Guérison Diabète Dr Guelpa

D’ GUELPA

Autointoxicationet

Désintoxication

Quoid scripsi vixi.

O. DOIN ET FILS, éditeurs. PARIS

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A MON CHER NEVEU
Le DOCTEUR LOUIS RÉGISCOLLABORATEUR SAVANT ET DÉVOUÉ JE DEDIE CE TRAVAIL

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Preface

La médecine, a-t-on dit, est une science d’observation ; c’est aussi et plutôt une science d’interprétation : un fait ne vaut que par les déductions que l’on en tire.

Un maître en thérapeutique, Dujardin-Beaumetz, avait constaté, en 1880, par des expériences précises, qu’une maladie aiguë évolue d’autant plus promptement vers la convalescence que le malade perd plus rapidement et plus régulièrement de son poids. Avant lui, les empiriques naturistesavaient déjà affirmé que, dans les affections chroniques, ne guérissent vite et bien que ceux qui maigrissent sous l’influence du traitement. Voilà le fait.

Quant à l’interprétation, les naturistes, gens simplistes, l’avaient donnée en disant que cet amaigrissement est dû à l’expulsion de « substances étrangères » entretenant la maladie. L’explication nous paraît vraie. Aujourd’hui, en effet, il est scientifiquement démontré que, lorsque l’organisme ne peut plus brûler, neutraliser ou éliminer la totalité des déchets issus du mouvement vital, il les dilue par réduction d’eau dans les tissus et les « dépose » dans les points où la circulation est peu active, afin d’éviter une saturation toxique des humeurs qui compromettrait immédiatement l’équilibre fonctionnel constituant la santé, — d’où un engraissement ou tout au moins une augmentation de poids qui se dissipe quand, par une thérapeutique appropriées on provoque une décharge des « matières usées » ainsi accumulées.

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Se basant sur ce raisonnement, le Dr Guelpa a institué une méthode de traitement destinée à déterger aussi rapidement et complètement que possible les organismes qui sont en cet état d’intoxication latente. Il l’a pendant quinze ans, expérimentée sur lui-même et sur de nombreux malades, et nous expose aujourd’hui les résultats de sa pratique. Ils sont hriliants et ses observations sont convaincantes pour qui veut les lire sans s’étonner de la hardiesse dos procédés employés.

Cette méthodeconsiste dans une diète hydrique de deux à six jours, associée à des purgations quotidiennes : la diète, afin d’affamer l’organisme, de le mettre dans l’obligation de brûler ses toxines et ses vieux tissus ; des cellules nouvelles se développent à la place des anciennes : il y a renouvellement des tissus, rajeunissement’ des fonctions ; les purges, afin de calmer les malaises résultant de la privation de nourriture, de désinfecter le tube digestif et de drainer vers l’intestin les résidus immobilisés dans les coins les plus reculés de l’économie. A notre avis, leur action est encore plus complexe : pendant le jeûne, l’appareil digestif, d’absorbant qu’il est en temps normal, se fait éliminateur et les purges ont pour effet d’empôcher les résorptions des produits qui cherchent une issue par cette voie. Aussi parlageons-r.ous l’opinion du Dr Guelpa qui veut qu’on les associe toujours à la diète, lorsqu’on prolonge celle-ci plusieurs jours.

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Ainsi qu’on peut le prévoir, la méthode de notre confrère trouve en médecine do nombreuses indications, notamment dans les maladies par ralentissement de la nutrition. L’une d’elles a été particulièrement étudiée par le D’Guelpa, qui lui consacre toute la première partie de son livre; nous voulons parler de diabète, plus exactement du diabète arthritique.

S’appuyant sur cette constatation que les régimes qui réussissent le mieux dans cette maladie se ramènent tous à une réduction plus ou moins déguisée de l’alimentation, le DrGuelpa a soumis systématiquement ses diabétiques à la diète accompagnée de purgations, et cela sans craindre l’amaigrissement tant redouté par les malades et les médecins. L’expérience lui a donné raison : non seulement la glycosurie cède avec une rapidité étonnante, mais les forces renaissent et le diabétique cesse de l’être au sens clinique du mot.

Les observations de l’auteur en font foi, Longuement discutées à la Société de médecine de Paris et à la Société de thérapeutique, elles ont été le point de départ de controverses et de communications importantes, relatées dans cet ouvrage, et qui jettent un jour tout nouveau sur nombre de questions encore mal élucidées à l’heure présente.

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Tel est, dans ses grandes lignes, le livre du Dr Guelpa. Il est essentiellement évocateur d’idées; c’est le meilleur compliment qu’on puisse en faire.

Ajoutons qu’en le lisant on ne peut s’empêcher de penser que la médecine d’autrefois — diètes et purges —, pas plus que le bon sens, ne perd jamais ses droits. Un peu de science éloigne d’Hippocrate, beaucoup de science y ramène.

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Dr. L. Pascault

Cannes. le 1″ février 1910.

AVANT-PROPOS

II y a un an, j’ai communiqué aux Sociétés de Médecine et de Thérapeutique, le résultat de vingt années d’observations et recherches cliniques sur l’importance capitale de la désintoxication en hygiène et en thérapeutique.

Accueillie avec surprise d’abord, longuement discutée ensuite, ma thèse, grâce au concours de mes éminents argumentateurs, et par les faits qui, chaque jour, la corroborent, m’a semblé mérite. » l’examen el le contrôle du monde médical.

C’est pourquoi je l’ai exposé en cette publication. Les discussions, qu’elle a déjà soulevée, lui ont donné un tel développement, que j’ai cru indispensable de les reproduire ici. Quelques redites en sont résultées, que le lecteur voudra bien excuser.

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AUTOINTOXICATIONET

DÉSINTOXICATION

Naturam morborum Curationes ostcndunt.

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Depuis une quinzaine d’années je me suis occupé à différentes reprises de la question de l’amaigrissement scientifique. J’ai été amené à ces recherches par les expériences de notre regretté ancien président Dujardin-Beaumetz, sur la variation du poids des malades, particulièrement dans la fièvre typhoïde. Avec son élève le Dr Stackler, il avait démontré par les graphiques d’une bascule enregistreuse, sur laquelle posait le lit du malade, que la dothiénentérie évoluait d’autant plus favorablement et promptement vers la guérison que l’amaigrissement était plus régulièrement rapide jusqu’à la disparition de la fièvre, c’est-à-dire jusqu’à l’extinction de la maladie. Ces expériences, qui ont été, par la suite, comme un phare dans le cours de ma longue pratique médicale, prouvaient de façon pour ainsi dire mathématique que la maladie est surtout déterminée et entretenue par une quantité de produits de fermentation et par des déchets de tissus intoxiqués, que le corps doit éliminer avant de pouvoir revenir à la santé. De sorte que plus tôt cette élimination se produit et plus tôt le malade est guéri.

Cette constante relation entre l’amaigrissement et le retour à la santé dans les états fébriles, m’a paru devoir également exister pour les états qui sans être vraiment pathologiques ne sont pas absolument hygides. Convaincu de l’exactitude de cette induction, j’ai voulu me rendre compte des difficultés et des avantages qu’il y aurait à pratiquer une cure d’amaigrissement. A cet effet j’ai entrepris une série d’expériences sur moi-même.

Contrairement à ce qu’on pourrait supposer a priori, la cure de privation peut être supportée, je ne dis pas agréablement, mais acceptablement pendant plusieurs jours sans de trop grands inconvénients. On souffre, il est vrai, de mal de tête, de délabrement de l’estomac, de vertiges, de prostrations des forces. Toutes ces manifestations sont plus accentuées le premier jour que les suivants. Mais ces

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malaises assez pénibles, uniquement dus au simple jeûne, disparaissent presque totalement, si on a le soin de se purger abondamment tous les jours. Dans ce cas, surtout si la cure est faite pendant la saison chaude, elle est généralement supportée avec la plus grande facilité et, il est à noter que plus on la répète et plus on l’endure facilement. Les résultat», jamais mauvais, sont plus satisfaisants qu’on ne pourrait le supposer.

Observation I. — II y a une dizaine d’années, un de mes clients qui était atteint de diabète gras a 100 et quelques grammes de glucose, et à qui j’appliquais sans succès le traitement de Bouchardat, me demanda s’il lui serait possible malgré son état de santé de contracter une assurance sur la vie. Naturellement, je lui répondis aussitôt qu’il ne fallait pas seulement y penser. Puis, comme j’avais déjà pratiqué nombre de fois l’auto- expérience du jeûne complété par la purgation, et que je commençais à en connaître la portée, il me vint à l’idée que rationnellement la cure, que je répétais précisément en ce moment, pouvait être utile et rapidement efficace contre le diabète. Je proposai donc à mon malade de vouloir s’y soumettre. Quoiqu’un peu à contre-cœur, il accepta mon conseil et l’exécuta consciencieusement. Mais quelle fut sa récompense ! Dès le soir du deuxième jour, la liqueur de Fehling ne réduisait plus ses urines et, le troisième jour, il pouvait hardiment se présenter au médecin de l’assurance, qui ne put trouver d’empêchement à son admission.

Ce succès vraiment expérimental m’a engagé à poursuivre avec plus d’ardeur ces recherches, au point de vue physiologique. Les résultats, qui ont dépassé de beaucoup mes plus favorables prévisions, font l’objet d’un travail que je dois publier prochainement. Mais, dès à présent, je tiens à en extraire quelques observations ayant pour objet la cure du diabète et qui s’ajoutent à la précédente. Elles sont très récentes et suggestives. Je vous demande la permission de vous les résumer sommairement.

i AUTOINTOXICATION KT DÉSINTOXICATION

Observation II. — M. B-. 45. rue Montorgueil, quarante ans, tailleur; fut traité par moi il y a quatre ans pour diabète à 100 grammes. Acharné au travail, il s’était insuffisamment soigné, et il lui était resté de l’essoufflement, de l’affaissement des forces, de la bouffissure et une respiration rebelle et abondante (il était obligé de changer de linge de corps trois ou quatre fois par nuit). Dernièrement, une toux très pénible lui fit craindre une complication tuberculeuse. L’examen de la poitrine révéla de la congestion broncho-pulmonaire

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généralisée et l’analyse des urines indiqua une densité de 1.026 et 6 grammes de sucre pour deux litres d’urine. Comme il me paraissait remplir les conditions favorables pour la cure de privation, je lui prescrivis de prendre quotidiennement, pendant trois jours, une bouteille d’eau de Janos chauffée, de s’abstenir pendant ce temps de tout aliment, de boire à volonté des infusions de thé, de queues de cerises, de menthe ou tout simplement de l’eau. Le résultat fut si heureux que le malade, enchanté, accepta de répéter la cure après trois jours d’une alimentation modérée. A la suite de celle seconde cure, c’est-à-dire moins de dix jours après le commencement du traitement, dix jours passés, non au lit, mais au travail, on ne constatait plus rien d’anormal dans la poitrine, le malade ne toussait plus, ne transpirait plus, n’avait plus de sucre et il travaillait aussi bien que jadis. Je l’ai engagé à se soumettre de temps en temps à cette cure de privation pour assurer 1′ affermissement de sa santé.

Observation III. — La troisième observation, encore plus intéressante que la précédente, est celle de la comtesse T… J’ai déjà eu l’occasion de soigner cette dame, il y a une dizaine d’années, d’un diabète de 300 grammes. Malade suivant très scrupuleusement les conseils du médecin, elle avait accepté la cure de Donkin par le régime lacté exclusif, longtemps poursuivi. Elle était guérie, et restée des années guérie. Depuis quelque temps, à cause d’une hygiène alimentaire un peu négligée, et par l’effet de peines et d’émotions très grandes, ses forces allaient en diminuant de plus en plus. Elle en était arrivée au point d’avoir toutes sortes de difficultés pour se lever sur ses jambesde la position assise. On la voyait tout le temps se passer la langue sur les lèvres sèches et brillantes, tant elle suait, pour ainsi dire, le sucre, et, en effet, elle avait d’abondantes transpirations. Par ailleurs, sa vue, déjà organiquement mauvaise, baissait très rapidement de plus en plus; ce qui inquiétait outre mesure, cette dame douce d’une culture intellectuelle rare. A cet état était venue s’ajouter une sciatique, qui lui rendait la vie insupportable depuis plusieurs semaines.

Après examen des urines et constatation de 250 grammes de sucre, je conseillai à ma malade le régime lacté qui lui avait si bien réussi précédemment. Mais il ne produisit qu’une légère amélioration, sans modification de la névralgie sciatique. C’est dans ces conditions que je la soumis à la cure de réduction précipitée, malgré ses soixante-dix ans.

Elle l’exécuta ponctuellement. Dès la fin de la première période, qu’elle poussa à quatre jours de jeûne, il n’y avait plus de sucre, la sciatique était pour ainsi dire disparue, les lèvres étaient redevenues humides, et la gène des mouvements avait beaucoup diminué. Mais elle éprouvait une sensation plus nette de faiblesse. Je lui permis de manger modérément une alimentation variée. Dès le lendemain, elle se sentit moins faible, mais trois jours après je retrouvais dans les urines, du sucre en assez grande abondance, dépassant même 100 grammes. J’engageai vivement ma malade à reprendre la cure. Comme précédemment, il y eut un succès complet au bout de trois jours. La malade accepta ensuite de rester pendant quelques jours au lait à la dose d’un litre, et de répéter une troisième fois la cure d’abstinence complète. Le sucre n’a pas reparu. La cure fut encore reprise et suivie d’une alimentation sobre mais

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variée. Celte fois, la guérison s’affirma plus solide. Ce qu’il y a de remarquable, c’est que non seulement les mouvements devinrent plus souples, que les transpirations disparurent totalement, mais l’état des yeux s’améliora beaucoup, ce qui permet aujourd’hui à notre malade, si obéissante et intéressante, de reprendre avec joie ses distractions intellectuelles. Elle est bien décidée à ne point négliger dans l’avenir ce moyen qui a été si utile a sa santé.

Observation IV. — H. P… (de Saint-Mandé), âgé de soixante-huit ans, vint chez moi, il y a un moins, dans un état déplorable. Il avait eu toutes les peines à arriver jusqu’à mon cabinet. Il étouffait, une toux très intense, avec teint cyanosé et bouffissure de la face, me faisaient craindre qu’il fût aux dernières périodes de la tuberculose, étant donné que sa femme était morte un an auparavant précisément de cette maladie et que lui-même était diabétique depuis quelque temps. A l’examen de sa poitrine on constatait une congestion généralisée de deux poumons avec toute sorte de râles à ne pouvoir rien conclure. La langue ainsi que les lèvres étaient très sèches; et outre la toux, le pauvre malade se plaignait surtout des migraines intolérables qu’il éprouvait, et qui, depuis une quinzaine de jours, l’empêchaient de prendre le moindre repos réparateur, quoiqu’il fût continuellement somnolent. Enfin il était en proie à une soif intense que rien n’apaisait. Je l’engageai vivement à rentrer aussitôt chez, lui, et lui prescrivis les couseils suivants :

1° Prendre quotidiennement, pendant trois jours, une bouteille d’eau de Janos chauffée ;

2″ S’abstenir totalement de tout aliment ; 3° Boire à volonté tisane de queues de cerises, de tilleul, infusion de thé, eau d’Évian ; 4^ Garder l’appartement ; S » Faire analyser les crachats et les urines.

L’analyse des crachats faite par le laboratoire municipal nous a rassuré au point de vue de la tuberculose : il n’y avait pas trace de bacilles de Koch. Par contre, l’analyse des urines indiquait l’existence d’un fort diabète, 78 grammes par litre. Notre malade émettait 4 litres d’urine dans les vingt-quatre heures, c’est-à-dire plus de 300 grammes de sucre par jour.

Je l’ai revu quatre jours après (il habite la banlieue de Paris). Il ne toussait plus, il n’y avait plus de raies dans sa poitrine ; à part un peu d’essoufflement à la montée, la respiration était calme, le pouls tout à fait régulier, l’aspect extérieur presque normal. Il ne restait d’inquiétant que langue sèche et rouge. L’analyse des urines révélait 20 grammes de sucre par litre, qui, avec émission de 2 litres seulement, donnaient un total de 52 grammes par jour au lieu des 300 grammes de quatre jours avant. Cependant il accusait une grande faiblesse. Apres l’avoir rassuré sur cette sensation assez normale, surtout après un premier jeûne, je lui ai permis de reprendre du lait, de l’eau et des tisanes. Mais le malade, ayant beaucoup soif, buvait journellement de 6 à 7 litres de lait pendant quatre jours, ce

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qui naturellement a rétabli une forte proportion de glucosurie. J’ai dû faire répéter plusieurs fois la cure totale de trois jours cl réduire de plus en plus l’alimentation.

Aussi on a assisté à une vraie résurrection. De livide et œdémateux, le teint est redevenu rose, l’œil vif et souriant au lieu d’angoissé et effaré, la respiration s’accomplit normalement, sans aucune manifestation morbide à l’auscultation. Les mouvements sont aisés et ne provoquent plus d’essoufflement.

J’ai revu ce malade il y a deux jours. Comme je l’avais autorisé à s’alimenter de légumes verts et de lait, il s’était permis une ration trop abondante de légumes, un litre de lait et deux œufs. C’était excessif. Malgré cela, l’analyse des urines faite à trois endroits différents (le patient est méfiant) ne décelait qu’une dizaine de grammes de glucose, et l’état général présentait toutes les manifestations de la meilleure santé.

ObsERVATion V. — MME S… (au Perreux) est atteinte de diabète depuis de nombreuses années avec ambliopie symp-tomatique très prononcée. Cette dame vint me voir le 23 novembre. L’analyse qu’elle avait fait exécuter précédemment indiquait 100 grammes de sucre pour 2 litres d’urine. Mais ce qu’elle présentait d’excessivement inquiétant, c’était l’état du pied gauche. Le médius et l’annulaire avaient chacun à leur extrémité une escarre carbonisée de la dimension d’une pièce de cinquante centimes. Toute la région métatarso- phalangiennc avait une coloration livide et était absolument insensible aux piqûres même profondes. C’était de la gangrène diabétique. En présence de cette situation si dangereuse, j’engageai cette dame à appliquer sans retard et sévèrement la cure de désintoxication de l’organisme qu’elle exécuta ponctuellement. Quatre jours après, le mari étant venu m’ap-porter des nouvelles de la malade (elle habite la banlieue), m’a annoncé qu’elle se trouvait beaucoup mieux ; et, fait plus tangible, l’examen pratiqué par moi-même de l’urine, qu’il m’avait apportée, ne révélait plus trace de sucre. Ce résultat fut obtenu en moins de quatre jours. J’ai revu la malade huit jours après sa première consul-talion. La cyanose de l’extrémité du pied avait été remplacée par une coloration plus vive, mais l’insensibilité restait la même. L’état général était très bon. Je lui fis répéter la cure trois fois. Dès la deuxième fois, la sensibilité était revenue presque totalement dans la région métatarsienne et dans les doigts atteints par la gangrène. L’escarre des doigts qui s’est très bieu limitée et circonscrite au derme ne tardera pas à tomber. La vision s’est considérablement améliorée.

J’ai revu la malade il y a deux jours. L’escarre du médius est tombée, il ne reste que celle de l’annulaire. La sensibilité est revenue à tout le pied, quoique encore uu peu faible dans la région du premier métatarsien et du gros doigt. Mais la malade se sentant trop bien s’est déjà permis des écarts de régime, un peu de sucre a reparu. Elle a promis d’être plus sévère à l’avenir.

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Je n’ai pas l’intention, après le grand nombre de théories qu’on a émises sur le diabète, de profiter de ces résultats si heureux pour venir vous en proposer une à mon tour. Toutefois, je vous demande la permission de me servir d’une comparaison pour mieux expliquer ma conception directrice dans cette cure qui me semble au moins rationnelle. Dans une grande industrie, lorsque l’approvisionnement du marché et la surproduction occasionnent l’encombrement et la mévente des marchandises, une direction intelligente .suspend temporairement les achats de matière première et les règle ensuite sur l’écoulement des produits fabriqués. Si on ne procédait pas ainsi la maison courrait inévitablement à sa ruine.

Il me paraît qu’il n’en est pas autrement dans l’industrie du sucre de l’organisme animal. Lorsque, du fait de l’introduction alimentaire excessive par quantité et par qualité, ou du ralentissement de la combustion cellulaire ou plus souvent de l’association de ces deux causes, il y a encombrement dans les tissus et mévente, c’est-à-dire surproduction de glucose, la maison humaine court à sa perte plus ou moins rapidement, mais fatalement, si on ne se décide pas en temps à suspendre d’abord, et à régler ensuite les acquisitions gastro-intestinales. C’est ce que je me suis proposé et ce qui m’a réussi avec la cure de rapide amaigrissement.

On m’objectera probablement que ma conception est par trop simpliste. Je n’ai pas de peine à le reconnaître. Mais je pense que vous voudrez bien accepter qu’elle a à son avantage les résultats ; c’est ce qui est encore de la bonne médecine, et peut-être même de la science la plus vraie.

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Enfin, pour terminer, je crois utile d’ajouter qu’en étudiant les innombrables cures qu’on a proposées contre le diabète et qui paraissent si dissemblables, je suis arrivé à dégager le lien commun, reliant tous les traitements qui ont donné des résultats satisfaisants. Que ce soit le régime lacté exclusif de Don-kin, ou le régime de légumes verts et de fruits de Renzi, ou le régime carné et d’acide lactique de Can-tani, ou le régime de viande, de graisse et de gluten de Bouchardat, ou le traitement par l’opium de Tom-masini et de Pavy, etc., tous réalisent l’effet commun d’améliorer la combustion organique en réduisant l’alimentation, soit à cause du dégoût progressif provoqué par l’uniformité de la nourriture, soit à cause de l’action empêchante des médicaments sur l’activité musculaire et glandulaire du tube digestif. J’ajouterai, de plus, que toutes ces méthodes ne peuvent développer leur efficacité réelle et durable qu’à la condition toujours d’être appliquées sans discontinuité et avec très grande sévérité : condition difficilement réalisable.

Or, le traitement que je propose résume et élève au maximum de puissance la qualité utile commune à toutes les méthodes précédentes. Il permet au malade de revenir au bout de quelque temps à l’alimentation habituelle mais modérée. Il va sans dire qu’il ne suffit pas d’avoir constaté une fois la disparition totale du sucre des urines pour crier à la guérison définitive du malade.

Pour rendre plus saisissant mon raisonnement, je recourrai encore a la comparaison entre le diabétique et l’industriel dont la situation est compromise. Cette situation ne sera pas définitivement sauvée, si par un effort d’économie l’industriel a pu parvenir à faire front complètement, par lui-même, à la première échéance. Il lui faudra renouveler ces efforts pénibles, mais nécessaires, jusqu’à la liquidation totale des échéances successives; il n’aura le droit de reprendre la vie aisée que, lorsque

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par ses économies accumulées, il aura refait un capital suffisant. Autrement, il resterait toujours à la merci de la moindre fluctuation du marché.

De même si un diabétique à peine guéri ne savait pas compléter, par des efforts répétés de désintoxication, son capital nécessaire d’énergie vitale, la moindre émotion, un peu de fatigue, une alimentation insuffisamment restreinte, etc., ramèneraient fatalement sa glycosurie.

Soyons donc sévères au début, insistons ensuite à intervalles de plus en plus espacés sur cette gymnastique des fonctions digestives, et nous aurons presque toujours la satisfaction d’assister d’abord au relèvement régulièrement progressif et rapide de l’état général, et plus lard à la disparition complète et durable de toutes les manifestations diabétiques.

DISCUSSION

M. LinOssiër. — A plusieurs reprises, depuis quelques années, j’ai insisté sur les heureux effets de la restriction de la ration alimentaire globale chez le plus grand nombre des diabétiques ‘, et lutté contre le préjugé de l’utilité pour les malades de cette catégorie d’une alimentation abondante. Je suis donc

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préparé à accepter tout mode de traitement basé sur cette restriction. Toutefois. M. Guelpa me semble,

(1 Voir notamment LiNossier. Quelques remarques sur le régime des diabétiques, Journal des Praticiens, 1902. et Linos-SIER et Lesioink. La ration albuminoïde dans le régime des diabétiques§. Bull.de la Soc.de medic. des hôpitaux, 1908. )

en inaugurant sa thérapeutique par trois jours de jeûne absolu, aggravés de purgations énergiques, dépasser sans nécessité la mesure utile.

Une simple réduction de l’alimentation aboutirait au même résultat, un peu plus lentement peut-être, mais avec moins de désagrément pour le malade. Or, il ne s’agit pas d’une affection dans laquelle il faille aller vite, et on peut, sans grand inconvénient, mettre quelques jours à obtenir la disparition de la glycosurie.

Dans les cas où celle-ci résisterait à une simple réduction des aliments, on peut a la rigueur recourir à la pratique de Cantani qui interrompait de loin en loin, par un jour de jeûne, le régime adipo-çarné-qui a gardé son nom ; mais ce jour de jeûne, dont le résultat est en effet quelquefois décisif pour faire disparaître un reliquat de glycosurie résistant à une diète uniforme sévèrement réglée, est lui-même

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rarement indispensable. La plupart des auteurs alle- mands le remplacent par un jour de diète végéta- rienne (Gemûsetag), dont j’ai à maintes reprises constaté le bon effet.

M. Bardet.—J’appuie les observations de M. Linossier. Je crois que notre collègue Guelpa va trop loin en instituant comme règle générale, chez tous les malades, une diète absolue de trois jours. J’ai la conviction que plus d’un sujet se trouvera fort mal de pareille pratique. On ne m’accusera certes pas de faire partie du nombre des médecins qui poussent les malades à manger, puisque plus d’un m’a accusé de rationner les gens à l’excès. Eh bien! devant les propositions de mon collègue Guelpa, j’arrive à blâmer l’excès de diète, et j’avoue que je ne m’attendais guère à cela. Mais si je suis pour le rationnement, je n’en méconnais pas moins le danger de la vacuité de l’estomac chez un grand nombre de malades. La suppression absolue d’une fonction est toujours dangereuse.

Comme M. Linossier, je conseillerais plus volontiers des séries de rationnement, quand c’est nécessaire. Il est évident que chez beaucoup de malades, sans viser particulièrement les diabétiques, un jour par semaine, une semaine par mois, et un mois par semestre de régime végétal exerceront une influence bienfaisante; cela vaudra bien mieux que la privation brutale d’aliments pendant plusieurs jours, mesure qui est bien rarement indiquée.

M. Barbier. — II est difficile déjuger un traitement du diabète, si on ne précise pas à quelles formes du diabète il doit être appliqué. Le régime du Dr Guelpa convient-il aux diabètes florides comme aux diabètes maigres, pancréatiques ?

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M. Laumonier. — La question du jeûne n’est pas la seule à considérer dans le régime préconisé. Les malades sont également soumis à trois jours de purgation, ce qui contribue, certes, encore à les affaiblir, et je crains que chez des sujets ainsi déprimés et surtout diabétiques, on puisse avoir des accidents graves.

M. Gaultier. — Je me demande si chez des sujets qui ont des phénomènes de polyphagie et de poly- dypsie si accentués, ce traitement est en réalité applicable. J’ai présent à l’esprit le cas d’un jeune diabétique que j’ai pu observer dans le service du professeur Dieulafoy, à l’Hôtel-Dieu. C’était un diabète pancréatique ; le sujet émettait 10 litres d’urine et 800 grammes de sucre en vingt-quatre heures.

Il me parait difficile de faire accepter à des malades qui maigrissent si rapidement et qui ont des besoins alimentaires exagérés, un jeûne prolongé et répété.

M. Guelpa. — Je répondrai à M. Barbier en lui déclarant que, dans ma communication, j’ai entendu parler seulement du diabète arthritique, fonctionnel si vous voulez, et à laisser complètement de côté le diabète pancréatique et les diabètes par lésions organiques, tumeurs ou autres. Ce n’a été qu’un oubli, si je n’ai pas précisé ce côté de la question. Je complète la réplique aux objections de M. Barbier en lui disant que, pendant la cure, les malades peuvent normalement vaquer à leurs affaires. Pour ce qui est de savoir si les diabétiques avec lésions tuberculeuses peuvent être soumis à la cure, je n’ai pas encore fait d’expérience à ce sujet, mais je suis disposé à croire qu’ils en tireront très probablement un grand avantage.

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Quant à l’objection de M. Linossier, j’avoue que je l’attendais. En effet, elle vient naturellement à ceux qui jugent le jeûne dans les conditions habituelles et d’après les idées fausses acceptées actuellement. Mais je répète de nouveau que le jeûne seul est assez pénible, comme je l’ai déclaré dans ma communication antérieure ; par contre il est très facile à supporter, si on a le soin de pratiquer tous les jours la desinfection intestinale au moyen d’une abondante purgation. La question de l’importance thérapeutique de la privation d’aliments est absolument inconnue et n’a prêté jusqu’ici qu’à des erreurs, qu’à des préjugés. Le jeûne pendant trois jours et même plus, loin d’être un procédé brutal, affaiblissant le malade, est au contraire un moyen plus facile à supporter qu’on ne peut le supposer, assurant au malade une énergie plus grande, qui se manifeste des les premiers jours qui suivent la cure. De plus il a le grand avantage d’éteindre la faim et de modérer la soif. Cette assertion, qui parait paradoxale, est une simple vérité de faits très compréhensible si on pense à la grande désintoxication produite par le jeûne et par la purgation. C’est là une réalité que quiconque peut facilement vérifier. Vous verrez que pendant l’abstinence et surtout après, vous serez plus agiles, plus aptes au travail et votre pensée sera incomparablement plus libre.

Ce résultat est admirable, et il est étonnant qu’on ne s’en soit pas rendu compte plus tôt : l’amélioration dépasse tout ce qu’on peut supposer, surtout lorsqu’on a répété l’expérience deux ou trois fois à de courts intervalles. J’ai une certaine pratique à ce sujet, ayant fait de l’abstinence prolongée avec purgation une cinquantaine de fois, et l’ayant fait pratiquer presque autant de fois par mes malades. Eh bien! il n’en est jamais résulté le moindre inconvénient. Toujours la santé a été bien meilleure après qu’avant la cure. Depuis que je recoure de temps en temps à ce moyen, j’ai reconquis une activité et une énergie que je n’avais plus depuis bien longtemps. Je travaille jusqu’à des heures

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très avancées de la nuit, je dors moitié moins, et je jouis d’une santé aussi belle qu’aux meilleures années de ma vie..

Pour vous prouver combien on supporte facilement ceTte cure, surtout si elle est faite dans la saison chaude, je vous résumerai une observation person- nelle. L’année dernière, ayant fait un voyage au Maroc j’ai voulu revenir de Tanger à Paris dans l’état de jeûne complet. Dans ce but, j’ai fait mon dernier repas le jeudi soir 27 juin 1907, et je n’ai remangé ‘ que le mardi 2 juillet a midi (112 heures). Dans cet intervalle, j’ai pris deux purgations (limonade purgative), une à Tanger dans la nuit de jeudi à vendredi (le départ eut lieu le vendredi à midi) et l’autre le samedi soir à Madrid. J’ai bu en tout quatre tasses de thé, quatre citronnades, deux cafés et une bouteille d’eau. Il est à considérer que j’ai traversé en cette saison estivale toutes ces contrées torrides et déboisées de l’Espagne, du sud au nord. Je n’ai éprouvé qu’une sensation minime de soif, et pas la moindre indisposition de chaleur, de sueur, de faim. Je suis arrivé à Paris si bien portant, qu’après avoir pris un bain, j’ai pu repartir très aisément pour vaquer jusqu’à midi aux soins de ma clientèle, sans m’être accordé la moindre satisfaction alimentaire.

J’ajouterai encore en réponse à M. Linossier, que, puisque, à part un léger malaise, non constant, il n’y a pas d’inconvénient à pratiquer la cure de privation prolongée et répétée, je ne vois pas pourquoi nous devons laisser durer indéfiniment une maladie qui mine l’organisme, quand il est en notre pouvoir de la faire disparaître très rapidement.

Ce que je viens de dire répond aussi aux objections de MM. Bardet et Gaultier et à celle de M. Laumouier concernant la boulimie dont on doit souffrir dans un jeûne si prolongé. C’est en effet une

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erreur très grande de croire qu’on a faim pendant le jeûne, quand on a le soin de se purger abondamment tous les jours. Je vous donnerai un autre jour l’explication 1res rationnelle^ de cette apparente contradiction. Je tiens cependant à dire quelques mots pour tranquilliser notre cher Secrétaire général sur le dangerqu’il craint de la vacuité de l’estomac. Non, ce n’est qu’une légende que nous, médecins, devons enfin détruire. Un danger existe, oui, mais seulement lorque nous laissons se perpétuer les infections du tube digestif faute des purgations nécessaires. J’ai maintenant assez d’expérience physiologiquement et pathologi-quement pour affirmer résolument cette vérité, à moins qu’on ne prolonge trop la privation d’aliments. Je compléterai cette réponse en disant, qu’après le jeûne on peut revenir à l’alimentation ordinaire sans aucune précaution spéciale, à la condition cependant qu’on ne se permette pas des abus.

M. Barbier. — Je désirerais poser trois questions à M. Linossier :
1° Le régime de réduction est-il applicable à tous les diabétiques?
2° Ce régime est-il compatible avec l’exercice, ou impose-t-il le repos ?

3° Est-il applicable aux diabétiques tuberculeux, dont la tuberculose évolue parfois avec une rapidité et une gravité extrêmes?

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Utilité de la restriction alimentaire globale chez les diabétiques.

Par le D’ Linossikhi de Vichy).

Avant de répondre aux questions que m’a posées, à la fin de la précédente séance, M. Barbier, je demande à la Société la permission de lui présenter quelques réflexions sur l’utilité très fréquente de la restriction de l’alimentation globale chez les diabétiques, utilité que j’ai été amené à affirmer un peu brièvement à la suite de la communication de M. Guelpa.

Ce n’est pas une notion nouvelle, puisque Rollo, à qui revient l’honneur d’avoir le premier reconnu la nécessité de la restriction de l’alimentation hydrocarbonée, conseille de limiter l’alimentation dans son ensemble.

Prout y insiste davantage ; pour lui, « la nature des aliments est moins importante que leur quantité ». Bouchardat n’est pas moins formel. H cite à l’appui de son opinion le fait assez curieux que la glucosurie de ses diabétiques disparut pendant le siège de Paris. Marsh, Trousseau, von Mehring, Minkowski, von Noorden, Naunyn, Kolisch, Ebstein, Seegen, Cantani, Lépine, Maurel Mathieu parlent dans le même sens. La majorité des auteurs qui se sont particulièrement intéressés à la question du diabète (j’en dois excepter quelques-uns tels que Lecorché, Pavy, Dickinson, Robin, Labbc) a donc

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été frappée de l’utilité de la restriction de la ration globale des diabétiques, ou du moins de la restriction simultanée de la ration hydrocarbonée et de la ration albuminoîde, ce qui revient au même, une alimentation exagérément grasse amenant vite la satiété.

11 est curieux que l’autorité des auteurs que je viens de citer ne soit pas parvenue à imposer au public médical dans son ensemble une notion, qui nie semble ressortir avec évidence d’une observation attentive des sujets atteints de diabète. C’est que, comme je l’ai fait remarquer déjà dans plusieurs publications1, cette notion heurtait plusieurs préjugés.

Le premier est celui-ci, que les besoins alimentaires du diabétique sont supérieurs à ceux de l’homme sain. Il est assez aisé de remonter à ses origines.

  1. Dèslespremièresétudessurlediabète,l’im possibilité de réaliser, même avec des rations ex cessives, l’équilibre nutritif chez les diabétiques maigres, la polyphagie fréquente chez les diabé tiques gras devait donner, par une généralisation irréfléchie d’observations justes, l’impression que l’organisme du diabétique est insatiable.
  2. Danslasecondepartiedusiècledernier,se développaient les études relatives à la ration d’en tretien. Le diabétique perdant une certaine quantité de sucre par l’urine, on admit que sa ration devait

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être élevée d’une quantité correspondante d’aliments albuminoïdes ou gras pour remplacer le sucre
perdu. On oubliait de se demander si ce sucre ne se perdait pas précisément parce qu’il est inutile : le dogme désastreux de l’invariabilité de la ration ali-

1 Linossier. Quelques remarques sur le régime des diabétiques, Journal des Praticiens, 1902. — Linossier et Lemoixe. La ration albuininoïde dans le régime des diabétiques. Huit, de la Soc.de mcd. des Ilôp., 1908.

mentaire’ ne permettant pas de s’arrêtera cette hypothèse.

c. Lediabétiqueasouventtrèsgrosappétit,et
nous nous trouvons en face d’un nouveau dogme, plus funeste encore, c’est que l’appétit donne la mesure des besoins de l’organisme.

d. Enfin le diabétique est sans forces, et l’alimen
tation n’est-elle pas la source naturelle de l’énergie?

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Dans la réalité, le plus grand nombre des diabétiques a des besoins inférieurs ù ceux des sujets sains.

11 ne faut pas s’arrêter, pour s’en rendre compte, à l’observation superficielle des diabétiques florides polyphagiques. Encore pourrait-elle déjà provoquer cette remarque que le diabétique, encore capable d’élaborer une ration strictement suffisante, est incapable de brûler, éventuellement, une quantité excessivs d’aliments. C’est tin premier degré dans l’échelle pathologique. L’impossibilité de l’effort apparaît avant l’impossibilité du travail normal.

Où l’abaissement des besoins des diabétiques apparaît nettement, c’est chez les diabétiques anorexiques, ou chez ceux, infiniment nombreux, qui, avec une alimentation ne dépassant pas la ration d’entretien normale, perdent avec l’urine 100 à 200 grammes de sucre, tout en maintenant leur poids habituel.

< Lînossier. De la variabilité de la ration d’entretien. Bull, de la soc. de Théiap., décembre 1U02.

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Récemment, je publiais, avec G.-H. Lemoine, I’ob3ervation d’un diabétique qui vivait en état d’équilibre azoté, et en conservait son poids, avec une ration moindre de 1.500 calories, soit 20,o par kilogramme. Et encore, sur ce nombre, 350 calories provenaient de l’alcool.

Je ne considère pas ce cas comme exceptionnel. Weintrand et Pautz1 ont étudié un diabétique qui, avec une ration de 25 calories par jour et par kilogramme, engraissa en peu de temps de 6 kgr. o.

Kolisch K qui a préconise le régime végétarien dans le diabète, et a consacré à sa thèse une série d’intéressants travaux, a entretenu des diabétiques en bon état de nutrition et équilibre de poids, et même parfois avec un certain degré d’engraissement, avec une ration de 20 calories et même moins par kilogramme et par jour.

Borchertet Finkelstein3 ont tenté d’imposer à des diabétiques et à des sujets sains un régime identique restreint. Les diabétiques seuls conservèrent leur équilibre. Les exemples analogues abondent dans la littérature.

Les chiffres les plus exceptionnels, à ma connaissance, ont été fournis il y a quelques années par de Renzi*. Cet auteur a publié les observations de dia-

1 Weintbani. et Pautz. Zeitschr. f. liiolor/ie. lid XXXU. * Koi.iscii. Zeilschr. f.physik. u. diùt. Tlierap., 1008. 3 Borciieiit et Finkelstein. Oeutscli, méil. Woclienschr., 1S93. ‘ De Rknii. Klin. Therap. Woclienschr., 1902.

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bétiques sans glycosurie, dont la ration put être abaissée au-dessous de 12 calories par kilogramme, et de diabétiques avec glycosurie, dont la ration (compte étant tenu du sucre rejeté par l’urine) était inférieure à 10 calories. Malgré ces régimes de famine les malades engraissaient. Il y a bien des réserves à faire sur les recherches de Kenzi. Elles ne furent pour chaque sujet que d’une durée un peu restreinte, et de simples rétentions aqueuses semblent avoir donné l’illusion d’augmentations de poids réelles. Il n’en résulte pas moins une impression 1res nette que les diabétiques en question pouvaient se contenter d’une alimentation qui, pour un sujet normal, eussent été tout à fait insuffisantes.

Je sais bien qu’on peut opposera l’affirmation que les diabétiques ont des besoins alimentaires restreints le fait que leurs échanges gazeux restent normaux, et qu’ils éliminent autant d’acide carbonique que des sujets sains. Il y a là une contradiction qui ne me paraît pas convaincante. Les études sur les gaz expirés chez les diabétiques n’ont en général pas tenu un compte suffisant de la quantité des aliments ingérés par les sujets; mais cette critique nous entraînerait trop loin.

Moins convaincante encore est l’objection tirée de la prétendue hyperazoturie des diabétiques. Lecor- chéla croyait si constante que sa constatation lui paraissait suffisante à distinguer un diabète vrai d’une simple glycosurie alimentaire. Depuis que l’on fait mieux les études de nutrition, que l’on ne se contente plus de doser les déchets de l’organisme, mais qu’on se préoccupe de les comparer aux recettes, on se convainc, à n’en pouvoir douter, que la prétendue azolurie des diabétiques est la simple conséquence d’une alimentation azotée à l’excès chez des sujets à fort appétit, privés par

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ordonnance médicale de tous féculents. Non seulement les diabétiques en général n’ont pas besoin d’une ration azotée excessive, mais beaucoup peuvent se contenter d’une ration inférieure à la normale. Von NoordcQ a maintenu pendant des semaines des diabétiques à un régime de 50 à 60 grammes d’albumine végétale par jour, et a obtenu, sous l’influence de ce régime, avec une amélioration de la glycosurie, une augmentation du poids du corps et de la quantité d’albumine des tissus ‘.

On peut objecter encore que les diabétiques poly-phagiques dont on tente de réduire la ration globale maigrissent à peu près constamment. Le fait est exact, je l’ai fréquemment constaté moi-même ; mais cet amaigrissement est momentané, et ne dure que pendant les quelques semaines indispensables, pour que l’organisme, habitué à un gaspillage d’aliments, s’accoutume à sa nouvelle ration.

1 Je fais remarquer qu’il s’agit d’albumine végétale moins bien utilisée que l’albumine animale, et que i>0 i 60 grammes de la première correspondent tout au plus à 4a-o5 grammes de la seconde.

Cette remarque me conduit à discuter un second préjugé, c’est qti’un diabétique ne doit pas maigrir.

Ici encore l’origine est facile à établir. Les premiers observateurs remarquèrent vile qu’il existe deux formes de diabète, l’une avec conservation, et parfois augmentation de l’embonpoint, diabète gras,particulièrement bénigne, l’autre avec amaigrissement, diabète maigre, rapidement mortelle. De cette

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remarque résulte l’impression assez juste que l’amaigrissement est chez un diabétique un signe de pronostic fâcheux. Mais il n’est pas besoin d’insister beaucoup pour établir qu’eu réduisant l’alimenta- lion d’un diabétique on ne transforme pas un diabète gras en diabète maigre.

Bien au contraire, l’obésité chez le diabétique gras est une manifestation du même trouble nutritif que la glycosurie. Sous la môme influence étiologique, le sujet a accumulé une partie de ses aliments hydrocarbonés sous forme de graisse dans ses tissus, et en a laissé perdre une partie sous forme de sucre avec son urine; suivant qu’il a évolué vers l’obésité ou vers le diabète, il s’est débarrassé d’une manière ou de l’autre de son excès de recettes, et, quand nous chercherons à le guérir, nous devrons nous attaquer à la fois à la polysarcie et a la glycosurie.

Gomme conclusion, un diabétique arthritique peut maigrir sans plus d’inconvénient qu’un homme sain. Le régime d’un diubùtique gras doit le faire maigrir.

De toutes ces considérations, résulte pour moi la conception bien nette que l’article premier du régime de la plupart des diabétiques doit être la restriction de la ration globale, l’article second étant la restriction de la ration bydrocarbonée. Je dois ici placer la réponse à la première des questions que me pose M. Barbier. Cette restriction doit-elle être prescrite égalemenl dans les cas de diabcle grave et dans les cas de diabète bénin?

Contrairement à ce que Ton pourrait penser a priori, c’est dans les cas de diabèle grave que la restriction de la ration globale se montre le plus immédiatement favorable.

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C’est chez les sujets présentant celte forme de diabèle, que l’on constate facilement une augmentation de la glycosurie à la suite de l’ingestion d’un excès d’albumine, c’est parmi eux surtout que l’on rencontre ces cas curieux de glycosurie plus variable sous l’influence de l’alimentation albuminoïde, que sous l’influence de l’alimentation hydrocarbonée.

Chez les diabétiques légers, appartenant au groupe des diabétiques gras ou arthritiques, il suffit, au contraire, de restreindre l’ingestion des hydrates de carbone pour faire disparaître la glycosurie, et l’alimentation albuminoïde môme excessive semble à première vue n’avoir aucune influence pour la faire réapparaître. C’est ce qu’objecta M. Marcel Labbé, quand, avec G.-II. Lemoine, je développai devant la Société médicale des hôpitaux la nécessité de réduire la ration albuminoïde chez les diabétiques Cette objection me paraît peu légitime. Je lui opposai quelques exemples de diabétiques légers chez lesquels l’influence de la ration albuminoïde se manifestait nettement ; je fais remarquer en outre que, dans presque toutes les maladies, c’est de l’étude des cas accentués que nous tirons la notion des précautions d’hygiène applicables aux cas bénins. Combien d’albuminuries ne sont modifiables immédiatement ni par l’alcool, ni par les substances riches en toxines, à qui nous en prescrivons l’abstention, précisément parce que nous en avons vu les inconvénients dans des cas plus favorables à l’observation.

