Pour ceux qui ne connaissent pas Peter Dale Scott

S’appuyant sur plus de quatre décennies de recherches, Peter Dale Scott nous offre une analyse inédite de l’« État profond américain », un système informel et méconnu, dont l’influence sur l’histoire contemporaine est absolument majeure. En dehors du cadre légal, celui-ci conditionne secrètement, souvent illégalement, les politiques officielles de l’État public à Washington – voire les contredit, ou les neutralise.

 

Observateur politique de premier plan, Scott décrit le processus de militarisation croissante des États-Unis, en particulier depuis le 11 Septembre. Il explique également l’origine de la « dérive sécuritaire » (écoutes et surveillance illégales, détentions arbitraires massives, usage de la torture, assassinats ciblés) et de l’accroissement des inégalités de revenus que connaît ce pays depuis la guerre du Vietnam.

 

L’État profond constitue aujourd’hui un système quasi institutionnalisé dans des agences (comme la CIA et la NSA) qui échappent au contrôle démocratique. Mais il ne se limite pas à ces services secrets, et l’auteur décrit notamment l’influence excessive d’entreprises privées telles que Booz Allen Hamilton (l’ex-employeur d’Edward Snowden) et la SAIC, 70 % des budgets du Renseignement aux États-Unis étant aujourd’hui sous-traités. Derrière ce système opaque, où la distinction entre « public » et « privé » semble pour le moins ténue, il retrace l’influence traditionnelle des banquiers et des avocats de Wall Street alliés aux « super majors », les plus grandes compagnies pétrolières internationales.

 

Il explique ainsi comment les pétromonarchies du golfe Persique, les entreprises de défense états-unienneset Wall Streetont formé ensemble et progressivement un État profond supranational– qui mène des politiques parfois radicalement opposées aux intérêts nationaux des États-Unis, de son peuple et de ses institutions.

 

Un travail remarquable qui clôt avec brio la trilogie entamée avec La Route.

 

Ayant écrit une dizaine d’ouvrages spécialisés depuis 1972, il est un Expert dans les domaines des opérations secrètes et du trafic de drogue international. Peter Dale Scott est ainsi l’un des principaux auteurs et chercheurs en matière de « Para politique » ou de ce qu’il appelle la « Politique profonde » — qu’il a défini comme étant « l’ensemble des pratiques et des dispositions politiques, intentionnelles ou non, qui sont habituellement refoulées dans le discours public plus qu’elles ne sont admises ». Roger Morris, ancien membre du Conseil de sécurité nationale des États-Unis sous les présidences de Lyndon Johnson et de Richard Nixon, a dit de Peter Dale Scott qu’il est « […] l’un des écrivains politiques et historiques les plus brillants, créatifs et intellectuellement stimulants du dernier demi-siècle. Son dernier ouvrage La Route vers le Nouveau Désordre Mondial, réaffirme la singularité de cet auteur visionnaire et défenseur de la vérité. »

 

Citons plus bas Wikipedia, dont le contenu est du domaine public n’en déplaise aux fâcheux : Depuis 1972 et la publication de son premier livre (The War Conspiracy), Peter Dale Scott développe le concept de « Para politique »comme grille d’analyse des opérations clandestines, du trafic de drogue international, des assassinats de certaines personnalités politiques (comme JFK ou Orlando Letelier) ainsi que des événements ayant précipité ou facilité les interventions militaires des États-Unis. Il définit la Para politique comme « un système ou une pratique de la politique où la transparence est consciemment atténuée. Plus généralement, la Para politique désigne les activités politiques clandestines, la conduite des affaires publiques non pas par le débat rationnel et la prise de décision responsable mais par les diversions, les collusions et le mensonge. L’utilisation politique d’agences ou de para-structures insuffisamment contrôlées, comme les agences de renseignements […] Étudiée avec le recul, la doctrine Nixon représentait une application de la Para politique à une échelle jamais observée jusqu’alors. » Peter Dale Scott a ensuite fait évoluer la Para politique vers ce qu’il appelle la « Politique profonde » (Deep politics), qu’il définit comme « l’ensemble des pratiques et des dispositions politiques, intentionnelles ou non, qui sont habituellement refoulées dans le discours public plus qu’elles ne sont admises. »

On remarquera ici l’analogie flagrante avec les méthodes de Macron, notamment de l’affaire Benalla et Kohler.

Dans cette définition de la Politique profonde, l’expression « intentionnelles ou non » est importante, en ce qu’elle illustre le fait que certaines décisions ou activités para politiques ont parfois des effets non désirés — ce qui soulève le problème de l’irrationalité politique de certains dirigeants lorsqu’il est question de satisfaire des intérêts à court terme. Un exemple emblématique pour illustrer l’absence d’intentionnalité dans la Para politique pourrait être les opérations secrètes initiées en 1979 par Zbigniew Brzeziński en Afghanistan, et prolongées par William Casey, qui dirigea la CIA sous la présidence Reagan (Programme afghan, ou « Opération Cyclone »). Le résultat attendu par Brzeziński était d’attirer l’URSS dans le « piège afghan », et celui de Casey était de soutenir les forces djihadistes contre l’Armée rouge — dans la continuité de l’action de Brzeziński. Il est très peu probable que ces deux hommes aient imaginé qu’environ deux décennies plus tard, l’armée des États-Unis s’enliserait en Afghanistan dans la guerre la plus longue de son histoire.

