MACRON OU LA « SYNARCHIE » AU POUVOIR

Je suis sidéré par le manque de connaissances même des plus informés des Français sur le pire phénomène d’ampleur du 20ème siècle. La synarchie a marqué les quelques décennies avant la 2ème guerre mondiale, et LA SYNARCHIE EST REVENUE, À UN POINT TEL QU’ELLE NE L’AVAIT JAMAIS ÉTÉ AVEC MACRON.

 

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La « Synarchie » est un courant de pensée qui se développa pendant l’entre-deux-guerres dans les milieux des grandes écoles. Ses partisans rêvaient d’exercer le pouvoir au nom de leurs compétences techniques et sous l’autorité politique d’un « Collège de grands initiés » qui, ignorant la lutte des classes, transcenderait le clivage droite-gauche.

 

Ils multiplièrent les groupes de réflexion dont le plus significatif fut, en 1931, « X-crise » où à l’initiative de Jean Coutrot, des polytechniciens y pensèrent une économie planifiée pour répondre à la crise de 1929. Sous Philippe Pétain, les partisans de la Synarchie justifièrent de la « nécessaire continuité de l’Etat » pour poursuivre leur carrière et préserver les intérêts de puissants trusts, dont la banque Worms. C’est ainsi que de nombreuses grandes entreprises vont financer cette organisation basée sur la préférence des élites professionnelles par rapport aux élus de la République. Des technocrates à la place de la démocratie parlementaire, voilà ce qui correspond par ailleurs à la « Doctrine sociale de l’Eglise ». Pour preuve, le groupe « X-Crise » affirmera en 1936, en plein Front populaire : « Si les êtres humains sont égaux, les individus, eux, ne le sont pas » (cf. « Personnalisme », cher à l’Eglise). Au final « X-Crise » apparaît bien comme un laboratoire d’idées qui réussira à infiltrer les cabinets ministériels ainsi que les hautes administrations, y compris sous le gouvernement Blum.

Si le site internet de « Réinformation.TV » titre « Macron réalise la synarchie de la banque et du socialisme »,

Il est étonnant, qu’aucun grand média ne fasse le parallèle entre le courant de pensée « Synarchie » et l’actuel locataire de l’Elysée, le banquier Emmanuel Macron, initiateur du mouvement « La France en marche ». Ou plutôt ça n’est pas étonnant vu le rôle des médias, vendus au pouvoir.

 

Au soir du second tour des législatives, Catherine Barbaraux, présidente par intérim du mouvement, s’exprimait ainsi : « L’ Assemblée nationale sera diverse, plus jeune, forte de parcours professionnels, associatifs et politiques variés ».

Une fois que l’on aura rappelé que la légitimité du nouveau président se résume au fait qu’il ne représente que 15% des citoyens, qu’en est-il de l’affirmation de madame Barbaraux ? :

  1. Au nom du « Ni de gauche, ni de droite », le gouvernement Macron réunit Edouard Philippe, personnalité transfuge des Républicains et Gérard Collomb, transfuge du Parti Socialiste, ce que le FN nommait l’alliance « UMPS », il n’y a pas si longtemps. On peut également rajouter la présence dans ce gouvernement d’une ministre du travail issue du Medef ! Comme il y près d’un siècle, le clivage gauche-droite devient obsolète une fois déclarée la fin des idéologies ! La politique n’est plus qu’une affaire de gestion financière et le directeur général de « l’Entreprise France », Emmanuel Macron n’est pas un ancien de la banque Rothschild par hasard.
  2. Sur les 308 députés élus, 279 sont effectivement vierges de tout mandat politique, seuls 29 sont issus de partis politiques traditionnels. Ceci est présenté comme une garantie de renouveau, mais de quel renouveau s’agit-il ? Le journal Le Monde écrivit quant à lui : « Nombre d’élus viennent du monde de l’entreprise, séduits par le « côté start-up » du Mouvement ».

De son côté, une enquête de LCI révèle que 29 % des députés du mouvement « En Marche » sont des cadres, 24 % occupent des fonctions relativement importantes dans l’administration et 17 % exercent des professions libérales. 30 % ont leur propre entreprise et seuls 8 députés sont issus du milieu ouvrier et paysan !

Le journal Le Monde confirme cette étude en parlant d’un « profil sociologique où les cadres et les professions intellectuelles, universitaires sont surreprésentés ».

Voilà donc cette fameuse « Société civile » tant flattée !