Je répondrai donc à M. Barbier, que la restriction de la quantité des aliments donne dans les diabètes graves des résultats plus immédiatement appréciables, elle permet une suppression moins stricte des hydrates de carbone, et est ainsi un des moyens les plus efficaces de lutter contre l’acétonémie, souvent menaçante, mais elle doit être conseillée même aux diabétiques chez qui l’abstention des hydrocarbonés suffit à faire disparaître la glycosurie. Je ne suis même pas sûr qu’elle ne serait pas

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recoinmandable dans les diabètes très graves avec dénutrition très rapide ; mais, dans ces cas, il est difficile de résister à la tentation de soutenir de toutes manières un organisme défaillant, quelque inutile que soit l’ingestion d’aliments qui s’éliminent entièrement à l’état de sucre urinaire.

Il s’agit d’ailleurs de s’entendre sur la signification que j’attribue au mot de restriction de l’alimentation.

Je ne veux pas dire que l’alimentation du diabétique doit être insuffisante. Je veux dire que chaque sujet doit être étudié au point de vue de ses besoins alimentaires, et que doit lui être prescrite la ration . minimum capable de le maintenir en équilibre. Il n’y a donc pas restriction dans le sens absolu du mot, mais il y a restriction relative ; car, sur dix diabétiques, que l’on étudiera dans le sens que j’indique, on en trouvera certainement huit qui s’alimentent au delà de leurs besoins stricts.

Du moment que la restriction est comprise comme un retour à l’alimentation suffisante, on conçoit, et je répends ici à la seconde question de M. Barbier, qu’elle n’entraîne en général aucune nécessité de repos, et est compatible avec un exercice normal. Dans les cas de diabète grave seulement, elle peut imposer le séjour au lit.

Il me semble que la réduction régulière de l’alimentation à son minimum indispensable constitue pour le diabétique une formule de. traitement diététique supérieure à la privation brusque et complète de tous les aliments pendant trois jours à intervalles plusou moins éloignés, selon la formule de M. Guelpa.

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Toutefois, je ne puis nier qu’un abaissement momentané de la ration au-dessous du strict nécessaire, et même sa suppression complète ne puissent être utiles pour triompher d’une glycosurie que le dosage de l’alimentation n’a pas suffi à faire disparaître. J’ai pu constater à ce point de vue le bon effet du jour de jeûne de Cantani, et celui moins radical, mais acheté au prix d’une moindre privation, du Gemüsetag. Mais ces procédés me semblent devoir rester exceptionnels.

Il ne me reste à répondre à M. Barbier que sur un dernier point. Doit-on imposer un régime réduit aux diabétiques tuberculeux? Il y a quelques années une telle question ne se fût même pas posée. La suralimentation semblait, dans le traitement de la tuberculose, un facteur si indispensable, qu’il s’est momentanément substitué à tous les autres. On en est revenu, et on admet en général que, s’il est utile de bien nourrir les tuberculeux, il peut être nuisible de les gaver. Gela est vrai surtout pour la tuberculose greffée sur souche arthritique, et j’ai rapporté ici même l’observation d’une jeune hépatique tuberculeuse, que j’ai guérie en substituant au régime carné et surabondant, qu’elle subissait depuis plusieurs mois, un régime d’arthritique moins abondant et moins albumineux. Sans apporter la même rigueur à la réduction de l’alimentation chez le diabétique devenu tuberculeux que chez un diabétique ordinaire, on pourra, sans imprudence, la tenter, car le meilleur service que l’on pourra rendre au malade, c’est de modifier son diabète, et de rendre ainsi le terrain moins favorable au développement du bacille de Koch.

Qu’il me soit permis à ce sujet de faire remarquer que l’on se fait une idée trop simple de l’évolution de la tuberculose chez le diabétique, en n’envisageant que les cas où celle-ci a constitué, par son évolution rapide, l’accident terminal de la maladie. Chez certains diabétiques on constate des tuberculoses évoluant avec la lenteur et l’innocuité relatives qu’elles affectent chez beaucoup

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d’arthritiques non diabétiques, et, tandis que, dans le premier cas, celui qu’a envisagé il. Barbier, le malade est plus tuberculeux que diabétique, dans le second, il reste plus diabétique que tuberculeux.

M. Ciiassevant. — Dans les discussions toujours renaissantes sur la cure du diabète, malgré les progrès de nos connaissances sur la physiologie de la nutrition et sur la pathogénie des glycosuries, on confond encore trop souvent sous le vocable diabète le symptôme glucosurie et le syndrome diabète.

Il est cependant indispensable de faire une distinction entre les formes cliniques des glycosuries, car le pronostic et le traitement ne doit pas être le même.

Faire de la présence du glucose dans les urines l’unique base de son diagnostic, faire de sa diminution ou de sa disparition l’unique critérium de l’amélioration ou de la guérison, est une grave erreur.

Avant d’établir toute thérapeutique, il importe de faire un diagnostic exact de la cause de la glycosurie ; ce n’est pas par. un simple examen qualitatif des urines au lit du malade ou dans le cabinet médical, que ce diagnostic peut s’établir, pas même par le seul dosage du glucose excrété.

H importe de pratiquer un examen complet du bilan nutritif du malade.

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La réalité de l’élimination du glucose établie, il faut établir le moment où cette élimination est maximum par l’examen des urines fractionnées, de chaque émission, au cours de vingt-quatre heures, et de situer ces maximums par rapport aux repas.

On doit en outre déterminer avec exactitude qualitativement et quantilativement les autres éléments réducteurs des urines : pentoses, acide [J-oxybutyrique, acide diacétique, acétone, acide homogenti- sique, etc.

Il est aussi important de demander à l’analyse chimique des renseignements précis sur la nature et la qualité de l’excrétion azotée et surtout sur la désassimilation des principaux éléments minéraux : phosphore, chaux, magnésie, soufre, qu’il importe de caractériser et de doser non seulement dans les urines mais aussi daii3 les fèces.

C’est seulement après avoir, grâce à ces renseignements, pu classer la glucosurie observée, dans son cadre nosographique, que l’on peut tenter d’en combattre les effets parle traitement et le régime.

On ne risquera plus de renouveler les confusions entre les diabètes et les glycosuries alimentaires, dyspeptiques, arthritiques ou par intoxication.

Je suis d’accord avec Linossier sur la nécessité de réduire la ration alimentaire du glycosurique, qui en général est beaucoup trop forte, même lorsque le médecin a déjà réglé qualitativement son alimentation suivant un des régimes classiques en vigueur, en raison de l’adage erroné qui veut :qu’un diabétique ne doit pas maigrir.

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Les glycosuriques arthritiques sont de gros mangeurs, des obèses, dont le poids est très supérieur à celui qu’ils devraient normalement avoir; il faut donc les rationner de façon à progressivement les ramener à leur poids normal.

Le régime alimentaire doit être calculé qualitativement et quantitativement suivant les règles observées par les physiologistes, lorsqu’ils cherchent à équilibrer les pertes azotées.

Il ne faut pas exagérer la ration albuminoïde, car tout excès provoque souvent les crises graves et le coma. La ration doit être calculée de façon à ce que les albuminoïdes ingérés servent seulement à la réfection de tissus et qu’aucune portion d’albumine circulante ne soit dédoublée pour servir aux besoins dynamiques ou calorifiques. Il semble en effet que c’est au cours du cycle de la destruction des albuminoïdes destinés à répondre aux besoins calorifiques ou énergétiques, suppléant au défaut des aliments ternaires, que se forment les produits toxiques qui mènent au coma final.

Cette condition ne peut être réalisée que si dans la ration le médecin s’efforce de maintenir le taux des albuminoîdes au niveau du minimum d’équilibre azoté, qu’il détermine en réduisant progressivement les quantités d’albumine de la ration et en surveillant la courbe de l’élimination azotée totale. Pour obtenir ce minimum, il est nécessaire de compléter la ration par des aliments ternaires utilisables en proportion sufDsante pour apporter à l’organisme le nombre des calories nécessaires. Il faut offrir au glycosurique le maximum d’hydrocarbonés qu’il peut utiliser, valeur que l’on détermine expérimentalement ; on doit compléter le nombre des calories nécessaires avec les aliments gras.

Mais en aucun cas il ne faut mettre le malade à un régime carné exclusif.36

C’est pourquoi, d’accord avec Linossier sur la nécessité de la restriction alimentaire, je ne puis souscrire à la méthode de M. Guelpa, qui, par ses jeûnes prolongés, met les malades en autophagie. Cette autophagie qui, chez les glucosuriques obèses, peut n’avoir pas d’inconvénient immédiat, présenterait au contraire les plus graves inconvénients chez les diabétiques vrais. Je remarque, du reste, que, d’après la lecture des observations des malades de M. Guelpa, il semble avoir eu affaire plutôt à des glycosuriques alimentaires, dyspeptiques et arthritiques qu’à de vrais diabétiques.

J’insiste sur la nécessité de surveiller le métabolisme des éléments minéraux, qu’il importe de remplacer dans l’alimentation par des apports de ces éléments sous forme assimilable, en quantité équivalente aux pertes.

En résumé, le régime des glycosuriques doit viser a réduire l’alimentation suivant le besoin réel du l’organisme ; îi établir l’équilibre azoté minimum ; à fournir à l’organisme les calories nécessaires à ses besoins calorifique et énergétique avec des aliments ternaires, comprenant le maximum des hydrocarbonés assimilables par l’organisme malade en complétant la ration avec des grnisses; à couvrir les perles minérales par l’apport de sels minéraux assimilables. La pomme de terre est un des aliments ternaires le mieux supporté ; il est précieux à utiliser, car, comme l’a démontré Rubner, c’est un aliment qui épargne l’albumine.

En effet, un homme de 70 kilogrammes alimenté de pommes de terre avec la ration normale de 2.600 calories ne détruit que 27 grammes d’albumine, tandis qu’avec une équivalente ration de farine de blé, la destruction d’albumine s’élève à 90 grammes.

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Je n’insiste pas aujourd’hui sur les moyens d’établir et de surveiller le régime des glycosuriques ;j’apporterai dans une prochaine séance la méthode que j’emploie et les résultats obtenus, ces travaux étant encore en cours.

M. Guelpa. — Dans la discussion de l’avant-dernière séance, j’ai dit que c’est une très grande erreur de croire qu’on a faim pendant le jeûne, si on a le soin de se purger copieusement tous les jours. Cela résulte nettement de la constatation que la faim disparait régulièrement après la première purgation et plus encore après les suivantes.

Ce fait, en contradiction avec nos connaissances scientifiques actuelles, parait étrange. En effet, la physiologie nous a toujours enseigné que la faim est l’ensemble des sensations qui avertissent l’homme et les animaux de la nécessité de réparer les perles de l’organisme et les poussent à introduire dans le tube digestif les matériaux nécessaires à cette réparation. Si cette définition était exacte, la faim devrait augmenter après une purgation qui fait évacuer tout le contenu gastro- intestinal. Or, c’est précisément le contraire qui se réalise. Il suffit de contrôler le fait, ce qui n’est pas difficile, pour constater l’exactitude de ce que j’avance. Il me parait logique de déduire de cette constatatipn que les phénomènes qui constituent la faim, disparaissant après la purgation complète, sont incontestablement déterminés par les principes que la purgation a fait éliminer. Donc, la faim n’est pas l’expression du besoin de réparer les perles de l’organisme, mais le cri de cet organisme gêné par l’infection et l’intoxication qui siègent dans le système digestif.

Vous pourrez aisément m’objecterque celte interprétation de la faim est erronée, comme le prouve le fait banal qu’elle disparait précisément après l’ingestion des aliments. C’est absolument vrai ; mais

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cela corrobore ma thèse. Voilà ce qui se passe très probablement. Au moment de la faim, le système digestif est différemment impressionné par une quantité de déchois plus ou moins toxiques, mais en quanlilé modérée compatible uvcc le fonctionnement physiologique de l’organisme. La première fonction de l’aliment arrivé dans le tube digestif est certes d’absorber, de neutraliser les produits toxiques et de préparer ainsi la masse pour les évacuations prochaines. Jusqu’à ce point, l’aliment agit dans le même sens que la purge, mais de manière douce, agréable ; il désintoxique suffisamment lacanalisation gastro-intestinale pour permettre à la sécrétion des sucs digestifs de réaliser utilement la deuxième partie du rôle des aliments, fournir aux tissus les éléments réparateurs des cellules en destruction. Donc, l’aliment a deux fonctions à remplir successivement bien définies. La première, la plus pressante, qui est d’absorber l’excédent de poison du tube digestif et l’entraîner en dehors : c’est elle qui assouvit ia faim ; l’autre, moins urgente, que, jusqu’aujourd’hui, on croyait unique, fournit les éléments réparateurs.Cette conception nouvelle de la double fonction de l’aliment nous permet de comprendre combien est réellement résistante la vitalité de l’organisme au point de vue de la simple usure de ses éléments indispensables à l’existence, tandis que celte même résistance se trouve très rapidement et fatalement influencée par les intoxications. D’où l’importance capitale de la désintoxication précoce et fréquente, comparativement au besoin réel mais non immédiat de pourvoir au remplacement des éléments en déchéance.

Il y a donc équivalence, au moins temporaire, entre l’action de la purge et l’action de l’aliment. L’une et l’autre jouent avant tout un rôle de défense de l’organisme; l’une et l’autreremédient, dans certaines limites, aux manifestations immédiates du commencement de l’intoxication; et, paradoxe apparent, l’une et l’autre en certaines circonstances peuvent se remplacer. Par exemple, lorsque la privation d’aliments dispose à la maladie par stagnation et fermentation pathogène du contenu intestinal, non

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évacué, la purgation se trouve tout indiquée pour parer aux dangers qui en résulteraient. De même, en certains cas, non fréquents, il est vrai, lorsqu’on éprouve des malaises par embarras intestinal, malaises qu’une évacuation ferait facilement disparaître, si on ne peut pas se purger au lieu de laisser f« corpore ses fermentations intestinales augmenter leur toxicité, il est préférable de faire un bon repas composé surtout d’aliments végétaux bien cuits. Il» engloberont, neutraliseront les intoxications et disposeront à une plus prompte évacuation. Vous avez souvent la preuve de cette action de l’aliment dans la disparition rapide des phénomènes d’embarras gastrique après un bon repas, surtout quand il est suivi d’une prompte évacuation alvine.

Cette affirmation provoquera de la surprise probablement et sera vivement contestée. Mais observez bien les faits et vous ne serez pas éloignés de constater l’absolue exactitude de ce que j’affirme; vous vous convaincrez aussi de la double fonction de l’aliment et vous comprendrez les inconvénients incontestables que présente une alimentation restreinte trop longtemps poursuivie sans désinfection et sans repos de l’intestin.

M’étant expliqué sur cette conception de la faim, j’arrive maintenant aux objections qui m’ont été faites à la séance dernière par MM. Linossier et Chassevant. Je commence d’abord par constater notre accord sur les besoins alimentaires des diabétiques. C’est en effet un pernicieux préjugé, de croire que les besoins alimentaires des diabétiques sont supérieurs à ceux de l’homme sain. Ma communication est la condamnation justifiée de cette idée. Mais où je ne suis plus d’accord avec M. Linossier, c’est lorsqu’il affirme que la réduction régulière de l’alimentation est un traitement supérieur à la privation brusque et complète, à intervalles plus ou moins éloignes, des aliments pendant trois jours, selon ma formule. Ma méthode ne présente absolument aucun inconvénient: elle n’a jamais

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occasionné d’accidents, quels qu’ils soient, elle est très supportable avec un peu de bonne volonté. L’immense avantage, qu’elle ne partage pas avec les autres cures, c’est que d’abord elle enraye immédiatement l’évolution du processus morbide, puis l’éteint en très peu de temps. Avec quelle autre mùlliode pouvez-vous en dire aulaut? Pourquoi donc ce moyen de combattre la maladie resterait-il exceptionnel? Franchement, je ne comprends plus. Il me parait que, qui potest majus, polesl minus.

D’autre part, j’ai été très heureux de voir que M. Linossier, avec son expérience consommée, est d’avis que, même pour le diabétique tuberculeux, l’alimentation doit être réduite. De là au procédé du jeûne scientifique par intervalle, il n’y a plus qu’une question de degrés. Je ne crains pas de prédire à M. Linossier qu’avec la simple réduction sans désintoxication de l’intestin, il aura de fréquents insuccès, qu’on attribuera toujours et uniquement à son insuffisance de nutrition. Par la désinfection bien faite et répétée de temps en temps, il mettra l’organisme en condition de lutter moins difficilement, et les résultats seront certainement plus favorables.

M. Chassevant nous a exposé avec la plus grande érudition ses idées théoriques au sujet de la physiologie et la pathogénie du diabète. Mais j’ai le regret de lui faire observer que toutes les conditions, qu’il juge comme indispensables avant de procéder au traitement du diabète, sont rarement réalisables. Je pose, franchement, la question à vous tous, mes chers collègues. Combien de vous ont été à même de réaliserlesconditions de M. Chassevant, combien de vous auraient même la possibilité scientifique et matérielle de les réaliser? M. Chassevant oublie que, même dans certaines cliniques des Facultés, il est presque impossible de réaliser tous ces desiderata. Qu’est-ce, alors, dans la pratique médicale courante? Je suis loin de contester que, si j’avais des savants de la valeur de M. Chassevant pour m’cclairer dans mes applications thérapeutiques, je serais le premier à

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utiliser les résultats de leurs analyses. Mais les savants de la valeur de M. Chassevant sont exceptionnels et ne sont pas à la portée de tous les malades.

Faudrait-il donc renoncer au traitement parce que toutes les conditions scientifiques ne seraient pas réalisées? même quand les faits démontrent de la manière laplus évidente l’influence indiscutablement très heureuse du traitement? Je ne le crois pas.

Dans la discussion académique de M. Chassevant, je ne trouve rien au point de vue clinique qui puisse contredire sérieusement mes idées et les faits que j’ai rapportés.

Je suis parfaitement d’accord avec lui lorsqu’il estime que le seul dosage du glucose excrété ne doit pas constituer l’unique critérium du diagnostic et du pronostic de la maladie. C’est pour cela que j’ai insisté précisément sur la modification si profonde et si heureuse de l’état général, parallèle à l’amélioration de l’excrétion glycosurique.

Pour ce qui est du danger de l’autophagie, qui, dans le jeûne scientifique, mènerait au coma, je lui ferai la même réponse que j’ai faite à M. Bardel au sujet du dacger de la vacuité de l’estomac. Ce n’est qu’une légende, légende incontestable, si on s le soin de prévenir les intoxications de provenance intestinale. Ma cinquième observation en est une démonstration évidente. En effet, ma malade, qui jadis était une diabétique grasse, avait profondément maigri les derniers temps. Elle pouvait donc bien être classée dans les vrais diabétiques de M. Chassevant, chez qui, d’après lui, l’autophagie serait un grave danger.

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Nous pouvons donc être rassurés sur ce péri! imaginaire.

Persuadons-nous que l’organisme délivré des intoxications et des apports alimentaires par la voie digestive sait bien détruire et comburer successivement et suffisamment ses éléments les plus compromis etles moins indispensables à la continuation de la vie. Les faits que je viens de citer le démontrent de la manière la plus évidente.

M. Barbier. — En résumé, la discussion a porté sur deux points :

l°Ellc a établi que les diabétiques n’ont pas besoin d’une alimentation excessive ;

2° Elle a abordé la question de la tuberculose compliquant le diabète. A cet égard, il serait peut-être utile de préciser ce qu’on entend par réduction de la ration chez les tuberculeux diabétiques. Sans doute, il ne faut pas gaver les tuberculeux, mais il ne faut pas en déduire que l’alimentation de l’homme normal est suffisante pour eux. Chez les tuberculeux en poussée de tuberculose, les déchets urinaircs en urée et phosphates sont en général supérieurs d’un tiers à celui des sujets normaux. C’est un fait que M. Boinot et moi avons constaté d’une façon constante chez les enfants tuberculeux soumis à un régime identique. Leurs dépenses étant exagérées, passagèrement tout au moins, leur alimentation doit être proportionnellement supérieure. A cet égard, faites par un autre procédé que le mien, les recherches physiologiques de M. Laufer sur la ration alimentaire du tuberculeuxconcluent dans le même sens.

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Chez les diabétiques porteurs de lésions tuberculeuses en évolution, il y a peut-être une réserve à faire quand on parle de restriction du régime alimentaire. Quant à l’évolution de la tuberculose elle- même, chez les diabétiques, il paraît bien que dans certains cas elle n’est pas aussi sévère qu.’on le dit généralement.

M. Linossier. — Je ne voudrais pas qu’une phrase incidente, dans les quelques réflexions que j’ai exprimées devant la Société à l’occasion de la communication de M. Guelpa, fût inexactement interprétée. Quand j’ai dit que l’on était revenu de la suralimentation dans le traitement delà tuberculose, je n’ai pas voulu prétendre que cette affection fût justiciable de l’alimentation restreinte, puisque j’ai ajouté : « On admet en général que, s’il est tililc de bien nourrir les tuberculeux, il peut être nuisible de les gaver. »

II est certain qu’il y a quelques années l’utilité du gavage chez les tuberculeux était presque un dogme, et, pour beaucoup de médecins, il n’avait pour limite que la révolte des organes digestifs. C’est cet excès qui a disparu, et on semble être revenu à la formule plus rationnelle de nourrir les tuberculeux selon leurs besoins. Comme, chez ces malades, ainsi que l’a démontré M. Albert Robin, les combustions sont plus actives que chez les sujets sains, la ration alimentaire devra être souvent chez eux supérieure à la ration moyenne; mais de là au gavage, il y a loin.

Pour en revenir à la tuberculose des diabétiques, je suis très heureux de voir que M. Barbier, qui a une grande expérience de la tuberculose, admet, comme moi, la possibilité d’une évolution torpide de cette affection chez certains diabétiques arthritiques. Si, le plus souvent, cette évolution est exceptionnellement rapide et constitue la phase terminale du diabète, il faut savoir, pour éviter de »

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porter un pronostic impitoyable dans tous les cas, qu’il n’en est pas toujours ainsi. Je soigne actuellement un diabétique qui présente, depuis plus de quinze ans, un foyer de tuberculose sous la clavicule gauche, sans que la lésion ait fait des progrès sensibles, et sans que l’état général ait fléchi plus qu’il ne l’aurait fait sou* l’influence du seul diabète.

E. Desciumps, de Rennes. — Je fais, depuis près de quinze ans, la cure, par le régime alimentaire, des maladies de la nutrition, en particulier du diabète arthritique ou fonctionnel, et je puis rapporter des observations dans lesquelles les résultats sont aussi heureux que ceux oMenus par notre collègue M. Guclpa, et cela sans une diététique aussi sévère.

J’ajouterai que non seulement j’évite l’amaigrissement, mais encore que j’obtiens une augmentation de poids chez les amaigris.

Ma cure est répartie en trois périodes :

Dans la première, le malade est soumis au bouillon de légumes confectionné avec des légumes féculents, sucrés et mucilagineux, à l’exclusion des farineux ; ony ajoute un tiers de lait. La ration par vingt-quatre heures est de troislitres aumoins, carjeconsidère ces trois litres comme le volume minimum de tout régime alimentaire chez l’adulte.

Dans la deuxième période, j’ajoute au repas de

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midi une ration de pommes de terre, et à celui du soir un légume vert et des fruits.
Enfin, dans la troisième, je réduis de moitié la ration bouillon et lait, mais j’autorise les pâtes

alimentaires, les céréales °À autres farineux.

A la première période, je prescris une dose journalière de 10 grammes d’huile de ricin et souvent j’y ajoute de 5 à 8 grammes d’un mélange de sel de Seignette et de citrate de soude. Aux autres périodes, ces doses laxatives sont réduites de moitié.

Tous les dix jours environ, l’intestin est vidé au moyen d’une douche ascendante à 45°.

Je citerai maintenant, comme exemple des résultats obtenus, trois observations très résumées.

Observation I. — M. F…, 60 ans, instituteur, est amené à ma clinique en février 1005 en état d’hémiplégie à la suite d’une hémorragie cérébrale. Il est diabétique depuis longtemps et son diabète me préoccupe plus que sa paralysie à laquelle je ne puis pas grand’chose.

Il porte depuis six semaines à la jambe droite une escarre qui s’accroît et prend un mauvais aspect.

Soumis au régime de la première et de la deuxième période, le sucre disparaît complètement dans la première quinzaine et, à son grand étonnement, l’infirmière qui fait le pansement et connaît par

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expérience l’évolution des plaies chez les diabétiques constate que l’escarre diminue et finit par disparaître.

Observation II. — M »» L…, 62 ans, pesait à 30 ans 86 kilogrammes, quoique de taille moyenne. Elle est diabéliquc depuis longtemps, mais depuis quatre ans son poids est graduellement tombé à 02 kilogrammes. Son urine contient S!> gr. 00 de sucre par litre.

Elle commence sou traitement le 22 juin 190S.
Après avoir suivi les trois périodes du traitement, je la revois le 18 janvier 1906. Son bulletin d’analyse contient les chiffres suivants:

Densité à la »: lOiîi ; sucre: 0. l’en-dant sa cure, son poids s’est élevé à 6″kB,2ii0.

Observation III. — Mmc L…, 78 ans, est l’une de mes malades depuis 1903. Aux différentes cures qu’elle lit dans mon établissement je n’avais jamais pu.obtenir qu’elle suivit pendant un temps suffisant le régime de la première période et je n’avais jamais vu tomber son sucre au-dessous de 4 grammes par litre.

Au mois d’octobre dernier, à l’occasion d’accidents bronchitiques, elle dut garder le lit et sa docilité devint plus grande. Après six semaines de régime liquide aux cours desquelles le sucre avait disparu complètement, la malade •[ui. avant de se mettre au lit, pesait 70 kilogrammes avait seulement perdu 400 grammes avec son régime restreint.

Je termine en appelant l’attention sur le rôle des laxatifs et des soins intestinaux dans la cure du diabète. J’ai pu constater, par exemple, à différentes reprises, que la cure de la ptôse abdominale

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s’accompagnait d’une diminution ou de la disparition du sucre avec un régime dont l’action paraissait auparavant p.;a sensible.

Diète absolue et alimentation restreinte dans le diabète.

Par M. G. Bardet.

En relisant les argumentations produites à la suite de la très remarquable communication de notre collègue Guelpa sur le traitement du diabète par la diète absolue d’une part, la purgation saline méthodique d’autre part, il m’a semblé que tous les orateurs, comme il arrive trop souvent, ont un peu perdu de vue le point de départ de la discussion. Du reste, je n’ai de reproches à faire à personne, car, moi aussi, j’ai discuté à côté de la question. M. Guelpa, lui-même, ne s’est pas tenu sur l’unique terrain du diabète, et n’a pas pu résister au désir de généraliser et de parler des effets de la diète dans tous les états chroniques.

Je serai certainement le dernier à discuter les arguments produits par Guelpa pour vanter les avantages de la diète, puisque depuis vingt ans je prêche l’abstinence, et que j’ai été l’un des premiers

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à soutenir que tous les états chroniques, sans aucune exception, reconnaissent pour cause un trouble de la fonction digestive. Mais, pour ne point compliquer une question déjà très complexe, je désire me tenir uniquement sur le terrain où s’est placé Guelpa, c’est-à-dire sur la possibilité de guérir le diabète par la diète absolue, accompagnée de purgations régulières pendant toute la durée, suivie de la restriction alimentaire dans de certaines conditions.

Le traitement de Guelpa est double, puisque la purgation saline vient s’ajouter à la diète. Je sais que mon ami Burlureaux compte traiter la question au point de vue purgation, et comme je serai sans doute d’accord avec lui, j’effleurerai seulement le sujet, immédiatement, pour n’avoir pas à y revenir. Je crois que, dans le traitement de Guelpa, l’administration de sels purgatifs a surtout pour effet d’inhiber la sécrétion gastrique et de supprimer ainsi la sensation du besoin alimentaire. A mon avis, la diète pourra fort bien être maintenue sans purgation et sans état pénible, si l’on a le soin d’effectuer la saturation, chez les gastrosuchorréiques, afin d’éviter l’irritation de la muqueuse gastrique par les sucs digestifs inutilisés, et, à ce propos, je dois dire que, si les faits apportés par M. Guelpa m’ont paru très intéressants, la théorie qu’il a cru pouvoir en esquisser m’a paru inacceptable. Aucun fait connu ne me parait lui accorder le droit de donner de la faim l’étrange interprétation qu’il nous a fournie à la dernière séance. Me contentant de cette courte observation, je passe immédiatement à la question principale, c’est-à-dire celle de la diète absolue.

En entendant la communication de notre collègue, nous avons réagi de la façon la plus humaine, c’est-à-dire par la contradiction. Il en est toujours ainsi quand on nous apporte des faits nouveaux qui gênent les idées conventionnelles dont nous sommes imbus. Certes, je reconnais la grande bonne foi et l’honnêteté scientifique scrupuleuse de mon ami Guelpa, mais j’avoue humblement que mon

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premier mouvement fut de m’étonner de la possibilité de faire disparaître le sucre, chez les diabétiques invétérés, par une mesure hygiénique aussi simple que la suppression totale des aliments pendant trois jours et par quelques purgations; j’ai cru que les cas observés appartenaient à des glycosuriqucs simplement alimentaires. C’est pourquoi, comme, presque tous les argumenlateurs, j’ai parlé de la restriction alimentaire, comme d’une mesure suffisante.

Eh bien! je reconnais que j’ai eu tort, et que les faits, véritablement extraordinaires, apportés par Guelpa, bouleversent complètement les idées reçues jusqu’ici pour expliquer la pathogénie du diabète. Une fois de plus, des faits matériels viennent démontrer que nous sommes des ignorants, et que nos doctrines ne tiennent pas debout. Pendant de longues séries d’années, la médecine continuera à errer, et loin de nous est le temps où nous pourrons vraiment la considérer comme une science.

Ma première impression m’amena à contredire Guelpa ; la seconde fut meilleure, je songeais à le contrôler. J’en parlai immédiatement à notre collègue, le professeur Albert Robin, qui, lui aussi,avait été très Trappe des faits produits par Guclpa, et le hasard nous permit de faire une expérience thérapeutique vraiment saisissante.

Dans le service de la Clinique thérapeutique de Beaujon, se trouvait une femme atteinte, depuis plusieurs années, d’un diabète grave. Elle éliminait des quantités de sucre énormes qui ont atteint 800 grammes par vingt-quatre heures. Elle venait d’être soumise depuis quelques semaines au traitement ordinaire de M. Albert Robin, c’est-à-dire la médication alternante, anlipyrine et arsenic, sans que la quantité de sucre ait pu être abaissée au-dessous de 160 grammes. Après une série de cette

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médication, la malade avait été mise au repos de tout traitement et suivait le régime ordinaire des diabétiques du service :

Viande 500 grammes. Pommes de terre 500 — Légumes verts 500 —

Au moment où allait commencer l’expérience, c’est-à-dire la diète absolue, la malade émettait par vingt-quatre heures 12 litres d’urine, et la dernière journée avait fourni une élimination de 700grammes de sucre. Le lendemain de ce jour, on mit la malade à la diète absolue ; mais le professeur Albert Robin trouva inutile de donner la purgation conseillée par M. Guelpa, pour empêcher la malade de souffrir de la faim, car le sujet manquait d’appurgations régulières pendant toute la durée, suivie de la restriction alimentaire dans de certaines conditions.

Le traitement de Guelpa e3t double, puisque la purgation saline vient s’ajouter à la diète. Je sais que mon ami Burlureaux compte traiter la question au point de vue purgation, et comme je serai sans

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doute d’accord avec lui, j’effleurerai seulement le sujet, immédiatement, pour n’avoir pas à y revenir. Je crois que, dans le traitement de Guelpa, l’administration de sels purgatifs a surtout pour effet d’inhiber la sécrétion gastrique et de supprimer ainsi la sensation du besoin alimentaire. A mon avis, la diète pourra fort bien être maintenue Bans purgation et sans état pénible, si l’on a le soin d’effectuer la saturation, chez les gastrosuchorréiques, afin d’éviter l’irritation de la muqueuse gastrique par les sucs digestifs inutilisés, et, à ce propos, je dois dire que, si les faits apportés par M. Guelpa m’ont paru très intéressants, la théorie qu’il a cru pouvoir en esquisser m’a paru inacceptable. Aucun fait connu ne me parait lui accorder le droit de donner de la faim l’étrange interprétation qu’il nous a fournie à la dernière séance. Me contentant de cette courte observation, je passe immédiatement à la question principale, c’est-à-dire celle de la diète absolue.

En entendant la communication de notre collègue, nous avons réagi de la façon la plus humaine, c’est-à-dire par la contradiction. Il en est toujours ainsi quand on nous apporte des faits nouveaux qui gênent les idées conventionnelles dont nous sommes imbus. Certes, je reconnais la grande bonne foi et l’honnêteté scientifique scrupuleuse de mon ami Guelpa, mais j’avoue humblement que mon premier mouvement fut de m’étonner de la possibilité de faire disparaître le sucre, chez les diabétiques invét-irés, par une mesure hygiénique aussi simple que la suppression totale des aliments pendant trois jours et par quelques purgations; j’ai cru que les cas observés appartenaient à des glycosuriqucs simplement alimentaires. C’est pourquoi, comme, presque tous les argumenlateurs, j’ai parlé de la restriction alimentaire, comme d’une mesure suffisante.

Eh bien! je reconnais que j’ai eu tort, et que les faits, véritablement extraordinaires, apportés par Guelpa, bouleversent complètement les idées reçues jusqu’ici pour expliquer la palhogénie du

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diabète. Une fois de plus, des faits matériels viennent démontrer que nous sommes des ignorants, et que nos doctrines ne tiennent pas debout. Pendant de longues séries d’années, la médecine continuera à errer, et loin de nous est le temps où nous pourrons vraiment la considérer comme une science.

Ma première impression m’amena à contredire Guelpa ; la seconde fut meilleure, je songeais à le contrôler. J’en parlai immédiatement à notre collègue, le professeur Albert Robin, qui, lui aussi,avait été très frappé des faits produits par Guclpa, et le hasard nous permit de faire une expérience thérapeutique vraiment saisissante.

Dans le service de la Clinique thérapeutique de Beaujon, se trouvait une femme atteinte, depuis plusieurs années, d’un diabète grave. Elle éliminait des quantités de sucre énormes qui ont atteint 800 grammes par vingt-quatre heures. Elle venait d’être soumise depuis quelques semaines au traitement ordinaire de M. Albert Robin, c’est-à-dire la médication alternante, anlipyrine et arsenic, sans que la quantité de sucre ait pu être abaissée au-dessous de 160 grammes. Après une série de cette médication, la malade avait été mise au repos de tout traitement et suivait le régime ordinaire des diabétiques du service :

Viande 500 grammes. Pommes de terre 500 —

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Légumes verts 500 —

Au moment où allait commencer l’expérience, c’est-à-dire la diète absolue, la malade émettait par vingt-quatre heures 12 litres d’urine, et la dernière journée avait fourni une élimination de 760grammes de sucre. Le lendemain de ce jour, on mit la malade à la diète absolue ; mais le professeur Albert Robin trouva inutile de donner la purgation conseillée par M. Guelpa, pour empêcher la malade de souffrir de la faim, car le sujet manquait d’appetit, et n’avait point l’intestin encombré. Du reste, môme sans cette purgation, la malade supporta avec la plus grande facilité ces trois jours de diète absolue.

Je ferai remarquer que cette malade représente par excellence le type du diabète grave, où régime et traitement maintiennent quand même un taux de sucre dans les urines. La maigreur pourrait être plus grande, mais elle est déjà très accusée, et certainement la quantité de graisse existant entre les tissus musculaires et cellulaires doit être très faible.

Au bout de vingt-quatre heures de diète, la quantité de sucre éliminée tombe de 760 grammes au chiffre de treize crammes, tandis que la polyurie passe de 12 litres à 2 litres.

Au bout de quarante-huit heures, le sucre a complètement disparu, et la quantité d’urine n’est plus que de 600 grammes. L’état général est excellent.

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Gomme on le voit, et sans qu’il soit besoin de le commenter, le fait est vraiment surprenant et inattendu. Je n’aurais, pour mon compte, jamais cru que la suppression des aliments pût amener instantanément la suppression du sucre chez un pareil sujet. En nous montrant cela, il n’y a point à le nier, Guelpa a fait quelque chose de très nouveau et de très remarquable, car nous allons voir que la discussion de ce fait permet de poser d’une façou très nouvelle le problème à résoudre.

Plusieurs des orateurs qui ont pris part à cette discussion, moi-même je crois, nous avons appelé l’attention sur le danger présenté par la diète absolue. En effet, diète ne veut pas dire suppression réelle des aliments usés, puisque, pour fournir l’entretien de la chaleur animale et produire l’énergie dépensée par le mouvement, l’organisme est obligé de prendre sur sa propre substance. C’est pourquoi, en analysant l’expérience qu’il venait de faire, M. Albert Robin a dit de suite : « C’est très intéressant, mais nous venons défaire deux jours de régime carné absolu, ce qui met notre malade dans des conditions d’intoxication dangereuse, et je craindrais l’apparition du coma diabétique chez certains malades. »

On rétablit donc l’alimentation par régime lacté le quatrième jour, et la malade refit immédiatement du sucre, à raison de 80 grammes pour deux litres de lait absorbés. Elle ne supporta pas ce régime pour raison gastrique, et on fut obligé de revenir au régime antidiabétique, viande, pomme de terre et légumes verts, ce qui fit monter le taux du sucre à 120 grammes environ. Je n’insiste pas sur la suite, car cela m’est inutile pour les conclusions que je veux dire. Deux faits sont à noter : d’abord la suppression totale du sucre par la diète, puis son retour, à un taux relativement élevé, aussitôt que l’alimentation a été reprise. Enfin, à noter également l’idée très logique que ce régime autophagique de trois journées de diète peut produire des phénomènes d’intoxication.

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La suppression totale du sucre nous démontre que l’acte digestif à lui seul doit être considéré comme la cause de la production du sucre. Ea effet, il n’y a pas à le nier, puisqu’une malade qui rendait (luis ses urines l’énorme quantité de 700 à 800 grammes de sucre régulièrement, et depuis 1res longtemps, a pu voir disparaître à la fois le sucre et la polyurie, par la simple cessation de l’acte digestif. Le phénomène doit donc être bien local, c’est-à-dire avoir pour point de départ la muqueuse digestive, puisque le phénomène nutritif nécessaire pour faire la calo-rigenèse el la production de l’énergie musculaire n’a pas fourni de sucre. Voilà certes un fait saisissant. La preuve se trouve obtenue quand on constate que le sucre revient aussitôt qu’un acte digestif se produit. C’est là une notion pratique qui ne doit pas manquer d’exercer une influence considérable pour une orientation nouvelle de la thérapeutique du diabète. Du reste, les succès durables cités par Guelpa sont là pour démontrer la réalité de ma déduction. A-t-on raison de craindre l’autophagisme dans la diète? Je ne le crois pas, et je vais vous le prouver. J’ai discuté la question avec M. Albert Robin, et voici les résultats numériques auxquels nous sommes arrivés.

Reprenons l’observation de notre malade, et rappelons-nous son régime à la veille de son traitement.

CURE DU DIABÈTE 55

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Nous avons ditqu’elle prenait par jour 500 gramme» des aliments suivants : viande, pomme de terre, légumes verts. Voyons ce que cela représente au point de vue alimentaire :

POIDS

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ALIMENTS

ALBUMINE

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HYDRO- CARUONKS

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page57image5769664 page57image21771392 page57image5799408

GRAISSES

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page57image7910496 page57image19720496 page57image19731360page57image21775312page57image21860880

CALORIES FOURNIES

page57image16261456page57image12105008 page57image18442224page57image7204448page57image5847040 page57image19716464page57image21793792page57image21823696

500 gr. 500 500

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Viande
Pommesde terre. Légumes verts .

Total . . .

page57image7897808page57image16333632page57image18405200

85 10 5

page57image3694560

0
200 10

page57image3767776

80 10 10

page57image16304096

1.000 930 150

page57image18465104page57image18464896

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100

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210

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100

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2.140

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Comme on le voit, le régime est bien établi pour fournir à la malade les 2.100 calories qui sont considérées comme nécessaires, et, dans ce régime, l’albumine est représentée par un pourcentage assez considérable, qui dépasse beaucoup les besoins. On peut même dire que les 100 grammes d’albumine ingérée tendent déjà à exagérer la production des matériaux extractifs considérés comme toxiques.

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Ce régime est considérablement insuffisant au point de vue de la dépense effectuée. En effet, la malade, dans la journée qui précéda l’expérience, a perdu 760 grammes de sucre, ce qui équivaut à tout près de 3.200 calories ; nous lui en avons fourni 2.100, environ, il y a donc un déficit de 1.000 à1.100. Mais, ce n’est pas tout; il faut ajouter à ce déficit toute la quantité du glucose qui a été brûlé dans l’organisme par autophagie. Cette malade, quoique au repos, a fait de la chaleur, a dépensé un peu de forces, et nous devons supposer que sa dépense totale, pour les besoins physiologiques, n’a pas été moindre de 1.600 calories. Par conséquent, c’est, avec les 1.100 calories qui sont déjà en déficit, une somme de 2.700 calories au minimum qui n’ont point été fournies par l’alimentation.

Ce chiffre est représenté par 600 à 6bO grammes de glucose qui ont dû être empruntés à l’organisme. Par conséquent, avant même qu’on établisse la diète, la malade faisait déjà une autophagie considérable ; j’irai même plus loin, quand on y regarde de près, l’autophagie était plus grande avant la diète.

En effet, cette autophagie correspondait au moins à 2.700 calories avant le traitement, puisqu’il fallait fabriquer la majeure partie du sucre rejeté par les urines. Au contraire, dès que la diète a été instituée, il n’y a plus eu qu’à fournir les 1.600 calories nécessaires pour l’entretien physiologique. Donc, chiffres en main, notre malade avait moitié plus de chance de faire du coma diabétique pendant qu’on l’alimentait.

Cette déduction, à mon avis personnel, a une importance considérable, car elle nous fait voir que, chez les grands diabétiques, quand nous aurons à craindre le coma, la diète, malgré l’autophagie qui

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en est la suite, est le meilleur moyen de prévenir les accidents, puisqu’en réalité celte autophagie devient moins importante.

Je tenais beaucoup à apporter ces réflexions et a démontrer, par leur moyen, la grande valeur des observations que nous a apportées notre collègue Guelpa. Il est bien évident que la diète ne peut pus être prolongée, mais son usage périodique rendra certainement des services signalés. Nous avons en elle une arme puissante qu’il suffira de savoir manier pour en obtenir des effets certainement remarquables. Enfin, si toutes les idées développées par (iuelpa, pour l’interprétation des faits qu’il a su mettre en lumière, ne peuvent pas être acceptées, sans ou même après discussion, il n’en est pas moins vrai qu’il rend à la thérapeutique un très gros service, en forçant les médecins à reconnaître une fois de plus l’influence désastreuse des idées erronées qui régnent parmi eux, aussi bien que dans le public, sur les prétendues nécessités de l’alimentation. Une fois de plus, nous sommes amer ;’:.-; à constater la grande influence de l’acte digeslii o ;a-géré sur nos réactions physiologiques. Dans l’ctat de nature, l’animal est rarement dyspeptique, les maladies de la nutrition qui sont le triste apanage de l’humanité lui sont presque inconnues. Pour conclure, j’en arrive donc une fois de plus à couïî.u: r qu’il est vraiment triste que le développement cabrai de l’animal-homme qui, à certains points de vue, a produit d’admirables résultats, l’ait malheureusemcnt amené surtout à manger sans besoin, à boire sans soif et à faire l’amour en tout temps, tout cela pour arriver à ruiner son organisme et à abréger ses jours, car il n’y a plus aucun doute que ces trois facteurs physiologiques ne soient réellement la cause génératrice des affections chroniques qui dépeuplent la terre.

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La purgation dans la méthode de traitement du diabète préconisée par M. Guelpa.

Par M. Burlvbeacx.

C’est toujours avec plaisir que je vois notre Société aborder les grands problèmes de thérapeutique générale, les amples discussions destinées à élargir ou à éveiller nos idées, et à faire germer la bonne semence chez les nombreux lecteurs de notre Bulletin. A ce titre, je suis reconnaissant à M. Guelpa d’avoir amorcé une question des plus suggestives, dans la dernière séance de décembre 1908, et aussi à M. le président Barbier d’avoir, dans la dernière séance de janvier 1909, proposé de pousser à fond la discussion sur le problème soulevé par notre confrère. Déjà cette discussion a été féconde, puisqu’elle nous a valu, de la part de M. le Dr Linossier, quelques considérations du plus haut intérêt sur le régime alimentaire global des diabétiques ; et je ne doute pas qu’elle nous vaille encore maintes autres communications instructives.

JI. Guelpa a surtout étudié le problème de la diète hydrique, combinée aux purgations et prolongée trois jours chez les diabétiques ; mais, si j’ai bien compris sa pensée, cette thérapeutique ne s’appliquerait pas seulement aux diabétiques ; et nous lui serions reconnaissants de nous indiquer les autres cas où le traitement qu’il a préconisé lui semble applicable.

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Ce serait ouvrir le champ à une étude des plus intéressantes, mais qui nécessitera, pour être menée à bien, une collaboration active de plusieurs cliniciens; et j’estime que ce n’est que dans quelques années qu’on pourra donner au problème une solution véritable. Car les problèmes thérapeutiques ne se résolvent pas en quelques jours, ni même en quelques mois.

