et surtout sans talent pour enfumer une majorité de français ,même hollandouille n était pas arrivé à susciter autant de haine…;

  • william
    Publié à 18:34h, 14 février Répondre

    j’aime bien macron, moi …..

    st clerc à conseillé villepin pour sa communication politique – j’espère qu’un autre conseiller l’a inspiré pour son fiasco de campagne présidentielle …. en frie lance, sieur frédo fait du sous zémour en vantant l’islamophobie et le choc des syphilisation .

    tirér sur une ambulance c’est aisé, néanmoins macron paraît plus un camion de pompier de l’armée qu’un vielle déesse break .

    certes, la tache de redorer le blason France demande un effort conséquent bien que, partant de si bas avec ses 2 prédécesseurs, la marge de progression soit grande .
    Sans parler de l’équilibre est-ouest avec l’eurasie comme socle complémentaire de l’Alliance atlantique et du formidable potentiel de l’espace francophone – très largement gâchés jusqu’ici etc etc

    tout mon soutien moral à manu 1er, son grand débat, son futur remaniement ministériel et les mesures concrètes remontant de la base de la société nécessaire à solidifier un pays en ruine et à l’image internationale déplorable après Chirac .

  • ericle
    Publié à 20:21h, 14 février Répondre

    Peut-être…
    Mais je ne suis toujours pas convaincu par les turpitudes du micron !

    Il y a un moment, on devait le maquiller pour qu’il sorte ne public, et puis dépressif parce qu’il avait vu son effigie décapité, et puis c’était le drame avec Bibi, la dispute et l’engueulade après ses photo avec un repris de justice de couleur à St Martin… et puis, et puis… Il y a tellement de posture des on (soi-disant ) malheur…
    Que tout cela en devient risible et non crédible !
    Un sujet magnifique pour Closer, Mimi martin, Gala… (excusez, ma culture est faible à ce sujet
    Rien de sérieux, tout pour les mémés (que je respecte, la mienne le plains comme elle aurait pleuré pour le pauvre parti communiste…)(qui faisait tant pour nous, snif !)
    Tout ça c’est du pipeau !
    Il joue la comédie pour mieux nous… à sec le moment venu !

    Micron à l’échafaud !

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