Les obligations

Je vais vous former sur les bases de ce qu’il faut connaître sur les obligations, un « primer » comme on dit en anglais. Mon ambition n’est pas de faire de vous des conseillers financiers expérimentés, mais de vous donner des notions solides sur le sujet, de quoi damner le pion à plus d’un guichetier à votre banque préférée.

 

Simplifions : Une entreprise doit se financer, et a le choix entre deux produits financiers, les actions et les obligations. Si elle vend des actions, l’investisseur devient partenaire de la compagnie. Si elle vend des obligations, l’investisseur prête ce qui est considéré comme de la dette. Cet investisseur prêteur va toucher son capital au terme de la durée de l’obligation et un coupon, un pourcentage fixe décidé au moment de l’achat-vente, chaque année. Son risque est beaucoup plus faible que quelqu’un qui achète des actions puisqu’il n’est pas partenaire de l’entreprise. Il n’a toutefois pas un risque nul, puisque l’entreprise pourrait faire défaut sur le capital et n’être en mesure de ne rien rembourser à échéance ou de ne rembourser qu’une partie, par exemple 25 cents sur le dollar (perte de 75 % du capital).

 

Les risques sont pris en compte puisqu’il y a des obligations plus sécuritaires que d’autres, comme celles cotées AAA (triple A). Des emprunteurs plus dangereux doivent emprunter à des taux plus élevés, par exemple des junk bonds (obligations de pacotille), avec un intérêt élevé, des obligations dites « à haut rendement » (high-yield bonds). Par exemple si une obligation de 10 ans AAA offre un intérêt de 2%, une high-yield pour trouver preneur peut être forcée à offrir un intérêt de 9%. Ces obligations à haut rendement sont aussi évidemment des obligations à haut risque. Le risque est que l’emprunteur fasse défaut sur la dette qu’il a contractée auprès de vous.

 

Même chose pour un pays. Maintenant prenons un pays qui offre du 2% sur des obligations vendues aujourd’hui, mais elles offraient du 5% sur le même type d’obligation il y a 3 ans. Eh bien les détenteurs des anciennes obligations verront leurs obligations baisser de valeur, et c’est une relation principalement mathématique et automatique qui s’évalue. Sur des 10 ans, ce sera environ 10 fois la différence de taux soit 10 fois 5% moins 2%, soit moins 30%. Les deux acheteurs toucheront toujours le capital pareillement à l’échéance (ici après 10 ans) mais l’un sera rétribué avec un coupon de 2% (intérêt) par an, et l’autre avec 5%.

 

Il faut donc dissocier valeur du coupon (% des intérêts) et valeur de l’obligation.

 

Je ne vais pas vous mélanger dans votre compréhension en vous indiquant toutes les nuances concernant les obligations, mais il y a d’autres types d’obligations, par exemple celles dont le taux est variable et suit l’inflation, ou d’autres qui peuvent se transformer en actions.

 

En ce qui concerne les obligations, elles suivent une courbe des taux. Par exemple, du « 1 an » paie 2% et du « 10 ans » paie 7%. En traçant une courbe des taux, elle part du plus court 3 mois à 30 ans. Évidemment on s’attend à ce que du « 30 ans » soit plus rémunéré que du 3 mois. Parfois c’est faux, et la courbe de taux s’inverse. Ces inversions sont examinées par les investisseurs futés car ils annoncent une récession à tous coups. Signalons que c’est ce qui se passe en ce moment, ce qui nous promet une récession d’envergure à venir.

 

Le taux des obligations s’est infiniment dégradé depuis 2009. Les taux d’intérêt directeurs courts, ceux-là décidés par les banques centrales, sont passés de 4% historiques depuis plus de 100 ans à quasiment zéro, et les taux longs (5 ans jusque 30 ans) ont été ramenés à une misère, dans bien des cas moins de 2 %. Cela a entraîné deux catastrophes profondes et qui tuent littéralement l’économie :

 

  • Les épargnants qui placent l’argent de leur retraite et comptent sur les intérêts pour vivre ne gagnent plus rien. On va dire que quelqu’un qui avait 1 million de dollars touchait 4% l’an soit 40,000 $ sur lesquels il pouvait vivre, sachant que les taux touchés sur les obligations bénéficient d’un abattement fiscal de 50%.
  • Toutes les grosses compagnies, les compagnies de gestion de retraites, les banques (pas les grandes banques spéculatrices), les fonds mutuels et les compagnies d’assurance ont depuis plus de cent ans établis leur commerce en plaçant à des taux d’intérêt d’au moins 4%. On leur offre aujourd’hui près de zéro, et elles sont en train de mourir.
  • Avec des taux proches de zéro, emprunter ne coûte presque rien, et cela a créé des bulles monstrueuses : immobilier, art, rachat par les entreprises de leurs propres actions, etc. Dès que les taux remontent et dans pas longtemps, il va falloir rembourser et les ventes désespérées d’actifs bradés vont ruiner ceux qui se sont endettés indûment. Attendez vous à cela dans les 2 à 5 prochaines années. Un rush vers la sortie de secours !
  • En outre, si l’inflation frappe, les prêteurs qui se sont laissés aller à accepter des obligations à taux zéro vont être ruinés. Pour information il y a aujourd’hui 14,000 milliards de dollars d’obligations à taux zéro ou négatifs soit près de 10% du montant total du marché des obligations.
  • Même si vous n’êtes pas investisseur, votre pays, la France, est emprunteur. Avec 2,200 milliards d’Euros de dette souveraine, si les taux montent de 3%, l’état français devra payer 66 milliards d’Euros chaque année au service de sa dette. Pour comparaison le budget de la défense est de 40 milliards !

 

Finissons par dire que le marché des actions représente un volume deux fois moindre que le marché des obligations, 70,000 milliards de dollars globalement contre 140,000 milliards pour les obligations, grosso modo. Autrement dit, les obligations, c’est deux fois la bourse.

 

Permettez moi de finir ce court mais néanmoins très utile topo sur les obligations par une saute d’humeur courroucée. Vous allez comprendre :

 

  • Vous lisez dans la presse : « les obligations diminuent de valeur. Vous ne pigez pas, parce que les mêmes offraient du 3 % auparavant et les nouvelles offrent désormais du 4 %. Celui qui a écrit l’article est un mauvais. Les ANCIENNES obligations diminuent de valeur car les NOUVELLES offrent plus de rendement. Il faut toujours dire, les anciennes obligations, ou les nouvelles obligations.
  • Il y a un tas de petits malins qui vous diront qu’ils n’ont que faire de la finance, des obligations et des taux d’intérêt. Ah oui ? Eh bien ils disent une ânerie. Ils sont citoyens, donc taxables par les impôts et la TVA d’un gouvernement d’un pays qui va devoir payer des intérêts supplémentaires sur sa dette souveraine (dette d’un état). Le petit malin, qui croit qu’il n’est pas concerné par les taux des obligations va devoir payer un supplément avec ses impôts. Et pas des clopinettes. Sans compter que s’ils ont emprunté pour acheter un logement ils vont la sentir passer.

 

Algarath

 

 

 

 

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