Mon impression, en entendant M. Guelpa, n’a pas été une impression de doute, car j’ai pour principe de ne jamais mettre en doute une affirmation énoncée par un confrère dans une société comme la nôtre. Ce fut une impression d’étonnement…

Comment expliquer que des malades se trouvent bien d’une diète de trois jours, avec purgations répétées, et que leur sang soit plus riche en globules rouges après qu’avant? Comment expliquer aussi que M. Guelpa ait trouvé des malades assez dociles, assez confiants ou assez complaisants, pour se soumettre à cette épreuve ?

Mais, à la réflexion, je parvins a tout comprendre : 1° Pour ce qui est de la collaboration volontaire des malades à cette expérience, elle s’explique facilement. Un médecin qui sait manier le malade obtient de lui une passivité sans limites ; et quand il est, lui-même, bien convaincu de l’utilité d’une intervention quelconque, il n’a pas de peine à la faire accepter de ses patients.

2° Je m’explique très bien pourquoi, avec les trois jours d’épreuve, le sang des malades est plus riche en globules. M. Guelpa croit que c’est à cause d’une bienfaisante exagération de fonctionnement des organes qui fabriquent le sang ; mais ce résultat n’est-il pas tout simplement dû à ce que le sang, privé d’une fraction de sa partie aqueuse parla purgation, se trouve plus concentré ; de même que, à

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la suite de l’accès de fièvre intermittente, après la période de sueurs, le sang des impaludés est plus riche en globules qu’avant l’accès?… Avouons que cette richesse serait une pauvreté déguisée !

3° Pour ce qui est des bienfaisants effets généraux relatés par M. Guelpa, je mêles explique aussi. Mais je dois dire que je les attribue exclusivement à la diète. Nul doute que la diète, telle que nos pères l’appliquaient à tout propos, et souvent hors de propos, soit un profond modificateur de la nutrition. Et personne plus que moi n’est convaincu de son efficacité dans certaines circonstances : d’une façon générale, et si modéré que soit notre régime, alors que nous sommes bien portants, il dopasse encore les besoins naturels de noire organisme, de sorle qu’il n’est pas étonnant de voir que, dès que nous devenons malades, la diète puisse se trouver indiquée pour réparerles méfaits d’une suralimentation inconsciente et prolongée. En particulier, dans les cas où l’estomac et l’intestin prolestent, la diète me paraît s’imposer, et l’expérience de tous les jours démontre qu’elle est d’une efficacité incomparable : laisser reposer l’estomac vingt-quatre ou trente-six heures, quand il est surmené, m’a toujours semblé être le comble de la sagesse.

Et il m’est arrivé, plusieurs fois, de prolonger la diète hydrique pendant trois et quatre jours. Je connais une dame qui, d’elle-même, se met à la dièle presque absolue, en ne prenant pendant les vingt-quatre heures que deux ou trois tasses de limonade ou de tilleul, et cela pendant deux ou trois jours, ‘ chaque fois qu’elle sent que son estomac périclite, c’est-à-dire, en moyenne, deux fois par année : même, dans une circonstance plus sérieuse, celte dame est restée dix jours à la diète hydrique et s’en est bien trouvée.

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Dans les cas très graves, j’emploie la dièle absolue, sans liquides, pendant dix, douze, seize heures, et plus. D’ailleurs, ne voyons-nous pas certains chirurgiens, et des meilleurs, imposer aux malades atteints d’appendicite celte diète absolue pendant quinze et vingl jours? Ils n’admettent pas la diète hydrique et font boire les malades par la peau en leur injectant du sérum artificiel.

Bref, je suis convaincu des merveilleux effets de la diète sévère, dans certaines conditions que je n’ai pas à préciser aujourd’hui ; et c’est dire que je suis tout disposé à accepter les affirmations de M. Guelpa sur l’efficacité de la diète, spécialement chez certains diabétiques.

4° Enfin j’ajouterai que je m’explique également l’affirmation de M. Guelpa lorsqu’il soutient que ses malades souffrent moins de la faim pendant les trois jours de l’expérience si, à la dicte, on adjoint la pur-galion quotidienne.

C’est bien simple : la purgation trouble le fonctionnement du système nerveux et ôte au malade la sensation de la faim : purgez un homme bien portant, et il deviendra momentanément malade, il perdra momentanément l’appétit, il ne soulTrira pas de la faim après la purgation ; de même purgez un diabétique, il supportera mieux la diète, ou du moins il souffrira moins de la faim que s’il n’avait pas été purgé.

A cette interprétation s’en joint une autre, d’un ordre plus subtil : je veux dire que l’autosuggestion intervient, pour apaiser, chez le malade soumis à la diète, les tortures de la faim, quand ce malade ajoute la purgation à la diète. Dicte et purgation sont tellement unies par l’usage que les deux semblent faire bloc.

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En vertu d’une association d’idées séculaire, la purgation est devenue, dans notre esprit, comme un symbole de la ilicle. A force d’avoir toujours pria médecine en même temps que nous modérions ou suspendions notre régime ordinaire, nous en sommes arrivés à tenir ces deux termes de diète et de purgation pour inséparables. De telle sorte que, d’une part, j’ai la certitude que les heureux résultats attribues à la purgation, dans un très grand nombre de cas, sont dus exclusivement à la diète concomitante ; tandis que, d’autre part, nous nous sommes accoutumés à unir les deux choses si étroitement, qu’il est très possible quo l’une d’elles, la diète, c’est-à-dire la seule bonne des deux à mon avis, nous soit même plus facile à supporter si nous y joignons cette purgation qui, tant de fois, dans notre vie et dans celle de nos pères, l’a accompagnée. Sans compter que, d’une façon plus générale, cette opération positive qui consiste a se purger peut fort bien nous apparaître comme plus réelle que l’opération toute négative de la diète, et nous encourager, par là, à subir cette dernière.

Mais toute la question est de savoir si ces avantages, que j’appellerais intellectuels ou moraux, de la pur-galion sont suffisants pour compenser le dommage matériel qui, je continue ù l’uffinncr, résulte toujours, plus ou moins, de l’ébranlement apporté a tout notre organisme par les purgations, Car il va sans dire que, si l’on reconnaissait avec moi que ceile-ci n’a point l’utilité qu’on lui attribuait naguère, et ne doit sa popularité qu’aux bons effets de la diète dont elle acte longtemps le prétexte, nous aurions l’obligation de tâcher ûe détruire, autour de nous, une association d’idées dont les inconvénients nous paraissent dépasser les avantages.

Aussi toute la question se ramène à savoir si, dans les cas étudiés par M. Guelpa, l’emploi de la purgation, en plus de son rôle psychique, et de cette atténuation de souffrances de la faim, a véritablement contribué a l’amélioration de l’étal des diabétiques. Là-dessus, il m’est naturellement

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impossible de porter d’avance un jugement ; aussi bien ai-je moi-même reconnu, dans mon livre sur la purgation, que l’élude des bons effets de celle-ci étail encore à faire, et d’ailleurs ne serait possible que lorsqu’on se serait décide h voir dans la purgation un remède particulier, souvent très puissant, et ne pouvant plus être administré de la façon commune et irréfléchie dont il l’est depuis des siècles. Peut-être, dans le cas du diabète comme dans celui des coliques de plomb, l’usage de la purgation contribue-t-il réellement à augmenter les bons effets de la diète : je n’en sais rien. Pour l’établir, il faudrait que notre confrère, et nous tous, soumissions la question à un examen prolongé, de façon à bien déterminer la part qui revient, dans les résultats acquis, à l’élément purgation et à l’élément diète.

Mais je dois dire que, a priori, même dans ce cas particulier du diabète, une efficacité positive de la purgation en soi, et non pas considérée comme le prétexte do la dicte, m’étonnerait singulièrement. Car le diabétique est avant tout un nerveux, et j’ai peine à croire qu’un choc intestinal, surtout renouvelé trois jours de suite, puisse compenser par d’autres résultats quelconques le dommage certain de la fatigue nerveuse qu’il occasionne.

Ma conclusion est donc, provisoirement, que, si l’état des malades de M. Guelpa s’est trouve amélioré — comme je n’en doute pas — par l’addition de la diète à la purgation, c’est à cause de la diète, et malgré la purgation.

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La ration hydrocarbonée chez les diabétiques arthritiques et leur rééducation nutritive. Par M. René Laukh.

Je voudrais ajouter quelques faits personnels à ce qui a déjà été dit au sujet du jeûne dans le diabète et de la ration des diabétiques, et j’apporte ici le résumé de mes recherches qui datent de 190o.

Tout d’abord, les physiologistes savent depuis longtemps que le jeûne fait disparaître rapidement la glycosurie, et les cliniciens (Gantani et autres) ont appliqué et appliquent encore cette notion, mais toujours d’une façon passagère. Je ne m’élève donc pas contre le jeûne systématiquement prolongé et surtout compliqué de purgations abondantes répétées chaque matin pendant des périodes atteignant trois à cinq jours. Déjà l’expérimentation nous montre chez le diabétique la nécessité d’un régime restreint ; si, sous prétexte de faire disparaître à toute force le sucre chez lui, on le prive tout à fait d’aliments pendant des périodes en somme fort longues, on court de ce côté un risque sérieux. Cela d’autant plus que la purgation — c’est encore un de ses inconvénients que je n’ai pas vu signalé dans la discussion récente »ur ce sujet — détermine non seulement une désas-similalion intense de l’azote, mais encore une perte importante de sels minéraux.

Mais, d’après M. Guelpa, le jeune prolongé avec les purgations répétées pendant quelques jours de suite déterminent une activité particulière, un entrain qu’on ne connaissait pas auparavant. Ne pas manger pour avoir des forces serait, en effet, un excellent moyen à la portée, si je puis dire, de toutes les bourses et résoudrait en grande partie le problème social. L’eau de Janos chauffée remplaçant les calories nécessaires coûte assurément peu cher : « Essayez», nous dit avec énergie M. Guelpa. J’ai

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essayé d’abord sur moi-même, puis sur un diabétique, et je dois déclarer que le résultat n’a pas été celui que faisait espérer M. Guelpa. Pour moi, j’ai tenu bon un jour, mais le lendemain je me sentis affaibli et n’aurais certainement pas pu reprendre mes occupations. En tout cas, je n’eus pas le courage de rechercher un surcroit de forces dans l’eau de Janos chauffée. Quant à mon d-abétiquc, il résista deux jours; mais le troisième, il ne putconlinuer, lesphé-noinènes de faiblesse étaient encore plus accentués que chez moi.

Donc, sans vouloir le moins du monde atteindre les observations de M. Guelpa, je suis fondé à dire que ce procédé ne peut être érigé en méthode générale de cure. Certaines personnes se trouvent bien sans doute de celte stimulation énergique de la nutrition qu’exerce le purgatif; stais doute aussi admettrai-je le jeûne dans certaines circonstances spéciales, dans des cas aigus, ou dans le cas de glycosurie tenace, rebelle, la durée du jeûne étant subordonnée alors aux circonstances elles-mêmes. En réalité, lorsqu’on lit les observations de M. Guelpa, on voit que ce qu’il a fait n’est pas la cure du diabète, mais le traitement de certains accidents diabétiques (sciatique, congestion pulmonaire, gangrène) ou, si l’on veut, le traitement de la glycosurie, ce qui n’est pas du tout la même chose.

Le problème de la cure du diabète est, en effet, plus complexe et plus difficile que ne semble l’indiquer M. Guelpa. Il faut songer que cette cure ne consiste pas dans un traitement de quelques jours et lorsque, sous l’influence d’un moyen quelconque — diète ou autre —laglycosurie a disparu, le malade est-il pour cela guéri ? Qu’advient-il, en effet, de ce malade et desa glycosurie danslasuite, lorsqu’on le réalimente? Comment l’alimenter alors? Toute la question est là, et c’est elle qui a préoccupé tous ceux qui se sont intéressés au diabète. Car, enfin, on n’a pas la prétention de faire jeûner les malades toute leur vie, et en tout état de cause les périodes d’alimentation seront les plus longues. 1IM. Bardet,

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Linossier et Chassevant nous ont tour à tour apporté, sur la ration des diabétiques, avec leur très grande compétence en cette matière, des faits sur lesquels je ne reviendrai pas. Je veux seulement rappeler les recherches que j’ai entreprises depuis quatre ans sur la rééducation nutritive des diabétiques, et qui montrent que, sans moyens violents, on peut, on doit aboutir à des résultats équivalant à la guérison.

J’avais constaté depuis longtemps que, si l’on administre à ces malades une certaine quantité de sucre (sous forme de glucose, par exemple), ils n’en éliminent en général qu’une partie. C’est ainsi que la plupart des diabétiques tolèrent en moyenne 50 grammes de sucre, mais la tolérance peut s’élever considérablement chez certains diabétiques : nous en avons observé un par exemple qui en tolérait près de 200 grammes. Par l’expérimentation chez l’homme normal, indépendamment de toute lésion hépatique, on saitqu’à partir d’une certaine dose (« 200 grammes de glucose, par exemple), on retrouve dans l’urine tout l’excédent du sucre non utilisé par l’organisme. Or, chez le diabétique, il ne s’agit réellement que d’une différence de degré, car j’ai pu me ren-.lre compte que le sucre non éliminé n’était pas simplement retenu, mais parfaitement utilisé comme chez l’individu normal. Ce fait me paraissait très important en pratique, car l’administration, dans chaque cas, de la dose utilisable de sucre, outre qu’elle permettait d’établir un régime varié —et dans certains cas unrégime presque identique àcelui d’unindividu normal — permettait en même temps la réduction correspondante des albuminoïdes et des graisses dont je connaissais les inconvénients chez les arthritiques elles diabétiques en particulier.

J’ai donc recherché (Acad. des Sciences, o juillet 1905, Soc. de Diol., 21 et 28 juillet 1906) dans quelles conditions l’utilisation du sucre pouvait être augmentée ou diminuée. J’ai étudié à cet égard les

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différents sucres et je dois dire que, contrairement à ce qui a été publié et en mettant de côté les sucres lévogyres, je n’ai pas trouvé de différences constantes et notables de tolérance entre les sucres. Certains malades tolèrent davantage tels sucres, d’autres tels autres. C’est là une question individuelle. J’ai vu nettement deux malades, soumis à une expérimentation rigoureuse, utiliser davantage le glucose que la pomme de terre avec des régimes comportant des quantités identiques de principes alimentaires, et je suis convaincu que, si on prend la précaution d’instituer des régimes rigoureusement comparatifs au pointde vue des quantités d’albuminoîdes, de graisses et d’hydrates de carbone, on pourra faire la même constatation dans bien d’autres cas. Eu admettant même, avec M. Mossé, dont les recherches sur ce point sont d’ailleurs remarquables, que la pomme de terre soit plus tolérable, il n’enfaudrait pas moins reconnaître, je le répète, que ce fait n’est pas constant et le vérifier dans chaque cas. Quant à l’expérience de Itubner, M. Laumonier vous dira qu’elle est contestable.

Donc, si la tolérance ne varie pas — du moins pas constamment — suivant les différents sucres, elle varie suivant la dose de sucre ingérée. Chez certains diabétiques, chose curieuse, elle augmente si on augmente la quantité de sucre administrée. J’ai observé deux cas de diabète relativement léger, dont l’un concernant un homme âgé de 52 ans, de souche arthritique, diabétique depuis une dizaine d’années, qui excrétait en moyenne CO grammes de sucre avec un régime comprenant 125 grammes d’hydrates de carbone. En portant ceux-ci à 175 grammes pendant un mois, il n’en perdit que 71 grammes en moyenne avec le même régime et le même genre de vie ; avec une ingestion de 225 grammes pendant un mois également, il n’élimina que 75 grammes. L’augmentation de la glycosurie était donc minime par rapport à l’accroissement des doses absorbées. J’ojoule que, malgré ou avec cette absorption de plus en plus élevée, ses forces s’étaient notablement accrues. Dans un autre cas,

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un homme de 36 ans, excrétant 33 grammes avec une ingestion de 93 grammes, la glycosurie tomba même à 22 grammes avec 125 grammes ingérés pendant trois semaines avec un régime par ailleurs identique, puis elle revint à 30 grammes avec 150grammes, à 38 grammes avec 175 grammes ; mais avec 200 grammes la glycosurie s’éleva à 74 grammes : la tolérance ne s’était pas accrue avec l’augmentation de la dose de sucre administrée que dans certaines limites et j’ai dû ensuite diminuer la quantité de sucre ingéré. Pour ce malade également, les forces s’était notablement relevées, en même temps qu’il prenait plus de sucre. 11 s’agissait d’un négociant obèse qui se sentait fatigué au moindre effort et qui, auparavant, ne pouvait plus donner une attention suffisante à ses affaires. Il protesta même lorsque, à la suite de l’augmentation trop notable de la glycosurie, je restreignis son absorption d’hydrates de carbone.

Ces faits de tolérance de plus en plus élevée — jusqu’à une certaine limite, il est vrai — pour les sucres, malgré une absorption croissante d’hydrates de carbone, sont déjà très intéressants ; mais ils m’ont amené à la constatation d’un fait encore plus remarquable. En effet, j’ai voulu examiner chez les deux malades précédents dans quel sens évoluaient les rapports urinaires, j’aurais pu apporter les chiffres : ils traduisent une amélioration très nette et très sensible de la nutrition. Voilà donc une catégorie de malades à qui on donne du sucre, qui en excrètent de plus en plus (moins cependant que ne semblerait le comporter l’ingestion croissante, ainsi que nous l’avons expliqué) et dont les phénomènes de nutrition s’améliorent, en même temps que les forces augmentent : il n’y a rien de plus net pour montrer que, chez les diabétiques, la glycosurie n’est pas tout et que l’étude de la nutrition doit entrer en considération pour une part importante. Chez ces malades, elle devait même passer au premier plan, puisque la diminution d’hydrates de carbone, en mêmetempsqu’eliediminunitlaglycosurie, abaissait les forces et modifiait défavorablement les rapports

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urinaires. II est vrai que ce même résultat défavorable se produisait également lorsqu’on poussait l’accroissement de la dose de sucre ingérée au delà d’une certaine limite.

Mais — c’est ici que j’appelle particulièrement l’attention — dans la plupart des cas que j’ai observés, la puissance d’utilisation est augmentée si on administre ladosede sucre inférieure à ladose tolérée. Dans un cas, par exemple, que j’ai publié à la Société de Biologie, un malade, ayant ingéré 100 grammes de glucose, en a utilisé 46 grammes ; or, lorsque je lui en eus administré une dose inférieure, 20 grammes pendant une période de dix jours, il a pu ensuite en utiliser 60 et 80 grammes sans qu’il passe rien dans les urines. Inversement, en faisant ingérer une dose de sucre supérieure à la quantité reconnue susceptible d’être utilisée, j’ai obtenu par la suite un abaissèment de la tolérance. Ainsi, un autre malade, qui utilisait 22 grammes de glucose, n’en utilisait plus du tout à la suite de l’ingestion de 80 grammes et de HO grammes. Tout se passe alors comme si le trop-plein dû à l’ingestion d’une trop forte dose d’hydrates de carbone s’éliminait dans la suite, de sorte que, même lorsque, ayant administré une dose élevée, on diminue considérablement celle-ci dans les jours suivants, on observe encore une forte glycosurie et le sucre excrété dépasse alors le sucre ingéré. Ce fait permettra d’interpréter certains résultats d’analyses d’urine, et lorsqu’on constatera par exemple une excrétion de sucre dépassant l’ingestion, il ne faudra pas se hâter de conclure à la gravité du cas, mais rechercher si, quelques jours auparavant, l’ingestion de sucre n’a pas été trop élevée. D’ailleurs cette diminution d’utilisation dure peu de temps lorsqu’on a diminué la dose ingérée et que l’on maintient cette diminution.

Que résulte-t-il pour la pratique des faits précédents? Il y aura lieu de rechercher pendant une certaine période — huit jours suffisent pour cela — quelle est la dose tolérée, et c’est facile lorsqu’on

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administre un régime quelconque dont la teneur en hydrates de carbone peut être calculée. Voici par exemple un régime d’épreuve que j’ai employé fréquemment et que je considère d’ailleurs comme un type de ration de diabétique moyen de 80 kilogrammes : 200 gr. de viande … 40 tUO — de lait 3,0

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50 gr. de pain …. 200 — deharicolsverts. » 200 — de pommes de

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Cette ration, parfaitement acceptée et digérée par les malades, peut être prise pendant longtemps et répond d’ailleurs aux besoins de la pratique. Elle renferme une quantité d’albuminoïdes que l’expérimentation permet de considérer comme suffisante en înoyeonepourcouvrirles besoins en azote, une quantité de graisses que nous avons reconnue tolérable pendant longtemps, enfin une dose d’hydrates de carbone susceptible d’être utilisée au moins en grande partie. On peut d’ailleurs faire varier celle-ci en augmentant par exemple (ou en diminuant) le pain ou les pommes de terre dont l’avantage alors sera d’accroître la quantité d’hydrates de carbone sans accroissement correspondant bien sensible des albu-minoïdes et des graisses. En outre, ce régime ne renferme pas de quantités exagérées d’aliments géntrateurs d’aoide urique. Je trouve, en eilet, dans les régimes généralement proposés, outre la viande en quantité, des cervelles, du ris de veau, des crustacés, sans qu’on songe qu’avec une suralimentation urigène, on risque, chez un arthritique, d’ajouter un trouble nutritif à un autre1. Enfin, la formule que je propose renferme une quantité suffisante de sels minéraux. J’y apporterai cependant un correctif : elle comporte en effet 1.600 calories, soit 20 calories par kilogramme (pour un homme de80 kilogrammes), j’y ajouterai un quart ou un tiers de litre de vin, de façon à porter à 25 calories environ le nombre de calories par kilogramme. C’est, en effet, le chiffre qui, dans les rations que j’ai expérimentées, s’est montré le plus favorable. Je reviendrai sur ce point. Gomme régime d’épreuve, je ne suis point partisan du régime lacté dont on connaît cependant la tolérabilité et les grands avantages chez un grand nombre de diabétiques, à condition qu’il ne soit pas ajouté à d’autres aliments et qu’il ne réalise pas une suralimentation. Mais comme régime d’épreuve il ne peut pas donner d’indications utiles, puisque ensuite on lui substituera un régime composé différemment, comprenant d’autres sucres que la lactose et le plus souvent des quantités différentes

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d’albuminoïdes et de graisses. Harêgime d’épreuve comme celui que je propose peut, au contraire, être poursuivi ensuite comme régime thérapeutique avec les modifications qu’on jugera utile d’y apporter.

(‘ D’après llaig et Hall, l’avoine est assez richo en purines. Il y aurait donc de ce fait un inconvénient pour le traitement du diabète par la farine d’avoine.)

On examinera donc In tolérance du sujet pour les hydrates de carbone en faisant la différence entre la quantité ingérée et la quantité absorbée. Pour rappeler un cas concret typique que j’ai observé, il s’agissait précisément d’un malade de 83 kilogrammes (taille 1m,66), de 41 ans, fils d’un obèse, petit- fils d’un diabétique, qui, avec mon régime d’épreuve poursuivi huit jours, éliminaiten moyenne 23 grammes de glucose, c’est-à-dire 28 p. 100 du sucre ingéré. Il tolérait donc 8I8’,I — 23 = S8«r,1 d’hydrates de carbone. Je supprimai les 50 grammes de pain et une pomme de terre et j’ajoutai un œuf et un peu de fromage, de façon à conserver le même nombre decalories. Il prenait âce moment45 grammes de sucre. Au bout de trois semaines, il ne présentait plus de glycosurie. Qu’aurait-on fait dans ce cas? On aurait maintenu ce malade à ce dernier régime, puisqu’il ne donnait pas de glycosurie, ou à un régime à peu près équivalent. Mais ce qui était plus important, comme je l’ai dit, c’était de rechercher si, sous l’influence d’une dose de sucre inférieure à la dose tolérée, la tolérance ne s’était pas encore aocrue.

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En efiet, le régime d’épreuve avec8ler,t de sucre montra une tolérance de 72 grammes d’hydrates de carbone. Je supprimai alors seulement 25 grammes de pain et une pomme de terre : l’absorption de sucre était doue de 64 grammes. Au bout d’un mois, de nouveau, régime d’épreuve: or, cette fois, les 81«r,l de sucre furent tolérés, j’augmentai même la dose d’hydrates de carbone et la tolérance atteignit 88 grammes. Je maintins alors le régime d’épreuve complet comme régime thérapeutique. Depuis, de mois en mois, sauf en une période où la tolérance s’est abaissée de 18 grammes sans quej’aie pu déterminer la cause de ce fait, celle-ci s’est accrue jusqu’à atteindre en onze mois 212 grammes.

Voilà donc un résultat intéressant, puisque ce malade, d’une tolérance de 58 grammes, est arrivé à une tolérance près de quatre fois plus élevée et qui actuellement peut suivre un régime à très peu decliO3eprès identique à eelui de tout homme normal. 11 s’agissait bien là de rééducation de la nutrition, puisque, en même temps que sa tolérance pour les hydrates de carbone s’élevait, son coeflieient azotu-rique indiquait une meilleure utilisation azotée, ses forces croissaient et son état général s’améliorait considérablement. 11 continue dans le même sens son traitement, et cela sans prendre le moindre médicament ni autre moyen thérapeutique que le régime seul.

Ce cas n’est pas le seul que j’ai observé ; je pourrais vous citer quatre autres cas analogues où les résultats obtenus n’ont pas été moins favorables, et dans un cas même que j’ai suivi pendant piès de deux ans, le malade, homme intelligent et tenace, est arrivé d’une tolérance de 41 grammes à une tolérance de près de 400 grammes, en passant, il est vrai, par des phases de régression et par des vicissitudes diverses. Dans ce cas, on peut bien parler de guérison, car dans celte large limite de 400 grammes d’hydrates de carbone, le malade peut se permettre toutes les variétés de régimes.

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Il s’en faut, en effet, que la progression de la toi*, ranec soit aussi régulière que Jans le cas rapporté plus haut, mais en poursuivant la méthode, en revenant chaque mois au régime d’épreuve qui doit être toujours le même, en administrant, ensuite chaque fois uiji; dose d’hydrates de carbone inférieure à la limite de tolérance, même si parfois celte limite s’est abaissée, on doit arriver au résultat remarquable que je viens de signaler.

Mais ce n’est pas tout : il y a d’autres éléments dont il faut tenir compte, les albuinmoïdes et les graisses. Cela fera l’objet d’une prochaine publication.

Do l’acétonurie des diabétiques et de l’examen fractionné des urines des glycosuriques.

Par M. 11. Mai’iias, correspondant.

La discussion sur le traitement du diabète par le jeûne, ainsi que le proposait Guclpa dans sa très intéressants communication du 23 décembre dernier, ayant déjà occupé trois séances de la Société

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de Thérapeutique, je n’ai pas voulu l’allonger encore en risquant de faire dévier le sujet, car les faits que j’apporte ne sont qu’un à côté de la question, c’est pourquoi je me suis fait inscrire aujourd’hui pour une communication sur Vacétonurie des diabétiques clVexamen fractionné des urines des ylycosuriques. La première partie me semble trouver sa place à la suite des très intéressantes objections soulevées par Cliasscvant dans la séanc • du ‘3 janvier. Quant à la seconde, qui a trait à l’examen fractionné des urines, bien que n’ayant qu’un rapport un peu éloigne avec la première, il m’a semblé intéressant de vous fairo part des résultats qu’on peut en attendre dans le traitement du diabète, car clic explique l’influence de la digestion sur la glycosurie et montre comment le jeûne peut dans certains cas la faire disparaître. Dans l’intéressante communication de M. Guelpa, la cure du diabète est ainsi formulée :

Jeûne de trois jours — accompagné de purgations quotidiennes ; — ce jeûne de trois jours étant renouvelé deux, trois ou quatre fois de suite après quelques jours de repos, car il semble bien établi, comme notre confrère le disait à une séance précédente, qu’un jeùnc unique de trois jours est insuffisant pour empêcher la glycosurie de réapparaître après sa première disparition. C’est d’ailleurs ce qui ressort de l’observation apportée ici même par liardet dans la séance précédente, observation concernant un malade du service de M. le professeur Robin.

Le» observations que Guelpa nous a rapportées nous montrent que le sucre a disparu des urines de ses malades et que leur état général s’est amélioré, cependant il est regrettable, ainsi que le faisaient remarquer MM. Linossier et Cbassevant, qu’une analyse complète des urines de ces malades, ne puisse nous renseigner sur eux.

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M. Guelpa a-t-il soigne des diabétiques, ou des arthritiques glycosuriques, ou encore des malades dont le foie était insuffisant comme organe glycoso-fixateur? Une analyse rationnelle des urines aurait seule pu nous le dire.

Admettons cependant que ces malades se soient trouvés des diabétiques vrais ; la dispariliou de leur glycosurie est éminemment intéressante, mais se montrera-t-eile toujours inoflensive dans des cas semblables, c’est ce que nous verrons plus loin. Par contre s’il s’est ngi seulement d’insuffisants hépatiques ou d’arthritiques glycosuriques, la cure perd de son intérêt — car je reste convaincu qu’on aurait obtenu le même résultat avec moins de sévérité, en surveillant le régime alimentaire et en réduisant l’alimentation.

Le jeûne ainsi que le propose Guelpa est-il inoffensif pour les uns et les autres de ces glycosuriques : diabétiques vrais ou arthritiques ?

Je ne le pense pas, car pendant le jeune la vie continue. S’il n’y a aucune recette alimentaire, le» dépenses restent les mêmes pendant ces trois jours de privation, puisque Guelpa nous atlirme que certains de ses malades peuvent continuer à vaquer à leurs occupations; mais resteraient-ils au lit qu’il en serait encore de même car il leur faudrait toujours fournir à la chaleur animale. Or, la vie ne pourra être maintenue uniquement aux dépens des réserves giycugénigues vite épuisées, elle le sera donc aux dépens des graisses et des albuminoïdes du corps humain, qui devront se dédoubler pour fournir la chaleur et le mouvement. En un mol, il y aura axtlophagic et pur conséquent formation de produits iv.ciques de dédoublement, dont les plus connus sont : Yacide $-oxybnlirique, Yacide diacélique et Yacétone. Or, si l’acétone n’est pas la cause du coma diabétique ; si on est encore à

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former des hypothèses sur l’éliologie de cet accident terminal du diabète grave, il n’eu est pas moins certain qu’il coïncide toujours avec i’autopliagie, et ce qui le prouve, c’est l’acétuaurie qu’on observe toujours eu pareil cas.

Quant aux purgations répétées, bien qu’elles soient dans la théorie de Guelpa destinées surtout à lutter contre l’intoxication, elles ne me rassurent qu’incomplètement car elles sont capables à elles seules de provoquer l’acélouurie, c’est ce que je montrerai dans un instant.

Le but que se propose Guelpa esl donc de désintoxiquer ses malades en les purgeant, et je dois reconnaître que les observations qu’il apporte montrent que ses malades ont particulièrement bien supporté celte cure sévère, mais j’aurais pour ma part une certaine crainte à employer les moyens qui lui ont donné cependant de très bons résultats, car lejeûtie et les purgations répétées sont comme nous allons le voir deux des causes les moins infaillibles, de iautophagie. Or qui dit autophagie, dit aussi intoxication possible par le produit du dédoublement des albumines, donc acétonurie, et je serais bien étonné si les malades de notre confrère n’en, avaient pas présente les symptômes.

Puis-jc rappeler qu’à la dernière séance M. Bardot nous apportait l’observation d’une diabétique du service de M. le professeur liobin soumise pendant trois jours au jeûne de Guelpa. Chiffres en mains, il nous montrait que, pendant la période du jeûne absolu, la malade en s’alimentant sur sa propre substance, sur ses propres réserves de glycogèue accumulé, avai t fait somme toute moins d’autophagie que dans la période où elle s’alimentait encore. Ces faits sont du plus grand intérêt et

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cependant la malade ne s’en élait pas moins dévorée elle-même en activant a l’extrême pendant les deux derniers jouis du jeûne le-dédoublement nécessaire de ses albumines corporelles; aussi est-il regrettable que les analyses des urines n’aient pu être faites au complet caron aurait pu se rendre compte que celte malade urinail de l’acétone en quantité notable.

Cependant j’avoue que si la preuve d’une moindre autophagie pendant le jeûne nous était apportée par la constatation d’une acétonurie moindre lui coïncidant, je serais le premier à faire amende honorable et à reconnaître l’innocuité de la méthode. Mais jusqu’à celle preuve je considérerai toujours l’acétonurie survenant chez un diabétique vrai comme un symptôme d’un fâcheux augure.

Cette question de l’acélonurie a toujours eu pour moi un grand attrait. Pendant deux années, en 1903 el 1904, je l’ai recherchée systématiquement chez tous les malades susceptibles d’en présenter et mis en possession d’une technique très sensible, très .siïre cl rapide, j’ai cherché à approfondir son ctio- logie. Voici à quelles conclusions je suis arrivé1 :

L’acétonurie rfesl pas l’indication d’un étal pathologique spécial, ce n’est pas le symptôme initial de l’acëloncmie, 7)iais c’est le symptôme le plus certain de l’autophagic par destruction des réserves corporelles en hydrates de carbone, en graisses et principalement en albuminoides provoquée par le jeûne momentané ou prolongé el par l’inanition relative ou absolue. Si l’on veut se donner la peine en effet de scruler toutes les observations des malades chez lesquels l’acétone urinaire a été trouvée, on

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peut se rendre compte que l’autophagie y est toujours en cause, plus ou moins cachée cependant par les symptômes de la maladie occurente.

‘ Mai°b\n. Contribution à ïéliule de l’acélonurie. Thèse de Paris, 1U04.

C’est l’autophugie qui intervient pour provoquer l’acélonurie dans le jeune volontaire. Ce fut le cas des jeûneurs Cetli et Merlatti, etc.

C’est l’autophngie qui provoque l’acétonurie dans la fleure, aussitôt que celle-ci s’élève vers 39 ou 40*, car je lie pense pas que l’élévation seule de la température soit suffisante pour donner lieu à ce symptôme urinaire. Beauvy ‘ dans sa thèse nous apporte 200 cas d’acétonurie observés chez des enfants la plupart concernant des maladies érup-tives, aussi peut-il conclure que l’acétone apparaît invariablement avec un retard de douze heures sur l’accès de fièvre initial; je vois dans ce fait une preuve en faveur de l’autophagie et nou pas de l’élévation thermique comme cause provocatrice de l’acélonurie, car n’est-il pas de règle de mettre à une diète rigoureuse les malades ainsi fébriles. Certains tuberculeux cependant continuent malgré la fièvre à s’alimenter tant soit peu, aussi l’acélonurie fait-elle le plus souvent défaut dans leurs observations. D’autre part l’acétonurie qui avait débuté avec la lièvre et en retard sur elle, cesse avec elle et avec le même retard; cela ue prouve-l-il

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pas que son atténuation ou sa disparition sont corollaires de l’auio-phagie : celle-ci venant à diminuer avec la reprise de l’alimentation. Aussi voit-on l’acétonurie cesser avec la fièvre chez le pneumonique qu’on peut alimenter aussitôt après sa brusque défervescence fébrile, alors qu’elle continue chez le typhique sans lièvre niais encore à la diète rigoureuse.

Beaury. Recherches cliniques sur l’acélonurie en dehors de la grossesse el de la puerpéralilc. Thèse de Paris, 190*.

C’est encore l’autophagie qui intervient pour produire l’acélonuric dans les gaslro-enlérite» à cause de l’alimentation insuffisante ou défaut d’assimilation.

C’est elle encore qui produit l’ncétonuiie dans l’appendicite, car la réaction de l’urine ne se montre qu’après la mise au régime qui est le plus souvent la diète à l’eau.

C’est l’autophagie encore qu’il faut incriminer dans les vomissements périodiques de l’enfance car depuis quelques années l’acclonurie a perdu le rôle ctiologique qu’on lui attribuait autrefois et l’on tend de plus en plus à ne considérer l’acétone uriuaire que comme le témoin fidèle de l’autophagie due à la diète rigoureuse ou au défaut absolu d’alimentation provoqué par plusieurs jours de vomissements.

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Aussi voit-on le plus souvent l’acélonurie apparaître douze heures après la cessation de l’alimentation et cesser régulièrement avec la reprise de celle-ci.

C’est l’autopliagie qui produit encore l’acétonurie dans le cancer du tube digestif alors que l’alimentii- liou est rendue impossible ou que l’assimilation est profondément troublée, aussi ne faut-il pas s’étonner si l’acétonurie est de règle dans le cancer du l’œsophage, dans le cancer du pylore alors qu’elle fait le plus souvent défaut dans la plupart des autres cas. C’est l’autophagie encore qu’il faut incriminer comme provocatrice d’acctonurie chez les hystériques qui s’alimentent mal, chez les aliénésqui ne s’alimentent pas, chezles neurasthéniques gastriques qui ne mangent pas, de peur de souffrir et qui (ont de l’inanition relative sans s’en douter, de même que chez le sujet normal qui ne prend pas de premier déjeuner le matin et reste par conséquent dix-sept heures sans manger entre 8 heures du soir et midi. L’acétonurie existe en pareil cas mais en quantité infinitésimale, il est vrai et c’est là ce qui a fait croire à quelques observateurs à la possibilité d’une acélonurie physiologique.

C’est l’autophagie toujours dans le diabète vrai, dans le diabète par hyper fonctionnement du foie,dans le diabète pancréatique et il est malheureusement trop certain que lorsque l’acétone apparaît abondante dans les urines de ces malades le coma n’est pas loin. Ce n’est pas que l’on puisse incriminer l’acétone comme productrice du coma, mais elle annonce l’intoxication prochaine par les produits de dédoublement des albuminoi’des corporelles.

Enfin quelque paradoxale que la chose puisse paraître, c’est encore l’autophagie qui intervient pour produire l’acéionuricpost-opératoire. En effet, on avait incriminé autrefois le chloroforme puis l’éther. Argensou1 en 1898, prouvait que l’ancsthé-1 AnoENsoN. Recherches sur l’acêtonuric. Thèse, Paris 1SOS.

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sique en lui-même était incapable de produire l’acétonurie, mais que la narcose opératoire était indispensable. Or, j’ai rép-Hé ses expériences avec le même succès et j’ai trouvé également de l’acétone chez les opérés endormis à l’éther, au chloroforme ; mais un jour, ayant examiné par erreur les urines d’un malade qui devait être opéré sous le chloroforme, mais dont l’opération avait été retardée au lendemain, et ayant trouvé de l’acétone, j’ai été amené à examiner de parti pris les urines de ces malades avant l’acte chirurgical, et je dois dire que, dans les trois quarts des cas, j’ai trouvé de l’acétone cl en quantité notable. Quelle pouvait donc en cire lacausu? Je fus un certain temps à la trouver, tellement elle était simple et banale.

.\ »a-t-on pas en effet l’habitude dans les services de chirurgie de « préparer » (c’est le terme classique) la veille tout malade devant subir une opération le lendemain? Or cette « préparation » qui dure vingt-quatre ou trente heures consiste en une purge suivie de la diète rigoureuse pendaut toute la journée qui précède l’acte opératoire. Après l’opération, le malade, reporté dans son lit, reste encore vingt-quatre heures sans rien absorber d’autre qu’un peu de liquide ; il se trouve donc en état de jeûne presque absolu depuis vingt heures avant l’opération, et depuis trente ou trente-six heures, si les urines sont examinées seulement à la fin de la journée où l’opc-nition a été faite. Comment n’aurait-il pas d’aeélonurie? J’ai constaté de plus que dans des cas semblables l’acétonurie était beaucoup moindre quand la « préparation » avait été faite sans purgation. Ceci m’a donné l’idée de rechercher l’acétonurie, non plus chez les opérés, mais chez les sujets pwgés un peu activement et j’ai pu la déceler dans 80 p. 100 des cas environ. Ceci ne vient-il pas à l’appui des faits signalés par M. Burlureaux dans son livre sur la purgation1, quant au nom de la clinique il s’élève contre l’inutilité el les

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dangers de la purgation ? L’expérimentation et l’examen des urines peuvent prouver en effet, en décelant l’acétone urinaire, que la purgation active la dénulriliou en augmentant l’autophagie.

Je pense donc ne pas trop m’avancer eu concluant après l’examen de tous ces faits que je viens de vous soumettre, que Vacêlunurie est toujours le témoin d’un certain degré d’autophagie ; or celle-ci est trop souvent capable de réagir d’une façon malheureuse sur l’organisme par les produits toxiques nés du dédoublement des albumines corporelles pour qu’on ne soit en droit de craiudre son apparition. Voilà pourquoi avec MM. Linossier, Chassevant et Burlureaux je ne puis me défendre d’une certaine appréhension à l’idée de conseiller le jeûne el les purgations pendant trois jours à de vrais diabétiques. Quant aux’aulres glycosuriijiies, aux arthritiques, aux insuffisants hépatiques je crois comme je le disais en commençant qu’avec un régime bien réglé et une réduction raisonnée de la ration alimentaire, on peut arriver, peut-être moins vite, mais aussi sûrement, à la disparition de la glycosurie qu’avec le jeûne absolu et les purgations.

1 Bcrlurkaux. La purgation da»:ier social, l’errin, édit.

Il y a donc une importance capitale, dans l’étude des glycosuries, à se rendre compte par un examen sérieux du diagnostic exact de son malade. Chnsse-vaiit nous a montré toute la dolifïilesse de

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l’examen chimique qui doit être fait, mais je vois dans sa communication un mot sur l’examen fractionné des uri7ies ; c’est sur cet examen que je voudrais maintenant attirer votre attention :

En effet, pour distinguer les glycosuries du diabète, il est de toute importance de se rendre compte dul’apport qui peut exister entre l’élimination urinaire du sucre et la digestion, et pour ce faire le fractionnement des urines est indispensable.

Depuis une dizaine d’années, le professeur Gilbert et ses élèves se servent dans l’examen des urines des diabétiques d’une méthode qui consiste à fractionner les émissions et à analyser séparément les échantillons ainsi prélevés.

Celte méthode a été décrite pour la première fois en 1899 pur Gilbert et Wcil, et a fait l’objet d’un article paru dans la Semaine médicale1.

Depuis, Gilbert et Lereboullet ont repris cette élude et ont arrêté les détails de la technique de l’examen des urines. Celles-ci sont recueillies toutes les quatre heures, sauf pendant la nuit où l’intervalle est de huit heures entre minuit et huit heures du malin. Le premier déjeuner est supprimé, et les deux seuls repas sont donnés à midi et sept heures du soir. Il est recommandé aux malades de ne rien absorber en dehors des repas. On est donc en possession de 5 échantillons d’urine émis soit après les repas, soit loin de ceux-ci, el si la glycosurie est en rapport avec la digestion, la teneur en sucre de chaque échantillon doit le montrer.

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Grâce à cetie méthode, qui a été exposée dan» une série de travaux1, Gilbert et Lereboullet ont pu établir avec plus de précision les caractères de deux grandes classes de diabète déjà admises dans le travail initial de Gilbert et Weil, caractères dont les principaux sont fournis par le rythme de l’élimination du sucre dans les vingt-quatre heures.

Certains diabùtcs sont nettement influencés par la digestion et présentent un ou plusieurs maxima

1 Du diabète par hyperhépatie dans les cirrhoses pigincu-taircs. uiuiert, Castaicnk et Lkhekoullet, Soc. de Biolo’jie, mai 1000.

Cirrhose alcoolique liypcrtrophiquc avec diabète. Uuiiert, Cast.vhine et Leukhoui.i.et, Soc. de lliolotfie, 12 mai V.I0O. Les opolbi’rapici dons le diabète sucre. (iii.iiKriT et Lere-iioiii.i.et, tlazelle hebdomadaire, 10 octobre l’Jul.
Du diabète par anhepatic daus les cirrhoses. Giuiciit et LEHKUOUL1.ET. .Soc. tic Uiologie. il décembre l’iOI.
Du diabète pancréatique par auto-infection. Gilbest et Leheboullet, Revue Je médecine, novembre 1D06.

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d’élimination du sucre situés dan» les heures qui suivent les repas, avec un minimum correspondant au jeûne nocturne : ce sont des diabètes par insttf/i-saticc du foie ou par anhépalie.

Chez d’autres, au contraire, l’examen fractionne des urines montre une glycosurie ordinairement continue, dont le taux du sucre se maintient à peu près aussi élevé dans les périodes de jeûne qu’après les repas. Beaucoup moins nettement influencés par la période digestive, !a glycosurie persistante et même augmentant parfois pendant lu jeûne, ces diabètes ont été classés sous lu dénomination de diabètes par hyperhépatie.

En 1905, sur les conseils de mon maître, M. le professeur Gilbert, j’avais commencé quelques recherches ayant trait à l’influence du bicarbonate de soude en général et do l’eau de Vichy en particulier sur le fonctionnement du foie ; et pour me rendre compte de quelle façon le foie s’acquittait de sa fonction glycoso-fixatrice, j’avais été amené à chercher le taux maxima d’utilisation des hydrates de carbone chez l’homme sain et chez le glycosurique. Mis en possession d’une technique très sensible, j’avais été surpris de voir qu’en fractionnant les urines encore davantage, et en los analysant, par exemple, d’heure en heure après un repas légèrement chargé en aliments hydrocarbonés, on retrouvait invariablement, et cela môme chez les sujets non glycosuriques, un ou deux échantillons qui réduisaient nettement la liqueur de Fehiing. J’ulmn-donnai alors la piste sur laquelle je m’étais tancé tout d’abord pour suivre la seconde qui me paraissait plus intéressante.

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Je savais déjà par les travaux do Gilbert, Weil et Lereboullet quels renseignements précieux au point de vue diagnostic pouvait donner le fractionnement des urines chez les diabétiques ; ur j’entrevoyais la possibilité d’obtenir un l’enseignement de l’examen très fractionné des uri>iet< du sujet sain, et peut-être la possibilité de contrôler cette glycosurie physiologique décrite autrefois par Drucke, par Pavy, Worm-Muller et Quiaquaud.

