Ils avaient prévu les “gilets jaunes” depuis 2013-2015, eh oui !

Le mouvement des “gilets jaunes” semble avoir émergé brutalement sans signe avant-coureur. De fait, la plupart des observatoires de la vie politique, des centres de recherche universitaires ou des think-tanks chargés d’analyser l’évolution de la société française n’ont rien vu venir.

 

Pourtant quelques rares personnalités ou chercheurs indépendants ont tenté en vain d’avertir l’opinion et les politiques sur “les oubliés” de la “la France périphérique” et du risque de “révolte fiscale”.

 

Jean Lassalle, beaucoup moins con qu’il n’en a l’air ! Il avait fait un travail remarquable :

 

En 2013, un « député qui marche » réellement : En 2013, Jean Lassalle, député des Pyrénées Atlantique, se lance dans un tour de France à pied de 5 000 km de 8 mois à la rencontre des Français, « des oubliés », qu’ « on ne consulte plus sur rien ». Accueilli sur la route, hébergé chez l’habitant, il recueille le sentiment des personnes rencontrées au hasard de sa marche et parle d’un « ras-le-bol à tous les étages, comme une envie de renverser la table ». Son rapport sur le mécontentement des Français est remis au président et aux présidents des assemblées en avril 2014. Il écrit : « Neuf personnes rencontrées sur dix l’affirment : cela va péter ». Trois sur dix se disent prêts à rejoindre l’explosion quand elle aura quand, et là, où elle aura lieu. « Les réseaux sociaux sont prêts à agir comme une arme formidable de mobilisation ». Une seule erreur, dans ce rapport à la tonalité catastrophiste, « ce n’est plus une question d’années mais de mois. Il est minuit moins dix ». Pourtant rien ne se passe et en 2015, le danger terroriste islamiste fait passer au deuxième plan la crise sociale et le mal-être des Français. Les 196 pages sont oubliées et rejoignent d’autres rapports au fond des tiroirs. Oublié donc les Cahiers de l’Espoir de 2014, ils seront remplacés par des cahiers de doléances en 2019…

Christophe Guilluy en 2014, l’apparition de « la France périphérie » et de ses classes moyennes sacrifiées

 

Le géographe Christophe Guilluy lance, en 2014, une véritable bombe littéraire en publiant La France périphérique aux éditions Flammarion. Il remet en cause la dichotomie France du centre-ville riche et banlieue pauvre pour parler d’une France oubliée, la France périphérique où vit 60 % de la population, une France « laissée pour compte », « méprisée », en pleine « précarité sociale » (les plans sociaux visent les petits et les moyennes villes) et qui marque son mécontentement en votant pour le Front national. Pour Christophe Guilluy, injustement snobé par les universitaires, « tous les indicateurs sociaux nous montrent que les classes moyennes ont implosé », alors même que les politiques sont focalisés uniquement sur la banlieue. Si les habitants de cette France périphérique font 20 km de route pour aller travailler, cela leur coûte 250 euros par mois, soit un quart du smic.

2015, une prospective prédit une révolte fiscale : blocages d’autoroutes et mises à sac de sous-préfectures

 

Dans leur ouvrage 2030, Le monde que la CIA n’imagine pas (éditions Giovanangeli) publié en 2015,  les deux chercheurs en géopolitique à l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr, Thomas Flichy de la Neuville et Gregor Mathias font le bilan critique des différents rapports publiés par la CIA depuis 2000 et rédigent leur propre prospective pour 2030. Quatre ans plus tard, leurs analyses hétérodoxes sur la puissance « fragmentée » de l’Europe, l’émergence de la Russie, l’isolationnisme des Etats-Unis, le retour de l’Iran dans le jeu géopolitique sont confirmées par les faits… Dans cet ouvrage, ils consacrent toute une partie pessimiste sur la France : « La France, en situation de déficit incessant aura préféré recourir à l’emprunt et la taxation ». Elle est dirigée par « des gouvernements mal élus à la légitimité populaire très faible et victimes de la démocratie d’opinion ».

Affaiblie sur le plan économique et financier, la France connaît des « émeutes antifiscales dans les années 2013-2020 ».Pour les chercheurs, le mouvement des Bonnets rouges bretons avec leurs trois manifestations du samedi, loin d’être éphémère, n’est donc que le prélude à d’autres mouvements de révoltes antifiscales. Il ne manque à cette prédiction que les mentions de la couleur et la pièce de vêtement symbolique pour leur donner une consistance pour les années 2018-2019, voire 2020 pour les pessimistes ou les plus radicaux des « gilets jaunes ». Les auteurs prédisaient une révolte qui se manifestait par « des blocages d’autoroutes, des destructions de portiques écotaxe, les mises à sac de sous-préfectures, les votes extrêmes, ou au contraire l’abstention ». Remplaçons les portiques écotaxe par les barrières d’autoroutes et les taxes sur le diesel et l’on tombe exactement sur la situation actuelle. Mais ces prophètes de mauvais augure prédisaient également que « le mouvement de la France de la périphérie contre « l’hégémonie des métropoles » s’est essoufflé faute de coordination et de relais politiques efficaces ». Les tensions entre les porte-parole, légitimes ou non, médiatisés ou non, modérés ou radicaux, ainsi que l’absence d’alternative politique semblent pour l’instant leur donner raison.

 

 

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