Pour Rudy Reichstadt, rédacteur du site Conspiracy Watch, la « para politique » et la « politique profonde » sont « deux mots par la magie desquels Scott s’affranchit, sans avoir l’air d’y toucher, des modalités traditionnelles d’administration de la preuve ». Rudy Reichstadt estime que « sous les atours flatteurs de cette montée en sophistication », le concept de « politique profonde » cache un « matériel banalement complotiste »

L’Histoire profonde

 

La Politique profonde a comme fondement l’étude de ce que Peter Dale Scott nomme l’« Histoire profonde », qu’il oppose à l’« Histoire archivistique » (essentiellement basée sur les archives officielles). Selon lui, l’Histoire archivistique est « un ensemble chronologique d’événements tel qu’il est reconstruit par les historiens grâce aux archives publiques ; cette notion est à l’opposé de celle d’Histoire profonde, qui est une chronologie d’événements concentrée sur ce qui est souvent falsifié ou inexistant dans les archives publiques. »

Les événements profonds

 

Bien qu’amplement documentées, ses livres comportant habituellement des centaines de notes, les recherches de Peter Dale Scott sortent du champ traditionnel des sciences politiques ou de l’Histoire, en ce qu’elles se basent sur l’étude de certains événements historiques qu’il qualifie d’« événements profonds » — comme l’assassinat de John F. Kennedy, les incidents du Golfe du Tonkin ou le 11-Septembre. D’après lui, ces événements profonds sont « systématiquement ignoré[s] ou falsifié[s] dans les médias de masse et dans la conscience collective », et ont parfois comme conséquence de justifier ou de faciliter des interventions militaires extérieures de l’armée des États-Unis. Lorsqu’ils ont un impact durable et radical sur la structure politique et sociale américaine, Peter Dale Scott se réfère alors à des « événements profonds structurels »

Le supra-monde

 

Un autre thème récurrent dans les travaux de Peter Dale Scott est celui du « supra-monde » (overworld), qu’il définit ainsi : « Le royaume de la société riche et privilégiée, qui est le théâtre d’une influence efficace exercée sur le gouvernement par le pouvoir privé, bien que le supra-monde ne soit pas institutionnalisé, ni autorisé formellement à exercer une telle influence. Il inclut ceux dont l’influence s’exerce à travers leur richesse, qu’elle soit administrée personnellement ou plus traditionnellement par le biais de fondations exonérées d’impôts et les projets qu’elles soutiennent, et les représentants des premiers ». Ce concept a été cité par le commissaire de police et ancien officier de la DST Jean-François Gayraud dans son ouvrage Le Nouveau capitalisme criminel.

Sa définition de l’État profond

 

Dans un entretien accordé en juin 2011 à Diplomatie (magazine), la revue du géographe et politologue français Alexis Bautzmann, Peter Dale Scott explique que l’influence du supra-monde s’exerce sur le gouvernement des États-Unis à travers un milieu confidentiel et restreint qu’il appelle l’« État profond ». Cette expression fut initialement employée en Turquie pour désigner une forme de gouvernement occulte, visiblement soutenu par l’OTAN dans le cadre du réseau Stay-behind, dont l’une des émanations serait l’Ergenekon. D’après Peter Dale Scott, « Ce qu’il appelle « État profond » aux États-Unis n’est pas une institution formelle, ni une équipe secrète, mais plutôt un cercle de contacts de haut niveau, souvent personnels, où le pouvoir politique est susceptible d’être dirigé par des gens très riches. J’appelle ces gens, dont la plupart se connaît un minimum sans nécessairement avoir les mêmes intérêts, le « supra-monde ». Le résultat de leur influence, à travers le milieu de l’État profond, est ce que j’appelle la « politique profonde », caractérisée par des événements non expliqués, tels que l’assassinat du Président Kennedy et le Watergate. » Ainsi, cette définition d’un État profond américain — informel et non hiérarchisé — diffère de la définition turque, qui fait plutôt référence à un État dans l’État structuré et organisé, ou à ce que nous pourrions appeler un État dualiste.

La volonté prévalente des peuples

 

L’un des principaux concepts mis en avant en 2007 par Peter Dale Scott — revenu dans l’actualité lors du Printemps arabe ayant débuté à la fin de l’année 2010 en Tunisie — est la « volonté prévalente des peuples », qu’il définit ainsi : « Ce potentiel pour la solidarité qui, plutôt que d’être contrôlé par la répression verticale, peut véritablement être réveillé et renforcé par celle-ci. Il devient ainsi l’approbation émergente pour un changement social et politique généralement accepté. L’expression plus commune « volonté du peuple », une mise à jour de la « volonté générale »de Jean-Jacques Rousseau, est souvent invoquée comme étant l’acceptation ultime d’une décision généralement admise. Cependant, même si ce n’est pas une abstraction totale, cette expression a peu ou pas de signification durant une époque de grands troubles : la « volonté publique » doit être établie par des événements, et non pressentie de manière passive avant qu’ils se produisent. La « volonté de la majorité » est une phrase encore plus dangereuse ; les opinions des majorités sont souvent superficielles, inconstantes, et destinées à ne pas prévaloir. (Les guerres du Viêt Nam et de l’Irak sont des exemples dans lesquels la volonté momentanée de la majorité s’est avérée ne pas être la volonté prévalente). La volonté prévalente pourrait être latente durant une crise politique, sans être établie ou prouvée jusqu’au dénouement de cette crise. Par exemple, dans le cas de l’abolition de l’esclavage aux États-Unis, la résolution de cette problématique a pris de longues décennies, mais il est difficile d’imaginer qu’un autre dénouement aurait pu prévaloir. »

 

Assemblé par Algarath pour susciter la réflexion

 

 

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