Voici daiis tous les cas ce que j »ai pu observer. Si l’on recueille d’heure en heure les urines d’un sujet normal, soumis à un régime alimentaire normal, et si on les examine au point de vue glycose par la liqueur de Fehiing titrée, après défécation par le sous-acétate de plomb, on trouve presque toujours,dans les échantillons émis deux ou trois heures après les repas, une quantité notable d’une subtance qui réduit nettement la liqueur de Fehiing.

J’avais d’abord pratiqué cette recherche sur une vingtainr. d’urines émises, par des sujets normaux, en prenant les 12 échantillons correspondant à la période diurne entre sept heures du matin et sept heures du soir, mais je n’avais ainsi que les résultats d’une seule digestion : lu digestion de midi. Pour avoir le cycle complet des deux digestions de midi et sept heures du soir et la période de jeûne nocturne, j’ai pratiqué ce même examen pendant les douze heures de jour et les douze heures de nuit. J’avais donc 24 échantillons recueillis d’heure en heure que j’ai examinés comme précédemment.

Quatre fois j’ai renouvelé l’expérience sur des sujets différents, et les résultats que j’ai obtenus ont été les mêmes que ceux que je vous signalais plus haut. Voici à titre d’exemple l’une des courbes de résultai obtenue ainsi : les autres, à part de légères différences de chiffres, sont semblables et peuvent presque exactement se superposer. Voici comment on peut la résumer :

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Pas trace de réduction de la liqueur de Fehling au moment du réveil et dans l’heure qui suit; très légère réduction une heure après un premier déjeuner composé de pain et de chocolat ou de pain et de lait, puis de nouveau aucune réduction jusqu’à la deuxième heure qui suit le repas de midi où se montre un premier maximum atteignant entre 15 et 20 milligrammes de substance réductrice, enfin chute à 0 progressive en une heure ou deux. Un deuxième maximum se montre deux heures après le repas du soir, dépassant légèrement celui du repas de midi, puis plus de réduction jusqu’au lendemain.

11 restait à savoir quelle substance intervenait aussi régulièrement dans la réduction de la liqueur de Kehling ; était-ce du sucre ou simplement de ces matières réductrices comme Gilbert et Weil en ont signalé dans certains cas de glycosurie par insuffisance hépatique1? Le polarimélre aurait été ici d’une grande utilité, niais deux difficultés surgissaient pour permettre son emploi : l’une provenant dumanque de sensibilité du polarimètre qui, au-dessous de 20 ou 30 centigrammes de glvcose au litre, ne donne que des résultats incertains; l’autre provenant du faible volume d’urine dont on disposait, car l’émission horaire de l’urine, principalement après le repas, ne dépasse guère 30 à 40 centimètres cubes; or il en aurait fallu trois ou quatre fois plus pour garnir après défécation convenable le tube du polarimètre. J’étais donc bien obligé de me contenter du dosage par la liqueur de Fehling, après défécation par le sous-acétate de plomb.

Pour me rendre compte si l’absorption du sucre et des aliments hydro-carbonés ou leur suppression du régime alimentaire avait une influence sur cette substance réductrice, je recommençai les mêmes épreuves en modifiant le régime alimentaire de mes sujets, et il fut facile de constater qu’avec un régime riche en féculents, la réduction était très nette, elle était par contre réduite à 0 après les repas

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composés exclusivement de viande et de graisses. Je me rapprochais donc ainsi de la possibilité d’une glycosurie vraie mais transitoire, sans pouvoir en posséder la preuve absolue, d’ailleurs j’avais fait pra-

1 Gilbert et Wkil. Du diabète sucré par insuffisance chronique du foie. Semaine médicale, 1899.

tiquer entre temps, sur ([uelques échantillons d’urinu très nettement réductrice, la défécation par le nitrate acide de mercure. Cette défécation beaucoup plus délicate et longue, mais aussi plus parfaite pour l’élimination des substances réductrices autres que le sucre, avait donné des résultats semblables. Depuis, j’ai poursuivi cette étude non plus chez les sujets normaux, mais, d’une part, chez les arthritiques glycosuriques et les insuffisants hépatiques et, d’autre part, chez les diabétiques vrais en cherchant la modification de l’élimination du sucre que pouvait apporter chez ces glycosuriques lacure de Vichy. Deux examens étaient donc pratiqués pour chaque malade, le premier au début et le second à la lin de la cure.

Pour les diabétiques vrais, pour ceux dont la glycosurie diminue sans disparaître complètement, la courbe obtenue est irrégulière et sans rapport précis avec la digestion. Il est impossible d’en tirer une conclusion pratique.

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Quant aux arthritiques glycosuriques, aux insuffisants hépatiques, ils se reconnaissent très facilement rien que par la courbe de résultat que fournil leur analyse d’urines. Avant la cure, leur émission sucrée peut ainsi se schématiser : pas ou presque pas de sucre au réveil, un maximum deux heures après le déjeuner, puis lente chute vers 0 ; un second maximum deux heures après le dîner, puis chute vers 0 à 9 heures ou 10 heures du soir. Lu tout forme une moyenne Je 10 ù 20 grammes de glycose dans les vingt-quatre heures dont l’émission se fait par conséquent en deux fois au moment du plus fort de la digestion.

La courbe observée en fin de cure est aussi très intéressante, car, dans certains cas favorables, toute glycosurie a disparu, tout au moins celles qu’on décèle habituellement par l’examen du total des urines des vingt-quatre heures, mais il n’eu est pas de même si le fractionnement des urines est pratiqué, car ces glycosuriques guéris présentent encore des émissions sucrées infinitésimales, il est vrai, mais décelables aisément dans l’échantillon d’urine de la deuxième heure après les repas. En somme leur courbe est identiquement semblable à celle des sujets normaux avec cette différence toutefois que, si l’on permet au glycosurique guéri un léger excès d’aliments hydro-carbonés, on voit immédiatement le sucre réapparaître dans l’urine aux mêmes moments que précédemment mais en quantité suffisante pour que le polarimètre puisse affirmer des traces de glycose réparties sur l’ensemble des urines émises. C’est ce que je cherchais à démontrer.

En somme, un glycosurique occasionnel ramené à 0 par l’hygiène alimentaire ou la cure alcaline se comporte au point de vue urinaire au moment de la digestion comme le sujet normal, et certaines frac- lions de ses urines réduisent la liqueur de Felhing.

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Mais ebei te sajet normal, oa ne peat affirmer qae ee soit «ht sacre, tandis qae chez l’ancien gtyeosariqae on peat le démontrer.

D faudrait donc pea de chose poar trancher la qnestion de lagtyeosarie physiologiqae ea rapport avec la digestion. EOe ne le sera qae lonqa’oa sanra exactement qaeOe est cette sabstance rédae-triceqai, semblable aax sacres, rédait la Sqaear de FehHng malgré la défécation la plas imifmrmar S j’ai tant insisté sar ee second point de ma < nieation, c’est poar montrer combien il est i tant d’agir avec préeisioa et miaatitt daas îes 1 jses de sacre orïaaïre, poar être en droit d*ea tirer des dédactions sar Pétiologie, le *Mjiir*fîr et le pronostic da dwbHe

En resamé, d’accord en cela arec MM. fj»»«ârr, Laamonier, Gaaltier, Chassevaat et Laafer, qai ont pris part à cette diseassion sar le traitement da diabète, je ne pense pas qae la privation absolue d’absents peadaat trots joars, ainsi qae le propose Gaelpa daas son intéressante coauaanïcation, paisse donner des résaltats de beaneoap saperkars à eeax qae procure le régime alimentaire sagement règle sarrant efaaqae malade.

Avec Laamonier, Ghassevanl et Barlaraax, je crois qae le jeûne aggravé par des purgations quotidiennes peut être dangerenx pour certains diabê-tiqses vrais, car il les expose &

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Iintoxicatioa destruction et dèdoablement des albammes relies due à l’autophapic au moment du jeûne, auto-phagie toujours aunonucc par l’acétonurie.

Je crois comme Chassevant qu’il est nécessaire dans tous les cas de glycosurie d’assurer son diagnostic par un examen chimique des urines avec examen du bilan nutritif et de faire fractionner les émissions d’urines comme le professeur Gilbert le fait pratiquer depuis une dizaine d’années de façon à se rendre un compte exact de la nature et du pronostic de la glycosurie.

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M. Gt’KLi-A. — Lors de la discussion du 27 janvier, au sujet du traitement du diabète, notre distingué président nous a rappelé que ses recherches cliniques lui avaient démontré que, chez les enfants tuberculeux, les déchets en urée et en phosphates étaient supérieurs d’un tiers à celui des enfants normaux, en outre il nous a dit que les études physiologiques de M. Lauferavaient confirmé ses résultats. Si je liens volontiers pour exacts ces constatations, par contre je ne saurais suivre M. Barbier dans l’interprétation qu’il en fait et les déductions thérapeutiques qu’il en tire.

Kn effet, pour nos deux collègues, cet excédent de déchois implique thérapeutiquement une augmentation compensatrice de la ration alimentaire. Personnellement, je me refuse à admettre cetle équation. Si le raisonnement dont elle participe était physio-

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CUHK DU DIAIIKTB 99

logiquement logique, comme dans le diabète les malades perdent souvent d’énormes quantités de sucre, MM. Barbier et Laufer, avec leur rigorisme mathématique, devraient compenser ces pertes par une augmentation proportionnelle des aliments générateurs du sucre organique.

Plus respectueux des enseignements de la nature, j’estime que si, durant le cours de la maladie, l’organisme se débarrasse de certains éléments, c’est que ces éléments le gênent dans sa lutte et que leur élimination est directement ou indirectement nécessaire à son triomphe. Notre devoir de thérapeute est donc de favoriser et non de contrarier cette élimination. Toute la question est de rechercher quels sont les moyens les plus sûrs, les plus rapides pour atteindre ce but.

J’ai la conviction que nous les trouverons dans une voie opposée à celle que nous indiquent MM. Barbier et Laufer.

Les faits rapportés par notre honorable collègue M. Deschamps sont très intéressants. Ils s’ajoutent au maigre bilan de ces cas heureux mais rares que tout médecin a pu observer avec les différents

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traitements déjà préconisés, surtout quand ces traitements sont longtemps poursuivis. Ces cas, je les avais déjà signalés dans ma première communica-

100 AUTOINTOXICATION ET DÉSINTOXICATION

lion. Je vous ai môme cité dans mon observution 111 l’histoire d’un diabétique, ayant plus de 300 grammes de sucre, que le simple régime lacté (cure de Donkin) avait guéri pendant de nombreuses années. J’ai dû également de persistantes guérisons à la méthode de Boucharùat et à celle des légumes verts et fruits. Mais ces guérisons sont exceptionnelles; en règle générale un n’a malheureusement que des atténuations de la maladie quand ce ne sont de réels insuccès.

Ce qui différencie ma cure de celles qui l’ont précédée, ce qui constitue son indiscutable supériorité, c’est précisément la rapidité et la sûreté de son action, même dans les cas les plus graves. Ces avantages sont si décisifs, que la méthode de M. Deschamps n’aura plus lieu d’être appliquée que lorsque, par caprice ou pusillanimité, le malade préférera la voie longue et moins sûre de notre collègue.

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Je partage pleinement l’avis de M. Deschamps au sujet de l’influence qu’exercent les ptôses sur la glycosurie qu’elles atténuent et font même dispa-railre. Ce phénomène confirme une fois de plus la thèse, que nous soutenons tous ici, sur la nécessité de la restriction des aliments aux diabétiques. En effet, la ptôse réalise pathologiquement la restriction alimentaire. Les viscères abdominaux abaissés, mal soutenus, fonctionnant défectueusement, entraînent lu viciation de l’aete digestif et empè-

CURE DU DIABÈTE 101

chent partiellement l’assimilation des matériaux nutritifs.

Dans son intervention en ce débat, M. Bardet nous a rendu compte de l’essai de mon traitement du diabète, que sur ses conseils M. Albert Robin a bien voulu faire. Le résultat a prouvé que la disparition du sucre et l’amélioration de l’état général sont des faits réels, à la suite de la suppression des aliments. Il est regrettable que la malade n’ait pas voulu répéter, comme il l’aurait fallu, la cure de temps en temps. Elle serait ainsi, arrivée à la guérison durable qui doit être la règle dans les diabètes fonctionnels, quand on a soin de prescrire une alimentation choisie et restreinte dans les intervalles de plus en plus grands qui séparent les périodes de cure.

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Si, à la malade qui fait l’objet de l’observation de M, Bardet, on avait administré la purgation que je conseille, l’amaigrissement aurait été plus rapide, le bien-être éprouvé plus satisfaisant. Très probablement alors les médecins et la malade auraient été davantage engagés ;\ répéter la cure.

Je tiens ù bien affirmer que l’on ne doit pas craindre l’amaigrissement qui est une condition sine qica non de l’obtention de la vraie guérison, il est donc indispensable que l’organisme vive do temps à autre sur lui-même jusqu’à ce que ses éléments

98 AUTOINTOXICATION RT DKSINTUXICATION

100

6 .

relies due à l’autophapic au moment du jeûne, auto-phagie toujours annoncée par l’aeétonurie.

Je crois comme Chassevant qu’il ost nécessaire dans tous les cas de glycosurie d’assurer son diagnostic par un examen chimique des urines avec examen du bilan nutritif et de faire fractionner les émissions d’urines comme le professeur Gilbert le fait pratiquer depuis une dizaine d’années de façon à se rendre un compte exact de la nature et du pronostic de la glycosurie.

M. Gi’KLi-A. — Lors de la discussion du 27 janvier, au sujet du traitement du diabète, notre distingué président nous a rappelé que ses recherches cliniques lui avaient démontré que, chez les enfants tuberculeux, les déchels en urée et en phosphates étaient supérieurs d’un tiers à celui des enfants normaux, en outre il nous a dit que les études physiologiques de M. Lauferavaient confirmé ses résultats. Si je liens volontiers pour exacts ces constatations, par contre je ne saurais suivre M. Barbier dans l’interprétation qu’il en fait et les déductions thérapeutiques qu’il en tire.

Kn effet, pour nos deux collègues, cet excédent de déchois implique thérapeutiquetnent une augmen- talion compensatrice de la ration alimentaire. Personnellement, je me refuse à admettre cette équation. Si le raisonnement dont elle participe était physio-

CU11K DU DIAIIKTB 99

101

logiquement logique, comme dans le diabète les malades perdent souvent d’énormes quantités de sucre, MM. Barbier et Laufer, avec leur rigorisme mathématique, devraient compenser ces pertes par une augmentation proportionnelle des aliments générateurs du sucre organique.

Plus respectueux des enseignements de la nature, j’estime que si, durant le cours de la maladie, l’organisme se débarrasse de certains éléments, c’est que ces éléments le gênent dans sa lutte et que leur élimination est directement ou indirectement nécessaire à son triomphe. Notre devoir de thérapeute est donc de favoriser et non de contrarier cette élimination. Toute la question est de rechercher quels sont les moyens les plus sûrs, les plus rapides pour atteindre ce but.

J’ai la conviction que nous les trouverons dans une voie opposée à celle que nous indiquent MM. Barbier et Laufer.

Les faits rapportés par notre honorable collègue M. Deschamps sont très intéressants. Ils s’ajoutent au maigre bilan de ces cas heureux mais rares que tout médecin a pu observer avec les différents traitements déjà préconisés, surtout quand ces traitements sont longtemps poursuivis. Ces cas, je les avais déjà signalés dans ma première communica-

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100 AUTOINTOXICATION ET DÉSINTOXICATION

lion. Je vous ai môme cité dans mon observutiou III l’histoire d’un diabétique, ayant plus de 300 grammes de sucre, que le simple régime lacté (cure de Donkin) avait guéri pendant de nombreuses années. J’ai dû également de persistantes guérisons à la méthode de Boucliardat et à celle des légumes verts et fruits. Mais ces guérisons sont exceptionnelles; en règle générale un n’a malheureusement que des atténuations de la maladie quand ce ne sont de réels insuccès.

Ce qui différencie ma cure de celles qui l’ont précédée, ce qui constitue son indiscutable supériorité, c’est précisément la rapidité et la sûreté de son action, même dans les cas les plus graves. Ces avantages sont si décisifs, que la méthode de M. Deschamps n’aura plus lieu d’être appliquée que lorsque, par caprice ou pusillanimité, le malade préférera la voie longue et moins sûre de notre collègue.

Je partage pleinement l’avis de M. Deschamps au sujet de l’influence qu’exercent les ptôses sur la glycosurie qu’elles atténuent et font même disparaître. Ce phénomène confirme une fois de plus la thèse, que nous soutenons tous ici, sur la nécessité de la restriction des aliments aux diabétiques. En effet, la ptôse réalise pathologiquement la restriction alimentaire. Les viscères abdominaux abaissés, mal soutenus, fonctionnant défectueusement, entraînent la viciation de l’acte digestif et empè-

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CURE DU DIAUÈTK 101

chent partiellement l’assimilation des matériaux nutritifs.

Dans son intervention en ce débat, M. Bardet nous a rendu compte de l’essai de mon traitement du diabète, que sur ses conseils M. Albert Robin a bien voulu faire. Le résultat a prouvé que la disparition du sucre et l’amélioration de l’état général sont des faits réels, à la suite de la suppression des aliments. II est regrettable que la malade n’ait pas voulu répéter, comme il l’aurait fallu, la cure de temps en temps. Elle serait ainsi, arrivée à la guérison durable qui doit être la règle dans les diabètes fonctionnels, quand on a soin de prescrire une alimentation choisie et restreinte dans les intervalles de plus en plus grands qui séparenl les périodes de cure.

Si, à la malade qui fait l’objet de l’observation de M, Bardet, on avait administré la purgation que je conseille, l’amaigrissement aurait été plus rapide, le bien-être éprouvé plus satisfaisant. Très probablement alors les médecins et la malade auraient été davantage engagés il répéter la cure.

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Je tiens ù bien affirmer que l’on ne doit pas craindre l’amaigrissement qui est une condition sine qitanon de l’obtention de la vraie guérison. 11 est donc indispensable que l’organisme vive do lemps à autre sur lui-même jusqu’à ce que ses éléments

6 .

102 AUTOINTOXICATION ET D&tlNTOXICATIOX

les plus compromis soient détruits et renouvelés. Or, cette destruction ne saurait être réalisée avec assez de rapidité et de sûreté par la simple saturation proposée par M. Bardet. A ce point de vue, la purgation abondante est absolument indiquée. Elle prosente l’avantage capital de supprimer les infections et intoxications d’origine intestinale qui entravent la fonction hépatique. C’est lorsque le foie

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élabore des produits imparfaits et joue moins vigoureusement son rôle antitoxique que nous assistons au développement du diabète.

Au cours de son argumentation, mon excellent ami Bardet a parlé du danger d’irriter la muqueuse gastrique par la purge. C’est encore un de ces préjugés qui ne se basent sur aucun fait réel cl dont il est temps de nous débarrasser. L’attention éveillée parce préjugé, j’ai, au cours de plus de trois cents purgations prises moi-même ou administrées à mes malades, essayé de me rendre compte de la réalité et de l’importance de cet inconvénient. Je n’ai jamais eu une seule fois, l’occasion de le constater, surtout quand les purges sont répétées.

Mes observations m’autorisent aujourd’hui à déclarer que l’irritation déterminée par la purge (je m’en tiens pour le moment à l’eau de Janos) n’est probablement guère plus grande et plus durable que celle que nous observons à la peau après un bain précédé d’une forte friction savonneuse. Si parfois île graves manifestations irritalives éclatent, soyei

CURE DU DIABÈTE 103

106

persuadé» qu’elles ne proviennent pas de la purge. Incriminez plutôt l’introduction trop hâtive des aliments dans le tube digestif ou plus souvent encore l’insuffisance de la purgation qui ne fait que mobiliser et non éliminer complètement les produits toxiques. Vous en avez la preuve évidente dans le fait que les malaises, la sensibilité intestinale éprouvés sont toujours moindres après une deuxième et troisième purgations qu’après la première, à la condition toutefois que l’on n’introduise aucun aliment dans leur intervalle. D’où le conseil très utile de ne jamais permettre à un malade de s’alimenter avant que vingt-quatre heures ne se soient écoulées depuis la prise de la purgation. Ce délai est nécessaire à la réparation de l’épithélium, surtout si les aliments à prendre sont très fermentescibles, comme la viande crue et les œufs.

J’en ai-rive à l’argumentation de M. Laufcr, que je suivrai pas à pas, sauf dans son incursion plus spirituelle que scientifique sur !a question sociale. Je lui ferai tout d’arbord observer que, si les physiologistes savent depuis longtemps que le jeune fuit disparaître la glycosurie, si les cliniciens ont appliqué et appliquent encore de façon passagère le jeune, jamais personne que je sache n’en a fait une utilisation vraiment scientifiqucW pratique. Je suis

\

107

104 AUTOINTOXICITION ET DKSINTOXICATIOX

même étonné qu’un fait positif, connu depuis les temps les plus reculés, à la portée de tous, n’ait pas été étudié et que l’on n’ait jamais songé à en déduire sa haute valeur thérapeutique pour la guérison des maladies, et à utiliser sa vertu préventive pour la conservation de la santé.

M. Laufer semble particulièrement préoccupé des dangers que pourraient entraîner les jeûnes répétés de ma cure. Ces dangers n’existent pas. Mes multiples expériences m’autorisent à les traiter d’imaginaires. Seul un esprit prévenu, nourri des fausses idées, qui ont actuellement cours, sur la faim et les besoins pressanls que l’organisme aurait de réparer ses pertes, peut leur accorder quelque créance. 11 sul’lit de vouloir expérimenter sincèrement pour s’en convaincre de la façon la plus positive.

De ces prétendus dangers, le plus impressionnant serait à coup sûr celui du coma diabétique. Sur ce point, je ne dirai qu’une chose, qui a quelque importance : je ne l’ai jamais observé, et pour cause. Notre cher secrétaire général en a fait lumineusement justice dans une argumentation éminemment persuasive. Je le remercie de sa savante réfutation. Elle est de nature h rassurer les esprits les plus timorés.

108

Je m’étendrai davantage sur la désassimilation intense de l’azote et les pertes importantes de sels minéraux que provoque ma cure et qui constitueraient, suivant M. Laufer, un gros iconvénient.

I

CUIIK DU DIABKTK 10.i

Si notre collègue avait eu connaissance do mou travail Sur le renouvellement des tissus et le rajeunissement des fonctions, présenté et discuté à la Société de médecine de Paris, il saurait que c’est précisément cette destruction intensive des éléments que je veux activer, au besoin provoquer. Ainsi que je l’ai dit, répondant à M. Bardet, ces éléments sont des matériaux usés, intoxiqués, dont il

109

faut complètement et au plus tôt débarrasser l’organisme si l’on veut rendre possible une guérison vraie et durable. Ce point de vue a échappé ù. M. Laufer et c’est ce qui lui a fait considérer comme inconvénient ce qui, bien réglé, constitue au contraire le facteur indispensable et capital de la cure.

Parlerai-je de son auto-expérience qui l’a amené, inévitablement, à de fausses conclusions, les seules possibles, du reste. Il rao parait q’.’e, lorsque l’on veut contrôler la solution d’un problème, on ne commence pas par en modifier ou retrancher plusieurs des données. M. Laufer a cependant cru pouvoir le faire. Après un jour pour lui, deux pour son malade, il a interrompu son expérimentation cl, tout de go, i) a conclu que la cure par le jeûne et la purge n’était pas pratique, bien plus, qu’elle était dangereuse par la faiblesse qu’elle déterminait.

En considérant que cette cure a toujours été passablement supportée par un très grand nombre d’hommes, de femmes et même d’enfants, je puis, sans crainte d’être démenti par les événements, aflir-

100 AUTOINTOXICATION ET DÉSIXTO.MCATlnN

110

mer à M. Laufer qu’il a eu tort de n’avoir pas fait preuve de plus de volonté pour son malade et vis-à- vis de lui-même. Dès sa première expérience, mieux encore après d’autres, il auriit constaté que ce qu’il dénomme improprement faiblesse, et qui n’est en réalitéque lamanifestation de l’intoxication mineure de l’organisme, aurait diminué ou disparu dès le lendemain, faisant place à un bien-être général, traduit par une activité physique et intellectuelle plus parfaite. Quant à son malade, il aurait très certainement eu un arrêt dans l’évolution de son diabète; arrêt qui aurait pu être transformé en guérison définitive par les répétitions plus ou moins éloignées de ma cure, à la condition toutefois que dans l’intervalle des cures notre collègue aurait preacrit l’excellent régime alimentaire qu’il conseille.

M. Laufer, par ailleurs, trouve que ce que j’ai réalisé n’est pas la cure du diabète, mais le traitement de certains symptômes, ds la glycosurie. N’est-ce donc pas une vraie cure de cette diathèse, lorsque, chez des malades graves et anciens, en même temps que la disparition du sucre dans les urines et des diverses manifestations diabétiques, on obtient le relèvement de l’état général caractérisé par la recoloration Faine des téguments, le retour à la norme de la respiration et de la circulation et la régularisation de toutes les fonctions mêmes psychiques, comme en témoigne la netteté de la pensée, la facilité de l’idèation ?

I

111

r.ftlK Dl’ Dl.XBKTR (OT

Notre cuilègue voudrait-il me dire quelles autres conditions doivent être remplies pour qu’on puisse aflirmer qu’il s’agit d’une vraie cure du diabète ?

M. Lftufer estime que dans mon travail il n’y a qu’un élément personnel, la purgation. Notre collègue se trompe. Je n’ai pas du tout ce mérite. De tout temps, la thérapeutique a utilisé la purgation Récemment inèmeM. Burlureaux l’a traitée de «danger social •. Je n’ai pas davantage l’illusion d’avoir inventé le jeûne comme application hygiénique. Ce qui peut présenter quelque originalité, ce qui, je crois, n’a jamais été conçu et appliqué scientifiquement, et avec le succès le plus certain, c’est l’utilisation simultanée du jeûne et de la purge dans le but précis d’assurer, de précipiter la destruction et le renouvellement des éléments organiques avec, comme corollaire, le rajeunissement «les fouctions. Ajouterai-je que jusqu’aujourd’hui les faits ont pleinement répondu à mon attente’? J’attends encore les expériences sérieusement conduites susceptibles de modiiier ma conception.

M. Laufer nous a parlé de ses recherches, qui lui ont permis d’établirles règles pour le régime d’épreuve individuelle des diabétiques, et mieux, d’aboutir à ce qu’il appelle une guérison.

112

Je ne contesterai pas les mérites réels de ses recherches, et la valeur de ses résultats, mais je le prie de bien vouloir faire lui-même la comparaison entre la durée et les résultats du traitement qu’il

108 AUTOINTOXICATION RT DÉSINTOXICATION

conseille, et ceux de la méthode que je propose. Je ne suis pas inquiet sur les déductions qu’il tirera des faits bien contrôlés.

Pour en terminer avec l’argumentation de M. Laufer et pour éviter tout malentendu, je tiens à bien préciser que la guérison durable, définitive du diabète, n’est possible qu’à la condition de refaire ma cure par intervalles plus ou moins rapprochés, prescrivant dans les périodes intercalaires un régime de réduction,jusqu’à un cerlaindegré d’amaigrissement indispensable, et variable selon les malades, et jusqu’à disparition durable de tous les phénomènes morbides. Enfin, je répète que ces guérisons définitives ne seront possibles que dans les cas où il n’y a pas de lésions anatomo-pathologiques.

La communication de M. Mauban sur l’acétonuric des diabétiques, et l’examen fractionné des urines des diabétiques a été très intéressante. J’ai personnellement beaucoup profité de la deuxième argumentation, à laquelle je n’aurais rien à objecter si ce n’était la nécessité de contester la division

113

que, après Gilbert, Lereboullet et Laufer, il a adopté du diabète en deux grandes classes : le diabète vrai etla glycosurie. Cette division était justifiée quand on se trouvait en présence de certains diabétiques, chez lesquels il n’était jamais possible de faire dispa-

HO AUTU1ST0XHJATI0N KT DÉMNTUXICATloN

reux que ceux obtenus en surveillant le régime alimentaire et en réduisant l’alimentation. Je conleste donc son affirmation : 1° parce que dans les cas graves il n’obtiendrait pas la disparition délinitive de toutes les manifestations diabétiques ; 2″ parce que pour obtenir des résultats même médiocres, il serait obligé de faire une dépense de temps et de soins incomparablement supérieure à ceux que nécessite ma cure.

L’objection capitale de l’argumentation de M.Mau-ban se confond avec celle de M. Laufer qui est que : jusqu’aujourd’hui l’aulophagic a été considérée par tous les auteurs comme le plus grand danger. Il nous a dit que celte aulophagie se rencontre dans le jeune volontaire, dans les gastro-entérites, dans l’appendicite, dans les vomissements périodiques des enfants, dans le cancer, chez les hystériques et chez les neurasthéniques qui ne s’alimentent pas, dans le diabète vrai et dans le pancréatique, et

114

même chez les opérés quand ils ont été à la dicte avant et après l’opération. Cette autophagie est prouvée par la présence croissante de l’acétone dans les urines de tous ces malades.

Loin de moi l’idée de contester tous ces faits, qui ne font que démontrer, justifier de plus en plus la vérité et le but de ma thèse. Malgré l’ensemble des faits qui ont conlirmé mes études sur le renouvellement des tissus, j’ai voulu, après !a communication de M. Mauban, pouvoir contrôler par des expé-

CCRE DU DIABLTE Ml

rienecs, la fréquence de l’apparition et de l’aoçmea-tation progressive de l’acétone pendant le jeûnecomplété par la purgation.

Pour cela j’ai eu’.repris de nouveau une cure de

près de quatre jours, et j’ai prié un de mes plus charmants clients, un diabétique indocile, qui a bieii voulupour l’occasion m’ètre agréable, de faire à son tour une cure de trois jours. Seulement, à cause

115

d’un malentendu, je n’ai pu avoir que son urine avant le traitement et celle du deuxième jour de cure. Ces recherches analytiques ont été pratiquées avec le soin consciencieux et l’habileté éprouvée de II. Main-cent, un des anciens et plus distingués internes de notre collègue M. Portes. C’est vous dire leur grande valeur. Vous y trouverez une constatation qui vous étonnera profondément : e’est l’absence totale d’acétone chez mon diabétique avant et pendant la cure. Au premier abord j’en ai été très surpris, mais après réflexion et fort d’une indiscrétion, je suis à même de pouvoir vous en donner l’explication. Mon malade, grand buveur de bocks et de Champagne, malgré ma recommandation de ne prendre, en dehors des purgations, que des boissons aqueuses (thé, tisanes, café, eau d’Évian, etc.), pour atténuer un peu sou sacrifice, a ajouté, sans me l’avouer, et je ne sais combien de fois, quelque correctif alcoolisé à la crudité des boissons aqueuses. C’est ce qni a probablement empêché la production de l’acétone. Ce moyen pourrait être une consolation pour ceux qui ont le

Analyse tics urines de M. U…

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1er JOUR (avant la cure.) CRISE NORMALE

116

2″ JOUR

3° JOUR (2* de la purgation.)

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117

Caractères généraux. Volume en 24 heures Réaction
Densité à iô» . . . .
normaux

4 litres acide

1.021,4

normaux

118

4 litres acide 1.010,3

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PAtl 24 HEURES PAR 24 HEURES

Ûi HEURES

119

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Urée
Acide urique
llapport de l’acide urique à l’urée. Acide phosphorique anhydre . . . « —i«rt de l’acide phosphorique Rapp
à l’urée. Acide suiïurique anhydre Chlorure de sodium . . .
Albumine
Glucose
Urouiline
Indoxylc
Acétone

120

0«’,:S77 117.9 lt’,481)

4»,40

27–‘,08 1«,4U8

3gr. 17«’,60 absence 24″,20 | 0G«’,80 quantité peu import, proport, assez import absence 13»’,3fl 0»’.344 1/19

121

0″,877

i

absence
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Analyse des urines de M. le D’ G…

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1er jour

122

(urin^ normale.)

2° joua (i » île la purgation.

3° joun

123

(2» de h purgation.)

4e joun .T de la purgalion.)

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Caractères généraux. Volume en 24 heures Réaction
Densité à 15» . . . .

124

norniaux
1.600 ce. nettement acide

1.140 ce. acide 1.017,8

125

normaux, avec abondant dépôt d’urates. inconnu acide 1.o:î2,6

normaux, sans dlpol d’urates, qui se précipitent abondamment par addition d’acide. 460 CC. acide 1.025,7

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24 METRES

126

-ï HEURES

ti IIECIIES
PAR

24 heures

127

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Urée
Acide urique

Rapport de à l’urée

Acide hydre

llapport de l’acide phosphorique à l’urée . . . Acide sulfurique anhydre.
Chlorure de sodium . .

phosphorique

l’acide urique an

128

Eléments anormaux . . Acétone

0«,S6!l 1..22 1″,794 1,10.7

30«,94 l0

129

l«,50 li«M0

17″,9u 0<‘,3G9 1/48

absence absence

1/15 2«’.4O 7>’.3O
absence absence

1«’,332

130

absence une petite quantité.

absence, ijuantitc assei impor-tantr.bicnsup^rirurc à celle du jour pri’-cW. 114 AUT01NT0XIC.ATI0N KT DESINTOXICATION

131

cauchemar simpliste de l’autophagie immédiate. Mais pour moi cela ne constitue, qu’une entrave de plus pour l’arrêt de la maladie. En effet, contrairement à tous mes autres diabétiques, il n’est pas parvenu à faire disparaître totalement le sucre de ses urines.

Le résultat de l’analyse de mes urines confirme les faits de M. Mauban. A l’état normal et le premier jour de cure, elles ne contenaient pas d’acétone, mais celui-ci apparaissait le second jour pour augmenter le troisième ; il diminuait immédiatement après la cure pour disparaître le deuxième jour de vie normale.

Les analyses sont détaillées dans les tableaux précédents.

Comme vous voyez, nous pouvons admettre presque comme indiscutable la conclusion si bien formulée par M. Mauban, que :

L’acélonurie n’est pas l’indication d’un état pathologique spécial, ce n’est pas le symptôme initial de l’acètonémie, mais c’est le symptôme le plus certain de l’autophagie par destruction des réserves corporelles en hydrates de carbone, en graisses et principalement en albumino’ides, provoquée par le jeûne momentané ou prolongé et par l’inanition relative ou absolue.

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Oui, l’acétone est la manifestation la plus certaine de l’autophagie, aussi bien dans l’état pathologique que dans celui physiologique. L’acétone est iucon-

r

DU DIABÈTE IIS

testablement un des débris de la destruction cellulaire ; sa présence dans les urines est le témoignage certain de la réduction organique.

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Sur les faits doue, pas de contestations avec M. Mauban, et avec tous ceux qui l’ont précédé dans l’étude du diabète. Mais ce qui, je crois, les a amenés à des déductions hygiéniques et thérapeutiques non seulement trompeuses, mais profondément dangereuses, c’est leur interprétation erronée de ces faits.

Pour mieux faire comprendre ma manière de voir dans cette question, permettez-moi de commencer par une comparaison.

Supposons le cas d’un particulier dont les affaires commencent à péricliter. S’il continue le même train de vie, petit à petit la gêne financière s’établit, les saisies surviennent avec vente forcée et dépossession successive et violente des éléments constitutifs de sa maison (chevaux, voitures, objets précieux, châteaux, etc.). De chute en chute il arrive à la déchéance totale, à la ruine. Voilà ce qui survient inévitablement si le malheureux, en présence de sa situation périclitante, n’a pas l’intelligence et la décision de faire volontairement et en temps utile le sacrifice d’une partie des éléments de luxe, qui ne soûl pas indispensables à son existence, et qui, liquidés assez tôt peuvent lui permettre de concentrer ses efforts pour le relèvement de la maison et même pour récupérer plus tard d’autres objets aussi précieux. Le diabétique vrai ou le simple gly-

Ji6 AliTOINTOXICATION ET DÉSINTOXICATION

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cosuriquc se trouve précisément dans les mêmes conditions. S’il est intelligent et bien conseillé, s’il ade la décision, il se débarrasse rapidement de ses objets de luxe, non indispensables à l’existence, il fait éliminer ses cellules encombrantes et dangereuses parce qu’elles accaparent une partie del’énergie vitale nécessaire aux éléments nobles. Ce sont les acétones et les producteurs de ces acétones, superflus pour le moment, qu’il doit éliminer volontairement pour éviter l’échéance fatale quiles lui ferait perdre quand même plus tard. Mais avec l’élimination volontaire il a l’avantage capital de pouvoir sortir vainqueur de la lutte, et même de pouvoir reconstituer un jour avec des éléments sains, l’aisance, le luxe même de son organisme.

C’est encore ce qui arrive dans les grands dangers du naufrage pendant lesquels un capitaineintelligent et hardi ne craint pas de sacrifier sans retard une partie ou toutes les marchandises pour sauver l’équipage et le navire. Ce capitaine fait à sa manière de l’aulophagie utile. Vous voyez donc que l’auto-phagie, intelligemment voulue, et énergiquement décidée et réalisée, c’est le sauvetage de l’organisme, tandis que retardée et timidement pratiquée comme le conseillent MM. Linossier, Laufer et Mau-ban, ce n’est plus que la misère, la ruine, la mort.

M. Mauban sera peut-être tenté de m’objecter que mon interprétation des acétones et de l’autophagie, c’est de la poésie, c’est du rêve qui ne peuvent résister

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CUnE DU DIAUÊTE 117

à l’opinion autrement autorisée de tous les grands maîtres, et de tous ceux qui l’ont précédé dans cette passionnante étude des causes et des conséquences du diabète. C’est peut-être un grand argument, cela, mais un argument bien plus grand, bien plus i/ir dans l’avenir, ce sont les faits indiscutables contre lesquels il n’y a pas de raisonnement possible. Et ces faits vrais pour le diabète sont aussi vrais dans presque toute la pathologie. Répétez vous-mêmes sérieusement, sur vous et sur vos malades, les études, les observations que j’ai faites plusieurs centaines de fois et dont j’attends encore les premiers démentis de faits. Vous ne tarderez pas à considérer avec moi que cette poésie est la poésie de la vérité, de cette vérité qui volenles clucit et nolenles trahit, de cette vérité qui nous découvre un horizon réconfortant pour la pratique sanitaire de demain, pour l’avenir de l’humanité.

Il me resterait à répondre aux objections de M. Burlureaux. Mais comme cette réponse se confond avec celle que je n’ai pu faire en son temps au sujet de l’étude de notre éminent collègue sur la purgation, je fais appel à votre grande bienveillance pour me permettre de vous faire une communication sur ce sujet dans une de nos prochaines séances.

LA PURGATION

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(Réponse à M. le D’ Burlureaux.)

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L’année dernière, dans son livre ayant pour titre Un danger social — la puvgalion, puis dans la communication qu’il a faite sur le même sujet et dans ladiscussionqui s’en est suivie à notre Société, M. le Dr Burlureaux adressé un réquisitoire passionné, aussi injuste que funeste, contre la purgation. Enfin récemment notre collègue a cru pouvoir appliquer une partie de ses arguments contre la thèse que j’ai développée dans la cure du diabète.

Ayant été empêché la première fois de venir protester en temps contre les idées de M. Burlureaux, je profile aujourd’hui de l’occasion qui se présente pour répondre à son argumentation, et surtout, quoi qu’en dise notre collègue, pour restituer à la purgation la grande place qui lui revient j usteinenl dans le traitement des maladies et encore plus pour la conservation de la santé.

Je commence par répoudre rapidement aux objections qu’il a faites au sujet de ma cure du diabète. Comme lui, je pense qu’un médecin bien convaincu

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CUI1E DU DIAIILTE lit

de la thèse qu’il soutient peut trouver des malades assez dociles pour se soumettre à des épreuves mime pénibles, mais je ne partage plus.son avis lorsqu’il prétend expliquer facilement et contrairement auxfaits la grande uugmentation des globules rouges consécutive au jeûne complété par la purgation. Notre collègue croit qu’il ne s’agit en réalité que d’une pauvreté déguisée par la concentration du sang due à l’eau soustraite par la purgation. L’objection aurait sa raison d’être si le sang ne présentait l’augmentation des globules rouges que pendantquelques jours après la cure. Mais je m’empresse de lui faire observer que le résultat heureux persiste lorsque le malade revient à l’alimentation normale et augmente si on répète la cure. Ce n’est donc pas une pauvreté déguisée, mais bien une richesse capitalisée.

M. Burlureaux pense pouvoir attribuer exclusivement à la diète les effets généraux bienfaisants de la cure que je fais pratiquer. J’accepte son explication, mais seulement en partie, parce que mon contradicteur doit savoir : 1° que la purge aide à précipiter la destruction cellulaire et à réaliser l’amaigrissement, qui constitue le moyen principal du traitement ; 2″ que la diète sans purgation,surtout si elle est prolongée, devient trop pénible à supporter et con-séqueminent, elle est en réalité peu pratique et trop lente dans ses effets. La purge est donc un élément capital, indispensable de la cure.

M. Burlureaux propose une théorie de lu disparition

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1J0 AUT01ST0XICATI0N ET DÉSINTOXICATION

de la sensation de la faim. Il l’attribue au trouble du fonctionnement du système nerveux, qui provoque une maladie momentanée. Et il complète sa conception en faisant intervenir l’auto-suggeslion et l’association séculaire de l’idée que purgation est symbole de diète.

Pour combattre cette vague, très vague explication, il me suffirait déjà de lui citer le fait presque constant de la détermination de la faim par la présence des acides dans l’estomac el de la disparition de la faim par l’introduction des alcalins. Cependant, même avec l’interprétation de notre collègue la disparition de la faim serait encore particulièrement utile dans notre cas. Mais qu’il me permette de lui demander comment expliqucra-t-il, avec sa théorie, l’amélioration progressive constante des malades à mesure qu’ils répètent la cure et que s’ac.-.enlue leur amaigrissement, si ce n’est par le fait autrement positif et moins spécieux d’une désintoxication du système digeslif el du milieu cellulaire plus parfaite ?

M. Berlureaux revient souvent, comme nous le verrons sur le dommage matériel plus ou moins grand qui résulte toujours de l’ébranlement apporté par la purgation à tunl notre organisme. Et il tient pardessus tout à sa théorie du choc de la purgation. En est-il bien sûr? Ne lui est-il jamais venu à

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l’idée que tous les grands inconvénients qu’il relève peuvent être imputables à toute autre cause qu’à la purgation elle-même? J’espère pouvoir lui présenter

CURE OU DIAUKTK 121

assez d’arguments pour le convaincre de son erreur.

Lorsque l’organisme est abondamment infecté dans son tube digestif, si les conditions de l’état général ne s’opposent pas à la réaction, la nature détermine un effort libérateur qui provoque l’expulsion plus ou moins rapide du contenu intestinal. Instinctivement beaucoup d’animaux, le chien en particulier, s’ils se sentent malades, tout en se privant de manger, font choix, s’ils en ont lu possibilité, de certaines plantesoud’autres produits naturels, doniriugeslion favorise les évacuations intestinales. En pratiquant la purgation, le médecin ne fait donc qu’utiliser les résultats de l’expérience pour répondre scientifiquement aux indications de la nature.

Comme le plus grand nombre d’infections de l’organisme ont leur point de départ dans le système digestif, il est facilement compréhensible que de tous temps on ait fait un large usage de purgatifs dans la lutte contre les maladies.

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Naturellement de si nombreuses applications d’un moyen aussi efficace ne pouvaient s’effectuer sans présenter quelquefois un certain nombre d’inconvénients, imputables surtoutà l’abus qu’on en faisait, el en partie aussi à la connaissance imparfaite de la physiologie de cette médication. C’est précisément pour porter une contribution à cette question que je viens faire appel à votre bienveillance pour traiter de la purgation à un point de vue sous lequel je ne crois pas qu’elle ait été envisagée jusqu’à présent.

122 AUTOI.NTOXICATIOX ET DÉSOÎTOMCATION

Je n’ai point l’intention de vous passer en revue l’innombrable série des médicaments purgatifs, et encore moins de venir vous proposer une purge nouvelle. Ce qui m’intéresse, c’est de vous démontrer, contrairementaux assertions de M. Burlureaux, que la purgation ne provoque pas par elle-mèine un choc dangereux, qu’elle n’est jamais le facteur de sérieuses inflammations intestinales, et encore moins la cause des graves processus que M. Burlureaux lui attribue; et qu’enûn la purge bien connue, bien utilisée, reste le moyen le plus puissant, le plus sûr et le plus souvent indiqué dans la lutte contre les maladies et pour la conservation de la santé.

Pour éviter tout malentendu et d’inutiles objections au sujet de cette étude, je tiens à déclarer d’avance que, faute de temps et des conditions favorables, j’ai été obligé de ne faire porter mes expériences que sur l’huile de ricin, le séné, l’cau-de-vie allemande et plus particulièrement sur les solutions salines. C’est donc surtout de ces dernières dont il s’agit lorsque je vous parle de purgations.

Si une personne prend moins d’un verre d’eau de Sedlilz ou d’eau de Janos, ou une dose correspondante de sulfate de soude dans un verre d’eau, il se produit habituellement, plusieurs heures plus tard une légère purgation, évacuations plutôt foireuses, se répétant plusieurs fois a’aceompaguant plus ou moins de mouvements intestinaux et coliques. Ces effets purgatifs limites durent souvent toute une

141

CURE DU D1AIIKTE I li

journée et même plus. Ils sont précédés et suivis quelquefois de malaises et de vertiges plus ou moins intenses.

