«Immigration massive» et «pleins pouvoirs» : que dit vraiment le pacte de l’ONU sur les migrations ?

Merci à Said Ben qui nous informe concernant le plan Kalergi.

Algarath

 

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«Immigration massive» et «pleins pouvoirs» : que dit vraiment le pacte de l’ONU sur les migrations ?

>Politique|Paméla Rougerie|03 décembre 2018, 18h20|MAJ : 03 décembre 2018, 18h21|7
L’ONU espère réguler les mouvements de migrants qui touchent notamment l’Europe. Comme ici sur l’île grecque de Lesbos, où ils arrivent quotidiennement depuis les côtes méditerranéennes. AFP/Anthi Pazianou

Sur les réseaux sociaux, plusieurs internautes s’inquiètent de voir Emmanuel Macron signer prochainement cet accord, qui, selon eux, pourrait faire perdre à la France toute souveraineté.

Un texte qui équivaut à une « condamnation à mort de la Nation française ». Un pacte qui aura pour conséquence la disparition de nos frontières et « l’importation de nouveaux esclaves en toute impunité ». Des « pleins pouvoirs » distribués soit à Emmanuel Macron, soit à l’Organisation des nations unies (ONU).

Depuis quelques jours, l’annonce de la prochaine signature de la France du pacte sur les migrations de l’ONU, prévue lors d’une conférence à Marrakech le 10 et 11 décembre, inquiète. Le texte, qui contient 23 objectifs visant à favoriser des « migrations sûres, ordonnées et régulières », fait apparaître des rumeurs fantaisistes sur le futur du pays. Le tout exacerbé par le contexte très tendu autour du mouvement des Gilets jaunes, qui contestent de plus en plus violemment la légitimité du président Macron.

Dans des textes qui circulent sur les réseaux sociaux entre les militants du mouvement, ainsi que dans des vidéos de sympathisants regardées plusieurs milliers de fois, des internautes affirment que la signature de ce fameux pacte mondial causerait la fin de la France. Et ce, avec plusieurs arguments qui se révèlent entièrement faux.

« Les pleins pouvoirs à Emmanuel Macron »

C’est une des inquiétudes les plus partagées via les réseaux sociaux, qui est formulée de deux façons différentes. La première assure qu’Emmanuel Macron, après la signature de ce pacte, se verrait accorder les pleins pouvoirs via l’ONU, sans qu’on en sache quel est le procédé ni dans quel cadre ces « pleins pouvoirs » s’exerceraient.

 

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Voici un des messages qui circulent sur certaines pages Facebook des Gilets jaunes. DR La copie du projet du document final publié en juillet dernier, ne comporte aucune mention d’une quelconque transmission de pouvoirs ou de compétences. Les 23 objectifs listés en préambule du texte et consultables en ligne se concentrent sur les conditions de vie des migrants, avant, pendant et après leur processus de migration.

Si ces « pleins pouvoirs » s’exercent dans le cadre du contrôle de l’immigration, alors la France dispose déjà de ces prérogatives, explique Gaëtan Gorce, chercheur associé à l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques (Iris), spécialiste des questions migratoires. « Cela concerne la souveraineté de l’Etat, qui reste totalement maître en la matière », précise-t-il.

« La France sera bientôt sous la tutelle de l’ONU »

Cette seconde formulation, qui elle aussi parle d’un transfert de pouvoirs, évoque cette fois une mise sous tutelle de la France par l’ONU. Les institutions françaises ne seraient donc plus capables de gouverner par elles-mêmes, l’ONU étant la seule capable de prendre des décisions. Mais là encore, le texte, qui sera signé la semaine prochaine, ne mentionne en aucun cas la prise de contrôle du pays par les Nations unies ni la menace de mort ou de prison en cas de contestation.

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DR Ces deux dernières menaces vont d’ailleurs à l’encontre de la liberté d’opinion et d’expression, garanties par la Déclaration des droits de l’Homme et réglementées par les Codes pénal et civil en France.

« On n’est plus du tout dans une analyse sérieuse, on est dans le conspirationnisme qui ne s’appuie pas du tout sur des réalités », commente Gaëtan Gorce. « Avec ce pacte, on est très très loin de la mise en place d’un gouvernement mondial qui travaillerait à la place des Etats », analyse le spécialiste et ancien député et sénateur socialiste.

