Les fins de non-recevoir d’un pouvoir hors-sol, la colère du Peuple-VOX POPULI VOX DEI

On a tous vu et entendu Macron lors de son passage contraint à la télévision, suite aux manifestations répétées des Gilets Jaunes. Un exercice de bonneteau facile à prévoir qui n’a satisfait que les vendus de la macronie, mais qui n’a fait que convaincre les GJ de poursuivre dans le même sens.

 

On peut affirmer que le Peuple doit subir des stricts interdits, au risque d’être moqué, ignoré, et qu’on ne lui réponde même pas sauf parfois avec une carabistouille expédiée à la hâte. Cela se traduit par : « Pourvu que je n’exige ni rétablissement de l’ISF, ni augmentation réelle du SMIC, ni taxation juste des grands groupes en général et du GAFAM en particulier, ni référendum d’initiative populaire, ni excuses pour les abus de langage du président de la République, je puis parler de tout librement — tant que je m’en tiens aux formes « démocratiques », ce qui consiste à m’en remettre à la représentation nationale et à des députés-godillots… »

Cette constatation, qui montre bien qu’on ignore dédaigneusement la VOX POPULI, a des précédents historiques qui se sont avérés fâcheux pour le pouvoir en place. Pour preuve les écrits de Beaumarchais…

« Pourvu que je ne parle en mes écrits ni de l’autorité, ni du culte, ni de la politique, ni de la morale, ni des gens en place, ni des corps en crédit, ni de l’Opéra, ni des autres spectacles, ni de personne qui tienne à quelque chose, je puis tout imprimer librement, sous l’inspection de deux ou trois censeurs. »C’est dans le Mariage de Figaro, écrit en 1778 mais joué pour la première fois dans une vraie salle de théâtre en 1784. Très peu de temps avant la Révolution.

Chef-d’œuvre du théâtre français et universel, la pièce « le mariage de Figaro » est considérée, par sa dénonciation des privilèges archaïques de la noblesse et plus particulièrement de l’aristocratie, comme l’un des signes avant-coureurs de la Révolution française, donc comme une œuvre politique et satire de la société inégalitaire et de la justice vénale d’Ancien Régime.

Louis XVI la qualifia « d’exécrable, qui se joue de tout ce qui est respectable » et dont « la représentation ne pourrait qu’être une inconséquence fâcheuse, sauf si la Bastille était détruite ». On attribue au grand révolutionnaire Danton le verdict « Figaro a tué la noblesse ! », et à Napoléon la sentence : « C’est déjà la Révolution en action ! ».

 

D’autres exemples historiques où le pouvoir pensait pouvoir piétiner le Peuple

 

En 1629, Antonino Diana, un célèbre Jésuite, commence à publier ses Resolutionum moralium partes duodecim, dans lesquelles, reprenant l’opinion du doctissime Gabriel Vasquez, autre casuiste de référence, il note : « Ce que les personnes du monde, les nobles, gardent pour relever leur condition et celle de leurs parents n’est pas appelé superflu ; et c’est pourquoi à peine trouvera-t-on qu’il y ait jamais de superflu dans les gens du monde, et non pas même dans les rois. »Traduisons, à l’usage de nos contemporains : les gens riches ne sont jamais assez riches pour maintenir leur condition de gens riches ; ils n’ont donc pas à payer d’impôt — ni, au XVIIe siècle, à pratiquer l’aumône. Seuls les pauvres y sont astreints. Cela émeut Pascal (dans la Sixième Provinciale).

Cela n’émeut apparemment pas Emmanuel Macron. Il est pourtant facile d’imposer les riches, à commencer par les riches entreprises, sur la part de bénéfices acquis en France. Mais on ne le fait pas — alors que les Américains n’hésitent pas, eux, comme l’explique Marianne cette semaine.

L’essentiel est dans le mépris dont on inonde le peuple. Et dont on l’a inondé déjà lorsqu’une conjuration de politiciens et de médiocrates (le médiocrate est, comme son nom l’indique, un homme de médias de niveau médiocre) ont renversé le vote négatif sur Maastricht. Cela fait des années que ces membres de l’oligarchie se croient supérieurs parce qu’ils ont le pouvoir au terme de processus électoraux biaisés. Des années qu’ils méprisent le peuple.

 

Eh bien, quitte à en rester au XVIIe siècle, qui vaut bien le XXIe, voici que ce que Cardinal de Retz (une des lecture favorites de Mitterrand) déclarait à Condé, qui avait pour la populace le mépris de tous les aristocrates, au moment de la Fronde : « Je sais que vous comptez les peuples pour rien ; mais je vous supplie de me permettre de vous dire que l’on les doit compter pour beaucoup, toutes les fois qu’ils se comptent eux-mêmes pour tout. Ils en sont là : ils commencent eux-mêmes à compter vos armées pour rien, et le malheur est que leur force consiste dans leur imagination ; et l’on peut dire avec vérité qu’à la différence de toutes les autres sortes de puissance, ils peuvent, quand ils sont arrivés à un certain point, tout ce qu’ils croient pouvoir. »

Le deux poids deux mesures de la macronie, de son laxisme et de ses abus

 

Si nous disposons de l’arsenal juridique qui permet d’arrêter préventivement un millier de gilets jaunes sous prétexte qu’ils ont un masque et un tuba dans leur voiture, pourquoi, sous prétexte qu’ils ont chez eux des armes, et à leur palmarès quelques dizaines de méfaits divers, n’arrêtons-nous pas quelques milliers de Fichés S susceptibles d’endeuiller lourdement les marchés de Noël ?

Prédiction raisonnable à l’adresse d’un pouvoir hautain, méprisant, et déconnecté

 

Peu importent les forces policières, la répression, les arrestations préventives les lacrymogènes par milliers. Peu importent les discours raisonnables, la condamnation de la violence (mais où est exactement la violence ?), les propositions de commissions-pour-noyer-le-poisson, et les aumônes de quelques sous. Le peuple a ouvert les vannes. Bien malin celui qui saura les refermer — ou même prévoir quand elles se refermeront. Même si le mouvement des gilets jaunes s’étiole en surface, il brûle désormais en sous-sol, et ressortira pour les Européennes — et au-delà. Le pouvoir est rappelé à une réalité que d’autres avant eux dans l’histoire avaient souligné : VOX POPULI, VOX DEI

Les GJ, avant-gardes du Peuple dans son désir libérateur arrivé au point d’ébullition, a trouvé la méthode, les manifestations à répétitions, et le remède ultime : la démocratie participative. Les deux vont perdurer, s’amplifier, se décliner, s’organiser et, au final VAINCRE !

 

 

Sur une idée inspirée de Jean-Paul Brighelli, développée

 

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