D’autre part, si vous administrez rapidement à un malade une purgation abondante (toute une bouteillle d’eau de Sedlitz ou de Janos, ou 50, GO grammes de sulfate de soude dans 750 grammes d’eau), vous constatez qu’ea deux à trois heures votre malade a deux ou trois décharges alvines très abondantes avec très peu de coliques et très peu de malaises. Puis presque aussitôt après il éprouve du bien-être. Rarement il est plus longtemps incommodé.

Il y a donc ce fait paradoxal qu’avec une petite purge onaordinairement de nombreusesévacualions, tandis qu’avec une forte purge les évacuations sont beaucoup moins nombreuses et moins prolongées. En outre dans le second cas le nettoyage du tube digestif est relativement complet, tandis qu’avec les petites purgations l’effet utile est très médiocre.

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Le lendemain, si on reprend ses repas, l’amélioration est en général bien évidente, surtout dans le deuxième cas. On a plaisir à manger. Quelquefois pourtant un peu de fièvre se manifeste et les malaises ne font que s’aggraver.

Si la purge n’a pas produit un effet rapide et complet (ce qui arrive habituellement avec les petites purges, ou lorsque la purge est prise ayant froid), on éprouve en général du mal de tête et un malaise général, ressemblant au début du mal de mer. Cet

121 AUTOINTOXICATION ET DÉSINTOXICATION

état se déclare presque toujours si le malade persiste dans le jeune au delà de vingt-quatre à trente- six heures.

Mais il suffitde manger ou de se purgerde nouveau pour que, aussitôt après, le bien-être se manifeste. Et, fait remarquable et assez régulier, après cette deuxième purge on est, en général beauconp mieux qu’après la première. On éprouve un résultat aussi heureux quelquefois après la troisième et même après la quatrième purgation.

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J’avais déjà fait cette remarque dans un autre travail1 et j’avais essayé d’en donner une explication en me servant de la comparaison d’une chasse d’égout. Je disais que si on ne dispose que d’un courant d’eau trop faible on ne réussit qu’à développer plus intenses et plus abondantes les odeurs infectantes par la mobilisation des matières putrides, et le curage et la désinfection voulus ne sont pas réalisés.

J’ai voulu contrôler cette opinion par des expériences physiologiques. Je me suis servi de lapins,

n’ayant pas maintenant la commodité d’élargir le champ de mes expériences. J’en ai soumis huit au

jeune et à la purgation journalière par l’huile de ricin. C’était des petits lapins pesant environ un

kilogramme et demi, à qui j’administrai chaque fois une grande cuillerée d’huile de ricin. Voici

sommairement ce que à l’autopsie j’ai constaté d’important au point de vue qui nous intéresse : 1Renouvellement des tissus et rajeunissement des fonctions.

CURE OU DIABÈTE 125

1″ A cause de l’immense étendue de leur caicum, il est très difficile d’obtenir l’évacuation complète du tube digestif en purgeant journellement ces animaux et en ne les faisant jeûner seulement que pendant quatre ou cinq jours.

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2° Môinc après quatre purgations en quatre jours la muqueuse intestinale ne présente aucune trace d’inflammation. On n’a constaté qu’un piqueté hémorragique dans la muqueuse de l’estomac de deux lapins que j’avais laisses sans purgation et à jeun pendant six jours.

3° Tandis que, le premier jour, il y a dans Tes tomac un contenu plu» ou moins trituré des aliments ingérés dans la journée, facilement reconnaissables, dès le deuxième jourde purgation, on trouve dans l’estomac un produit alimentaire tout différent qui a, rnacros-copiquement le même aspect et on peut dire la même nature du contenu du cœcuin.

Serail-ce qu’au bout de quelque temps les fermentations stomacales sont à peu près identiques à celles des dernières parties de l’intestin? ou bien, comme me l’a fait supposer un de nos plus savants vétérinaires, qu’en cas de nécessité la nature ferait ruminer par l’estomac les matériaux du cœcum? Pour le moment, je ne suis pas en état de répondre. En tout cas, de ces expériences en résulte à l’actif de notre étude sur la purgation qu’à cause de la forme diverticulum du cœcum, il est douteux sinon impossible qu’une seule purgation puisse vider Iota-

120 AOTOISTOXICATIOX ET DKSlNTOXir.ATMN

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lement le tube digestif et les glandes correspondantes. En effet une deuxième purge, donnée le jour suivant, détermine presque toujours de nouvelles évacuations bien fécales et très fétides : chose qu’on n’observe que rarement avec la troisième purgation et encore moins avec les suivantes.

De plus, la purgation, comme un bon savonnage de la peau, diminuent momentanément la protection épithéliale de la muqueuse, favorise l’absorption des produits toxiques, qui se trouvent encore dans le milieu intestinal. Ceci explique la manifestation d’infection plus grande pendant et immédiatement après la première purgation, qu’avant et surtout après l’évacuation complète des intestins. Ceci explique aussi facilement la raison des grands malaises, des vertiges et des autres inconvénients, qu’on constate souvent chez les gens qui se purgent légèrement, ou qui ne répètent pas assez tôt la purgation en cas de jeûne prolongé.

De tout ce qui précède, il découle incontestablement :

1° Que la purgation par elle-même ne provoque pas de choc dangereux. Preuve en est que les malades, qui peuvent être légèrement incommodés non par le choc nerveux, mais par les intoxications insuffisamment et trop lentement éliminées le premier jour, si la purgation est incomplète, se trouvent presque toujours bien le deuxième jour, précisément lorsque la répétition de la purge est parvenue à pro-

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CUIIE DU DIABKTE 127

duire une plus complète évacuation et désinfection. Si la théorie de M. Burlureux, était vraie, le malade devrait éprouver plus intensément les inconvénients du choc. Or c’est le contraire qui se réalise ;

2″ Que l’inflammation de l’intestin et les autres complications n’existent jamais du fait de la purgation. Si elles se développent, on doit les attribuer à l’insuffisance de la purge et plus encore à l’alimentation défectueuse (en particulier les œufs) surtout trop précoce après la purgation.

3° Gomme conséquence lorsqu’on veut recourir à cette médication, pour en éviter les inconvénients et pour réaliser le maximum d’avantages dont elle est capable, il est prudent d’administrer au moins deux purges successives à vingt-quatre heures d’intervalle et de prescrire l’abstention absolue des aliments ‘.

J’ai toujours pensé que le but dominant d’un travail scientifique doit être, soit la simple exposition de faits bien observés, soit le développement d’idées s’inspirant du progrès de la science, et de l’avantage des malades, non inséparable quelquefois de celui des médecins. Agir à l’encontre de tous

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ces intérêts moraux et matériels, c’est faire œuvre inutile ou dangereuse. C’est cela pourtant que, sans s’en rendre compte, M. Burlureaux a fait avec la publication de

1 Pour appuyer do cette idée, notre cher roMègue. M. Bou-loumié. me rappelle que les anciens médecins avaient l’habitude de purger deux à trois rois de suite leurs malades, pour réaliser les bons effets de la purgation.

128 ACTOIXTOXICATIOX ET DÉSINTOXICATION

son livre sur la purgation. Je n’aurai pas de peine, je pense, à vous le démontrer.

Je ne m’arrêterai pas au contraste assez curieux entre le peu de cas que M. Burlureaux fait de l’auto- intoxication et l’importance si grande qu’il accorde à l’autorité médicale de Montaigne et de Napoléon l » dont il s’inspire dans l’introduction de son œuvre, et dans son quatrième chapitre. Malgré tout le respect et l’admiration que méritent ces deux grands hommes, je ne crois pas que leur avis puisse être de quelque poids dans les questions médicales d’aujourd’hui. Je pense que Pasteur, Bouchard, Metchnikof, Huchard et leurs écoles ont pour cela des titres plus justifiés que Montaigne et Napoléon.

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Oependant, sur ce point spécial, je ne peux m’empècher d’adresser à M. Burlureaux une question : où a-t-il trouvé les arguments sérieux qui l’autorisent à écrire : quant à la théorie de iautointoxication, on peut la considérer, dès maintenant, comme une chose du pansé?

M. Burlureaux me parait s’être laissé hypnotiser par quelques conséquences malheureuses, déterminées par des purgations mal administrées, et encore plus par d’autres inconvénients dus aux coïncidences plutôt qu’aux purgations.

Sous cette impression, il s’est donné un mal digne d’une meilleure cause pour recueillir dans sa clientèle et dans celle de beaucoup de ses confrères les faits pouvant étayer plus ou moins solidement la thèse qui s’était imposée à son esprit. Il ne lui a

CURE DU DIADÈTK \Î’J

certes pas été difficile de cataloguer des preuves, qui, à première vue, l’ont autorisé il entreprendre une campagne contre la purgation; campagne qui <i grandement retenti dans le public médical et malheureusement plus encore dans le public tout courl. Je n’ai pas de peine à reconnaître que sa

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démonstration est tout d’abord très suggestive, et qu’elle en impose réellement, si on n’approfondit pas l’interprétation des faits qu’il présente.

Notre collègue a absolument agi comme quelqu’un, que des ruines financières, auraient effrayé et qui voudrait entreprendre une campagne contre le crédit. II n’aurait pas de difficulté à ramasser une immensité de faits divers prouvant que si tant de malheureux ont été acculés à la catastrophe, c’est parce qu’ils se sont servi du crédit. Faudra-t-il donc crier haro sur ce crédit en le maudissant comme un danger social; ce crédit qui est précisément le ressort des affaires et dont l’importance joue aujourd’hui un rôle si grand dans l’aisance des individus et dans la puissance des nations, parce que quelques maladroits ou malhonnêtes s’en sont mal servis ?

Le syllolisme de M. Burlureaux est identique. Partant de quelques faits, en grande partie encore mal interprétés, il s’est cru autorisé a ameuter l’opinion publique contre le moyen peut-être le plus puissant que la nature a mis à notre disposition pour la conservation de la sanié et pour l’évolution plus favorable des maladies. II ne s’aperçoit pas qu’eu

13(1 AUTnlXTOXICATIOX ET llKSIXTOXICATIU.N

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agissant aiusi il ne fait que désarmer les praticiens savants et honnêtes pour ullcruiir une arme très daugereuse dans les mains inexpérimentées et coupables des charlatans, servis par la réclame éhontée, qui s’étale dans les journaux. Car il ne faut pas vouloir ignorer que souvent des maladies, qui furent rebelles aux traitements les plus scientifiquement appliqués se sont modiliées favorablement et quelquefois même totalement guéries lorsque les malheureux, découragés de la médecine officielle, ont placé leur confiance aveugle et tenace dans des médications secrètes. Vous savez tous que, ces remèdes secrets ne sont bien souvent que des purgatifs efficaces contre la stagnation des matières fécales, réalisant plus ou moins parfaitement le nettoyage, la désinfection du tube digestif.

Or comme les maladies sont, beaucoup plus souvent qu’on ne l’admet actuellement, la conséquence directe ou indirecte des intoxications d’origine intestinale, vous voyez quelle grave atteinte on porterait à la puissance du médecin et à la santé des malades, en décrétant, comme le voudrait M. Burlureaux, l’ostracisme de la purgation. C’est précisément cette grave considération, cet immense danger, qui m’ont décidé à combattre les trop pernicieuses théories de M. Burlureaux.

Nous pourrions vanner une à une presque toutes les observations que M. Burlureaux nous a exposées dans son livre et nous n’aurions pas de peine à nous

CURE DU DIABÈTE Ul

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rendre compte que l’ivraie de ses arguments constitue la principale partie de sa thèse. Pour ne pas abuser de votre bienveillance, je me contenterai de prendre, dans les différents chapitres de son ouvrage, quelques observations, les plus indiscutables d’après M. Burlureaux, et vous verrez que je n’avance rien qui ne soit la démonstration très facile de l’erreur de sa thèse.

Pour commencer, je me servirai de l’examen de sa propre observation. Il nous expose, qu’à la suite d’une fracture bimalléolaire, dont la réduction ne fut faite que huit jours après, il n’a voulu, malgré une longue constipation, se soumettre à aucune purgation. Les évacuations se sont faites petit à petit, normales à partir de vingt-trois jours. Du fait que les selles se sont rétablies régulières, sans aucun inconvénient, il s’est cru en droit de tirer les conclusions les plus favorables à une telle conduite. Malheureusement pour sa thèse, il a pensé l’étayer en ajoutant des explications complémentaires, qui ne sont pas sans intérêt, et qui permettent au critique même le plus bienveillant de formuler des conclusions absolument opposées aux siennes. Rarement, je pense, les blessés, même de fracture bimalléolaire, présentent autant d’accidents, de petites manifestations morbides, comme les appelle M. Burlureaux, qu’il n’en a présenté pendant la durée du traitement de sa fracture. Si nous faisons un petit bilan des accidents qu’il nous a accusés, nous n’avons

IMS AfT01NTnXIC\TI0N KT DKSIXTOXICATIri*

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pas de peine à constater qu’au fond notre collègue» traversé quarante jours de malaises, de souffrances, qu’il aurait pu très aisément s’éviter, en étant moins intransigeant avec la purgation. En cITet, outre la demi-syncope du début et les vomissements alimentaires (purgation naturelle par en haut) et l’inhibition des forces musculaires des premiers jours, il a eu une phosphaturie pendant seize jours avec élimination de boue laiteuse à la fin de chaque miction; il a eu quatre jours (du 4o au 19j de conslriction terrible de la base du thorax avec dyspnée, douleur vive au ci-eux de Vestomac et aérophagie ; une émo-tivilé exagérée qui a persisté pendaut quarante jours, une hyperesthésie musculaire et cutanée avec sensation de faligue générale malgré le sommeil et malgré le repos. (J’ai copié textuellement.)

Tout cela me parait constituer une vraie maladie qui a duré une quarantaine de jours. Ce n’est pas ce que nous observons habituellement dans les cas de fractures normales, où l’évolution se fait plus béni-gnement. Je ne crains pas d’affirmer que s’il s’était agi d’un pauvre blessé, qui eût eu affaire à un praticien moins savant et à théories moins absolues, la fracture bimalléolaire aurait certainement évolué et guéri avec moins d’accident et probablement plus rapidement. 11 saute aux yeux que tous les phénomènes présentés par notre collègue, surtout ceux 1res pénibles du quinzième au dix- septième jour de sa maladie, ne sont que l’expression de la lutte de son

m: ni.MiiVri: uj

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organisme contre les intoxications intestinales exagérées, dont il aurait pu à volonté éviter l’accumu- lntion et les effets pernicieux.

Il en est de même de l’observation qu’il nous rapporte à la page 28, au sujet de la jaunisse. Sa malade, à la suite de vives contrariétés, fut atteinte, le 24 octobre 1907, d’un léger embarras gastrique prémonitoire d’une jaunisse, qui se déclara très nettement quatre jours après; celle-ci s’accentuait jusqu’au 2 novembre sans fièvre, mais avec tous les caractères habituels de l’ictère. Pendant ce temps la malade resta complètement constipée, et l’évolution ascendante de la maladie ne s’arrêta que ic i novembre, lorsque spontanément il y eut une selle, qui se reproduisit les 3, o, 7 et 10, toujours avec la décoloration caractéristique de l’ictère. Ici le mal resta stationnaire jusqu’au 16, jour où la malade eut de nouveau une selle spontanée moitié blanchâtre, déjà bien colorée, suivie ensuite de selles normales tous les deux jours.

Et M. Burlureaux ne craint pas d’apporter une pareille observation comme un triomphe de ses théories !

Si on ne veut pas nier à jamais le rapport de cause à effet, il me parait qu’il résulte indiscutablement de l’examen impartial de cette observation, et de la plus élémentaire réflexion, que l’intensité de la maladie a coïncidé aveo la constipation, et qu’elle a toujours cédé aussitôt que l’intestin parvenait à se

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lUTOINTOXttATIOn. S
|;U AUTOINTOXICATION KT Dlfel.NTOXICATION

débarrasser de son contenu infectant; qu’enfin la malade n’est revenue à la santé que le jour où les selles se sont faites régulières. Je ne crois pas beaucoup m’avancer en affirmant que si M. Burlureaux avait favorisé scientifiquement les évacuations de la malade et complété la cure par un régime de privation, incontestablement la maladie aurait évolué avec une plus grande bénignité et que la guérison se serait réalisée beaucoup plus rapidement qu’il ne le croit.

On pourrait continuer à examiner une à une les observations de l’ouvrage de M. Burlureaux et il ne serait pas diflicile de constater pour toutes l’identique interprétation erronée des faits.

Gomme confirmation de ce que j’avance, je désire étudier devant vous encore une autre des observations que M. Burlureaux considère des plus probantes (page « 8).

Il s’agit d’un monsieur, ayant depuis plusieurs années l’habitude de se purger tous les quatre à cinq mois. Le 13 mars 1907, se trouvant dans un état de malaise plus marqué que d’ordinaire (flatulences,

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gaz, perte d’appétit, insomnie légère, constipation, etc.), il se purge avec une bouteille d’eau île Vichy purgative. Le lendemain, n’ayant pas eu de selles, il se purge de nouveau; le surlendemain, voyant augmenter son malaise, il fait appeler le docteur qui lui donne 30 grammes de sulfate de soude et 30 grammes de sulfate de magnésie, sans rien savoir

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CL11E DU DIABÈTE 135

des purgations précédentes. Celte fois il obtient une débâcle énorme, mais qui naturellement est suivie d’une reprise de la constipation, et cette constipation est si tenace que les jours suivants,

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malgré une purge prise le 18 et une abondante série de lavements, l’évacuation n’amène que des mucosités sanguinolentes accompagnées de violentes coliques. Si bien que le 21, à midi, le confrère de M. Burlureaux vient le chercher, persuadé que son client a une obstruction intestinale. Il trouve un homme en proie à des douleurs abdominales terribles ; l’urine est rare et chargée, l’intensité des douleurs, l’opiniâtreté de la constipation paraissent bien légitimer le diagnostic du docleur X et justifier l’intervention chirurgicale qu’il propose. Mais comme le malade ne présente ni le pouls, ni le faciès péritonéaux, comme ses coliques sont intermittentes et qu’il ne vomit point, l’idée vient à M. Burlurcaux que peut-être il ne s’agit là que d’une sorte de traumatisme intestinal, provoqué par les purgatifs et les lavements. Ils prescrivent donc la diète hydrique pendant vingt-quatre heures, un bain d’une heure à 35°, puis de larges cataplasmes sur le ventre, mais surtout une abstention absolue de toute tentative directe sur l’intestin. Dès le soir, grande amélioration, dispari-lion presque complète des coliques ; et le lendemain matin une selle spontanée énorme, pâteuse, avec des glaires non sanglantes, ressemblant à du frai de grenouille ; témoignage irrécusable de l’état d’irritation

130 AUTOINTOXICATION ET DÉSINTOXICATION

de l’intestin. Le 23, deux petites selles spontanées; le 24 une forte selle diarrhéique, et depuis, dès le 25, des selles normales quotidiennes, sans glaires ni fausses membranes. Depuis lors, tout rentre dans l’ordre, l’état général s’améliore à vue d’œil, et le malade reprend sa vie accoutumée.

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Voilà l’observation complète rapportée par M. Bur-lureaux. Dans ses réflexions, il trouve curieux que le malade et son entourage restent convaincus que si, au lieu de la diète et des bains, on avait prescrit un autre purgatif, celui-là aurait fait merveille, et il complète sa réflexion en exprimant sa conviction que les peaux et les glaires qui accompagnaient les selles avaient été déterminées par les purgatifs et les lavements antérieurs.

J’ai le regret de ne pouvoir partager aucunement son opinion, qui est, comme je l’ai prouvé par mes expériences physiologiques, absolument contraire aux faits. C’est une profonde erreur de croire que la purge détermine l’inflammation de la muqueuse intestinale, et encore plus la formation de fausses membranes. Celles-ci ne sont, en réalité, que le résultat de la stagnation des matières infectantes et irritantes contenues dans l’intestin. Le malade et la famille avaient donc bien raison de supposer qu’un nouvel évacuant rapide aurait amené encore plus vite l’heureux dénouement.

Au sujet de la maladie elle-même qui a présenté des accidents si impressionnants et d’une durée un

CUBE DU UIA1IÊTE 137

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peu excessive, il est à supposer que si le malade n’avait pas été pressé de reprendre des alimeiils, surtout après ses premières purgations, l’évolution de la maladie aurait pris terme dès après la première phase ; et très probablement la guérison définitive se serait effectuée beaucoup plus tût si nos confrères, au moment de la rechute, avaient eu la hardiesse de déterminer plus rapidement, par une nouvelle purge et par des lavements, l’évacuation libératrice. Car on ne le répétera jamais assez, les manifestations morbides, que M. Burlureaux veut toujours faire endosser par la purgation, ne sont en réalité que l’expression des intoxications par les matières contenues dans l’intestin.

En tirant un corollaire de cette observation très instructive, comme toutes les autres du reste, quand elles sont justement interprétées, vous voyez, mes chers collègues, quel échec aurait subi la médecine si le malade, lorsqu’on lui a parlé de l’opération, et sous la suggestion de certains conseilleurs, qui ne doivent pas avoir manqué, avait eu recours à quelques pilules secrètes de santé, fortement purgatives ! Le résultat aurait été incontestablement merveilleux, et certes, dans l’entourage du malade de M. Burlureaux, la confiance dans la médecine scientifique aurait subi une atteinte aussi profonde que méritée.

Je regrette de vous retenir si longtemps, et je voudrais m’arrèter si je ne me sentais l’impérieux

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138 AUTOIXTOXfCATION ET DÉSIXTOXUIATIOX

besoin de combattre des idées aussi pernicieuses que M. Burlureaux voudrait voir appliquées, même en chirurgie.

Dans cette branche de la lutte contre la maladie, l’intoxication intestinale peut avoir des conséquences encore plus graves qu’en médecine générale. A la suite d’opérations chirurgicales et après les accouchements les cas d’inquiétante élévation de température par le fait d’intoxications stercorales sont innombrables. Combien de fois, du reste, elles ont déterminé d’imprudentes opérations. Souvent une purgation ou un simple lavement ont suffi à produire l’apyrexie, à soulager immédiatement le malade et à enlever au médecin la préoccupation des plus funestes pronostics.

Je suis loin de contester que, dans beaucoup de cas, la purgation des malades n’est pas d’une nécessité absolue. La nature est si puissante et si bienveillante qu’elle corrige, beaucoup plus souvent que nous ne le pensons, les effets de nos entêtements ou de nos préjugés. Mais il est incontestable que si l’opéré a été mis avant et après l’opération à l’abri des intoxications évitables, les effets de l’anesthésie et l’évolution de la cicatrisation procéderont des plus bénins, on peut dire, presque sans possibilité de complications.

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i .

I

J’ai rapporté à ce sujet dans un autre travail1nenouvcllemcot des tissus, rajeunissement des fonctions

CURE DU DIADKTE IJ9

une observation d’accouchement, et des observations soit de vastes brûlures, soit d’opérations chirurgicales dans l’oreille et dans les yeux, aussi suggestives les unes que les autres.

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Permettez-moi d’y ajouter rapidement une observation des plus probantes, que j’ai pu recueillir ces temps derniers.

Mme J…, atteinte de gros fibromes et de kystes, se décidait à accepter l’ablation de ces tumeurs, qui occasionnaient depuis longtemps de grands troubles avec dépérissement de sa santé.

Ayant fait appel h M. leDr Ricard pour l’opérer, je lui demandais s’il ne s’opposerait pas que, dans celte occasion, j’appliquasse une cure de désintoxication. Avec son approbation, et après avoir expliqué mon intention à la malade, qui m’a depuis longtemps témoigné la confiance la plus absolue, je la soumettais pendant deux jours avant l’opération à la privation totale d’aliments, complétée par deux abondantes purgations de limonade purgative. Le lendemain et le surlendemain de l’opération je répétais cette cure, qui fut encore répétée une troisième fois cinq et six jours plus tard.

Le résultat sommaire fut que la malade, qui était entrée à la maison de santé le 30 janvier, et opérée le 31, avait, le soir même de l’opération, 37°9, et moins de 37 le deuxième jour, après l’enlèvement du

{Bulletin et Mémoires de la Société de Médecine de l’aris). séance du 26 décembre 1903.

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U0 AUTOINTOXICATION ET DÉSINTOXICATION

drain, qu’on avait placé par prudence. Cette température resta aussi favorable, et même plus basse par la suite jusqu’à la guérison complète. Celle-ci s’effectua avec la plus grande rapidité. En effet, cette malade, en très modestes conditions de sauté générale, et a laquelle on avait dû enlever deux gros fibromes et un kyste de l’ovaire, pouvait se promener dans les jardins de la maison de santé le quinzième jour et reparlir chez elle en province dix-huit jours après l’opération. Durant ce temps elle n’avait pas présenté le moindre accident et l’anes-thésie avec l’appareil Ricard, dans une opération aussi grave et aussi longue, n’avait nécessité que 20 grammes de chloroforme ; dose qui, normalement, est dépassée de la moitié au moins, quand ce n’est pas du double et même davantage.

Je ne crois pas m’abuser en interprétant ces heureux résultats comme une démonstration évidente du grand avantage du jeûne et de la purgation en chirurgie. On m’a assure à ce sujet qu’à Amiens M. le D’ Pauchet obtient régulièrement les succès les plus brillants en soumettant ses opérés à une diète par le bouillon herbacé et au jus de fruits, ce qui équivaut à l’abstention totale des aliments.

Je regrette, chers collègues, que votre temps, trop précieux, ne me permette de traiter plus amplement cette question si séduisante et capitale. Cependant, j’espère, quand même, vous avoir apporté suffisam-

CLTIE DU DIAUKTE |4I

ment d’arguments probants pour vous convaincre que la purgation n’est pas un danger social.

Si danger il y a, c’est seulement que des théories si pernicieuses soient exposées et défendues par un savant praticien de la valeur de M. Burlureaux, dans une association si universellement connue et si hautement appréciée que la Société de thérapeutique.

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Notre devoir, comme vous le voyez, n’est pas de jeter l’osLacisme sur la purgation en l’abandonnant à l’industrie criminelle des charlatans. Plus que jamais il nous faut bien étudier et préciser la physiologie et les indications de cette heureuse médication qui, savamment appliquée, nous assure l’arme la plus puissante et la plus fidèle, que nous ayons à l’actif de l’hygiène et de la thérapeutique.

DISCUSSION

M. Leven. —Nous oublions trop souvent les enseignements du passé. Lorsqu’on entend M. Guelpa dire que, sans la purgation, il n’est point de salut, il n »est point inutile de lui rappeler ce que fut la saignée et ce qu’elle est devenue.

Pour ne pas brûler avec fracas, il ne faut pas adorer avec fracas.

Qu’il me permette de lui dire qu’en douze ans de médecine hospitalière (comme interne des hôpitaux) et de médecine extra-hospitalière, je n’ai jamais prescrit de purgation et que j’ai guéri les mêmes maladies aigufs et chroniques que lui.

(42 AUTOINTOXICATION ET DÉSINTOXICATION

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Cette pratique, si essentiellement différente de la sienne, m’a été inspirée par mon père qui de tout temps a vu les inconvénients et souvent les dangers de Ja purgation utilisée à tort et à travers.

La vérité-est peut-être entre les excès de M. Guelpa et… les miens. Cependant, c’osl la peur de l’autoin-toxication qui le guide et réellement ses dangers ne sont pas aussi grands qu’on nous les a dépeints. Eu observant les malades que les chirurgiens constipent pendant quinze jours, en étudiant les femmes qui supportent des périodes prolongées de constipation de dix, vingt, vingt-cinq jours de rétention, en considérant les nombreux malades dont j’ai gucri la constipation en les assurant que le retour spontané d’une selle — si long que soit le temps nécessaire pour assurer ce retour — sera le prélude de la guérison de leur constipation, si ancienne soil-elle, je me trouve autorisé à affirmer qu’on a fait trop large la part de l’aulointoxication.

Les dyspnées, dites toxialimentaires, en particulier, sont neuf fois sur dix des dyspnées réflexes ou des dyspnées mécaniques par aérophagie. Je vous en fournirai la preuve, si vous le désirez, dans une de nos prochaines réunions.

Je voudrais encore rappeler à M. Guelpa que le jeûne dans le traitement de la fièvre typhoïde a été définitivement jugé.

11 serait tout à fait regrettable de discuter à nouveau une question si nettement résolue ! On a élevé

165

CC«E DD DIABETE 113

une statue à « celui qui le premier a uourri te» lyphiques ». Le moment n’est pas venu de renverser ce monument.

M. Lacuûmïr. — Je voudrais que V. Goeipa m’explique comment il accorde avec ses théories l’aotoob- servation que j’ai rapportée à la Société, où je sois resté vingt-huit jours sans une garde-robe, abondamment nourri, avec une plaie au cou, et sans avoir présenté le moindre phénomène d’autoinloxi-calion ?

M. Gcblpa. — Je vais revoir votre observation el vous répondrai à la prochaine séance.
M. Bcrlcreaux. — Je répondrai à M. Gnelpa à la ia prochaine séance.

M. Bcrlcreacx. —J’éprouve vraiment un scrupule a. entretenir encore la Société d’une question que nous pouvions croire élucidée pour longtemps, après les débats poursuivis pendant plusieurs séance?

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de l’année dernière. Mais la faute de mon importunilé n’est pas à moi, comme vous le savez; et, certes, aucune phrase de ma petite réponse précédente aux affirmations de M. Guelpa n’était faite pour provoquer une attaque aussi expresse, ni aussi « féroce », que celles de mes idées sur la purgation et moi-même avons eu à subir dans notre dernière séance. 11 faut donc bien que, pour me justifier, je revienne, une dernière fois, sur ce sujet de la purgation : mais

M AUTOINTOXICATION ET DÉSINTOXICATION

comme M. Guelpa aurait été mieux avisé s’il avait accepté le conseil que je lui donnais, il y a quelques mois, en lui proposant de remettre h cinq ou six années lasuite de cette discussion ! Chacun auraileu, alors, lu temps de se faire une opinion, le temps d’apprendre de l’expérience ce qu’il y avait à retenir de la doctrine apportée ici par notre confrère. Bien mieux que tous les discours de M. Guelpa et que tous les miens, ces cinq ou six années d’épreuve nous auraient définitivement fixés sur les avantages de la purgation dans le traitement du diabète, comme aussi sur la part d’inconvénients que jo crois être toujours plus ou moins mêlée à ces avantages, encore hypothétiques.

Mais M. Guelpa a voulu, dès à présent, rester maître de la situation. Il a fait quelques expériences hâtives, desquelles il n’y a vraiment rien à conclure ; et puis, surtout, il a pensé qu’une réfutation de

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mes idées suffirait à vous convaincre de la justesse absolue des siennes. Tout en ayant lu avec un soin méticuleux mon petit livre sur la purgation, j’ai le regret de constater qu’il n’en a saisi ni le sens général, ni les conclusions véritables. Ces dernières sont, cependant, écrites en toutes lettres, à la page 143 : « Au lieu de tenir le purgatif pour un remède répondant à des indications précises, et certainement assez rares, on l’a toujours élevé en dehors et au-dessus des autres moyens thérapeutiques. C’est contre cette position privilégiée que j’ai voulu protester.

CUIIB IllJ I1IAIIKTE 143

Mais, quand la purgation sera déchue du rang exceptionnel qu’elle partageait naguère avec la saignée, cl que maintenant elle est seule à occuper, il en sera d’elle comme de la saignée, dont c’est maintenant que nous commençons à reconnaître quels précieux services elle peut rendre dans certains cas particuliers. » Et, îi la page 115 : « Peut-être l’avenir reconnaitra-t-il à quelques purgatifs une efficacité réelle dans certains cas spéciaux. »

Gela est écrit en toutes lettres, cl M. Guelpa, dans son réquisitoire, aurait bien dû en faire mention. Encore une fois, je n’ai jamais prétendu que la pur-galion eût à être définitivement exclue de la thérapeutique ; et c’est sans l’ombre d’une contradiction que, l’autre jour, je inc suis déclaré tout prêt

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— mais seulement dans un délai de plusieurs années — à ranger le diabète au nombre de ces maladies spéciales pour le traitement desquelles la purgation peut être efficace.

Mais, en réalité, la question est d’ordre plus général et se résume ainsi :

J’ai cité, dans mon livre, un grand nombre de cas où l’emploi de la purgation m’est apparu tout à fait inutile, et un certain nombre de cas où cet emploi de la purgation s’est trouvé dangereux. M. Guelpa s’est plu à critiquer quelques-unes de mes observations, ce qui est toujours chose facile, car une relation écrite, forcément incomplète, peut toujours prêter à des objections qui n’atteignent que le talent

AITOIRTOIHIATION.
UO AUI’HISTOXIUATION Kl1 DESINTOXICATION

littéraire de l’auteur, sans se rapporter aux faits véritables. Par exemple, dans le cas d’un de mes malades que des purgations étaient en train de tuer, M. Guclpa affirme qu’une purgation de plus aurait guéri le malade ; mais moi, qui ai vu et étudié celui-ci, je sais absolu ment qu’une purgation de plus

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l’aurait lue ; et je regrette seulement de n’avoir pas réussi à expliquer avec assez de clarté combien une telle, conséquence aurait été inévitable.

Donc, j’ai rapporté une nombreuse série de cas, établissant les dangers de la purgation. J’ai peut-êtremal présenté ces cas : mais en fait, il n’est pas douteux que je les ai observés, et qu’ils ont bien eu lecaractère que je leur attribue. Au reste, ces cas sont loin d’être invraisemblables ou exceptionnels.Avant moi, comme après la publication de mon livre, d’autres observations analogues ont été apportées, ici et ailleurs, qui prouvaient également que la purgation peut offrir de très graves dangers. Contre une vérité aussi certaine, que valent les objections de M. Guelpa? Il nous dit qu’il a observé d’autres cas où la purgation a été très utile : loin de moi la pensée de le contester ; et j’ajoute que l’innocuité de la purgation, chez les clients de notre confrère, s’expliquerait déjà par le seul fait que ces clients, la plupart gros et bien nourris, étaient particulièrement disposés à ne pas trop souffrir de ce « choc » de la purgation, qui est fatal à tout organisme débilité. Que la purgation ait réussi aux

IX’IIK. DU D1AIIKTK U~

maladesdeM.Guelpa, en quoi cela prouvc-t-il qu’elle n’ait pas été funeste aux miens, dans les enaspéciaux ciuc j’ai rapportés? .le ne puis que redire ce que je disais ici l’autre jour : à cfito de ses

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inconvénients, qui sont certains, il i-sl possible que la purgation offre parfois des avantages. C’est sur quoi nous serons renseignés lorsque nous aurons cessé de considérer la purgation comme une panacée, pour ne plus voir en elle qu’un remède des plus énergiques, un de ces remèdes dont les mauvais effets peuvent de temps à autre, par exception, être contre-balancés par de bons effets plus précieux encore.

Et il ne faut pas non plus que M. Guelpa, pour soutenir le caractère intangible et sacré de la purgation, vienne nous parler du respect universel des nations et des siècles pour cette pratique ! Il y a en Europe des pays où l’on ne se purge pas, et où l’on représente volontiers les Français comme une race qui offre les deux particularités démanger des grenouilles et de se purger. Et quant à l’histoire de la médecine, nou; savous tous qu’en face du purgeur Hippocrale, d’autres grands praticiens, tels que Chrysippe et Érasistrate, proscrivaient sévèrement tous les purgatifs. Mais surtout le plus génial des ancêtres de la médecine, le grand et glorieux Asclépiade, nous a laissé un véritable réquisitoire contre la purgation, et fondé sur des considérants dont je regrette infiniment de ne m’être point souvenu en écrivant mon petit livre. .\3clépiade, suivant l’expression d’un

M8 AUTiUSTONlfi.VTKiN ET DÉSIST<l.\ICATlf«X

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récent historien de la purgation, « répétait souvent que la présence des fèces dans l’intestin était loin d’être aussi dangereuse qu’on le voulait bien dire couramment; et, a moins d’une accumulation très longue, il affirmait que l’on devait laisser à la nature seule le soin de l’évacuation. Toutefois, parexceplion, il consentait à faire usage de purgatifs drastiques, tels que l’ellébore, lorsqu’il voulait faire sortir l’organisme de sa torpeur et secouer violemment l’économie ». Heureux temps, en vérité, que celui où les hommes avaient des nerfs assez forts pour qu’il y eût avantage à « secouer violemment l’économie », c’est-à-dire à lui infliger ce « choc » dont Asclépiade, avant moi, reconnaissait l’existence à la suite de toute purgation quelque peu active!

Au demeurant, je ne puisqucsavoirgréàM. Guelpa de la façon courtoise dont il a « démoli » mes travaux. Hien ne l’aurait empêché d’être encore beaucoup plus sévère, et de répéter, par exemple, le mot de Gallien, qui disait : « C’est un crime exorbitant, et qui malheureusement n’a pas été prévu par le législateur, de nier la valeur souveraine de la purgation. » Un des princes de notre art ne m’a-l-il pas ouvertement traité « de malfaiteur public », parce quej’avais eu l’audace de dire tout haut ce que tous les médecins, depuis longtemps, avaient commencé à penser tout bas, sur l’abus des purgatifs et la possibilité que leurs dangers fussent, aujourd’hui, plus grands et plus nombreux que leurs avantages1?

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ClIiK DL » DJ.MIÉTE U’>

Klily a plus. De cetteeominuniealiondeM. Guelpa, qui était destinée à nie mettre en pièces, je reliens un passage qui se trouve apporter uu secours précieux à ma thèse sur les dangers d’un usage trop fréquent de la purgation. M. Guelpa, en effet, nous a signalé avec complaisance, en s’appuyant sur toute sorte d’observations et d’explications, les dangers de ce qu’il appelle les « petites purgations ». Eh bien ! cette constatation ado quoi me satisfaire pleinement. Comme il est certain que, désormais, très peu de médecins se servent encore de purgations violentes, comme presque tous, qi’.ind ils purgent, se bernent à prescrire de « petites purgations », il me suffit que M. Guelpa s’élève cotre ces dernières : puisse-t-il amener tous nos confrères à parlagerses vues surce point, et un grand bien sera accompli. Car, pour ce qui est de partager jusqu’au bout la doctrine de M. Guelpa, et de remplacer ces « petites purgations », qu’il proclame dangereuses, par d’aulres plus énergiques, — ce qui revient à dire : plus dangereuses, — je suis bien sûr que fort peu d’entre nous iront jusque-là. La « grande purgation » constitue un grand choc, qu’il ne faut imprimer au système nerveux que dans des circonstances spéciales, et qui restent encore à déterminer. La • petite purgation » est un petit choc, qui fait toujours un peu de mal : c’estM. Guelpa lui-même qui le dit. J’ajoute seulement que ce petit choc est capable parfois de faire beaucoup de mal, s’il atteint un organisme affaibli et, comme

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150 AUTUlNTOXICATION KT DÉSINTOXICATION

tel, hors d’état de supporter le choc le plus léger. Mais c’est assez parler de notre confrère et de ses objections. Je le répète, j’espère que nous aurons l’occasion de nous retrouver plus tard, après que nous aurons, chacun de notre côté, poussé plus à fond une expérience qui n’est aujourd’hui qu’à peine ébauchée. Alorsseulement je pourrai dire aM. Guelpa dans quels cas j’approuve ses purgations violentes et

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prolongées; et peut-être lui-même, alors, voudra-t-il me rendre justice, avouant que j’ai eu un courage méritoire à dénoncer publiquement le danger de l’usage trop fréquent, et trop indistinclivementgéné- lisé, des purgations.

Aujourd’hui, il faut encore que je remercie les membres de la Société qui ont bien voulu me soutenir de leur précieuse sympathie, et en particulier notre jeune confrère, M. Leven, qui, à la dernière séance a très éloquemment affirmé sa communion d’idées avec moi. Celte communion, à vrai dire, n’a rien que de naturel, car nous avons eu, lui et moi, un maître commun dans la personne de son excellent père. C’est lui, le vénérable Dr Leven, qui, par une seule phrase prononcée il y a vingt ans, a achevé de confirmer en moi une opinion qui, jusque-là, n’osait pps encore s’exprimer nettement dans ma pensée. Il s’agissait d’un de nos confrères, dont nous faisions tous les deux l’éloge : mais M. Leven terminait sa bienveillante appréciation par ces mots : « Quel dommage qu’un esprit si distingué en soit

CUIIE DU DIAIIKÏE 151

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encore à donner des purgatifs et des lavements! » Celle semence est tombée sur un terrain préparé. Elle a porté ses fruits; et mon ambition, aussi sincère que désintéressée, serait de faire partager mes convictions à tous nos confrères, pour le plus grand bien de leurs malades.

M. Baiiukt. —Je ne voudrais pas prolonger une discussion qui renouvelle peut-être un peu tôt celle qui a eu lieu il y a deux ans; mais il me parait nécessaire de relever ce qui paraît un peu inopportun dans ce que j’appellerai « l’hymne à la purgation » entonné par notre collègue, M. Guelpa. En effet, quand celui-ci nous a apporté des observations sur les bénéfices de l’abstinence, je n’ai pas hésité à l’appuyer et à faire remarquer que les faits qu’il rapportait avaient un très grand intérêt thérapeutique, cela, bien entendu, en laissant de côté les considérations dont il avait cru devoir entourer les faits. Mais aujourd’hui je dois avouer que je ne partage pas du tout sa manière de voir.

Quand on parle de purgation, il faut séparer nettement l’action simplement exonéralrice des doses faibles, en un mot des laxatifs, d’une part, el, d’autre part, l’action spoliatrice des doses fortes, qu’il s’agisse des purgatifs salins, cholagogues ou drastiques. Je crois, comme M. Uurlureaux, que la vraie purgation, par ses effets spoliateurs, donne au tube digeslil un choc qu’il ne subit pas

1!J2 ALTOINTUXICATIOX KT DÉSINTOXICATION

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impunément. En chantant les louanges de la purgation comme il le fa’t, notre collègue, M. Guelpa, me parait un homme dangereux et surtout, qu’il nie pennclle de le dire, peu moderne. Il s’appuie sur la généralité de l’emploi de la purgation dans le inonde entier pour en tirer un argument en sa faveur. Mon Dieu! c’est l’application de la doctrine pragmatique de notre collègue, M. Héuou, mais est-il bien sûr que M. Iténoii entende comme lui le pragmatisme? Je ne le crois pas, car dans ce cas l’argument pourrait également servir pour sanctionner l’abus que l’on fait d’une foule de drogues malfaisantes prônées à la quatrième page des journaux. San-grado nourrissait ses malades avec de l’eau et pour les réconforter il les saignait jusqu’à « plus soif », on me pardonnera cette boutade en raison de son opportunité. M. Guelpa ne va pas jusque-là mais il remplace la saignée par la purgation répétée et encore ne suis-je pas sans crainte, car je me demande si quelque jour notre collègue, qui me parait avoir une tendance irrésistible à rajeunir les vieilles méthodes, ne viendra pas nous apporter des observations favorables à la reprise de la méthode de Broussais.

El au fond il est très possible que des observa-lions très suggestives puissent être apportées, car Porgunisme humain est d’une rate patience, il a des moyens puissants de réagir contre les méthodes thérapeutiques les plus offensives. J’en demande

CL’KK DU lllAUbTE lij

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pardon à mon ami Guelpa, niais je m’élève contre les interventions thérapeutiques violentes, je suis convaincu que la thérapeutique a fait un grand pas le jour où elle a cherché les méthodes les moius offensives, surtout dans le traitement des maladies chroniques, lit qu’il me permette de lui rappeler qu’il n’y a pas si longtemps que lui-même prêchait hautement, le principe de la non-intervention dans les maladies et il n’était pas alors moins intransigeant qu’aujourd’hui.

Loin de moi lu pensée de proscrire la purgation, il est des cas où son intervention est utile. J’ai dit il y a deux ans à M. [iurlureaux que, comme lui, je considérais la purgai1.. n comme un mal, mais un mal nécessaire. Pour-qivi nécessaire ? Parce que le médecin, huit fois sur ix, est incapable d’obteuir de son malade l’obéissance à ses prescriptions diététiques. Par conséquent, la purgation rendra de réels services quand un gros mangeur refusera d’obéir à la restriction qui lui -..:a imposée. La purgation sera également utile qn:u< j le malade présentera de l’embarras gastrique caractérisé avec phénomènes d’irritation intestinale. Mais dans tous les cas on la considérera comme un procédé thérapeutique exceptionnel et non pas comme un moyen complètement iiioffensif susceptible d’être indéfiniment employé.

Notre jeune collègue M. Leveu a raison quand il affirme à M. Guelpa que, le plus souvent, les phénomènes intestinaux provenant de l’estomac qui est

154 ACT0INT0XICVT10S ET DÉSINTOXICATION

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9 .

enétatdyspepliqne, c’est l’estomac qu’il faut soigner. Or, une purgation détraque pour longtemps un estomac. Je suis moi-même partisan de cette doctrine et je l’ai apprise comme M. Lcven, en m’inspirant des travaux remarquables de son illustre père, à qui nous devons tant de faits intéressants dans la connaissance des maladies de l’estomac. C’est également renseignement de notre collègue, M. le professeur Albert Robin, qui a si élégamment formule : « A intestin parésir correspond toujours un estomac irrité. » Donc, exercez une aetiou sédative sur l’estomac et vous rendrez à l’intestin sa fonction. M. Leven a au également raison quand il a fait allusion aux effets désastreux de l’aérophagie sur la genèse de la parésie intestinale ; c’est là un fait à peine connu et cependant extraordinairement commun. Du reste nous y reviendrons, et bientôt.