« La France n’aura plus son mot à dire »

Cet argument apparaît sous plusieurs formulations dans des publications alarmistes. A chaque fois, l’inquiétude est la même : celle de voir la France perdre sa souveraineté en matière de droit et de contrôle de ses frontières. Le contenu du pacte précise pourtant sa volonté de respecter la souveraineté des pays signataires. « Le Pacte mondial réaffirme le droit souverain des États de définir leurs politiques migratoires nationales et leur droit de gérer les migrations relevant de leur compétence, dans le respect du droit international », peut-on y lire.

« Ce pacte n’a aucun caractère obligatoire », ajoute Gaëtan Gorce. « Il ne fait que reprendre des données qui figurent dans d’autres textes, comme la Déclaration universelle des droits de l’Homme, et témoigne des intentions de l’ONU de mieux gérer la question migratoire, de protéger les Etats concernés et les populations victimes de cette situation. »

Le site France Diplomatie, édité par le ministère des Affaires étrangères, explique également ce pacte s’apparente plutôt à « un recueil de bonnes pratiques, « d’instruments de politique publique », dont les États sont encouragés à s’inspirer dans la mise en œuvre de leur politique migratoire, un menu d’options dans lequel les États peuvent utilement piocher ».

« De nouveaux esclaves en toute impunité »

C’est une inquiétude récurrente lorsqu’on parle d’immigration : celle de voir arriver des hordes de nouveaux arrivants prêts à travailler pour un salaire moindre et moins de droits, fuyant leurs conditions de vie difficiles.

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DR S’ils n’ont pas parlé de nouvel esclavagisme en place, certains représentants politiques craignent eux aussi l’instauration d’une immigration massive avec la signature de ce pacte, comme le député Les Républicains Éric Ciotti, ou encore Marine Le Pen, cheffe de file du Rassemblement national, qui souhaite que la France s’y oppose fermement. « Le but du pacte mondial de l’ONU sur les migrations est d’organiser une immigration encore plus massive que celle que nous vivons », a-t-elle déclaré dimanche sur France 3.

Mais c’est justement ce que souhaite éviter le pacte, qui affirme vouloir réduire « l’incidence et les répercussions négatives de la migration irrégulière grâce à la coopération internationale et à l’ensemble de mesures » proposées.

Selon Gaëtan Gorce, les inquiétudes formulées par les militants et Marine Le Pen sont infondées : « Le pacte va plutôt dans le bon sens d’une manière où il pousse les Etats à mieux lutter contre les filières d’immigration clandestine », juge le chercheur. « Il encourage à trouver des formes d’accueil qui correspondent aux économies des pays concernés et couvertes par le droit », ajoute-t-il, précisant que le « droit social français, très protecteur », permettrait d’éviter l’arrivée massive de travailleurs à bas prix. « Si les migrants de Calais privilégient le Royaume-Uni, c’est parce que la législation sociale y est plus flexible et permet de travailler de façon moins vérifiée. »

L’ancien élu précise également que « ce n’est pas le droit qui provoque l’immigration. Ce sont des phénomènes beaucoup plus puissants liés aux écarts de revenus, au sous-développement, aux événements climatiques, qu’on observe depuis toujours. » Même si l’ONU imposait cette ouverture des frontières – ce qui n’est pas le cas -, cela ne déclencherait donc pas des arrivées massives de pays en difficulté vers l’Europe.

« Les migrants auront tous les droits »

Là encore, certains commentateurs sont effrayés à l’idée de voir la France régulariser massivement des migrants, ce qui leur permettrait d’obtenir « tous les droits ». Mais le ministère des Affaires étrangères l’assure : « Le pacte mondial sur les migrations ne crée pas de nouveaux droits pour les migrants ».

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« En revanche, il vise à renforcer pour les migrants la protection de droits existants, garantis dans des textes qui ne sont pas toujours correctement appliqués, à commencer par la Déclaration universelle des droits de l’Homme », détaille le ministère. « Chacun trouvera dans ce pacte ce qu’il y cherche : les Etats d’arrivée la réaffirmation de leur souveraineté, les Etats d’origine et de transit l’expression d’une solidarité, et les organisations internationales et humanitaires puisqu’on y évoque la nécessité d’un traitement humain », conclut Gaëtan Gorce.

La signature de ce pacte reste cependant controversée dans de nombreux pays étrangers. Les Etats-Unis, l’Autriche, la Pologne ou encore la Hongrie se sont retirés du pacte à plusieurs étapes de son élaboration.

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