Qui est derrière les Gilets Jaunes, agissant en coulisses ?

On ne pense pas que quelqu’un tire les ficelles, ou dicte une stratégie pour les GJ. Mais il est avéré que des pays ennemis de Macron et de l’Europe interviennent pour attiser la contestation. La Russie est derrière de faux comptes qui attisent la contestation sur les réseaux sociaux

 

Selon le Times et Bloomberg, la Russie se trouve derrière des centaines de faux comptes qui cherchent à amplifier la contestation des Gilets jaunes sur les réseaux sociaux. Les autorités françaises ont lancé des vérifications, a fait savoir samedi soir une source proche du dossier à l’AFP. C’est Le Drian qui dirige cette recherche.

Sur les réseaux sociaux, des centaines de faux comptes attisent la contestation des Gilets jaunes. (Reuters)

 

« Des comptes russes alimentent en ligne l’indignation de la France. » Cet article du Times, paru samedi, n’est pas passé inaperçu. Le journal britannique attribue à Moscou les centaines de faux comptes qui alimentent la colère des Gilets jaunes sur les réseaux sociaux. Des sources proches du dossier, citées par l’AFP, ont confirmé que les autorités françaises avaient lancé des vérifications après la multiplication de ces faux comptes. C’est le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN) qui est en charge de coordonner les vérifications en cours.

Une autre source proche du dossier indique qu’il est trop tôt pour se prononcer sur les informations parues dans le Times, mais que les services français sont attentifs à la manipulation de l’information. C’est un sujet qui nécessite des investigations lourdes et complexes, précise-t-on encore.

200 comptes Twitter diffusent de fausses photos et vidéos

 

Le Times cite des analyses menées par la société de cybersécurité New Knowledge. Selon cette source, quelque 200 comptes Twitter diffusent des photos et des vidéos de personnes grièvement blessées par la police, présentées comme des Gilets jaunes. Selon le journal, cela représente quelque 1.600 tweets et retweets par jour. Problème : ces images datent d’événements n’ayant rien à voir avec les manifestations qui se déroulent partout en France depuis un mois.

Il s’agit d’un indice assez fort d’une volonté d’amplifier le conflit. Bloomberg rapporte également le même type d’information, citant l’organisation américaine Alliance for Securing Democracy. Selon le média américain, sur les quelque 600 comptes Twitter connus pour faire la promotion des idées du Kremlin, le hashtag #giletsjaunes est en tête. « Il s’agit d’un indice assez fort d’une volonté d’amplifier le conflit », commente l’analyste Bret Schafer.

Toujours selon Bloomberg, ces faux comptes insistent notamment sur le fait que dans les rangs des forces de l’ordre, la mutinerie n’est pas loin. Cette affirmation, non étayée par des faits, ressemble à d’autres campagnes de désinformation soutenue par le Kremlin et dont le but était de susciter la méfiance à l’égard des gouvernements occidentaux et de montrer que les démocraties libérales sont en déclin, précise encore le spécialiste des réseaux sociaux.

Quel impact sur les internautes français?

 

Bloomberg précise qu’une grande partie des informations relayées par ces comptes Twitter proviennent de médias pro-russes, tels RT, Sputnik et Ruptly, une agence de presse vidéo basée en Allemagne et appartenant à RT. Tous ces médias ont rapporté ces derniers jours des informations selon lesquelles les policiers français ne soutenaient plus Emmanuel Macron et se rangeaient du côté des manifestants, s’appuyant sur deux syndicats policiers ultra-minoritaires en France.

Deux de ces médias ont par exemple diffusé une vidéo, très partagée sur les réseaux sociaux, de policiers à Pau en train de retirer leurs casques, décrivant ce geste comme une marque de solidarité avec les Gilets jaunes. Or, il n’en était rien ont confirmé journalistes et policiers sur place, précisant que ces derniers avaient brièvement retiré leurs casques pour discuter avec les manifestants.

Bloomberg précise qu’il est difficile de mesurer la portée de ces informations sur les internautes français, l’auditoire des ces médias en France étant limité. « Toutefois, quand des informations négatives sont partagées de façon persistante et massive, une partie finit par atteindre les utilisateurs français des réseaux sociaux », relève Bret Schafer.

Des médias pro-russes déjà désignés pendant la présidentielle française

 

Ce n’est pas la première fois qu’une ingérence russe dans les affaires françaises est évoquée. Cela a en effet déjà été le cas pendant l’élection présidentielle de 2017, avec des attaques perpétrées par des hackers et visant les équipes d’Emmanuel Macron. Les médias pro-Kremlin RT et Sputnik avaient aussi relayé des fake news et des rumeurs sur le candidat. Aux Etats-Unis, le sénateur républicain Richard Burr, chef de la commission du Renseignement du Sénat chargée d’enquêter sur l’ingérence de la Russie dans la présidentielle américaine, avait déclaré à l’époque : « Je pense qu’il est raisonnable de dire, d’après ce que tout le monde estime, que les Russes sont activement impliqués dans les élections françaises. »

Pourquoi la Russie ?