La doctrine de la purgation répétée date de la croyance aux humeurs peccanles, remplacées de nos jours par les toxines et l’auto- intoxicalion. Certes, il y a des intoxications d’origine intestinale, mais le fait est au inoius aussi théorique que-pratique. On ne saurait croire combien les doctrines, trop volontiers acceptées, ont fait de mal à la médecine… et aux malades.

En réalité, nous avons eu, nous avons encore et nous avons inculqué à nos clienls la phobie de la rétention fécale. Vous savez tous quel elFort quelques-uns de nous ont dû dépenser pour jeter à bas

CUliï DU D1AUÈÏE IM

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les erreurs accumulées relativement à ce qu’un voulait considérer comme le « besoin alimentaire », ch bien ! il faudra faire autant d’efforts pour renverser les idées fausses sur le « besoin d’exonération ».

On peut dire sans exagérer que de trop nombreux vieillards, surtout des femmes, souffrent de véritables colites muco-membraneuscs par suite de leur manie d’absorber des purgatifs et de prendre des lavements. Dans le désir d’éliminer un gros bol fécal, ces malheureux irritent tellement leur intestin qu’ils finissent par rejeter régulièrement le revêtement épithélial de l’organe.

Dans ces conditions, je considère comme funeste le chant triomphal entonné par noire collègue M. Guelpa en l’honneurde la purgation, car il risque de jeter un trouble dans les idées et de prolonger les préjugés qu’on a, relativement à l’innocuité d’une méthode qui est certainement offensive.

La constipation, l’encombrement intestinal est un syndrome ; on ne soigne pas un syndrome, on doit s’attaquer aux Gauses. Chez les constipés, soignez l’estomac, corrigez le régime et vous aurez d’excellents résultats sans irriter le tube digestif par une action qui offense sa muqueuse et éternise ainsi l’étal dyspeptique que nous avons justement le devoir de combattre.

M. Bizk. — Je crois devoir signaler à M. Guelpa

180

130 AUTOI.NTUXICATIOX ET Dt£l.\ïuXlt:AT10.\

l’observation suivante qui m’est fournie par un périodique étranger. Il s’agit d’un diabétique qui, par suite d’une psychose, refusa de s’alimenter pendant trois mois. Au bout de ce temps, on constata la disparition du sucre dans les urines ; en même temps, le malade avait engraissé.

M. Laufer. — La conclusion qui se dégage nettement, au point de vue clinique, du débat sur cette question est la suivante: dans presque tous les cas où on administrait des purgations, souvent d’une façon pour ainsi dire réflexe, on peut aboutir au résultat recherché par des moyens moins violents cl plus propres à enrayer la cause de l’affection ou du symptôme dominant. Tous les cliniciens seront d’accord sur ce point. Si l’on tient compte au surplus des conséquences, sérieuses quelquefois, que peut produire le traumatisme exercé par la purgation, et si l’on ne considère que le risque à courir, l’hésitation n’est plus permise. La question pratique est donc ûclaircie et, comme l’ont dit ici les orateurs si compétents qui sont intervenus, il y aura lieu de rechercher les circonstances tout à fait spéciales qui indiquent l’usage de la purgation, non pas de la même purgation dans tous les cas, comme le fait M. Guelpa, partisan du système du tout à l’eau de Janos chauffée, mais de tel ou tel purgatif en particulier, suivant tel ou tel cas.

Je ne retiendrai dune, très brièvement, que les rares

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0U1IE DU DIAIIKTK 10″

aits expérimentaux sur lesquels s’appuie M. Guelpa.

Dans une brochure, qui est relative à l’action de la purgation sur la régénération des tissus, et à laquelle il renvoie tous ceux qui veulent exprimer une opinion sur la purgation, il signale tout d’abord ce fait que celle-ci détermine l’apparition dans les humeurs de leucocytes jeunes : preuve, dit-il, que cette régénération s’opère. Or, chaque fois qu’un agent d’irritation quelconque atteint les tissus, les mêmes leucocytes apparaissent. Leur présence prouve donc simplement qu’un traumatisme violent a été exercé par le purgatif, rien de plus : mais cette preuve n’est pas précisément à l’avantage de la purgation. lit qu’est-ce qui prouve en outre que les tissus régénérés ne sont pas ceux qui ont été entamés par la cause irritante, la muqueuse intestinale surtout, ainsi qu’on l’a maintes fois constaté ? De celte brochure, qui offre l’attrait d’un petit roman, ressort celte idée que la purgation n’atteint et ne chasse que les mauvaises cellules et respecte les bonnes. Pourquoi ? On n’en sait rien. Pour employer une comparaison chère à M. Guelpa, c’est comme si un commerçant offrant aux clients de la bonne et de la mauvaise marchandise, ceux-ci n’enlevaient que la mauvaise et ne touchaient pas à la bonne.

Ce n’est pas tout : la purgation, d’après M. Guelpa augmente les globules rouges. C’est encore un fait très ctmnu et, comme on l’a rappelé, il est dû à la

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158 AUTOINTOXICATION ET DÉSINTOXICATION

concentration sanguine. Cette augmentation peut durer plus ou moins longtemps : généralement elle dure peu, mais ce que je tenais a ajouter, c’est que, quelle que soit celte durée, les globules rouges reviennent toujours à leur taux antérieur. M. Guelpa semble croire que chaque purgation élève le niveau globulaire du sang et sans doute viendra-t-il un jour proposer un nouveau traitement de la chlorose par l’inanition et les purgations répétées.

linh’n, son expérimentation comporte la purgation donnée à quelques lapins. Pourquoi a-t-il employé les lapins, qui sont des herbivores et dont le tube digestif, adapté à une alimentation cellulosique, est capable de se défendre bien mieux que celui de l’homme contre des agents d’irritation ? Il leur donne quelques purgations pendant quelques jours et il en tire lu preuve que l’intestin humain soumis à des purgations répétées et intensives restera indemne. Inutile d’insister, surtout si l’on songe que les cas où ces purgations énergiques lui semblent nécessaires sont ceux où le tube digestif est déjà malade.

Le système thérapeutique de M. Guelpa consiste, en somme, à prendre les notions connues et à les pousser à l’extrême. On connaissait l’influence de l’inanition sur le diabète : il faudra désormais que le

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diabétique mange le moins souvent possible. On connaissait, je crois, aussi la purgation et même on en abusait : on la donnait à propos de tout et de rien.

CITIE DO DIABÈTE là»
Cela ne suffit pas encore, il faudra qu’elle soil administrée systématiquement, largement, énergique-meut. Ce n’est plus la purgation,

c’est le purgatoire.

M. Gi’elpa. — M. Laufer me donne l’occasion de lui faire observer que, dans mes expériences, sur les lapins, je n’avais pas tiré de conclusions, comme cehi résulte de ma phrase : « l’our le moment, je ne suis pas en état de répondre, etc. »

Je ne cache pas que, lorsque je l’ai vu, M. Laufer inscrit pour prendre la parole dans la discussion sur la purgation, je n’étais pas sans inquiétude, dans la crainte que lui, savant de laboratoire, allait probablement m’opposer des arguments de faits, qui auraient pu facilement échapper à moi, modeste praticien, et auraient peut-être compromis la thèse que je défends.

Adiré vrai, je suis étonné de la pauvreté de ses objections ; ce qui m’encourage de plus dans la conscience de la justesse de ma méthode. Je ne parlerai pas de la forme si peu courtoise de son argumentation, et je ne le suivrai pas sur ce terrain, ayant une autre conception de nos discussions. Je l’excuse eu pensant que très probablement, eu sentant le grand désarroi de sa thèse, M. Laufer a cru pouvoir s’en tirer en faisant feu de tout bois. Aux faits très nombreux et vrais que j’ai présentés, il n’a pu opposer que des objections vagues basées sur des a priuri et

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16(1 ALTOINTONICATIllX ET DÉSINTOXICATION

des conceptions scientifiques, que mes faits ont précisément démontré erronées.

Et vovez où l’aveuglement du parti pris amène M. Laufer : il me reproche d’avoir cité un seul travail, parce que ni’appartenanl, qui a traité de la.eure par la purge inséparable du jeune prolongé et répété.

Que je ne sache, celte question eal absolument nouvelle. A part quelques observations très nettes des U » Régis et Klolz, confirmant ma thèse, je ne connais personne jusqu’à présent qui ait écrit sur ce sujet. Vous ne voudrez pas, je pense, mes ohers collègues, que je considère comme une objection valide l’aulo-expérimentatiou de M. Laufer, qui n’a pas été capable de supporter la cure pendant deux jours. Elle est la négation d’une sérieuse expérimentation scientifique. Elle ne peut prouver que le peu d’endurance de sa volonté, à lui, et ne saurait entamer une méthode qui, appliquée déjà plusieurs centaines de fois, attend encore le démenti d’une expérience bien conduite.

M. Laufer ne craint pas d’affirmer qu’avec sa manière de procéder il n’encoure pas les dangers auxquels d’après lui j’expose mes malades, et il ajoute qu’il aboutit aux mêmes résultats heureux. Je lui ferai d’abord remarquer que le danger qu’il me reproche est absolument imaginaire comme cela résulte de tous les faits. Ce danger n’ajamais existé et ne peut exister a\ee la purgation et la privation d’aliments bien réglées. Je le prierai ensuite de bien

CUI1E DU DIABÈTE 161

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vouioir nous indiquer la durée, qu’il tait soigneusement, du traitement qu’il pratique, pour obtenir la guérison. Je ne crains pas de me tromper en supposant dans lescas de complèteguérison qui, entre parenthèses, sont probablement assez rares, ce traitement exige plusieurs mois ; tandis qu’avec la cure que je propose, la maladie est immédiatement arrêtée dans son évolution.

Les premiers symptômes de la guérison, presque immédiats, ne tardent pas à devenir manifestes au bout de quelques jours et restent durables, au bout de quelques semaines, si le malade est assez intelligent pour se résigner ensuite à un régime réduit, proportionnel à la gravité et à la durée précédente de la maladie. Et quand je dis guérison, je n’entends pas seulement la disparition du sucre des urines, comme avto trop de persistance, M. Laufer veut me le faire dire, mais aussi la disparition de toutes les autres manifestations diabétiques, avec le relèvement de l’état général, caractérisé, comme je l’ai déjà noté dans une autre discussion, par ia recoloration saine des téguments, le retour à la normale de la respiration el de la circulation, la régularisation et la vigueur de toutes les fonctions, même psychiques, comme en témoignent la facilité et la plus grande netteté de l’idéalion. Je regrette de répéter cette réponse déjà faite une autre lois. Mais en présence de la répétition de l’objection, je ne pouvais faire autrement, à moins d’avoir l’air désarmé par la valeur de l’attaque.

|ij2 ACTOIST0X1CATIO.X ET DÉSI.TTÛIICATIOX

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Lorsque M. Laufer ?e trouve en présence de très graves complications, comme des manifeslaliocis gangreneuses incontestables, ou des congestions pulmonaires doubles avec angoisse et menace de suffocation, quel est le résultat de sa pratique? l’onr ce qui me regarde, je peux l’assurer que l’évolution de ces complications et des aulres est aussitôt enrayée, et si les tissus sont encore passibles de vitalité, ils ne tardent pas à être restitués ad hiUgrum.

Franchement, si Pou n’est pas aveuglé par le parti pris, il me parait qu’on doit reconnaître sans hésitation la supériorité merveilleuse de la cure que je conseille. Sur ce point, je n’ai aucun doute sur le jugement de l’avenir.

M. Laufer, en répétant une objection qui me fut déjà faite par M. Burlureaux à prupos de l’aDgmen- lation des hématies et des leucocytes, l’attribue éga-lemeul à la concentration temporaire du saug parla déshydratation à la suite de la purge, et par l’irritation de la muqueuse intestinale, au même titre que l’irritation par un vésicitoire. Je veux bien admettre que celte hyperleucocylose ne persiste pas aussi intense par la suiie ; mais le fait certain est que plusieurs semaines après on constate encore une abondante augmentation globulaire que les cures successives accroissent et rendent plus stable. L’objection de M. Laufer n’a donc aucune valeur.

Dois-je vous parier Je la déformation que M. Laufer a faite de ma comparaison du fonctionnement de

CURE OC DIAHKTE 103

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l’organisme humain avec celui d’une maison coin-merciale ? Je crois qu’on peut accepter celle comparaison grosso modo, sans aucune restriction. M. Lau-fer serait bien en peine d’en démontrer sérieusement l’inconséquence, autrement qu’avec des arguments vagues dont je vous laisse juger le fond erroné et la forme désobligeante.

Je tiens à remercier M. le Dr Bize de l’apport qu’il fait à ma thèse de son observai.on traduite duLancel, et dans laquelle un diabolique aurait obtenu la guérison de sa maladie par un très long jeûne. Je ne suis pas surpris d’un pareil résultat. C’est ce qu’on a eu l’occasion de constater souvent dans le diabète et dans beaucoup d’autres affections chroniques pendant les sièges et dans certains naufrages, où la privation et la longue restriction forcée des aliments avaient eu pour compensation heureuse le renouvellement des tissus et le rajeunissement des fonctions.

Mais au sujet de l’observation du Lancel, je désire ajouter que le résultat aurait été obtenu encore plus rapidement et plus facilement, si le malade avait complété le jeûne par d’abondantes purgations, qui l’auraient débarrassé plus toi et plus complètement des intoxications concomitantes qui favorisent et aggravent l’intoxication principale.

M. Baubikr. — Je demande à M. Guelpa au bout de combien de t’-mps le sucre apparaît de nouveau chez ses malades?

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i«l iCToumiicxnos et El quel est l’avenir éloigné de ces malades?

II. Gcelpa. — Je répondrai à M. Barbier qae chez les malades le snere ne réapparaît pins, s*Hs se résignent sérèrement pendant longtemps à une alimentation restreinte ; antrement, si le malade n’a pas le courage de garder longtemps la sobriété nécessaire, il revient, mais de moins en moins tenace a chaque nouvelle répétition.

Pour ce qui concerne l’avenir éloigné, il est i plètement rassurant ; l’état général s’améliore i médialemeat, les manifestations diabétiques, ; les plus graves, ne tardent pas à disparaître, et le malade revient aux meilleures conditions de santé, dans lesquelles il peut persister, si sa faiblesse morale et les exigences de la société ne l’entraîne»! pas à violer les indications de l’hygiène de sa maladie.

M. Lactée. — Un mot tont d’abord an sujet de l’observation, dont notre excellent ami M. Bîie nocs a cité le résumé. Je connaissais cette observation que j’ai lue i »r extenso. Or, elle n’a aocone valear pour la discussion qui nous ocenpe. Tont d’abord, ii n’est pas sûr qu’il s’agissait là de véritable diabète. En second lieu, le diabète chez les aliénés présente quelquefois des allures bizarres et des intermittences inexplicables. Mais même s’il s’agissait d*«n véritable diabète à évolution régulière, je Je fêtais rentrer dans la catégorie de ceux dont la glvcosarie

cniE du diaukti: IOJ
aurait pu disparaître aussi bien au bout du même lemps avec une alimentation appropriée. Tous les

diabétiques ne sont pas drs aliénés et ne s’astreindront pas à une inanition prolongée.

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Mats, dit M. Guelpa, il faut trois ou quatre mois pour faire disparaître le sucre chez un diabétique par un régime approprié. Rien ne l’autorise à émettre une pareille affirmation. Tous les cliniciens savent au contraire qu’il est de nombreux diabètes extrêmement maniables et dont la disparition du sucre sous l’influence du régime s’obtient très rapidement. D’ailleurs, si l’on tient compte du bilan desùtgesta et excréta en hydrates de carbone ainsi que des albuminoïdes administrés, on peut, dans la plupart des cas, supprimer la glycosurie sans grand délai. Mais toute la question n’est pas encore la et ce n’est pas à ce point que l’on doit s’arrêter; il s’agit de savoir, comme l’a fort justement dit M. le Président, quel est l’avenir des malades. Or, avec un régime approprié et la méthode de rééducation nutritive que j’emploie, le malade aboutit graduellement et sans inconvénients à un régime semblable au régime de l’individu bien portant. Avec la méthode de M. Guelpa, on arrive à la disparition du sucre par des moyens violents, l’application pratique est des plus pénibles, mais pour maintenir le résultat acquis, M. Guelpa est bien oblige de recourir à un régime particulier. De sorte que pour atteindre le même but auquel on arrive simplement avec le régime, il

ICO Al’TOl.NTOXKIATIttN KT UKSl.NTUMVATION

l’ail «ravir aux malades un douloureux calvaire. D’autres onfc essaye avant lui l’inanition chez îe diabète et ont dû y renoncer. Mais en outre, comment se flalte-t-il de guérir ses malades? Il a cilé plusieurs cas de diabète avec accidents aigus, mais c’est la disparition de ces accidents qu’il a observée et c’est leur traitement qu’il a fait en réalité, rien déplus. Pour affirmer la guérison du diabète, il faudrait qu’il puisse prouver qu’un malade, après plusieurs cures d’inanition et de purgations suivies de régimes modérés, est arrivé à un état tel que ces cures sont devenues inutiles et que le malade a pu désormais suivre un régime quelconque, simplement modéré et sans que l’on ait à tenir compte des inge.sta d’hydrates de carbone. Or, celte preuve, il ne l’a jamais apportée.

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D’ailleurs, il ne s’est jamais expliqué nettement sur ce régime modéré. Qu’est-ce pour lui qu’un régime modéré et même approprié? Les réponses sur ce point sont des plus vagues. Pourtant il dit qu’il met ses malades au lait pendant quelques jours après le jeune. Et puis après, que fait-il? De deux choses, l’une : ou bien il fait prendre un régime quelconque, même modéré, et j’affirme que le sucre réapparaît, ou bien il administre un régime dont les albuminoïdes et les hydrates de carbone sont dosés, et alors il s’est donné beaucoup de mal — du moins il en a donné aux malades — pour finir par où nous commençons.

CURK DU DIAUKTK ffw

Et si j’ai insisté «jueliiue peu — je m’en excuse — sur cette question qui a ressuscité aujourd’hui, c’est pour m’élcver contre ces tentations thérapeutiques qui surgissent chaque jour et dont !c succès éphémère, auprès du public toujours crédule malgré toutes les épreuves par lesquelles on l’a fait passer, est dû à leur extravagance même. Les faits plus nombreux et mieux étudiés viennent heureusement rejeter dans le néant ces tentations qui en étaient indûment sorties.

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M. Guki.pa. — Aux objections de M. Laufer, je n’ai rien à répondre qui n’ait été déjà dit et prouvé dans les discussions précédentes. Je m’abstiens donc d’abuser de votre temps pour vous faire entendre des répétitions.

RENOUVELLEMENT DES TISSUS RAJEUNISSEMENT DES FONCTIONS1

Véniel fclicior aclas.

En 1889, le Dr Dujardin-Ueaumetz avait eu l’idée de remettre à l’étude, dans sa clinique de l’hôpital Cochin, la question du poids des malades en général et plus particulièrement des typhiques. M. le DrStackler fut chargé de ces expériences, et il en rendit compte dans une communication à la Société de thérapeutique et dans les Bulletins de cette Société.

Pour réaliser cette conception, M. Dujardin-Beau-melz avait fait construire spécialement une balance enregistreuse, sur laquelle était posé le lit du malade, de sorte que les moindres variations de poids étaient continuellement enregistrées. Les graphiques qui en résultaient étaient particulièrement suggestifs. Fendant la durée de la maladie, même sans voir le malade, simplement à la lecture du graphique, on

1 Communication ù la Société de Médecine de Paris, séance du 20 décembre 1908.

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AUTOtXTOXICATlON. JO

[-,[) Al’TOIXTOXICATIOX ET DÉSINTOXICATION

pouvait se rend recompte si lainuladie évoluait favorablement ou non, absolument comme on peut en juger par le graphique de la température. Et, contrairement ace qu’on aurait pu supposer a priori y la maladie évoluait d’autant plus favorablement jusqu’à la convalescence que le malade perdait plus rapidement et régulièrement de son poids. Si le graphique du poids restait à peu près invariable, vous pouviez être certain que celui de la température était élevé. Celle expérience, qui n’a pas eu de suite pour ses auteurs, a élé pour moi comme un éclat de lumière. Elle est devenuo par la suite comme le phare qui m’a constamment guidé dans ma pratique médicale. En effet, dans toutes les affections fébriles, j’ai toujours remarqué que les malades marchent d’autant plus sûrement et plus rapidement vers la guérison, que leur amaigrissement se déclare et se poursuit plus promptement. Par contre, vous devez l’avoir constaté comme moi, lorsque le malade ne manifeste pas un amaigrissement proportionnel à l’intensité de sa pyrexie, la maladie a toujours une gravité plus dangereuse, une durée plus longue et une convalescence plus difficile. On dirait vraiment, — c’est le raisonnement que je me suis toujours fait, et que j’ai toujours vu confirmé — que l’organisme est encombré, gêné par une quantité plus ou moins grande de liquides, de cellules, de tissus vieux et empoisonnés, qu’il doit éliminer pourquela maladie disparaisse. Plus tôt on parvient à ce résultat, et

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RENOUVELLEMENT DES TISSUS 171

plus vite la santé se rétablit parfaite, bien meilleure qu’avant la maladie.

Ces idées, je les ai sans cesse appliquées au cours d’une pratique déjà longue, auprès d’une nombreuse clientèle, et je ne crains pas d’affirmer que je les ai vues régulièrement se réaliser. C’est depuis ces expériences, pour moi mémorables, que je ne me suis plus inquiété de la faiblesse de m^s malades, leur fausse sensation de faiblesse n’étant en réalité que l’expression d’un encombrement de produits toxiques et de déchets cellulaires, dont il faut au plus tôt, dans la mesure du possible, débarrasser l’organisme. La preuve en est que, dans ces cas, le lendemain d’une purgation efficace,cœleris paribus, le malade se sent moins faible que la veille.

Aussi la question de l’alimentation des malades, surtout dans les maladies fébriles, ne me préoccupe jamais, persuadé que les soi-disant fortifiants ne font que fortifier la maladie aux dépens des malades. Régulièrement, je ne me décide à leur permettre des aliments que lorsque la température descend au-dessous de la normale, c’est-à-dire lorsque l’excédent des intoxications organiques a été complètement comburé et éliminé. Sans crainte d’avancer un fuit inexact, je puis affirmer que les

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maladies ainsi traitées ont une évolution moins longue que celle admise normalement et que la convalescence a une allure plus satisfaisante et plus rapide.

|72 AI-TOINTOXIC.UION ET DÉSINTOXICATION’

J’ai tenu à vous dire ce qui précède pour vous faire mieux comprendre la filiation des fails et des con- clusionsqui vont faire l’objet de cette communication.

Je me suis demandé si les phénomènes que je voyais se réaliser dans le domaine pathologique, ne seraient pas réalisables dans le domaine physiologique.

L’expérience type de Dujardin-Beaumelz et Stac-klerct mes constatations cliniques, surtout dans les maladies fébriles, m’avaient donc démontré que plus toi l’organisme maigrissait, et, par conséquent, se débarrassait de ses tissus intoxiqués, vieux ou usés, et plus vite il revenait apte à la lutte pour la vie, beaucoup plus énorgiquenient même qu’avant la maladie.

11 doit se passer dans l’organisme animal à peu près le même phénomène que l’homme a appliqué, sans en avoir vu l’analogie, dans la vie sociale.

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Dans une administration grande ou petite, si on ne renouvelle pas régulièrement et au fur et à mesure de l’âge et de l’activité le personnel défectueux, petit à petit le fonctionnement en souffre et provoque les plaintes des administrés.

De même, dans un grand magasin, si la vente ne produit pas l’écoulement successif et complet de toutes les marchandises, vous savez qu’une direction intelligente décide de temps en temps une grande exposition, où elle fait écouler avec le rabais nécessaire le stock de marchandises défraîchies, avariées

nENOCVELI.BMEST DES TliSli> t73

ou simplement démodées. Si elle procédait autrement, peu à peu la maison péricliterait et s’acheminerait vers la faillite.

Un autre exemple saisissant de cette analogie entre le fonctionnement de la société et celui de l’organisme animal, nous l’avons dans ce que présente une ville fortifiée. Elle renferme des habitants, des troupes, du matériel et des provisions alimentaires. Elle a, en outre, des voies d’élimination de toutes sortes de déchets.

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Notre corps est aussi une organisation fortifiée, e.onstammentguellée, menacée par une infinité d’ennemis. Lui aussi a ses habitants, qui sont les libres et les cellulesdes tissus ; ses troupes, ses colporteurs et ses agents de police, qui sont les globules rouges et blancs, et plus particulièrement les phagocytes ; ses provisions alimentaires et ses réserves de matériel qui se trou vent représentées pi us particulièrement par son tissu adipeux. Mais plus prudente que toute organisation humaine, la nature l’a pourvu très abondamment, avec une intelligence idéale, des voies nécessaires pour assurer l’élimination aussi grande que possible des déchets et des produits toxiques. Elle les élimine par la voie intestinale, par la voie rénale, par la voie cutanée, parles bronches, etc., et lorsque ces voies sont

insuffisantes, elle multiplie !a combustion de ces principes nuisibles par son mécanisme cellu par son oxygénation pulmonaire.

laire et

Que diriez-vous, continuant notre comparaison

17i AUTOIXTOXICATIOX KT [IKSIXTOXICATloX

197

1 0 .

d’une garnison, qui, après avoir aecumulé le plus possible de troupes et d’approvisionnements, resterait iiiuclivc à attendre l’ennemi, vivant au jour le jour des denrées apportées du dehors sans se préoccuper du renouvellement du matériel et encore plus de celui des denrées alimentaires? A coup sûr, au moment du danger, le matériel serait ou médiocrement utilisable, ou, pour le moins inférieur à lu qualité de celui de l’ennemi ; cl les denrées avariées provoqueraient l’cclosion de maladies graves et nombreuses, qui paralyseraient l’énergie de lu défense.

Mil bien ! mes chers collègues, l’homme n’agit pas plus iniulclligcmnient. L’obèse particulièrement, tranquille, quelquefois même vaniteux de sa richejse de réserve, ne pense pas à la renouveler. Plus lard, nu moment de la lutte, lorsque survient la maladie, ses phagocytes étant difficilement cl mal reconstitués par des cellules adipeuses trop vieilles ou avariées, il succombe plus sûrement et plus rapidement ou, s’il se relève, il le fait avec plus île lenteur et pli;s de difficulté.

Je me rappelle toujours ce que me disait mon cher et regretté ami M. Chuchu, un de nos plus distingués collègues vétérinaires, à qui je faisais part de mes i lces sur la nécessité de renouveler de temps en temps les réserves de nos tissus. Vous avez bien raison, insistait-il, et vous avez une démonstration de fuit, au sujet des obèses, en ce que nous observons, nous vétérinaires. En effet, lorsque nous polis-

I

ItEXOUVËLLEMEST DKS TISSUS 175

198

sons nos bêles à l’engrais, c’est un fait prouve que, si une fois engraissées, au lieu de les abattre, on voulait les conserver, cela serait très diflicile, parce que leurs tissus nobles, étouffés par la graisse qui les a envahis et plus ou moins compromis, ont perdu leur capacité à la défense et au fonctionnement de la vie.

C’est le même fait qui est cause des terribles dénouements que nous observons, hélas! trop souvent chez, les enfants, qu’une hygiène bête de certains pnrenIs et surtout des nourrices pousse à devenir gras cl gros. Vous savez que, dans ces conditions, le moindre désordre intestinal ou autre, surtout pendant les fori.es chaleurs, font que ces enfants, qu’on croit si beaux, disparaissent avec la plus grande rapidité, tandis que d’autres, apparemment chétifs, niais vifs, surmontent sans danger de très fortes infections.

!)e ces faits et de ces considérations à la déduction de l’avantage qu’il y aurait à provoquer au plus loi, dans les limites du possible, l’élimination des cellules compromises de l’organisme, pour permettre eu temps la reproduction d’autres jeunes, plus vaillantes, non intoxiquées, il n’y avait qu’un pas. C’est ce pas que j’ai tenté de franchir; el je tiens aujourd’hui à vous en apporter les modestes résultats. Ce sont des expériences qu’en une quinzaine d’années j’ai répétées une quarantaine de fois sur inoi-mèmc, et presque autant de fois sur mes clients, pendant

174 AUTfiIXTOXICATIOX KT DKSI.NTOXir.ATINX

d’une garnison, qui, après avoir accumulé le plus possible de troupes cl d’approvisionnements, resterait inuetive à attendre l’ennemi, vivant au jour le jour des denrées apportées du dehors sans se préoccuper du renouvellement du muléric! et encore plus de celui des denrées alimentaires ? A coup sur, au moment du danger, le matériel serait ou médiocrement utilisable, ou, pour le moins inférieur à la qualité de celui de l’ennemi ; et les denrées avariées provoqueraient l’éclosion do maladies graves et nombreuses, qui paralyseraient l’énergie de la défense.

Eh bien! mes chers collègues, l’homme n’agit pas pius iniiilelligemmcnt. L’obèse particulièrement, tranquille, quelquefois inémc vaniteux de sa richesse de réserve, ne pense pas à la renouveler. Plus tard, au moment de la lutte, lorsque survient la maladie, ses phagocytes

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étant difficilement et mal reconstitués par des cellules adipeuses trop vieilles ou avariées, il succombe plus sûrement et plus rapidement ou, s’il se relève, il le fait avec plus de lenteur et plus de difficulté.

Je me rappelle toujours ce que me disait mon cher et regretté ami M. Chuchu, un de nos plus distingués collègues vétérinaires, à qui je faisais part de mes i lées sur la nécessité de renouveler de temps en temps les réserves de nos tissus. Vous avez bien raison, insistait- il, et vous avez une démonstration de fait, au sujet des obèses, en ce que nous observons, nous vétérinaires. En effet, lorsque nous jious-

RENOUVELLEMENT DES TISSUS 1*5

sons nos bètes à l’engrais, cVst un fait prouvé i|ue, si une fois engraissées, au lieu de les abattre, on voulait les conserver, cela serait très diflieile, parce que leurs tissus nobles, étouffés par la graisse qui les a envahis et plus ou moins compromis, onl perdu leur capacité à la défense et au fonctionnement de la vie.

C’est le même fait qui est cause des terribles dénouements que nous observons, hélas! trop souvent chez, les enfants, qu’une hygiène bête de certains parents et surtout des nourrices pousse à devenir gras cl gros. Vous savez que, dans ces conditions, le moindre désordre intestinal ou autre, surtout pendant les fortes chaleurs, fout que ces enfants, qu’on croit si beaux, disparaissent avec la plus grande rapidité, tandis que d’autres, apparemment chétifs, mais vifs, surmontent sans danger de très fortes infections.

De ces faits et de ces considérations à la déduction de 1 avantage qu’il y aurait à provoquer au plus tôt, dans les limites du possible, l’élimination des cellules compromises de l’organisme, pour permettre en temps la reproduction d’autres jeunes, plus vaillantes, non intoxiquées, il n’y avait qu’un pas. C’est ce pas que j’ai tenté de franchir; et je tiens aujourd’hui à vous en apporter les modestes résultats. Ce sunt des expériences qu’en une quinzaine d’années j’ai répétées une quarantaine de fois sur moi-môme, el presque autant de fois sur mes clients, pendant

200

170 AUTOINTOXICATION ET DÉSINTOXICATION
plusieurs jours chaque fois. Elles possèdent par conséquent une certaine valeur.

Comment l’aire pour réaliser la destruction de ces éléments cellulaires inutiles et gênants, pour ne pas dire dangereux ? Voilà le point capital du problème I

Nous savons que dans les maladies, la nature, pour concentrer le maximum de résistance de l’organisme menacé, et enrayer la marche accélérée vers la mort, nous enlève habituellement le désir de manger et souvent mùme la pensée de Loire. Elle limite ou suspend, de cette façon, l’introduction des ingesla qui s’altéreraient et deviendraient inutiles ou dangereux. De plus, elle laisse à l’organisme même le soin de fournir par ses propres éléments les matériaux de combution nécessaires à la continuation de la vie. Et ce n’est seulement que lorsqu’une partie de ces matériaux, précisément les moins viables, proportionnelle à la nature et à la violence de la maladie, a été comburée et éliminée, que la santé renaît plus belle qu’avant.

Donc, si, en pleine santé, et bien plus lorsque des manifestations diverses nous font supposer un état d’insuffisante combustion cellulaire, nous réalisons la destruction préventive des cellules moins vivantes et moins aptes à la lutte, aous incitons à coup sûr l’organisme en état de recréer d’autres cellules nouvelles, plus énergiques à le défendre contre les infections et les intoxications déjà existantes, et

HEXOUViai.EUENT DES TISSUS 1*7

201

encore mieux h le protéger contre celles qui le menacent. Ce remplacement d’éléments cellulaires peut être facilement, je ne dis pas agréablement, obtenu par la privation des aliments suffisamment prolongée et répétée, privation qui oblige l’organisme à vivre sur ses réserves.

C’est à ce moyen, à défaut d’autres plus efficaces et plus rapides, que je me suis résolument décidé, laissant à l’expérience le soin de me renseigner si, dans la destruction des cellules, je n’aurais pas éliminé les plus vitales, les plus nobles, et peut-être les plus résistantes, au lieu des plus anciennes. Dés le premier essai, qui a duré trois jours, j’ai pu me persuader que l’organisme se trouvait très bien de ce balayage cellulaire, ayant pour ainsi dire intelligemment su faire le tri des matériaux dangereux ou moins utiles, pour les expulser et garder les bons. La grande amélioration immcdiale et persistante de l’état général en était la preuve très évidente.

Mais un écucil se présente à ceux qui, moins tenaces que moi, voudraient répéter celle dure expérience. Vous savez tous qu’en se privant de manger, on souffre des t’ifféreules manifestations de la faim, dont les principales, les plus pénibles, sont le mal de tôle, et l’abattement général. Convaincu de l’exactitude de ma conception, j’ai voulu poursuivre mon élude envers et contre tout. Alors pour précipiter l’amaigrissement et pour atteindre plus tôt mon but, j’ai essayé de demander à la purgation

’78 AL’TOINTOXICATIO.V ET DKS1.NTOXICATIÛX

intense l’aide qui m’était nécessaire. Je n’ai pas eu à le regretter. Dès la première fois, j’ai eu la joie de constater que le mal de tête et tous les malaises causés par la faim disparaissaient si la purgation pai- venait à exercer une action complète.

202

A ce sujet, une grande expérience me fait supposer que les purges salines sont, en général, préférables. Mais lorsque le rein est sensible, il convient de recourir plutôt à l’huile de ricin ou à d’autres préparations à action plus locaïe. En tout cas, il est utile qu’elles soient abondantes, mê;nc au delà du nécessaire. 11 n’y a à cela nucun désavantage. En effet, la purgation insuffisante ne fait que remuer, troubler une partie du contenu intestinal, et ce n’est que lentement et partiellement qu’elle en effectue l’évacuation. Elle vous traîne pendant une grande partie de la journée avec des malaises, des coliques et même des vertiges ou autres manifestations réflexes dépendant de l’invasion plus abondante des intoxications dans le courant humoral a travers les parois intestinales privées partiellement de leur épi-thélium.

Au contraire, si le purgatif est abondant, par exemple toute une bouteille d’eau de Janos, ou autre eau similaire, le résultat complet est obtenu, avec deux ou trois évacuations copieuses dans l’espace de deux ou trois heures, et dans ce cas le bien-être qui s’ensuit est autrement satisfaisant qu’après une petite purgation. On dirait vraimcntque le tube diges-

IIEXOUVKM.EMEXT DES TISSUS 179

203

lif, agissant île lu inauiéro la plus consciente, choisit II quantité exactement nécessaire pour son complet déblaiement, et rejette vivement par en bas la partie excédente, qui pourrait être nuisible.

Il se produit précisément dans l’organisme animal le même pliénoméneque l’homme provoque avec une chasse d’égout. Si on ne dispose que d’un courant d’eau trop faible, on ne réussit qu’à développer plus intenses et plus abondantes les odeurs infectantes dans lu ville, parlamobilisation desmatières putrides et le curage et la désinfection voulues no sont pas obtenus.

Ah ! si nos collègues les pharmaciens parvenaient à réaliser le cilo, tutu et’ jucunde d’une purgr: abondante assez uctive et agréable, ils nous rendraient le plus signalé des services; car c’est presque uniquement dans le désagrément, dans la répulsion pour l’ingestion de la purge, que se trouve le plus grand obstacle a l’exécution du plan que jo me suis tracé.

Il est bon de savoir à ce propos que pour obtenir le résultat voulu plus prompt, plus complet et plus efficace, il faut que la dilution du purgatif soit assez grande, et que l’ingestion en soit faite en très peu de temps. Dans ces conditions, la purge agit brusquement par sa valeur intrinsèque, en même temps que par sa masse. Car elle doit parcourir rapidement tout le tube digestif, entraînant avec elle les matériaux décomposés et déeomposables sans livrer à l’endosmose dans les tissus, une trop grande dose

)t(0 AIJTOINTOXICATIOX KT DÉSINTOXICATION

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de sou priuciiie actif qui exciterait la soif et irriterait plus ou moins le filtre rénal. La preuve en est lorsque j’avale toute une bouteille d’eau de Janos, l’évacuation est prompte et complète (2 heures environ), sans nécessiter aucune boisson complémentaire, et je n’éproir/c pas de la soif, l’ar contre,comme je l’ai essayé maintes l’ois, si je prends une demi-bouteille d’eau de Itubinat, ou autre eaupareillement cou-, centrée, l’effet est aussi rapide, mais la soif qui s’ensuit reste désagréable et tenace.

La préoccupation de la quaulité si grande et du goût assez désagréable du purgatif m’avait fait chercher le moyen d’éluder partiellement ces inconvénients. Dans ce but, et aussi comme exercice devolonté, je me suis imposé l’habitude del’introdue-lion du tube de Faucher. Vous savez combien estdifficile le début de cet entraînement. J’y suis arrivé quand même, et, fort de cet avantage,j’introduisais d’un seul trait toute une bouteille d’eau de Janos légèrement chauffée. Puis comme les premières fois, j’éprouvais quand même au retrait du tube le mauvais goût des dernières gouttes du liquide salé; par la suite, j’avais paré à cet inconvénient en versant dans l’entonnoir, après l’eau purgative, un demi-verre de jus de pruneaux, terminant ainsi une désagréable opération par une espèce de gourmandise.

Pendant mes cures, je n’interromps jamais mes occupations habituelles. Aussi suis-je obligé de ne me purger que le soir, après ma rentrée. Mais l’effet

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LE RENOUVELLEMENT DES TISSIS 181

cherché est, comme je l’ai dit, si prompt que je ne suis nullement dérangé de la nuit, et me sens plus apte le lendemain à répondre de bonne heure aux dures exigences de notre vie de médecin praticien.

Je dis que lorsque la purgation parvient à exercer une action complète, disparaissent le mal de tète et toutes les sensations qui caractérisent la faim.

Presque tous les malades sont étonnés de n’avoir pas faim le premier jour et encore moins les jours suivants. Ce fait parait étrange et en contradiction avec nos connaissances scientifiques actuelles. En effet, la physiologie nous a toujours enseigné que la faim est l’ensemble des sensations qui avertissent l’homme et les animaux de la nécessité de réparer les pertes de l’organisme, et les poussentà introduire dans le tube digestif les matériaux nécessaires à cette réparation. Si cette définition était exacte, la laim devrait augmenter après une purgation, qui fait évacuer tout le contenu gastro-intestinal. Or, c’est précisément le contraire qui se manifeste, et s’affirme encore plus après la répétition de la purge. Il me parait logique d’en déduire que les phénomènes qui constituent la faim, disparaissant après la purgation, sont incontestablement déterminés par les principes que cette

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purgation a fait éliminer. Donc la faim n’est que le cri de l’organisme gêné par l’intoxi-cution et l’infection, qui ont leur siège dans le sys-

AurOlKTOXICATIO*. H
182 AUTUINTOXICATIÛX KT DÉSINTOXICATION

tème digestif et non pas l’expression du besoin de réparer les pertes de cet organisme.

A cette iuterprétixiion de la faim, on peut aisément m’objecter qu’elle est erronée, comme le prouve le fait banal que cette sensation disparaît’précisément après l’ingestion des aliments. Cela est absolument vrai et constitue une preuve de plus en faveur de ma thèse. Voici ce qui se passe très vraisemblablement. Au moment de la faim, le système digestif est différemment impressionné par une quantité de déchets plus ou moins toxiques, mais en quantité modérée, compatible avec le fonctionnement physiologique del’organisme. Le premier effet de l’aliment arrivant dans le tube digestif est, certes, d’absorber, de neutraliser les produits de mauvaisefermentation et de préparer ainsi la masse pour les évacuations prochaines. Jusqu’à ce moment l’aliment agit dans le même sens, dans le même but si vous voulez, que la purge, mais de manière douce, agréable. Il désintoxique suffisamment la canalisation gastro- intestinale pour permettre à la sécrétion des sucs digestifs de réaliser utilement la deuxième partie du rôle des aliments, c’est-à-dire i’ournir aux tissus les éléments réparateurs des cellules en destruction. Doncl’aliment a deux fonctions successives bien distinctes a remplir : la première, la plus pressante, absorber l’excédent des poisons du tube digestif et l’entraip.er au dehors, c’est celle qui éteint la faim ; l’autre, moins urgente, mais non moins utile, que jusqu’à ce jeur on croyait

207

I
LE REXuCVELLEMEST DES Tly-C< (|3

uuique : fournir les élémenU réparateurs. OUe conception de la double fonction de l’aliment nous permet de comprendre combien réellement résistante est la vitalité de l’organisme au point de vue de la simple usure des éléments indispensables à l’existence’, taudis que cette vitalité se trouve très rapidement et fatalement influencée par les intoxications. D’où l’importance capitale de la désintoxication précoce comparée au besoin réel, mais non immédiat, de pourvoir au remplacement des éléments en déchéance.

11 y a donc équivalence au moins temporaire entre l’action de la purge et l’action de l’aliment : l’un el l’autre jouent avant tout un rôle de défense Je l’organisme ; l’un et l’autre remédient dans certaines

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limites aux manifestations immédiates de l’in-lùxication débutante; et, paradoxe apparent, l’un et l’autre eu certaines- circonstances, peuvent se remplacer.

C’est ainsi que, lorsque la privation d’aliment dispose à la maladie par stagnation et fermentation pathogène du contenu intestinal non évacué, la purgation se trouve toutindiquéepourparerauxdangers qui en résulteraient.

1 La physiologie de Yeos nous apprend qu’en cas de Mil par inanition les destructions des différents tissus se ptôea-tent dans les proportions suivantes : graisse, 97 p. IM ; rate, 63 p. luO; foie, 56 p. 1M; muscles, 3» p. IM:

17 p. !ûo : centres nerveux, 0 p. IM.

184 AUTOINTOXICATION HT DÉSINTOXICATION

Et de même, en certains cas, non fréquents il est vrai, lorsqu’on éprouve des inalaises par embarras gastro-intestinal, qu’une évacuation ferait facilement disparaître, si on ne peut pas se purger, au lieu de laisser libres et plus pullulantes les fermentations intestinales, il est préférable de faire un rep;is surtout d’aliments végétaux bien cuits, qui engloberont et neutraliseront lesintoxications, et disposerontl’or- ganisme à une plus prompte évacuation.

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Vous avez souvent la preuve de cette action désin-toxicante de l’aliment dans la disparition rapide des phénomènes d’embarras gastrique après un bon dîner, surtout si on a eu la chance qu’il ait été suivi d’uue prochaine évacuation alvine.

Cette affirmation va probablement provoquer de la surprise et être vivement contestée. Mais observez bien ce fait, et vous ne serez pas éloignés d’en constater fréquemment l’absolue exactitude; ce qui vous prouvera une fois de plus la double fonction de l’aliment, et vous fera comprendre les inconvénients souvent incontestables et de longue durée de l’alimentation régulièrement trop restreinte, sans désinfection et sans repos de l’intestin.

Guidé par ces idées que les faits out confirmées de plus en plus, j’établis ainsi les règles sommaires de cette cure de rénovation. Après l’examen général du sujet, aussi complet que cela est possible dans une clientèle non hospitalière, et avec les modestes

LE RBNOUVBI.I.RMKXT DF> TISSUS I8H

inovens d’un praticien, je note le poids du corps et la pression artérielle; je fais l’analyse du sang au point de vue du nombre et del’intensité hémoglobi-nique des globules rouges, du nombre et des rapports respectifs desglobules blancs, j’ajoute l’analyse desurines et quelquefois la recliercbe quantitative et bactériologique des fèces. Après avoir ainsi fixé l’état dusujetavant la cure, étude que quelquefois je répète jusqu’au retour à la vie normale, je formule ma prescription dans les termes suivants : 1° pendant i, 3 ou i jours prendre tous les jours une bouteille d’eau de .lanos chauffée, ou bien 40 ou 50 grammes d’huile de ricin suivis de près d’un litre de tisane : 2° s’abstenir pendant ce délai dequelqu’aliment quece soit; 3° boire à volonté eau d’Evian, eau bouillie, ou tisane quelconque. J’ai eu soin jusqu’à présent de ne point ajouter de médicaments qui auraient pu être des adjuvants utiles. Je l’ai fait pour éviter toute contestation sur la valeur thérapeutique de la cure.

Il est rare que les personnes traitées ne puissent pas endurer très facilement cette cure pendant trois jours et même davantage, surtout si elles ont soin de prendre chaudes les boissons et les purgations. Les résultats sont presque toujours très satisfaisants. Il est exceptionnel qu’il n’y ait pas une grande amélioration. Je n’aijamais constaté d’aggravation.