 

  • Mais ne ressemble t-elle pas au rêve des synarchistes des années 1930, « un collectif d’experts et de grands initiés détachés de toute idéologie politique ». Bref, des spécialistes à la place d’élus issus du mouvement ouvrier et porteurs des volontés d’émancipation de celui-ci.
  • Même si certains étaient déjà présents, les ingrédients servis dans les années 1930 « pour faire l’Europe », sont là en 2017 pour « Adapter la France au mondialisme » :
    • Entrisme au plus haut niveau de l’Etat et du Parlement, des milieux de la grande industrie et de la haute finance,
    • Discours affirmant le nécessaire dépassement des clivages politiques « Droite- Gauche », au nom du « bien commun » et du « Corporatisme à la française », autres concepts cher à l’Eglise catholique,
    • L’affirmation de la primauté à accorder à l’axe Franco-allemand.
    • Une Assemblée nationale constituée majoritairement d’une « Elite intellectuelle » et d’ « Experts de la Société civile » sans liens avec l’histoire du mouvement ouvrier,

 

Avec Macron voici venu le temps de la démocratie postmoderne débarrassée de tout ce qui la structurait depuis la révolution française ! Les mois à venir vont être celles de « La remise de la France en ordre », ou si vous préférez de la « Fin des désordres révolutionnaires », pour enfin bâtir le vrai « Ordre révolutionnaire », le Nouvel Ordre Mondial dont il est le représentant.

Autoritarisme des experts, lois Sécuritaires, lutte contre le terrorisme et les désordres de la rue ou de l’usine, tel est le processus qui démarre et ne risque pas d’être entravé par des centrales syndicales visiblement peu pressée d’en découdre, à l’inverse de l’empressement qu’elles ont eu dans leurs consignes de vote ! L’ordre règnera et le peuple louera Macron, l’homme du « mondialisme à visage humain » !

Mais au fait, connaissez-vous certains des dirigeants de ce mouvement de l’entre-deux guerres et savez-vous ce qu’ils sont devenus en 1939 ?

– Gabriel Leroy-Ladurie, cogérant de la banque Worms financera le Parti Populaire Français créé en 1936 par Jacques Doriot,

– René Belin, sera le futur Secrétaire d’Etat de Vichy. Ministre du travail de Pétain, il sera le rédacteur principal de la « Charte du Travail », corporatisme à la française, devant réunir « patrons et salariés sur le même bateau »,

– Ernest Mercier, patron d’une cinquantaine de grandes entreprises dont La Compagnie Française des pétroles. Il figurera en bonne place dans la liste des « 200 familles »,

– Jean Bichelonne, sera ministre de Pierre Laval,

– Pierre Pucheu, militant des « Croix de feu », financeur de l’extrême droite, sera également ministre sous le gouvernement de Vichy,

– Georges Villiers, un des rares à être rentrer dans la résistance face au nazisme, deviendra le premier patron de la Confédération Nationale du Patronat Français

(CNPF), de sa création en 1946 jusqu’en 1966,

– Edmont Giscard d’Estaing, le papa de Valéry, est considéré comme le cheval de Troie de l’Opus Dei en France ; sera honoré de la francisque.

A de rares exceptions tous les ces personnages du mouvement « Synarchie » (plus de 1000 membres en 1935) furent de près ou de loin mêlés à la « germanisation des esprits » avec le choix d’un « rapprochement franco-allemand » durant les années 1930, rapprochement suscité par de gros industriels sur le modèle « du gouvernement des experts remplaçant le modèle démocratique ».

Liés à l’extrême droite et à l’intégrisme catholique, on retrouvera beaucoup de ces hommes dans la « Cagoule » qui échouera dans sa tentative de coup d’Etat en novembre 1937, et bien sûr dans la collaboration au régime nazi. Quand on sait les choix politiques des synarchistes d’hier, on est en droit de craindre les choix des synarchistes d’aujourd’hui dans une situation de crise….qui ne devrait pas tarder à éclater par ailleurs !

On est également en droit de se demander où est la plus grande menace fasciste : dans les commandos du FN ou parmi les « Costards cravates bien propres sur eux », porteurs des « Attachés case bien remplis d’idées libérales » qui remplissent les lieux dits républicains ! Les leçons de l’histoire ne sont malheureusement jamais retenues et ainsi, si l’histoire ne se répète pas, elle a tendance à fortement bégayer !

 

Michel Di Nocera

 

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