Deux Héros, les Quenu

Avez vous connu des héros dans votre vie ? Des vrais, pas des fabriqués du genre du mec en situation irrégulière qui a grimpé une façade pour sauver un enfant. Moi si, quand j’avais 13 ans j’étais pensionnaire au lycée Paul Hazard d’Armentières.

 

Daniel Quenu était surveillant et Amélie Quenu sa femme travaillait à la bibliothèque du lycée. Ceux qui étaient là se souviennent du chameau. Il était très sévère et on chiait dans nos frocs devant Monsieur Quenu. Seulement voilà, un beau jour, il y a seulement un ou deux ans, je tombe par hasard sur l’histoire cachée de Monsieur et Madame Quenu. Moment d’émotion et de grand respect pour ce couple qui a mis leurs vies en jeu pour sauver des enfants.

 

Amélie Quenu

Dans les années 30 que la famille du témoin, Georges GRINBLATAS (né en 1939) est venue s’installer en France, à Paris. Georges a une sœur aînée, Suzanne, née en 1936.

Lors de la rafle du Vel d’Hiv, grâce au sang-froid de leur mère – qui n’ouvre pas la porte – malgré l’insistance des gendarmes) les deux enfants échappent à l’arrestation.

Après quelques jours à passer d’une cachette à l’autre, les parents recherchent un moyen de mettre les deux enfants à l’abri. Suzanne va être accueillie et cachée jusqu’à la fin de la guerre chez une institutrice, Marie-Thérèse BRAUDO, demeurant rue Caulaincourt à Paris et connue grâce à une relation familiale.

Dans leurs différentes cachettes, les GRINBLATAS ont eu l’occasion de connaître une petite fille, Simone WOLINER, née en juillet 39, dite Monette.

Le frère de Marie-Thérèse BRAUDO accepte de conduire Monette et Georges chez un couple d’instituteurs, Daniel et Amélie QUENU, demeurant à Armentières (Nord). Ce couple a été trouvé par Mme BRAUDO.

Alors qu’ils s’attendaient à accueillir un seul enfant, ce sont deux enfants qui se présentent.

Les QUENU les acceptent d’emblée. Dans ce foyer sans enfant, Georges et Monette seront choyés. Leur appartenance juive est respectée. Forcément au courant de la présence des enfants, le corps enseignant a su garder le silence.

Après la guerre, toute la famille GRINBLATAS a pu se retrouver. Les relations de Georges avec ses sauveurs sont restées très affectueuses jusqu’à leur décès. Le 28 Décembre 2009, l’Institut Yad Vashem Jérusalem a décerné le titre de Juste parmi les Nations à Monsieur Quenu Daniel et son épouse Amélie.

Le témoignage

 

 

Georges et Monette pendant la guerre, avec Daniel et Yvonne Quenu qui les protégeaient pour leur éviter la déportation « Celui qui sauve une vie, sauve l’univers tout entier » cette citation du Talmud inscrite sur la médaille des Justes, Yvonne et Daniel Quenu fervents croyants catholiques la connaissait sans doute. Le 4 avril ils ont reçu à titre posthume cette médaille. La cérémonie s’est déroulée à Mornas, bien que tous deux soient originaires d’Armentières. La raison en est simple : celui qu’ils ont sauvé et qui a monté le dossier afin qu’ils soient reconnus Justes parmi les nations par l’institut Yad Vashem, y réside. Il s’agit de Georges Grinbaltas. Installé dans la commune depuis les années 1970, il est bien connu des Mornassiens pour avoir fait partie du conseil municipal, mais ils sont peu nombreux à connaître sa véritable histoire.

Quitter sa famille

 

Celle d’un petit garçon juif habitant le 3 e arrondissement de Paris, échappant de peu à la rafle du Veld’hiv et qui dû quitter sa famille pour survivre. « Mes parents ont pris la décision de me cacher dans une famille française, leurs recherches ont abouti dans le Nord, dans le milieu enseignant. On nous a conduits moi et ma petite camarade Monette, dans la nuit, à Armentières au domicile d’Yvonne et Daniel » se souvient-il. En fait ce soir-là Yvonne Quenu est seule, elle dit à l’accompagnatrice des enfants qu’elle veut bien les recueillir mais qu’elle souhaite en parler d’abord avec son mari. « C’est maintenant ou jamais » répond cette dernière. « Alors c’est d’accord » décide aussitôt Yvonne.

Suivront trois années durant lesquelles Georges appellera le couple Quenu tante Yvonne et tonton Daniel. « J’avais des faux papiers appartenant à un enfant décédé sous les bombardements à Dunkerque. Je m’appelais Georges Brossard j’allais à la maternelle et parfois à la messe pour donner le change. On nous avait recommandé de ne jamais dire nos véritables noms, j’aurais été bien en peine de le faire, ne le connaissant pas » raconte celui qui avait à peine trois ans à l’époque.

Ses parents lui manquent

 

Le petit Georges pleure le soir avant d’aller se coucher, car ses parents lui manquent. Mais l’amour est présent dans cette petite famille de circonstance. Le danger n’est jamais loin non plus. Le témoignage d’une institutrice travaillant dans l’école où étaient scolarisés Georges et Monette en est une preuve. « On m’a rapporté que le directeur qui était membre d’un réseau de résistance, à fait venir dans son bureau un enseignant connu pour collaborer, il lui a dit : “si jamais il arrive quoique ce soit à ces deux petits tu ne finiras pas la journée” » se remémore-t-elle dans une lettre qui figure dans le dossier de l’institut Yad Vashem.

 

Il n’a jamais oublié

 

Après la guerre Georges a retrouvé sa sœur et ses parents qui avaient également échappés aux rafles. Mais il n’a jamais oublié sa famille d’Armentières. « J’allais régulièrement chez eux, j’y étais chez moi, à 19 ans j’ai même habité encore un an chez eux car je faisais mes études à Lille » explique-t-il. Les époux Quenu seront les témoins de son mariage, et après qu’il s’est installé à Mornas ils lui rendront visite dans le Vaucluse. Daniel est décédé en 1981 et Yvonne en 1999. En 2006, Georges Grinbaltas décide de réunir les documents nécessaires à l’attribution de la médaille des Justes à ses sauveurs. C’est cette démarche qui va voir son aboutissement le mardi 5 avril, avec la remise de la médaille à un neveu du couple Quenu, en présence d’un représentant de l’institut Yad Vashem et d’Israël.

Un surveillant peau de vache qui ne souriait jamais, ne parlait pas mais punissait ô combien était un héros. Un vrai, pas Rocky Balboa, pas Goldorak ! Je garde un souvenir ému de lui et de son épouse, qu’on n’aimait pas non plus. Pas notre faute, en 1962 on ne savait rien de l’héroïsme de ces deux-là !

 

 

Algarath

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