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Dans une au^re communication, je me réserve de vous donner un compte rendu plus détaillé de ces études au point de vue histo- bactériologique. Mais

(86 AUTOINTOXICATION ET DÉSINTOXICATION

dès à présent, je tiens il vous dire sommairement quelques résultats qui, certes, vous étonneront. Je ne parlerai pas de la diminution progressive du poids et de rabaissement de la pression artérielle, non plus quede la diminution, presque de la disparition, de la flore bactérienne intestinale, comme l’avaient déjà constaté les docteurs Gilbert et C.arnot. Ce sont des résultats que la moindre réllexion peut prévoir. Mais ce qui contraste avec lésa priori auxquels nous sommes habitués, c’est que, grâce à la purgation do chaque jour, au moins dans les trois ou qualre premiers jours, le nombre des globules rouges augmente dépassant souvent la normale. Il en est de même des globules blancs. Pour les globules rouges, on voit s’élever le taux de l’hémoglobine et pour les blancs oncoustate l’accroissement surtoutdes formes jeunes, des mononucléaires, qui constituent les éléments plus caractéristiques de la rénovation, comme le taux de l’hémoglobine représente l’intensité de la vie cellulaire.

L’application de cette cure de rénovation ne va pas sans rencontrer des difficultés et présenter quelques inconvénients en vérité peu importants.

Le premier et le plus grand obstacle qu’on aura à surmonter pour la vulgariser, dans la pratique courante, réside dans le fait qu’elle se trouve en opposition trop choquante avec l’habitude, la gourmandise, et surtout les préjugés officiels et populaires.

I.K RKXiHJVKf.l.KMKXT DES TISSUS 1X7

<|ui font croire il un danger, à nti.i atteinte grave k 1,-isanté, si on ne répare pas journellement par unr alimentation régulière les pertes de l’organisme — comme si cet organisme ne fût capable de vivre qu’au jour le jour I Cependant quantité de faits, et surtout ce qui se

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passe dans les maladies aiguës graves, démontrent aisément l’erreur de cette asser-tion, et prouvent de la façon la plus irrécusable que la nature a su accumuler dans nos tissus assez de réserves pour assurer notre existence pendant des semaines.

Un autre obstacle à l’application et à la prolongation suffisante de la cure consiste dans la sensation faussement nommée faiblesse dont se plaignent les malades. Cette sensation, très légère chez les bien portants, est d’autant plus accusée que la maladie pour laquelle on fait la cure a été plus grave. Naturellement, le malade peureux et simpliste attribue à la purgation répétée le malaise qu’il éprouve. Or rien n’est plus inexact.

Comme j’aime faire comprendre le mieux possible à mes malades les raisons qui me font agir, j’ai l’habitude d’expliquer cette sensation qu’ils n’éprouvaient pas avant le jeune par cette comparaison. Supposez, leur dis-je, que vous vous soyez enivré, et que dans cet état vous soyez tombé en vous contusionnant. Durant votre ivresse vous ne sentirez pas vos blessi’.res. Ce n’est que le lendemain seulement, après la disparition de l’intoxication alcoolique, que vous

|gH AUTOIN’TOXir.ATIOX KT DKSIXTOXICATIOX

vous en rcndrezcomplc et que vous vous en plaindrez. Dans les maladies, c’est précisément le môme phénomène qui se produit. L’intoxication majeure qui constitue la maladie empêche de sentir l’intoxication mineure, qu’improprement nous appelons faiblesse : ubi major, minor cessât, lit ce n’est que lorsque la gravité du mal a disparu que le malade commence à se plaindre de sa faiblesse, qui n’est que son intoxication plus légère. Vous ne voudriez pourtant pas attribuerânos Iraitements la faiblesse que ressentent nos patients a la (in de leur maladie ! Ce raisonnement les persuade sur le moment. Mais souvent, il ne leur infuse pas assez de volonté pour poursuivre leur cure aussi rapidement et énergiquement qu’il serait nécessaire pour l’obtention d’une prompte et solide guérison.

Je peux vous citer dans cet ordre d’idées le cas d’un de mes malades qui m’a fort révolté. C’est un vieil ami très neurasthénique, toujours mécontent, qui souffrait depuis un certain temps de névralgies rebelles et variées, surtout à l’hypocondre droit. L’examen le plus soigné n’avait pas révélé la moindre trace de lésion organique sérieuse. Seul, l’état de la langue, qui était très sèche et très rouge,

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m’inquiétait. Les traitements antispasmodiques, calmants et révulsifs n’avaient pas donné de résultats satisfaisants. Comme d’autre part, l’hygiène alimentaire du malade laissait a désirer, ainsi que je le note dans l’observation XVI qui a trait au même malade, je me per-

I.E RgNnnVEIXF.MKNT DF> TI’Sc- 1*9

suadais de plus en plu? que le simple repos alimrn-taire etle balayage répétédu tubedipeslifpourraient davantage que tout autre traitement contre sps névralgies. A force d’insistance, je >î décidai à se soumettre à la cure conseillée. A ce moment, il venait de passer des jours et des nuits d’insomnie dans des souffrances presque continuelles et dans le plus grand énervcment, retentissant très péniblementsur son entourage. La nuit qui suivit le début de la cure, le malade put reposer, et deux jours après, il n’avait plus de douleurs. La langue était redeveimc liumide. Il pouvait quitter le lit et vaquer un peu à .ses occupations. Cette amélioration si évidente ne l’a pas empêché d’accuser une graude faiblesse qu’il attribua avec insistance, maigre mes explications, aux purges répétées. En présence de tant d’injustice, je ne dis pas envers le médecin mais à l’égard du traitement, je n’ai plus voulu lui continuer mes soins, et lai encouragé à partir dans le Midi ; ce qu’il put faire dans de bonnes conditions1.

Pendant la durée de privation des aliments, le plus souvent le premier jour seulement, on peut éprouver un certain malaise, comparable à celui qui

‘ An moment de corriger les épreuves j’apprends qu’il vical de mourir. Il ne m’avait donue .-uu-unc nouvelle de lui depuis son départ de Paris Mais un moi» après, probablement comme dêli il m’avAit envoyé deux menus de son Hôtel, généreusement . oinposls. sur l’un desquels il avail écrit : \ oiià comme je man-je. Hieu <le plus. Quinze jmirs plus tard, il mourait rapidement. Quelle horrible leçon!

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)9<l Al’TriIXTOXICATIOX ET DÉSEtTOXICATIOJC

précède le mal de mer. Mais cet état estde beaucoup plus léger et beaucoup moins fréquent que celui que nous endurons dans les longues traversées.

Il se produit un fait étrange, c’est que le premier jour de cure est habituellement le plus désagréable. Elle est, par contre, très aisément supportée le deuxième et quelquefois les suivants, si elle n’est pas trop prolongée, et si on a le soin de ne pas trop se fatiguer, et d’éviter les refroidissements, et si on a I.\ chance do réaliser la purgation abondante. Je ne saurais trouver l’explication de cette constatation paradoxale qu’en me reportant à la comparaison que j’ai faite de l’organisme à une ville fortifiée- Si une attaque de l’ennemi l’obligeait à fermer ses portes, les habitants, ne pouvant plus recevoir les denrées alimentaires du dehors, seraient obligés de s’adresser aux magasins de réserve. Il est très probable que les premiers temps, il y aurait un service imparfait, et beaucoup de mécontentement àcause de la confusion inévitable, et de l’ignorance relative des acheteurs et des employés d’approvisionnement. Mais l’habitude atténuerait assez vite ces inconvénients, tant que les provisions ne menaceraient pas de faire défaut.

11 doit eu être de même dans l’organisme animal, lorsqu’on l’oblige à faire sa vie sur ses propres réserves. Les éléments cellulaires, chargés des fonctions de nutrition, doivent forcément éprouver, aux premiers moments, un grand désarroi, et immanquablement les autres fonctions peuvent eu subir le

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I I .

!.E HENOCVEU.RUENT DE- TI>SC> 101

contrecoup. Mais, ici aussi, il n’y a pas de doute. ces inconvénients doivent disparnitre assez tôt par la force de l’habitude nouvelle, rapidement contractée.

Dans la période de jeûne, les mouvements musculaires sont plus vite suivis de fatigue — non douloureuse — qui nous dispose à prendre plus souventdu délassement dans la position horizontale, et quelquefois entraine quelques minutes de paisible sommeil. Mais ces malaises disparaissent très vite, remplacés par une sensation de réel bien-être.

Pendant cette cure de privation, on est plus sensible au froid, inconvénient facile à éviter en se couvrant bien, en buvant des infusions chaudes et en ne restant pas trop longtemps exposé aux fatigues et aux dangers des basses températuies. D’où une bonne précaution, qui n’est pas à négliger lorsqu’on a le choix du temps pour faire sa cure : la faire pendant la saison chaude.

Knlin, lorsque la purgation n’a pas clé suivie d’effet prompt et complet, il est possible qu’on ait à souffrir de mal de tête et de courbalurc. D.ins ce dv. un peu de salicylate de soude et d’abondantes boissons chaudes suffisent ordinairement pour vaincre ces manifestations désagréables. Au pis aller, on en est quille pour interrompre le jeûne, et pour le recommencer quelques jours après.

Voilà les inconvénients possibles, presque jamais plus grands, de cette cure, feriez-vous le jeûne scientifique pendant o ou 6 jours comme je l’ai pratiqué

192 AUT0INT0X1CATI0N ET DBSIMOXICATIuX

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moi-même. Comme vous le voyez, ils sont beaucoup moins importants et péniblesque ceux qu’on «ndure pendant une traversée d’au moins deux ou troisjOurs. Cependant je ne crois pas qu’il y ait beaucoup de personnes qui se refusent à faire une traversée, qu’elle soit dictée par des affaires ou par des plaisirs; tandis que, dans notre cas, les petits inconvénients du traitement ont une portée autrement puissante au bénéfice de notre santé.

Passons maintenant aux avantages incomparables qui résultent de la cure que nous proposons.

lu Disparition de la souffrance réelle, non cérébrale, non d’habitude, delà faim. Je dis réelle et non cérébrale, parce que souvent on croit avoir faim non parce qu’on éprouve réellement les sensations attribuées à la faim, mais parce que la pensée de n’avoir pas mangé, ou la vue de ceux qui mangent à l’heure des repas, vous suggèrent le désir de prendre des aliments.

2° Diminution, dans desproportionsinimnginables, des bactéries intestinales, donc désinfection idéale du tube digestif.

3° Atténuation très grande de la soif. Il paraîtrait à première vue qu’en se purgeant, et en ne mangeant pas, on devrait éprouver plus vivement le besoin de boire. C’est tout le contraire qui se produit. On ne boit, en effet, guère que la moitié de ce qu’on boirait si on s’alimentait normalement, à la condition toutefois qu’on ait pris une purgation non concentrée.

I.E nBNOnVKI.I.EMENT DES T1SSDS Ut.1

Kn rt’ïlléchissanl à cette apparente contradiction, jn m’en suis fait l’opinion suivante, dont vous pourrez juger le bien fondé. Les liquides que nous buvons, et dont le besoin constitue la soif, nous sont

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nécessaires pour modifier la cryoscopie de nos humeurs intoxiquées afin de provoquer, assurer, accélérer le mouvementosmotique, grâce auquel nous éliminons les produits toxiques de l’organisme. Nous savons qu’une grande partie de ces intoxications proviennent des fermentations intestinales. Or, comme par lapurgation répétée et par le jeûne nous supprimons cette source d’intoxication, il devient tout naturel que le besoin des liquides évacuateurs diminue proportionnellement. C’est ce que les faits ont démontré, comme le prouve également la grande diminution des urines, qui ne sont plus guère, en ce cas, que les vecteurs de l’élimination des intoxications endogènes par combustion et altération cellulaire.

4° Même en plein été, suppression ou très grande atténuation de la sueur qui, toujours désagréable, peut encore provoquer des états morbides souvent très pénibles. Je peux vous citer une observation bien probante.

L’année dernière, j’ai voulu, comme expérience, revenir de Tanger H Paris en état de jeune complet. Dans ce but, j’ai fait mon dernier repas avant le jeune, le jeudi soir, ’27 juin 1907, et je n’ai remangé que le mardi 2 juillet à midi (112 heures). Dans cet

1(11 Al’TOINTOXICATIflN ET DÉSINTOXICATION

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intcrvalle, j’ai pris deux purgations (limonade purgative), la première à Tanger, dans la nuit de jeudi à vendredi (le départ eut lieu le vendredi à midi), la seconde samedi soir à Madrid. J’ai bu, en toutquatre tasses de thé, quatre citronnades, deux cafés et une bouteille d’eau. Il est à considérer que j’ai traversé en cette saison si chaude, du sud au nord, toutes les contrées torrides et déboisées de l’Espagne. Je n’ai éprouvé qu’une sensation infime de soif, sans la moindre indisposition de chaleur, de sueur, ou de faim. Je suis arrivé à Paris si bien portant qu’immédiatement, après avoir pris un bain, j’ai pu repartir très aisément pour répondre aux besoins de ma clientèle et rester jusqu’à midi sans m’accorder la moindre satisfaction alimentaire.

Du reste, les observations II, III. VI et VII sont la démonstration la plus frappante de l’action de la cure de privation sur la prnduction de la sueur.

o » Sommeil diminué, réglé, mais très réparateur, suivi de réveil facile avec activité plus intense de la pensée.

0° Régularisation du pouls et diminution de la pression, sanguine avec augmentation du taux hémo- globinique parallèle à l’augmentation des globules rouges et surtout des leucocytes, par conséquent hématose et phagocytose plus parfaites.

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7° Réduction de l’aire des principaux viscères, surtout cardiaques et hépatiques avec aisance plus grande de l’expansion pulmonaire.

I.E BENOIJVEI.I.EMEST DES TI.-SUS 19!>

8° Décroissance progressive du poids corporel île près d’un kilogramme par jour, décroissance qu’on peut régler à volonté en répétant, en prolongeant les périodes de cure toujours sans aucun danger. Cette modification favorable diminue l’effort du cœnr et permet le jeu plus aisé des organes.

fl » Disparition descndolorissements des jointures, des courbatures musculaires, de la gêne de la respiration, de la paresse à toute sorte d’activité. Gomme conséquence, une souplesse des mouvements et une légèreté de la personne comme dans les meilleures années de la vie. si les périodes de cure ont été suffisamment répétées, et si elles ont déterminé l’amaigrissement nécessaire.

Comme vous le voyez, les avantages de cette pratique médicale sont sans comparaison supérieurs à ses petits inconvénients. Au point de vue de l’utilité et de l’étendue de son application dans la lutte pour la conservation et pour le rétablissement de la santé, elle n’a de comparable que le repos, élément capital de presque tous les traitements. Mais elle en est beaucoup plus efficace, et sans comparaison plus rapide dans ses effets.

De ce bilan, nous pouvons déjà déduire quelques applications biologiques et pathologiques que je ne crois pas sans intérêt. D’abord, la cure ainsi pratiquée se trouve tout indiquée comme médication capitale ou au moins

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(96 AUTOINTOXICATWN KT DÉSINTOXICATION

complémentaire dans toutes les maladies de nutrition retardante de Bouchard. Nous avons vu qu’un des premiers et des plus certains effets est celui de rendre les mouvements plus souples, plus énergiques. Le rhumatisme et la goutte doivent se trouver, par conséquent, des premiers tributaires de ce traitement, ainsi que le diabète, les albuminuries surtout d’origine cardiaque et hépatique, et presque toutes les manifestations congestives de nature arthritique. Je suis heureux de pouvoir apporter dès à présent quelques observations relatives à ce groupe de maladies.

Observations I, II, III, IV, V. — Ces cinq observations ont déjà été publiées dans le chapitre de ce livre consacré à la cure du diabète (page 3). Le lecteur voudra bien s’y reporter.

Toutefois, j’attirerai plus particulièrement son attention sur la première observation, dans laquelle le succès obtenu équivaut à une véritable expérience de laboratoire. Il attestait que l’amaigrissement scientifique devait toujours entraîner la guérison des diabétiques.

Quant aux quatre autres observations, à des titres différents elles corroborent la première et montrent la diversité d’action de la cure de désintoxication.

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Observation VI. — Comme observation de maladies congeslivcs de nature arthritique, je vous citerai d’abord celle de M »«> W. Depuis plusieurs années, dès nue cesse

LE RENOUVELLEMENT DES TISSDS 197

le beau temps d’été, elle est prise très souvent de crises de toux fort pénibles avec suffocation qui l’empêchent même de garder la position horizontale dans le lit. Elle a en outre, une transpiration froide très abondante <|ui l’oblige à changer plusieurs fois de linge. Il n’y a ni albumine, ni sucre dausses urines. La. lièvre n’existe que rarement. Dans ses meilleurs moments, on peut reconnaître de l’emphysème aux deux sommets. Pendant les crises interminables, on trouve de la congestion pulmonaire généralisée au point de ne plus rencontrer dix centimètres d’espace complètement normal.

11 y a deux mois, en présence d’une crise assez angoissante et tenace, je me décidais n engager la malade à la cure de privation. Le mieux se manifesta immédiatement : suppression de la transpiration, atténuation considérable de la toux, disparition de la suffocation. J’ai conseillé la répétition de la cure plusieurs fois en l’espaçant de plus en plus. Depuis ce moment M » »-‘ \V. vaque i ses affaires. Elle se sent mieux portante qu’elle ne l’otait depuis plusieurs années.

Ohskiivatiun VII. —Mm°M. fut atteinte l’année dernière d’hémorragies graves par librome, de sciatique très douloureuse et rebelle, accompagnées de trauspiratious abondantes et persistantes. La densité de ses urines était très faible (IOj environ). Par l’électricité, méthodeÀposloli. je vins à bout des hémorragies et de la sejaiique. Mais, malgré le régime lacté d’abord, lacto-végétarien ensuite. les transpirations ne cessèrent jamais complètement, et la malade ne reprit jamais totalement ses forces.

Depuis quelque temps, les transpirations étaient beaucoup plus abondantes, et la prostration des forces avaii augmenté. J’ai pensé que dans ce cas la désintoxication précipitée pourrait donner de bons résultats. Je proposai donc cette cure à ma malade. Elle en retira très peu dame-

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108 AUTOINTOXICATION KT DESINTOXICATION

lioration la première fois. Mais la fois suivante, elle .-.c sentit si bien qu’elle ne pouvait y croire. Elle me disait tout dernièrement qu’elle se croyait redevenue jeune. Elle ne transpire plus, elle monte et descend les étages avec la plus grande agilité, ce qu’elle ne pouvait faire que très péniblement avant la euro.

Observation VIII. — M. L., âgé de 40 ans, environ, obèse et poussif depuis plusieurs années à la suite de nombreuses atteinles d’influenza qui se sont compliquées de congestion pulmonaire et de rhumatisme. Il y a deux mois, il se sentait très oppressé, avait une toux intense et des transpirations froides aux moindres mouvements. A Tauscultation on constatait une respiration très obscure, voilée de haut en bas par de nombreux râles de toutes sortes. Il n’y avait pas de fièvre. Je lo soumis par intervalle à la cure d’amaigrissement rapide qui lui fit perdre 16 livres en quarantejours.Dèslafin de la première période de trois jours, il se sentait déjà très bien ;plus d’essoufflement, plus de transpiration, légèreté des mouvements. L’amélioration s’est continuée rapidement. Le malade en est on ne peut plus heureux.

OnsF.nvATiùN IX. — Mmo I)., de Courbevoie, 49 ans. Ménopause à 44 ans. coïncidant avec état très grave diagnostiqué anémie cérébrale (?), caractérisé par forts maux de tête, vertiges, diarrhée, fatigue cérébrale ; affection qui a fait garder le lit pendant un mois, et qui a disparu à peu près complètement, seulement un an plus tard, en coïncidence d’un embonpoint prononcé. Depuis trois ans, bruits très pénibles dans la tète comme les coups d’une horloge, digestions difficiles avec ventre tendu et abondance de gaz, toux persistante avec essoufflement surtout le soir, eczéma ancien ïi la taille : fatigue au travail ; très graude difficulté à la lecture.

LK RKNOI’VEU.EMKNT DKS TISSUS 100

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Je vois la malade, pour la première lois, le 11 décembre dernier. Elle me confirme toutes les manifestations précédentes qu’elle sent s’aggraver de jour en jour. Je constate des râles disséminés, sibilants et humides, dans toute la poitrine, la face un peu congestionnée. Les urines, de la densité de 1028 pour un litre dans les 24 heures, contiennent 22 grammes de sels minéraux avec M grammes de chlorures et 0,12 d’albumine, les autres éléments a peu près normaux. Je soumets la malade a la cure de priva-lions. Après la 1TM période, les étouflemeuls et la toux étaient déjà disparus. Le 19 janvier, il n’y avait plus de maux de tète, plus de bruits, plus d’albumine, plus d’eczéma, plus de fatigue aux yeux. Elle pouvait s’occuper tout à son aise de ses affaires. Dans tout cet intervalle, c’est-à-dire un mois et demi, elle a pratiqué quatre fois 1k cure en prenant treize purgations, et restant en tout quatorze jours complètement privée d’aliments. Mais elle s’est guérie.

Observation » X. — Mon excellent ami. M. de L., grand fumeur, gros mangeur, ouvrier de la pensée, infatigable cl génial, se faisait à la suite d’un brusque mouvement une légère entorse du genou droit. Il ne s’en préoccupa par. comme il l’aurait fallu, et continua sa vie habituelle pendant deux mois, tout en souffrant et boitant légèrement, malgré les pointes de feu, l’application de la teinture d’iode, les massages avec compression. A la fin, il se décida à prendre un peu de repos, et alla faire une cure a Aix-lcs-Bains. Il s’en trouva amélioré, mais pas guéri. Après quelques jours de vie parisienne et d’occupation active, la souffrance du genou s’accentua au point de gêner fortement la marche. C’est dans ces conditions (pie je lui proposai le jeûne avec purgation répétée. Après deux jours seulement, il se trouva très soulagé, et il en fut doublement heureux parce qu’il éprouva en même temps une

200 ArrniNTOxrcATins et désixtoxicatiox

amélioration de son application intellectuelle qui devenait moius féconde sous l’influence de son embonpoint et de ses souffrances. Il paraissait bien décidé a répéter la cure autant de fois qu’il le faudrait pour se débarrasser complètement de son mal. Malheureusement jusqu’à présent, il n’a pas suffisamment souffert pour exécuter ce programme.

Observations XI. — Son ami, M. de W., un de nos littérateurs les plus appréciés, est atteint depuis bien longtemps de très pénibles et interminables accès de dyspnée. qui pendant des semaines entières lui rendent la vie bien malheureuse, surtout la nuit. 11 était dans ces tristes conditions depuis trois semaines et on ne pouvait escompter une prochaine guérison lorsque j’ai eu l’occasion de m’oc-cuper de sa santé. Comme j’avais déjà constaté autrefois l’effet particulièrement efficace du traitement de réduction rapide dans les affections congestives du système respiratoire, je ne tardais pas à lui proposer ma cure, en lui affirmant avec la plus profonde conviction que ses malaises, ses angoisses, prendraient certainement lin dès le premier ou deuxième jour de traitement. 11 a préféré attendre,

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s’insurgeant, lui, lin gourmet, contre cette privation totale de nourriture pendant trois jours, craignant la grande faiblesse qui en résulterait. .Mais la gène respiratoire persistant plus que jamais, malgré les traitements habituels, il se décida enfin à suivre mes conseils. La congestion pulmonaire et la dyspnée correspondante s’amendèrent très promplement, dès les premiers jours. L’amélioration lut si satisfaisante que le malade, trois jours après, répéta la cure.

J’avais insisté pour qu’il ne s’arrêtât pas à ce premier succès s’il voulait que la guérison fût durable, et je l’avais engagé à répéter la cure de temps en temps jusqu’à ce qu’il perde au moins 6 à 7 kilos de son poids. Mais il ne

LE IIKNIIUVKLLKMKXT DKS TISSUS 201

l’a pas fait, el j’ai su dernièrement qu’il souffre de nouveau d’un peu de dyspnée.

Cette observation et la précédente, ajoutées à beaucoup d’autres, sont une preuve de plus des grandes difficultés qu’on rencontre dans la pratique médicale, même lorsqu’on a affaire aux esprits les plus élevés. L’habitude, l’insouciance et les préjugés dominent tellement la mentalité humaine qu’ils empêchent l’utilisation en temps de tous les moyens efficaces non seulement contre la maladie, mais plus encore pour la préservation de la santé et la prolongation de la vie.

Toutes les maladies par infection intestinale se trouveront aussi tributaires de la cure de réduction. Pour mon compte, depuis que je l’applique à mes malades, même sans sévérité, je n’ai jamais rencontré de diarrhée ni de vomissements, qui aient résisté, lorsque ces affections ne sont pas sous la dépendance de faits graves, comme tumeurs, tuberculose, lésions cérébrales, etc. Depuis bien longtemps je ne pratique pas d’autres traitements dans ces cas. Je m’en sers même comme moyen de diagnostic.

Comme cas plus particulièrement démonstratifs dans ces affections, je désire vouscitei les suivants:

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Observation XII. — Mmo de L., malade des plus intelligentes, était atteinte depuis de nombreuses années de gastro-entérite avec abondante production muco-membrs-

202 AUTOINTOXICATluN ET DKSINTUXICATIO.N

ueuse, compliquée de troubles nerveux ; au cœur on notait des souilles extra-cardiaques très forts, et si persistant* qu’on doutait qu’ils ne fussent organiques. Cet état, si embarrassant et si rebelle, malgré (nus les traitements, fui constaté par plusieurs collègues, entre autres par un de nos plus sympathiques médecins des hôpitaux.

il y a quelques mois, comme y: parlais à celte malade des expériencesque je faisais surtout sur moi, et lui exprimais ma conviction de l’avantage qu’elle retirerait certainement, pour sa santé, de la cure de désinfection de l’iu-leslin et deladésinloxicaiionde l’organisme, elle accepta aussitôt de s’y soumettre. Le résultat a dépassé de beaucoup ses espérances. Voici ce qu’elle m’écrivait ces jours derniers.

« Cher docteur, je ne sais vraiment comment vous remercier pour la cure que vous m’avez conseillée. J’ai obtenu des résultais vraiment remarquables. Plus de douleurs d’estomac, plus de brûlures. Je digère tout. Mon cœur s’en ressent aussi. Jamais il n’a été aussi vaillant. Et quel plaisir de se sentir jeune, lucide, el avoir un teint très beau!

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Je compte refaire encore mes trois jours avant mon départ pour le Midi.

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Observation XIII. — M. K., d’Enghien. Je soigne ce malade depuis bien longtemps. Je l’avais vu la première lois, il y a sis ans. Il avait de la diarrhée et de l’ictère avec dilatation du réseau veineux abdominal superficiel. Il présentait en oulre de l’ascite et de l’œdème des extrémités inférieures. Enfin quand la tension des parois abdominales cessa je pus reconnaître une hypertrophie hépatique. En passant, il n’est pas iuutile d’ajouter que notre malade, commissionnaire en vins, sollicité par sa profession et son goût personnel, était un fort buveur. En préseuce

I.K RENOLVF.LI.F.MKXT UEs Tl«t> V>3

Je sa situation grave, que je ne lui ai pas laissé ignorer. il se résigna très longtemps au régime lacté. Pctil a petit, il avait pu se remettre et il se portait, depuis, médiocrement bien, souiïrant de temps en temps de très faciles indigestions, provoquées, malgré mes conseils, par des écarts de régime.

Enfin, ces lumps derniers, son état avait 3mpiré, il avait maigri d »en haut et cnyraûtê d’en bas. Les vertiges, les douleurs d’estomac, les nausées, la tension abdominale, la diarrhée et les unièmes avaient fait leur apparition.

C’est dans ces couditiousque, au lieu de le remettre simplement au lait, qui aurait pu nous donner encore des résultais satisfaisants, mais lents, je l’ai décidé i faire la cure do désiutoxicalinn rapide. Dès la fin de la première période presque lous les malaises précédents avaient disparu. A la suite je lui ai permis de un à deui litres delail écrémé pendant quatre jours, avec recommandation de répéter plusieurs périodes de cure absolue, espacées par une alimentation lacto-végétarieune sobrement prise. Aujourd’hui, après trois semaines de traitement, il va aussi Lieu que possible malgré les conditions défavorables de ses organes de la nutrition.

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iùN X! V. — M. M., marche toujours très courbé à cause de douleurs constantes aux épaules et aux reins. Ces douleurs s’étendent quelquefois à tout le corps. Je l’ai vu malade au point de D’avoir plus la possibilité de monter dans son lit. 11 fallau l’y porter avec les plus grands ména-gemeuls. Travailleur acharne, il avait le courage, malgré celte situation de lorlure, de se faire habiller et de partir quand même à sa besogne très dure de directeur d’uue grande exploitation. Comme le précédent malade, il avait de l’ascile, de l’œdème, de la diarrhée, de la dilatation veineuse des parois abdominales et quelquefois

204 AUTOINTOXICATION ET DÉSINTOXICATION

des états congestifs broncho-pulmonaires très inquiétants. Le cœur présentait un souille extra-catdiaque très prononcé et très persistant. Ce n’est guère que dans les cas de crises violentes qu’où parvenait a lui laire garder le lit. Avec le régime lacté sévèrement et longtemps pratiqué notre malade avait pu petit à petit rétablir modestement sa santé, et continuer quand même le dur exercice de sa profession.

L’été dernier, il ne s’était pas bieu trouvé de sa saison thermale à la Bourboule, les douleurs avaient augmenté, et, peu a peu, il était retombé dans une situation aussi mauvaise que quelques années auparavant. Au lieu d’exiger un long repos et le régime lacté, j’ai pensé que la cure de privation le rétablirait plus rapidement et avec moins d’inconvénients. Je ne m’étais pas trompé. Sans interrompre un seul jour ses affaires, il a pu très vite améliorer sa sanlé au point de pouvoir vaquer même à ses occupations de nuit pendant les fêtes du nouvel an. Il montait avec aisaucc les cinq étages de sou appartement, tandis qu’auparavant, il était obligé de s’arrêter à chaque palier et tout essoufflé de se cramponner ù la rampe pour continuer son ascension.

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Il est très probable que cette cure est utile comme adjuvant dans les affections oculaires à forme inflammatoire avec tension exagérée. A ce propos, permettez-moi de vous citer mon auto- observation. Elle n’est pas sans intérêt.

Observation XV. — Depuis quatre ans, malgré une hypermétropie de deux degrés corrigée par des verres correspondants, j’étais très chagriné de ne pouvoir supporter la lecture plus d’uue dizaine de minutes. Au bout de ce court délai, une sensation de tension, de pesanteur

I I

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LE ttENOUVKlXKMENT DES TlSSl’s 205

et dechaleurdouloureuse aux yeux avec brusque larmoiement, m’obligeait à suspendre précipitamment nia lecture, quitte à la reprendre cinq à dix minutes après, mais dans les mômes conditions. Je ne vous dirai pas combien j’en souffrais moralement. Je m’adressai à des collègues, des plus distingués dans la spécialité, et leur exposai mes malheurs. Ils lirent l’impossible, en cherchant toutes sortes de combinaisons de montures et de verres correcteurs. Mais rien ne réussissait; je restais toujours dans l’impuissance a me livrer au moindre travail visuel un peu soutenu. 11 est indispensable d’ajouter qu’à la suite de nombreuses atteintes d’influeuza rebelles et profondes, mon application à l’étude était devenue dilïicile et relativement peu profitable depuis une dizaine d’années. L’ue aboulie invincible m’immobilisait toute mon énergie quand uue forte obligation ue m’imposait pas l’accomplissement immédiat d’un acte. J’étais victime d’une véritable photophobie et j’éprouvais une sensible obsession à la pensée de devoir rédiger des écrits, que j’étais toujours obligé de refaire, particulièrement dans la première page, à cause de la difficulté morbide de lier les phrases entre elles et de la répétition trop fréquente de certains mots.

Mes amis ont eu malheureusement le contre-coup bien regrettable de cet état qui me désespérail tant, et contre lequel je ne pouvais sérieusement réagir. Je veux espérer que cet aveu, qu’on pourrait dire scientifique, me fera pardonner, par leur bienveillante amitié, mes nombreuses impolitesses apparentes. C’était une vraie maladie qui me tyrannisait, et à laquelle était venue s’ajouter plus tard, comme je le disais, l’impossibilité de soutenir quelque temps la lecture. Cela explique à mes collègues mon long silence dans nos sociétés. J’en étais profondément désolé ; et j’avais déjà presque fait mon deuil des satisfactions scientifiques qui ont toujours été la plus grande aspiration de ma vie.

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206 AUTOINTOXICATION ET DESINTOXICATION

Celte année, m’élant décidé a poursuivre plus profondément mes expériences sur le renouvellement des tissus pour en communiquer les principaux résultats, j’ai entrepris la cure trois fois dans l’espace d’un peu plus d’un mois. Aussi je fis descendre mon poids de 80 à 70 kilogrammes. Vous dire le bien-être que j’en ai retiré et la joie que j’en éprouve est impossible. Tous les malheurs de ma santé se sont évanouis dés que mon poids est descendu à la moyenne que j’avais au temps de ma plus intense activité.

Je travaille maintenant avec la plus grande Facilité, avec la plus vive satisfaction ei surtout avec le plus grand profit jusqu’à des heures très avancées de la nuit sans que la moindre souffrance oculaire ne m’oblige à abandonner la lecture. Je me sens rajeuni de quinze ans.

Pour compléter cette auto-observation, je liens à vous dire que, à la suite de mes nombreuses influenzas, j’avais relativement engraissé (une dizaine de kilogrammes), et j’ajoute que l’analyse des urines souvent répétée n’a jamais révélé riende particulier, à part une certaine déperdition de phosphates assez normale chez moi.

En revenant au point de vue ophtalmologique et en réfléchissant bien sur la symptomatologie, sur les circonstances de mon observation, et aussi sur celles qui font l’objet des observations III et IX, et sur un autre cas que je soigne en ce moment, je ne serais pas étonné qu’une cure sévèrement pratiquée et sutfisammenl répétée parvienne à donner les plus heureux résultats dans les formes oongestives, même dans le glaucome, surtout à ses débuts. Je fais appel à la bienveillance de nos collègues ophtM-mologistes pour qu’ils veuillent bien tenter celte

LK RENOUVELLEMENT DES TISSFS ÎOT

expérience, qui, somme toute, ne peutétre nuisible, et, qui, répétée convenablement, assurera au moins quelques avantages, sielle n’apporte pas le bonheur d’une guérison radicule.

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Obseryitio.n XVI. — En restant encore dans le champ de l’ophtalmologie, je crois devoir ajouter une ubserra-liou qui peut ne pas être inutile. Ces derniers temps, j’ai aidé de mon assistance plutôt morale que matérielle un de mes amis qui subissait l’opération de la cataracte. Pendant la première journée, les suites se passèrent très bien. Mais le lendemain j’étais étonné de trouver notre mala.i? assis sur le lit, prenant déjà un repas, ma foi assez substantiel. Je ne manquais pas de lui faire observer [«’il avait peut-être lort de s’alimenter trop tôt. Mais. comme c’est un homme très volontaire, 1res capricieux, et, malgré une belle intelligence, bardé d’étonnants préjugés, il me répondit qu’il se trouvait très faible, et qu’il se rendait compte mieux que personne qu’il avait besoin de manger… et il continua. Comma sa réponse était un peu v:ve et prétentieuse, et d’autre part, comme je n’avais la direction ni la responsabilité du traitement, je n’ai pas insisté et je suis parti. Le jo ir suivant, m’étant rencontré à la visite avec le médeciu opérateur, j’apprenais que notre malade avait passé une nuit terrible dans le plus inquiotant délire, sous l’influence duquel il avait arraché tout le pansement. Mon confrère, à qui j’exprimai l’avis que ce dangereux événement avait été probablement occasionné par l’imprudence alimentaire du malade, me répondit de la manière 11 plus aflirmalive et décisive ]ue cela dépendait uniquement du fait même de l’opération ; que ces accidents étaient bien connus dans la science, où ils sont catalogués comme délire spécial à 1 opération de la cataracte. Sur cette explication, qui par

208 AUTOINTOXtCATIOX KT DÉSINTOXICATION

le fait n’en était pas une, je me suis tu, quoique non convaincu, mais je suis resté plus que jamais persuadé que cette complication de l’opération n’est qu’une complication et une localisation nerveuse de l’intoxication d’origine intestinale. Nous pouvons donc et nous devons l’éviter. Comme mon client devra bientôt subir une opération identique à l’autre œil, je ne crains pas de prédire que le délire scientifique ne se répétera certainement pas, si le malade veut se soumettre ;1 la cure de réduction.

Je pense que vous aussi, mes chers collègues, partagerez mon avis, et vous In partagerez encore plus lorsque vous aurez connaissance de celle autre observation, que je vais vous résumer, et qu’on

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pourrait considérer comme une expérience de laboratoire. Le fait est du domaine de l’otologie, mais il peut très bien se comparer au précédent.

Observation XVII. — Une dame très eczémateuse est atteinte depuis son jeune ;\ge d’otite sèche double avec surdité relative. Un de nos plus distingués auristes se décide à tenter la mobilisation des osselets. A la suite de la première opération, une poussée eczémateuse violente se déclara dans toute l’oreille et compromit totalement le résultat opératoire. En présence de ce désastre, je conseillai à ma malade la cure préventive pendant trois jours avant la deuxième intervention. Cette fois, aucune complication n’est survenue.

J’ajouterai au sujet de cette dame que depuis qu’elle pratique de temps en temps la cure en question, son eczéma a pour ainsi dire disparu.

Voici deux autres observations très intéressantes LE IIKNOUVKIXKUENT DUS TISSUS 100

ressortissant iiussi bien à la dermatologie qu’à la chirurgie.

Observation XVIII. — Dimanche dernier, 3 janvier, à onze heures du soir, -M »10 J. était victime d’une explosion de gaz et de benzine, qui lui occasionnait une brûlure excessivement douloureuse des deux avaut-hras et de toute la face, comprises les oreilles, et de la partie antéro-i.nférieure du cuir chevelu. La brûlure avait été si complète que le lendemain la peau de toute la face était si tendue qu’on avait de la peine à se rendre compte si les globes oculaires étaient indemnes. Le côté droit de la face, l’oreille droite et les lèvres étaient couverts de phlyctènes. Il y avait un engorgement sous-maxillaire énorme du même côté. Cette malade, depuis trois ans, était très gravement atteinte d’affection hépatique, constatée par nos meilleurs médecins et chirurgiens. Elle avait pendant plusieurs mois, malgré une hygiène sévère, de l’ictère qui n’était pas sans nous inquiéter par sa persistance. Cet ictère dépendait de calculs biliaires pour

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lesquels la malade n’avait jamais voulu se laisser opérer. Outre cet état hépatique, ma cliente avait eu précédemment de l’eczéma rebelle et du rhumatisme. J’insiste sur tous ces incidents pathologiques pour que vous puissiez vous rendre compte de la légitimité des craintes graves qu’on aurait pu concevoir pour une brûlure aussi étendue survenue chez un sujet particulièrement prédisposé aux complications cutanées et gastro-hépatiques.

Comme traitement local, je n’ai lait qu’un pansement journalier au liniinent oléo-calcaire stérilisé, mais, en mcMiie temps, j’ai insisté sur l’application rigoureuse de la cure de privation. En effet, lundi, mardi, mercredi, jeudi, j’ai, quotidiennement, fait prendre à la malade toute une bouteille d’eau de Jano.s. et, durant tout ce

t . .

210 AUTOISTOXCCATIO.N ET DESINTOXICATION

temps, elle n’a indroduit, dans son tube digestif que de la tisane et de l’eau. Jeudi, elle a bu un litre de lait écrémé; vendredi et samedi, la malade très encouragée s’est mise de son chef à la cure sévère.

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Le lundi suivant, la malade pouvait reprendre toutes ses occupations. En une semaine donc, malgré les plus grandes prédispositions aux complications graves, cette vaste brûlure était guérie sans avoir éveillé la moindre inquiétude, avec la plus grande bénignité et avec une rapidité assez rare, même dans les cas les plus favorables.

Ce grave accident a été très heureux pour la malade, parce que cette expérience curative ayant considérablement amélioré les fonctions hépatiques, elle est bien décidée a la répéter autant qu’il le faudra. Je ne serais pas du tout surpris qu’elle parvienne à récupérer complètement sa santé gravement compromise depuis longtemps.

Ohservatidn XIX. —Mmo S., âgée de soixante-trois ans, personne très forte, pesant 103 kilogrammes, est selon sa propre expression continuellement dans le sang, depuis trois ans. Elle aété examinée par un chirurgien des hôpitaux, qui lui aurait, dit-elle, coupé un morceau du col utérin pour pratiquer un examen. Craignant qu’on lui propose uue opération, elle n’a pas voulu retourner a l’hôpital, et est restée quelques mois sans se soigner.

Quand elle vint chez moi (14 décembre), elle présentait d’abondantes petites croûtes eczémateuses surtout au visage et aux bras. L’utérus, impossible ft délimiter, à cause du gros embonpoint de la malade, avait le col très gros, dur, présentant sur le bord gauche une encoche saignante et suppurante, admettant la moitié de la phalangette d.r l’index explorateur. Etait-ce une ulcération syphilitique ou cancéreuse, ou tout simplement la

r.E nENOL’VEM.EMENT DES TISSUS 21 I

plaie occasionnée par l’ablation pour la biopsie ‘ Les écoulements n’avaient pas d’odeur caractéristique; on ne sentait pas de ganglions hypertrophiés. Je suis resté donc dans la plus grande incertitude sur la nature de la plaie et des manifestations ec/.émateuses, ainsi que sur la cause réelle de la métrorragie.

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La maladecraignantl’opération et refusant absolument de retourner chez le chirurgien, je lui proposai la cure de privation, qu’elle accepta, quoique un peu sceptique sur le résultat. Elle l’exécuta d’abord quatre jours, après lesquels, elle vint me voir, heureuse de m’annoucer que les pertes de sang avaient diminué dans de très grandes proportions, que l’état général s’était profondément modiliè et que ses mouvements étaient devenus beaucoup plus agiles. Elle manifestait son ctoncemenl d’avoir supporté si facilement une si longue privation d’aliments sans éprouver aucunement les sensations de la faim. L’état du col de l’utérus restait à peu près le même à part un peu moins de dureté. Le fond de l’utérus restait toujours impalpable. J’ai permis à la malade un à un litre et demi de lait pendant trois jours ; après lesquels elle <lcvait répéter la cure. Ce qu’elle lit déjà quatre fois. L’amélioration s’est poursuivie rapidement malgré des négligences répétées à causedes jonrsdel’an. Aujourd’hui (25 janvier), il n’y a plus d’écoulement sanguin, le col est devenu mou, quoique avec un peu d’élongation de la lèvre antérieure, la plaie a presque disparu. Les manifestations eczémateuses sont presque éteintes et la malade jouit des meilleures conditions d’état général. Elle est bien décidée suivant mes conseils a répéter la cure toutes les semaines jusqu’à ce qu’elle ait atteint le poids maximum de 90 kilogrammes. Elle eu pèse en ce moment. 90. En présence de l’amélioration générale, je ne crains pas d’allumer mm seulement la guérison radicale de l’hémorragie, mais surtout le rétablissement d’une

212 AUTOINTOXICATIOX KT DESINTOXICATION

sauté avec gaiu d’une agilité que la malade n’avait plus depuis longteTips.

Une observation de chirurgie très démonstrative de la valeur de la cure de privation est la suivante :

Oiiskbvatiox XX. — II y a trois mois, un de mes malades, M. P., d’Engliicn, était opéré dans une maison de santé d’un papillomc ;ï la vessie. L’opération faite par un de nos plus habiles chirurgiens des voies urinaircs avait été on ne peut plus brillante. Le malade s’était vite remis du choc de la chloroformisation et de l’opération. La température ne s’était pas élevée au-dessus de 38° 1/2, et l’état général était relativement bon, surtout pour un malade impressionnable comme le mien. Une alimentation substantielle, quoique non excessive, avait été accordée dans le but d’obvier au plus tôt à la faiblesse résultant des trois mois de maladie qui avaient précédé l’opération.

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Je suis allé le voir trois fois pendant son séjour à la maison de santé. Malgré la satisfaction générale, je n’ai pas manque de déclarer que je n’étais pas content, parce que le malade ne maigrissait pas et conservait toujours une température de 37°,6 à 38″,i à l’aisselle, et un peu de pus dans les urines.

Après être resté trois semaines dans ces conditions à la maison de santé, notre opéré rentra elle?, lui considéré comme guéri par le chirurgien, qui était persuadé que le séjour ù la campagne (il habite le banlieue) accélérerait rapidement les progros de la convalescence.

Une dizaine de jours après, on me mandait an plus vite. Je trouvais tout l’entourage affolé. Le malade avait une température de 40°,l>, était très angoissé, faisait dos efforts de vomissements, le ventre était ballonné. Dans l’urine très Irouble on voyait une grande quantité de pus

LE RENOUVELLEMENT DES TISSUS 213

et d’urates, confirmée par l’analyse. J’6tai= embarrassé pour décider s’il ne s’agissait pas d’une infection attri-buable à une complication opératoire, ou bien d’une infection simplement de cause alimentaire.