 

La Russie est une kleptocratie impériale dirigée par un empire énergétique contrôlé par l’État. Elle cherche à diviser et à conquérir l’Occident, à transformer les nations en conflit en Europe en vassaux soumis et à laisser les États-Unis isolés, sans amis et sans pertinence.

Le Kremlin et Gazprom (même chose) utilisent une stratégie de désagrégation, de cooptation et de préemption en trois parties.

Leur objectif est de décourager l’Union européenne de mettre en place une politique énergétique commune et cohérente. Ils cherchent à désagréger les gouvernements européens en séparant l’UE ou en la rendant impraticable, puis en persuadant ses gouvernements de conclure des accords bilatéraux. Ils coopèrent avec de puissants acteurs nationaux pour former des joint-ventures et les transforment en de puissants lobbyistes russes: Pensez à Gazprom qui embauche l’ancien chancelier allemand Gerhard Schroeder. Ils préviennent l’émergence de sources d’approvisionnement concurrentes, de la Libye à la Bolivie.

De toute évidence, si un groupe de manifestants français émerge avec des points de discussion qui sonnent comme si le Kremlin écrivait son scénario (non seulement ils exigent des combustibles fossiles moins chers, ils cherchent le retrait de la France de l’OTAN), il est inévitable que le Kremlin trouve cela passionnant et agréable. – et va essayer d’amplifier les voix des manifestants.

C’est d’autant plus grave que le Kremlin n’aime pas Macron, qui ne veut pas faire de la France une satrapie du Kremlin autant que ses rivaux d’extrême gauche et d’extrême droite: tous deux sont prêts à jurer leur fidélité à Moscou.

Sputnik et RT ont rapporté ces derniers jours que la plupart des forces de police françaises ne soutiennent plus Macron et se rangent du côté des manifestants. Leurs sources: des représentants de deux petits syndicats de policiers qui, ensemble, ont remporté moins de 4% des voix aux élections syndicales nationales organisées ce mois-ci. Sputnik et RT ont également montré une vidéo – largement partagée sur les médias sociaux français – de la police de Pau, ville du sud-ouest du pays, retirant ses casques, ce qui a été décrit comme un signe de solidarité avec les manifestants. La police locale et les journalistes présents sur les lieux ont déclaré que la description était fausse. Ils ont déclaré que certains officiers avaient brièvement retiré leurs casques pour parler aux manifestants avant de les remettre.

En réponse aux questions de Bloomberg News, Sputnik a par la suite corrigé son article sur la solidarité de la police à Pau avec les manifestants, affirmant que le rapport « n’a pas encore été étayé par des preuves ». RT a déclaré que son article sur la police côtoyant les manifestants, basé sur les commentaires du président d’un syndicat de policiers mineurs, était justifié par le fait qu’il avait été cité par d’autres organes de presse.

Macron s’est plaint à plusieurs reprises au cours de sa campagne de 2017 que les médias contrôlés par le Kremlin diffusaient de fausses informations à son sujet, parce qu’il avait adopté une position plus dure envers la Russie que ses rivales principales, Marine Le Pen du Front national d’extrême droite et François Fillon du Parti républicain conservateur. . Mais des histoires négatives, telles qu’un rapport Sputnik affirmant que Macron vivait une «double vie» et s’appuyaient sur un «lobby riche pour les gays», n’ont jamais gagné du terrain.

Dans un cas, un site Web factice ressemblant à celui d’un journal belge a révélé que la campagne de Macron était financée par l’Arabie saoudite. La source du canular n’a jamais été déterminée, mais le groupe de travail East Stratcom de l’Union européenne, qui suit les efforts de désinformation menés par la Russie, a déclaré qu’il présentait des similitudes frappantes avec un précédent incident lié à une «usine à trolls» russe.

Par ailleurs, la campagne Macron a été l’objet d’attaques de phishing par courriel répétées ressemblant à celles utilisées par la Russie contre les organisations du parti démocrate aux États-Unis. Le Kremlin a déclaré qu’il n’était impliqué dans aucune fausse information ni cyberattaque sur Macron, qualifiant de telles accusations de « calomnie ».

La Russie hait Macron et l’Europe

 

Il faut comprendre que la Russie sait très bien que Macron est une créature de l’OTAN, qui ne peut exister que si l’Europe existe. La Russie sait très bien aussi que Macron veut relancer l’Europe. Pour ces deux raisons Macron est l’ennemi juré de la Russie. Décidemment le petit monsieur a beaucoup d’ennemis.

Les Gilets Jaunes sont indépendants de la Russie, mais celle-ci souffle sur les braises et joue un rôle non négligeable. Aujourd’hui Hillary Clinton et les démocrates aux Etats-Unis clament à qui veut l’entendre que la Russie a été déterminante dans leur défaite aux présidentielles.

 

Algarath

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2 Commentaires
  • Crollalanza
    Publié à 12:19h, 16 décembre Répondre

    Ah! Ce texte! Ces illustrations ! J’ai bien ri…

  • Floriot
    Publié à 08:54h, 17 décembre Répondre

    J’avoue avoir bien ri à la lecture de cet article. Merci.

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