En attendant l’arrivée du chirurgien, j’ai commencé paragir contre celle-ci. Dans ce but, j’ai fait administrer aussitôt uue limonade purgative à Cj grammes et j’ai prescrit la privation absolue de tout aliment, malgré les protestations de faiblesse du malade et de son entourage. Le lendemain, la fièvre était encore à 39°. l.e chirurgien étant arrivé a approuvé ma manière de voir, n’ayant rien constaté qui chirurgicalement pût expliquer celte grande élévation de température. 3’o.i fait donner le jour même et le lendemain une autre purgation (une bouteille d’eau de Janos). Pendant ces trois jours, le malade n’a bu que de l’eau dlivian et de la tisane de queues de cerises. Le résultat fut que, quarante-huit heures après la première purgation, la température était descendue au-dessous de 37°, degré qu’elle n’avait jamais atteint précédemment; la quantité de pus dans les urines a commencé à baisser régulièrement. L’amaigrissement a été très accentué les premiers jours. Par suite, la convalescence a évolué progressivement sans la moindre élévation pathologique jusqu’à

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la guérison. Il est vrai que j’ai l’ait renouveler les périodes de cure quatre fois à intervalles de plus en plus espacés, et j’ai très lentement permis la reprise sobre des aliments.

Ces observations sont, je le pense, un encouragement à l’application de la cure comme traitement préparatoire et complémentaire des opérations chirurgicales. La diminution de la pression artérielle, l’aisance plus grande de la respiration, l’hématose plus complète, l’activité phagocytaire plus intense.

214 AUTOINTOXICATION XT DÉSINTOXICATION

el les modilications très heureuses de la flore bactérienne intestinale sont des conditions si favorables que cette cure devrait être tentée, d’abord préventivement avant l’opération, et répétée plus ou moins tôt après l’opération. Il y a lieu de supposer que les complications infectieuses, les élévations de température et les délires souvent inexpliqués ou mal interprétés seraient de plus en plus rares, et on aurait l’avantage de voir les convalescences évoluer plus rapides, sans danger de rechutes.

Ce que je dis de la chirurgie doit être pareillement vrai pour la gynécologie et pour les accouchements. J’ai précisément un cas qui parait assez probant en la circonstance.

Observation XXI. — MmoD., à téguments toujours très pâles comme de la cire, avec urines de densité souvent 1res faible, mais sans albumine, more de trois enfants vivants, eut deux accouchements assez faciles, mais elle fut prise, toujours immédiatement et aussi quelques semaines après, d’hémorragies si foudroyantes et si abondantes que chaque fois sa vie fut en grand danger.

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Il y a deux ans, j’ai eu l’occasion de la soigner précisément pour une de ces complications si émotionnantes. qui l’avait surprise trois semaines après l’accouchemeul. Cette année, étant plus inquiète que jamais d’une nouvelle grossesse, elle m’a demandé de l’assister dans son accouchement. 11 a été assez pénible el long à cause de deux circulaires du cordon autour du cou, ayant nécessité l’application du forceps, qui permit l’extraction d’un enTant vivant en commencement d’asphyxie. L’hémorragie post-parlum fui assez abondante et je n’étais pas sans

I.E RENOUVELLEMENT DES TISSU* il 5

inquiétude parce que la malade, malgré mes conseils, n’avait pas modilié son alimentation daus les derniers temps de sa grossesse.

Dans ces conditions, après avoir pratiqué les soins habituels et administré à l’accouchée cinquante centigrammes de chlorhydrate du quinine, pour soutenir les contractions utérines, lidèlc aux convictions que j’ai formulées précédemment, confiant dans mes constatations hématologiques que la privation absolue d’aliments et les purgations déterminent l’élévation du taux de l’hémoglobine et du nombre des globules rouges et blancs, en même temps que se raffermit l’énergie vitale, je n’ai pas craint de faire purger, quelques heures après, l’accouchée, purgation qui lut répétée le lendemain. Pendant deux jours la malade n’a pris que des infusions banales, sans la plus petite parcelle d’aliments. Je l’ai tenue pendant plusieurs jours à une alimentation très réduite en lui administrant encore deux autres-purgations. Eh bien! cette femme nourrit très aisément son bébé, qui pousse à merveille. Dix jours après l’accouchement, les lochies n’étaient plus sanguinolentes, et le quinzième jour, elle quittait le lit complètement rétablie, plus vaillante qu’elle ne se sentit jam ais.

238

Je ne doute pas qu’un volumineux faisceau de faits incontestables ne tardera pas à venir confirmer mes prévisions bien justifiées, et encourager la hardiesse et l’habileté de nos chirurgiens et de nos accoucheurs.

Vous aurez une démonstration mathématique de cette action heureuse de la purgation et du jeûne sur les états anémiques, dans les deux observations suivantes :

O|0 ANTOIXTOXICATIOX ET DÉSINTOXICATION

Ousehvatiux XXII. — M1″ » 1′., anémique depuis sonjeune âge, est, depuis un an, mère d’une petite liIle qu’elle n’a pu nourrir elle-même, son lait étant insuffisant quantitativement etqualitativement. Ces temps derniers, uue sensation prononcée de faiblesse, des menaces de syncope, des éblouissements, étaient venus aggraver son état.

Ayant examiné son sang, j’ai trouvé 2.1)00.000 globules rouges, avec 100 d’hémoglobine a l’échelle Tallquist, 4.0O0 globules blancs avec une proportion de 6’Jp. 100 de polynucléaires, -25 p. 100 de mononucléaires, le reste douteux.

Après trois jours de cure, un nouvel exaineu donnait: taux de l’hémoglobine 100, globules rouges -‘«.OuO.OOO ; globules blauc 0.000, avec polynucléaires ci p. 100, mononucléaires 28 p. 100. Trois semaines après le début du trailemeni, ù la suite d’une seconde cure, on constatait: hémoglobine 100, globules rouges 3.500.000, globules blancs 5.500, avec polynucléaires t-0 p. 100, mononucléaires 31 p. 100, divers y p. 100. Les vertiges avaient disparu et l’état général s’était considérablement amélioré.

OiiSEitVATioN XXIII. — M »1″ X. est atteinte, depuis près d’un an, de profonde neurasthénie avec idées obsédantes, découragement et pleurs a tout moment ijuoi-qu’avec conscience de son erreur. Elle a suivi avec plus ou moins de bénéfice différents traitements. Mais

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s’étant refusée a l’isolement, la persistance et davantage l’aggravation même des conditions morales pathogéuiques rendaient la guérison presque impossible. J’ai voulu voir si la curedeilésiuioxication pourrait aider au rétablissement de cette pauvre malade. Après deux périodes de cure, le résultat commençait a être encourageant, elle avait pu passer deux jours sans larmes, reprendre uu peu de distraction au travail. Je lui avais même fait exécuter pendant quelques jours l’exercice de l’écriture, conseillée ici par notre cher collègue M. Bcrillon.

I
LK 1IB.MIUVKM.KMENT DES TISSUS 217

Malheureusement, des peines réelles .- pétées sont venues enrayer la marche favorable du traitement.

240

J’ai fait procéder par il. le Dr Harlerin à l’examen du sauy de notre malade avant la cure et, après la deuxième période de cure. Voici les deux résultats successifs.

KI.KMKXTS HKMAT01.0lii m.KS

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22 OCTOIIHK

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31 OCTOHKE

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Globule» rouges …. Hémoglobine
Globules blancs …. Polynucléaires Eosinophiles

Matzelleu
Lymphocytes
Grands mononucléaires.

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4.700.000 0.70 5.820 77 p. 100

0.9 — 18 — t —

page241image5874288page241image16341328page241image3722224page241image16340080page241image16340288 page241image7185296 page241image3781920

5.600.000 0.75 7.100 58 p. 100 4 — 1.2 — 23 — 12 —

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Une branche de la médecine qui pourra utiliser avei: beaucoup de profil la cure de désintoxication i!sl sans aucun doute la dermatologie, particulièrement dans les formes congestives, surtout dans celles qui ne sont que les manifestations cutanées, d »infections intestinales.

241

Les observations IX, XVII, XVIII et XIX justifient déjà amplement cette application thérapeutique. J »ai encore à vous présenter un cas bien encourageant que je soigne en ce moment.

Observation XXIV. — M »e B., âgée de 26 ans, est affligée depuis plusieurs année d’acné très abondant particulièrement à la face avec des fullictilîtes livides, atteignant

ACTOINIUXtCMUM. 13

218 AUTOINTOXICATION F.T DKSINTOXir.ATlOX

quelquefois les dimensions d’un gros pois. Celte demoiselle étant placée dans une boulangerie, son patron s’esl décidé iï la renvoyer à cause de l’impression trop défavorable que sa malheureuse infirmité produisait sur sa clientèle. Elle élail navrée de cette si pénible situation, qui ne s’était guère modifiée malgré différents traitements.

C’est dans ces conditions que j’ai pensé de seumettre cette malade à la cure de désintoxication. Le résultat encourageant ne s’est pas fait attendre longtemps. Dés la lin de la première période, les téguments ont pâli et l’évolution des folliculites a cessé d’augmenter, le plus grand nombre s’était affaissé, et beaucoup avaient disparu. Quinze jours après, il n’y avait plus que quelques rares folliculites et modérément enflammées. Tout justifie l’espoir que bientôt le cauchemar de cette pauvre enfant sera terminé, surtout si on tient compte de la grande amélioration de l’état général.

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Les constatations histo-cliniques précédentes me font supposer que la cure de désintoxication rapide et profonde doit donner de bons résultats dans certaines maladies mentales, surtout à leur début. Je ne serais pas étonné qu’elle puisse être un ailjuvaiit précieux dans le traitement de l’alcoolisme, de la morphiiiomanie et des autres intoxications du même genre.

J’ai tout lieu de croire que j’aurai bientôt confirmation de ces prévisions. En attendant, je peux déjà vous résumer une observation très encourageante.

VATio.x XXV. — M»10 Th., de Noisy-le-Sec. que je connais depuis une vingtaine d’années, esl habituellement une personne très calme, très réfléchie et oassionnéeau ira-

I.K RKNOIJVKI.I.KMKNT DES TISSUS 21′.!

vail. Mère de deux curants, elle amaricsa fille il y a qiiel-ques mois. Le chagrin île la séparation a influé profondément sur son état mental; elle est tombée dans une tristesse inconsolable, elle pleure sans cesse et se laisse aller au désespoir, persuadée qu’elle ne survivra pas longtemps à ce chagrin.

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Klle est dans cet état depuis plus d’un mois. C’est dans ces conditions qu’elle m’est amenée par son mari. L’examen le plus soigné ne m’indique aucune cause spéciale ‘le celte pénible modification morale. Je ne constate d’anormal que la langue épaisse et sale avec lialeine un peu fétide, et un fonctionnement défectueux des fonctions digestives. Pour vaincre sa prétendue faiblesse, et pour combattre l’anémie cérébrale dont elle se croyait atteinte, elle se for-rail à manger et manger plus que d’habitude. Aussi après les repas, elle avait la face congestionnée et de la difficulté à s’appliquer à ses occupations.

Malgré certains précédents écologiques, qui pouvaient jnstilier quelques inquiétudes, je n’ai pas craint de soumettre cette malade à la cure de désinfection, persuadé que si je ne parvenais pas ù la guérison complète, j’obtiendrais à coup sûr au moins l’amélioration des fonctions iligestives. lia effet, après une première période de trois jours, le grand chagrin de la malade était presque disparu et les larmes avaient cessé. Après une deuxième période, la malade a recouvré sa bonne santé. Je l’ai engagée à manger très sobrement et a répéter la cure de temps en temps.

Je ne voudrais pas prolonger plus longtemps cet exposé des états qui peuvent se prêtera l’application heureuse de la cure de désintoxication organique. Cependant, je ne peux passer sous silence certaines circonstances où ces applications peuvent

220 ACTOINTOXICATION ET DKMXTOXICATIOX

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facilement, économiquement, retarder ou menu: empêcher de tragiques événements. Je fais allusion à ces émouvants désastres déterminés pur la famine, surtout dans les armées en campagnes ou assiégées; naturellement dans les cas où la privation de denrées alimentaires n’excède pus une ou deux semaines.

Yuus le savez, et toute l’histoire est remplie de ces catastrophes dans lesquelles des troupes furent décimées, par inanition, au bout de quelques jours seulement de privations de vivres. Eh bien! aujourd’hui, nous pouvons affirmer résolument que, dans ces cas, la maladie et la mort ne doivent plus survenir aussi rapidement, ne pouvant, elles, être la conséquence du manque immédiat d’éléments réparateurs, mais étant en réalité le résultat de l’excès d’intoxication amené par les infections intestinales non éliminées. Par conséquent, le simple curage en temps utile du tube digestif peut largement suffire pendant une ou deux semaines à la continuation de la vie saine. Uue simple provision au soldat de 30 à -40 grammes de sulfate de soude diluée dans un litre d’eau prise chaque jour, sera suffisamment efficace pour empêcher ou retarder au moins pendant près de deux semaines la douloureuse fatalilé. Le moyen est si simple que vous le jugerez peut-être paradoxal. Contrûlez-le bien et vous conviendrez sans peine, avec moi, que les désastres par iuanition doivent à l’avenir être relégués dans le domaine des

I.E BENOIÎVEI.I.KMKNT DES TISSUS 221

245

légendes, à moins que, changeant complètement la signification du mot, on interprète par inanition le fait tout court de l’intoxication. Mais alors, dans ce cas spécial, la différence de signification aura une importance capitale, la lutte pouvant être soutenue avec toute facilité pendo’it une ou deux semaines contre l’intoxication comme on l’entend encore aujourd’hui.

Il y a une dizaine d’années, un jour, entre la poire et le fromage, causant avec un officier supérieur, ma foi très intelligent, qui m’honorait de sa confiance et de son amitié, je lui exposai mes idées sur le jeûne scientifiquement pratiqué ; et, pour son cas spécial, j’en déduisais les réflexions précédentes en y ajoutant qu’il serait même possible de créer des compagnies, des escadrons entraînés à cette sorte de gymnastique digestive, qui pourraient en certaines conditions rendre les plus grands services. J’espérais l’intéresser à l’originalité de mon idée, et peut-être même l’engager à en tenter l’application. Quelle désillusion! Mon interlocuteur laissa tomber la conversation. Depuis ce jour-là, j’ai senti que j’avais baissé dans son estime. Très probablement, le doute que je fusse bien sain d’esprit avait germé dans sa pensée.

Peut-être, en lisant ces pages, il corrigera son jugement trop légèrement formulé, et regrettera-t-il de n’avoir pas le premier réalisé un progrès au profit de Tonnée à laquelle il est si fier d’appartenir.

222 AUTOINTOXICATIOX ET DÉSINTOXICATION

246

Ce n’est pas la seule désillusion, la seule ainer-lume que j’ai éprouvée sur le chemin de ces recherches qui heurtent si profondément les idéesadiniscs. Mes amis même ne cessèrent de me dissuader de poursuivre ces études désagréables, et, d’après eux, pour le moins inutiles. Leur bienveillante sollicitude épiait les moindres manifestations désavantageuses pour me répéter que ce que je faisais était de la vraie folie, qui finirait par nuire à ma sauté et me faire tort dans ma clientèle. En effet, quelques malades, étonnés que je me préoccupais si pan de leur faiblesse, que je ne les gavais pas de méiiica-menls et d’aliments fortifiants, ont eu recours à d’autres médecins, qui surent plus simplement se mettre au diapason de leur mentalité. Vous dire que je n’en éprouvais pas de la peine ce serait contraire à la vérité. Mais, comment faire différemment, quand une idée que vous sentez de plus eu plus juste vous domine »? J’ai doue persévéré quand même, et ce sont mes premiers résultats que j’ai tenu à vous communiquer.

J’ai eu quelques cas où le traitement, sans être nuisible, cependant n’a pas donné les résultats que j’étais en droit d’attendre. Mais il n’est pas difficile de dégager la raison de ces non-succès, uniquement dus à ce que les malades manquant de volonté sont incapables de réaliser par la cure le degré nécessaire d’amaigrissement.

HKSOUVKI.I.KMKXT DKS TISSU.’ 223

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En voici deux cas :

Oiiskrvatiox XXVI. — M. I!.. ancien diabétique, gran.l viveur, ayant déjà eu des menaces de gangrène au pied. Il lit la cure pendant trois jours. Dans cet intervalle, il subit une très forte émotion. Vous savez combien cette cause influe sur la production de la glucose l.’exameu des urines, que je n’ai pu vérifier, aurait prouve que le sucre n’avait pas diminué. Le malade n’a pas voulu répéter la cure, et je n’ai pu contrôler ses affirmations.

UiijKKVATiox XXVII. — Mm » M., forte emphysémateuse tousse péniblement, quelquefois en coqueluche, depuis plusieurs années pendant toute la saison froide, Elle a des râles sibilants et humides dans toule la poitrine et souvent des sueurs froides.

N’ayant pas été soulagée au bout des trois jours de cure, elle n’a pas voulu la répéter.

OnsKiivATio.N XXVIII. — Comme pendant à l’observation précédente, je peux vous citer la suivante, qui prouve dans i|uelqucs cas la nécessité d’une répétition persistante de la cure si on veut aboutir au résultat désiré. Voici :

M » »‘ I’., emphysémateuse plutôt obèse, avant beaucoup de peine à monter les escaliers, est atleinie comme la pré-ci’diMile, en hiver, de toux interminable avec suffocations provoquées par congestions broncho-pulmonaires. Je lui conseille la cure en affirmant la certitude du résultat.

Quelques jours après revoyant la malade, j’attendais la conlirmalion de mes prévisions. Pas du tout. Ka malade déclare, au contraire, qu’elle n’a pas tiré le moindreavan-tage do ma cur ». J’en suis étonné et contrarié. Mais je ne nie décourage pas. J’insiste pour qu’elle veuille bien recommencer. Kennm: très intelligente, et très confiante, elle nie promet ùe s’y soumettre une deuxième cl même une

224 ACT0IST0XICAT1OS ET DÉSINTOXICATION

248

troisième fois, s’il est nécessaire. Nous n’avons pas eu i regretter notre décision. Lue dizaine de jours plus tard, ma malade m’annonçait, toute triomphante, qu’elle ne loussaii plus et qu’elle était étonnée de se sentir si légère et de pouvoir mon ter si aisément les escaliers, tandis qu’elle éprouvait précédemment une grande fatigue.

J’aurais encore un certain nombre d’observations à vous présenter, mais j’ai déjà abusé de votre bienveillance. Je n’insisterai doue pas. J’ajouterai seulement que plusieurs de mes amis ont aussi essayé la cure à titre d’étude et comme moyen hygiénique. Tous sans exception ont dû reconnaître qu’à part quelques malaises assez légers pendant le traitement, par la suite, leurs facultés intellectuelles, les mouvements, et le bien-être général se trouvaient toujours avantagés, surtout après une deuxième période de cure.

Jusqu’à présent je n’ai rencontré qu’un seul cas où l’application de la cure ait paru désavantageuse. J’en ferai l’objet d’une communication spéciale. Vous verrez que cet insuccès, mieux que les observations, favorables, est la démonstration évidente de la justesse de l’idée qui est à la base de la méthode et de la nécessité de la direction du médecin dans l’application de la cure.

Je suis loin de prétendre, dès à présent, à des conclusions fermes; les études n’ont pu i>tre suffisamment répétées et assez généralisées ; mais en tout cas, des expériences faites jusqu’aujourd’hui.

249

nKNOUVKLI.RMRNT DR> TISSUS 2 i.<

on peut déjà lircr, d’une manière certaine, quelques déductions capitales, qui pourront engager à continuer et à généraliser ces études.

1° II n’y a absolument aucun danger et aucun gros inconvénient à pratiquer l’abstinence alimentaire totale pendant trois, quatre jours et même plus; et on peut la répéter impunément plusieurs lois, mais à la condition que tous les jours ou à peu près soit administrée une abondante purgation pour assurer la désinfection intestinale.

i » Malgré les légers malaises qu’on peut éprouver pendant la période de jeûne, et qui ne persistent jamais après, on en retire toujours par la suite un bénéfice certain et durable, au point de vue de la souplesse des mouvements, de la plus grande clarté des idées, de l’atténuation de tous les états conges-tifs et de la sensation réelle de bien-èlre général.

En un mot, après la cure on est toujours bien mieux qu’avant sous tons les rapports.

250

3° La cure de rénovation est un procédé de toute sûreté lorsqu’elle est guidée par les analyses du sang et des urines. Elle assure le maximum d’effet aux indications thérapeutiques concomitantes.

Je tiens à bien préciser l’importance particulière de ee troisième paragraphe pour éviter le plus grand danger que courrait ma méthode, qui serait précisément celui d’être employée à tort et à travers par des esprits non scientifiques. En effet, il est bien possible qu’en certaines conditions le simple jeûne

226 AUTOINTOXICATION ET IIKSINTOXICATlllN

suffise à modifier beaucoup d’étuis morbides, comme en d’autres circonstances, y peut suffire le simple repos au lit. Mais pour éviter toute ruineuse application el pour se mettre dans les conditions sûres et vraiment utiles à la santé, soit physiologique-mont, soit pathologiqueinent, il est absolument indispensable que le médecin, basé sur les analyses el fort des comiuissanues scientifiques que lui seul peut posséder, puisse guider lu cure et la compléter parles indications thérapeutiques du moment. Ainsi pratiquée, In méthode, posant sur des bases vraiment, scientifiques, nous donnera, des résultais qui étonneront les plus sceptiques.

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11 vu sans dire que le succès de la cure ne sera pas toujours immédiat et définitif. Ce serait de la naïveté que de le penser, .le n’ai pas davantage la prétention de pouvoir obtenir la réparation des lésions organiques constituées. Mais si on sait être énergique au début et si on insiste ensuite par intervalles de plus en plus espacés sur celte gymnastique des fonctions nutritives, on a la satisfaction d’assister au relèvement régulièrement progressif el rapide de l’étal général, et plus lard à la disparition complète el durable des manifestations morbides fonctionnelles.

Pour finir, permettez-moi de me servir d’une comparaison afin de mieux expliquer la conception qui m\i guidé dans celle méthode qui nie parait nu moins rationnelle. Dans une grande industrie, lorsque

HEXOUVELI.KMEXT DES TISSUS 227

l’approvisioiinenieiil du marché et la surproduction occasionnent In mévente et l’encombrement des marchandises, une direction intelligente suspend temporairement les achats de matière première el les règle ensuite proportionnellement aux produits fabriqués et écoulés. Si on ne procédait pas ainsi, la maison courrait inévitablement a sa ruine. Il me parait qu’il n’eu est pas autrement dans les industries de l’organisme animal. Lorsque, par l’effet d’une alimentation excessive par quantité el par qualité ou par l’effet du ralentissement et de la perversion de la combustion cellulaire, ou plus souvent

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par ce double mécanisme à la fois, il y a encombrement dans les tissus et mévente, c’est-à-dire, sortie de l’organisme de produits mal comburés, la maison humaine court à sa perle plus ou moins rapidement, si on ne se décide pas en temps à suspendre d’abord, à régler ensuite les acquisitions gastro-intestinales. C’est ce que je propose et c’est ce qui donne de si bons résultats avec la cure de rapide amaigrissement.

On m’objectera probablement que nia conception est par trop simpliste. Je n’ai pas de peine à l’admettre. Mais je pense que vous voudrez bien reconnaître à votre tour qu’elle a à son avantage le grand bénéfice des résultais ; ce qui est encore de la bonne médecine, et peut-être même de la science la plus vraie.

Plus j’étudie, plus j’envisage l’influence que peut

228 AUTOINTOXICATIOX ET DÉSINTOXICATION »

exercer cette cure de désintoxication sur l’évolution des maladies, plus je trouve agrandi le champ de son application, et plu» j’entrevois, multipliée, notre puissance pour la conservation de la santé.

Mes chers collègues, le problème que je viens de vous exposer est très vaste, séduisant et plein de promesses. Étudions-le bien, sans idées préconçues. Pour moi, j’ai bon espoir qu’en peu de temps, pour l’honneur de notre science, et pour le plus grand bien de l’humanité, nous aurons constitué un des plus beaux chapitres de l’hygiène, apporté l’aide la plus puissante à la thérapeutique et très probablement augmenté la saine longévité.

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DISCUSSION

M. André Lomuahu. — La question du poids des malades, dans les affections aiguës et chroniques, a toujours été à l’ordre du jour; et comme le dit M. Guelpa, on a, avec juste raison, essayé d’en tirer des conclusions pronostiques.

La communication de notre collègue a le grand mérite de mettre en relief plusieurs points de pathologie générale. C’est notamment la sensation., si souvent accusée par les malades, de faiblesse, sensation éminemment fausse, et qui disparaît après une purgation. C’est aussi l’amaigrissement dans les maladies fébriles, mais surtout apparent dans la convalescence ; amaigrissement dû d’abord à la

BEXOI’VFXLEIIE.NT DES TISSCS 2Î9

désintégration moléculaire, puis au lavagedes tissus, et qui se fait grâce aux transpirations, aux urines, aux fèces.

Je ne sais pas si, plu3 à notre époque qu’à une autre, existe le surmenage alimentaire, mais le surmenage physique et cérébral est assurément plus souvent observé ; et, chaque fois qu’il y a surmenage, il v a usure, production de déchets, lesquels sont insuffisamment éliminés, soit parce qu’ils sont momentanément en excès, soit parce que leur production est exagérée et continue, soit parce que les organes d’élimination sont insuffisants. Or, l’élimination insuffisante de ces matériaux

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mal coruburcs crée l’étatde maladie; ce n’est poinl le lieu de rechercher s’il faut incriminer une diathèse, un ralentissement de la nutrition, ou d’esquisser une théorie d’aspect séduisant pour voiler notre ignorance des causes ; le fait seul à considérer est que l’organisme soutirant sera ramené à uu état proche de la santé si l’on peut assurer l’élimination des déchets. C’est pourquoi les enfants, comme les adultes, de robuste constitution, d’aspect plutôt maigre, supportent assez bien les maladies ; mais comme le dit M. Guelpa, les gros enfants, ceux que le public trouve beaux, qui outdes récompenses dans les concours de bébés, ont une rési.stance bien diminuée et sout souvent décimés par les infections. N’est-ce point parce que leurs cellules soiilencombréesdedéchelson bourrées de graisse?

2ÎQ U »TOI.VT<lXICATIOS ET DÊ*DCTOXIC \TtVS

Dans un rertain nombre de maladies, qu’il importe de préciser, et qui sont les maladies arthritiques et, eu général les affections aijjuês. sauf celles d’origine tuberculeuse ou de l’axe cérébro-spinal, l’aiiuiigrU-semeut indique bien une rénovation cellulaire, car lacellule est dans un perf>éluel mouvement ; elle eil le siège de modifications chimiques permanente::, dont la cessation caractériserait la niorL, el la aiuri serait ainsi l’aboutissant de la vieillesse des cellui^ dans lesquelles les échanges nutritif? seraieul entraves.

Comme l’observe justement noire collègue, bbc purgation insuffisante met eu mouvement « les humeurs peccanles », tandis qu’une purgation snflB-sanlc non seulement entraîne par la niasse de liquide les matériaux à éliminer, niais joue aussi le rôle d’un si-ru m ininéralisaleur ; c’est, eu quelque sorte, bbc injection saline. C’est uu effet analogue, qouique moins intense el plus complexe, que produit l’absorption de bouillon froid. Nous savons que la prise de bouillon froid avant les repas excite l’appétit, de même que la prise, eu très petite quantité, d’une eau saline : Vichy ou Chàlel-Guyon, par exemple. Sans doute, il faut noter, que dans le bouillon, les plomaîucs agissent aussi par leur sapidité- Dans la période dige»l:vc, comme dans l’éUl de

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jeûne, chez les malades, ou observe uuc notable leucocylose ; or, le rôle des leucocytes u »es>l pas seulement de se charger des produits élaborés de U digestion, mais

IIEXOUVKLLKMKNT DBs TISSUS 2M
aussi d’absorber les poisons de l’orgauisme, d’origine endogène ou exogène. Cela explique peul-iHre la jensation de bien-être qui

succède à la prise des aliments ou au jeûne, selon que l’un ou l’autre convient il l’organisme.

Cette leucoeylose, mode de défense de l’organisme, doit se produire fort bien quand se réalise le traitement du Dr Guelpa. Les observations qu’il donne semble le prouver.

Du reste, ne recherchons-nous pas et n’obteiions-nouspas, dans les eus heureux, la leucocytose quand nous instituons la diète dans le traitement de l’ulcère Je l’estomac et de l’appendicite, le lavage des, tissus dans la lièvre typhoïde et dans toutes les pyrexies, et aussi dans les diverses manifestations de l’arlbri-tisnie ? dans les maladies dues àl’iu.sunisancc hépatique ou rénale?

Due méthode thérapeutique aussi exempte de médicaments est bien une cure iialurixle et se rapproche des cures de Kucipp, de Karrell, de Sehroth, et des régimes iL réduction des liquides, récemment préconisés par M. Huchurd ; tontes ces cures naturistes sont des cures d’élimination. Il y a une grande destruction d’albumine et élimination d’azote par lavage des tissus ; les bases puriques, l’acide urique, les chlorures, sont éliminés et les cellules se rerons-tilueiil avec de nouveaux matériaux.

232 AUTOINTOXICATION ET DÉSINTOXICATION

256

Cette question nous ramène au début de l’histoire de la médecine : la nature, le principe vital, c’est, selon Hippocrate, la « vis natunc medicatrix » qui favorise les éliminations en provoquant une élabora- lion des humeurs viciées. Mais il faut, chez les malades que nous observons, la collaboration de la nature et du médecin. Le sens critique est nécessaire ; et nous voyons que notre collègue, ayant observé d’abord, a réalisé les conditions de son observation, fait des expériences ; selon M. Bernard, l’idée a provoqué l’expérience. C’est pourquoi cette méthode thérapeutique ne semble pas revêtir un caractère général et ou ne peut établir entre elle et toutes sortes de maladies une relation directe ; il faut faire un choix judicieux des maladies pour établir un rapport de cause à effet. Cette méthode vaut mieux qu’un remède nouveau qu’il faut, en raison de l’engouement des malades, et même des médecins, employer Unit qu’il guérit.

Mais la médecine ne se Hutte point de connaître absolument les causes des maladies; un tel traitement a dû procéder d’abord de l’empirisme, puis s’appuyer avec des nouvelles observations, sur la science positive et l’observation exacte des phénomènes ; c’est à celle condition qu’il pourra définitivement prendre place dans l’arsenal médical.

En résumé, l’observation nous montre que, d’une façongénùrale, nous mangeons trop, nous travaillons trop physiquement et cérchrnlemciil; en outre, nous

257

RRN0OVELI.ES1KST DES TISSUS 233

ne nous reposons pas assez; de là, une accumulation des déchets et la nécessité de les éliminer complé-tementetfréquemment. Cette observation n’est point d’aujourd’hui ; de tous temps, on a, au début des maladies, provoqué lesévacuations et mis les malades à la diète hydrique; souvent quelques médicaments ne sont prescrits que pour déguiser notre inertie. Aussi, la communication de notre collègue, sans vouloir y chercher une réponse à ceux qui voient dans la purgation un danger social, marque un retour logique aux traditions de la médecine. Et si l’on veut bienadmetlre que les faits restent toujours les mêmes, que seules les explications différent et les théories se modifient, l’on ne saurait trop se souvenir de ce qu’ont fait nos devanciers, et je ne saurais mieux faire que citer le Père de la médecine : « De nombreuses et excellentes découvertes ont été accomplies dans le long cours des siècles et le reste se découvrira, si des hommes capables, instruits des découvertes anciennes, les prennent pour point de départ de leurs recherches. »

M. Louis Régis. — Messieurs, un des inconvénients les plus graves d’une longue communication, c’est que la lecture lasse le plus souvent l’attention des auditeurs. Je fais cette observation ù l’occasion de 1.: communication de M. Guelpa sur le renouvellement, des fonctions et le rajeunissement des tissus, car je crains que la plupart d’entre vous n’en aient pas

258

23i AUTUISTOXICATION KT DKSIXTOXICATIMX

retenu quelques poinls, à mon avis, extrêmement importants.
Loin de s’en tenir aux faits particuliers, notre collègue s’élève jusqu’aux idées et aux théories gêné,

raies. Il nous ramène directement à la grande lutte précédente entre humoristes cl oryunicistes.

Parmi les faits cités par M. Guelpa, il y eu a plusieurs sur lesquels je désire revenir, car j’ai été un de ses expérimentateurs bénévoles, j’ai essayé sa méthode sur moi-même d’abord, sur quelques-uns de mes malades ensuite.

Lorsque l’on jeûne, on ressent d’abord un mal de tète qui va s’aggravant. Puis, on est en proie à des hallucinations qui augmentent de plus en plus, et enfin on tombe dans la période des troubles morbides graves avec état fébrile.

Jusqu’à présent on attribuait ees différentes manifestations à l’inanition.

L’une des originalités de la communication, de M. Guelpa est précisément d’avoir déiuontréque notre interprétation actuelle de l’inanition était en partie inexacte, et que si durant la privation des aliments, des phénomènes morbides se produisaient sipromp-lement, ce n’était pas parce qu’il y avait une

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rapide autophagie, mais bien plutôt, parce que, dès la cessation de toute alimentation, bien avant qu’intervint l’inanition, se produisaienUlcs auto-infections cl des intoxications. Ces dernières étant d’ordre intestinal, pour réagir contre elles, davantage, même pour les

prévenir, une seule chose suflisait : la purgation, à la condition qu’elle fût copieuse.

En effet, comme l’a dit M. Guelpa, si l’on prend une purgationlégére, qui ngitd’une façon incomplète, nu ressent immédiatement des malaises, maux de léte, nausées, parfois vertiges, etc., au contraire si on en prend une abondante, on n’éprouve plus aucun malaise, el tous lcssyinploinesaltribuablesâlafaici disparaissent eu même temps. On peut facilement maintenir cet état pendant deux ou trois jours ; et ce qu’il y a de remarquable, c’est que Pou jouit d’un véritable bien- être.

J’ai jeùué trois jours; j’avoue que, le premier, j’ai cru éprouver la sensation de la faim, mais c’était une sensation d’habitude, se manifestant surtout lorsque je voyais les miens se mettre à table.

J’ai surmonté ces premiers ennuis ; le lendemain, je me suis purgé el pendant deux jours je n’ai pas été un seul instant sollicité par ce préleudu besoin organique. Je conclus donc volontiers, avec U. Guelpa, Hue la faim u’est pas le cri de l’organisme qui a besoin •ie réparer ses perles, qui a besoin d’aliments, c’est d’abord le cri de l’organisme qui a besoin de se désintoxiquer.

260

Le second point important «le la communication du Dr Guelpa consiste dans les déductions thérapeutiques qui nous ont été exposées. Le l)r Gufljia étant mou oncle, j’ai eu l’occasiou de voir ses malades et de les suivre, et, moi qui, tout d’abord, combattais

2.16 AUTM.NTOXICATIOX ET DÉSINTOXICATION

ses idées, qui lui disais : Je cruins que lu ne te laisses suggestionner et que tu tombes dansl’exagération, j’ai été obligé de me rendre à l’évidence des faits.

Dans le diabète, vous le savez parla communication qu’il a faite à la Société de thérapeutique récemment, les cas les plus graves, à condition de n’être pas sous la dépendance de lésions organiques, s’amendent et guérissent en quelques jours. Et ses guérisons se maintiennent si l’on surveille étroitement le régime alimentaire.

Dans ma clientèle, j’ai soigné un homme de 66 ans, très obèse, asthmatique et emphysémateux, pour un eczéma, très grave, occupant la moitié de la face et reposant sur un fond érysi-pélateux. Gomme traitement local, j’ai fait de simples applications de compresses bicarbonatées, mais en même temps, j’ai établi rigoureusement la cure de mon oncle, purgation et diète hydrique. Chez ce malade on

261

pouvait craindre, au cas où son affection cutanée guérirait rapidement, des désordres pulmonaires graves; or, non seulement l’eczéma disparut en quatre jours, mais encore, loin de ressentir le moindre trouble pulmonaire, le malade éprouva une plus grande liberté respiratoire. Je me souviens qu’au troisièmejourdelacure, comme je lui demandais : est-ce que vous n’êtes pas génô clans voire respiration, il me répondit dans le langage imagé des gens du peuple : Non, pas du tout, avant je rcs-

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263

contraire que c’est une excellente méthode de traitement, mais qu’obtenait-on dans la lièvre typhoïde, quand on mettait le malade à la diète absolue* La raaladiedurait excessivement longtemps, les malades devenaient étiques, c’étaient de vrais squelettes, ils avaient des escarres profondes, et la convalescence était très longue. Or, la mortalité était infiniment plus grande qu’aujourd’hui, puisqu’elle est descendue de 36 à G p. 100

Je ne dis pas que cela tient exclusivement à ce qu’on alimente les ruaiades. mais certainement ?.nssi au traitement hypothermique; la convalescence dure beaucoup moins longtemps.

Voilà ce que j’ai observé dans ma longue pratique médieale.

Quant au traitement de M. Guelpa, appliqué aux bien portants on à ceux qui ont des maladies chroniques, il y a là évidemment, à mon avis, un conseil essentiellement utile. Les purgations ne sout mal heureusement pas assez employées, et j’ai observé, notamment à Miers, où je vais chaque année, des résultats vraiment extraordinaires, non seulement au point de vue de la guérison des maladies septiques, mais aussi comme moyen préveutif.

Or, les eaux de Miers sont essentiellement purgatives, diurétiques, diaphorétiques, par conséquent èliminatrices par excellence.

Mais peut-on obtenirdes malades une diète absolue, prolongée ? J’estime que cela n’est guère facile, sur-

264

nKXOlJVKLI.KMKNT DES TISSUS 230

tout chez ceux qui ont de l’appétit, et quoique mon confrère Régis dise que la faim est une habitude, je crois qu’il est fort difficile de se soumettre à une diète absolue quand l’heure du repas arrive.

Le Ur Gruhy, qui avait une si grande habileté professionnelle, qui passait surtout pour un homme infaillible auprès des daines, acceptait ce principe, mais il ne le mettait pas en pratique d’une façon absolue. Il soumettait ses malades au régime exclusif de la tomate, il leur en faisait prendre pendant assez longtemps, en disant : vos tissus sont dégénérés, ils sont vieux, ils ont besoin d’être remplacés. Les personnes qui [‘écoutaient, espérant une fontaine de Jouvence, se soumettaient à la tomate, mais il ne leur demandait pas un régime aussi absolu que celui de .M. Guelpa.

Je crois que dans le même ordre d’idées, on est arrivé à une pratique qui est du même ordre, mais que les malades acceptent mieux, c’est le régian: lacto-végétarien, qui ades effets non pasaussi rapides, qui nécessite un emploi plus long, mais qui repose sur le même principe.

Avec ce régime, on élimine aussi les toxines et on obtient de bons résultats. Il n’est pas étonnant que le végétarisme prenne une extension chaque joui-plus grande ; je suis parfaitement d’accord avec M. Guelpa sur le principe, ce n’est que sur une question de pratique professionnelle que je me suis permis île faire cette observation.

HO AUTOINTUXICATIUN ET D&SIKTOXICAT10S

265

M. Rocbinovitcii. — Je demande à dire quelque» mots à propos de la communication de M. Guelfia au sujet de la diète et de son utilité. Je ne puis pas embrasser la question dans sou ensemble, mais seulement, d’après mon expérience personnelle, dans les affections nerveuses et mentales. Nous connaissons un certain nombre de malades qui, volontairement, s’imposent uce diète prolongée ; il y a, notamment, dans l’ordre des nlTections nerveuses, des hystériques qui ne veulent pas manger et qui restent quelquefois des journées et des semaines sans vouloir toucher aux aliments sous l’empire d’une véritable sitiophobie.

11 y a des malades, comme les mélancoliques, qui s’imposent cette diète pendaul uu temps plus ou inoins long sous l’influence de leurs idées délirantes.

Je puis dire aux orateurs qui m’ont précédé, à MM. Régis, Godlewski et Lombard que les résultats de cette diète volontaire sont généralement détestables à tous les points de vue. Les aliénistes et les neurologistes qui s’occupent de ces jeûneurs éprouvent le besoin impérieux d’intervenir le plus rapidement possible pour les alimenter, afin de ne pas assister à des accidents de déperdition des tissus qui peuvent avoir les conséquences les plus redoutables. Aussi, en pratique psychiatrique et neurologique, il est de règle, quand un malade estresté vingt-quatre heures sans manger, d’intervenir au moyen de l’ali-

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ItKSOfVELLKJIKXT DKS TISSUS li\
jentation forcée el artificielle, pouréviler les inconvénients île cette abstention alimentaire.

Je tenais à faire cette simple observation qui moi>-Ire que, au inoins dans la série des affections nerveuses et mentales, la diète n’offre pas lesavaulages que l’on nous vante.

M. Louis RÉr,t<. — Je ne d’ïconviens pas que lorsque l’on prolonge trop longtemps un jeûne sans purgation, l’état mental d’un malade s’aggrave, qu’il s’agisse ou non d’un neurasthénique. En tous cas, j’aflirme sans crainte de me tromper, qu’il est faux de croire que les troubles que ces malades accusent rapidement sont dus au besoin d’alimentation, au moins durant quelques jours. Ce que je voudrais savoir de notre éminenl collègue, ce sont les résultats qu’on obtiendrait si, au lieu de surnourrir ces malades, on essayait de leur imposer une diète de trois jours, accompagnée de purgation quotidienne. Je ne serais pas étonné, si l’on appliquait ce traitement, que les idées délirantes, je ne dirai pas : disparussent, mais s’amendassent beaucoup.

A ce sujet, je ferai remarquer à M. Roubinovitch que chez les malades dont il parle, le jeûne a été prolongé el la purgation laissée au caprice des délirants, mal administrée par conséquent.

En réponse à ce qu’a dit M. Godlewski, il est malheureusement trop exact qu’il est très difficile de faire accepter aux maiadesune thérapeutique simple.

242 AUTOINTOXICATIOX KT DÉSINTOXICATION

267

II y a bien des gens qui se récrient devant la banale prescription du repos, du jeûne et de la purgation.

Pour tromper les malades, pour les impressionner, tout en ne faisant rien, il n’y a pas que Grûby qui ait essayé du système de la tomate, nous avons un chirurgien d’Amiens, fort distingué, M. Pauchet, qui prescrit à ses malades du bouillon de fruits. Gela revient à une diète hydrique.

En résumé, la cure du Dr Guelpa est un traitement qu’on ne peut pas imposer à tous les malades. Mais je crois que ceux qui peuvent en bénéficier sont assez nombreux pour que l’emploi de cette méthode soit assez répandu.

M. Cayla. — La communication de notre confrère Guelpa, corroborée aujourd’hui par celle de M. Régis, est très importante, carelle soulève une question de pathologie générale qui touche à celle de la constipation et de la purgation. Nous avons lu le livre de M. Burlureaux, livre sensationnel, qui est lu dans tous les mondes, et dans lequel il regarde la purgation comme un danger social, et à côté de cela, M. Guelpa nous dit que l’on peut se passer de manger, et quo pour arriver à guérir, il n’y a qu’à se purger.

Je ne sais pas ce qu’en pense la Société, c’est une question de pathologie tellement importante que je serais d’avis de la laisser à l’ordre du jour.

Je demanderai à M. Régisjusqu’où il poussera son

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RKNOUVEl.r.EMBNT DUS TISSU- 243

jeûne, sera-t-il de deux, de trois jours? Que doit-on faire ensuite ?

Vous venez, avec des aphorismes très tranchants de juger la question dans un sens diamétralement opposé à celui de M. Burlureaux : nous, praticiens, nous disons : Que faut-il fuireî quelle ligne de conduite devons-nous suivre?

M. Régis, voulez-vous nous dire si vous en faites une méthode thérapeutique systématique générale ou si c’est simplement un essai ?

M. L. Régis. — M. Gayla me demande : Sur quoi vous basez-vous pour appliquer ce jeûne?

Je me base sur ce principe général de pathologie : pour que la maladie se développe, il faut un terrain organique préalable ; un terrain affaibli par les intoxications et les infections endogènes, originant des déchets, mal comburés, déchets accrus par toutes les causes de surmenage, qui rendent les humeurs peccantes, pour employer le terme des anciens.

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Avant tout, pour pouvoir lutter contre la maladie, il me semble qu’il est logique de supprimer toutes les causes d’intoxications endogènes. Si vous mettez le malade au jeûne, vous supprimez la série des intoxications intestinales (dues à l’alimentation) qui sont des plus importantes. Si ensuite, vous administrez une purgation abondante au malade, vous le débarrassez de tous ces déchets gastro- intestinaux ; vous obligez le mouvement sanguin à être iris actif

et a cnarner ions les principes toxiques ei iniec-tieux vers le rein et l’intestin qui les rejettent au dehors.

Cela est si vrai que si le 1)’ Guclpii avait eu le temps, il vous aurait rendu compte des examens du sang, d’urine et de fèces que nous avons faits dans son laboratoire ou fait faire par le I)r Barlerin. Vous auriez vu que durant sa cure, tous les principes organiques qui sont eu excès ou en défaut tendent à In régularisation et que les éléments de défense s’accroissent ; c’est ainsi que les globules blancs augmentent d’une façon étonnante, et ce ne sont pas les vieilles formes qui augmentent, ce sont les jeunes, les mononucléaires ; le taux de l’hémoglobine s’élève aussi très rapidement.

11 me semble que si, dans un milieu aussi vital que celui du sang, les principes actifs augmentent quantitativement cl qualitativement, il est certain qu’il y a une réparation évidente, plus même, un accroissement de vitalité de l’organisme. Quand on applique le jeune, on doit se baser sur les examens d’urine et du sang et, pendant le traitement, suivre l’évolution des éléments constitutifs de ces liquides.

Les expériences de mon oncle son t au nombre d’une centaine, et ce qui se dégage de leur critique, c’est que les résultats bienfaisants apparaissent vers le S’jour, et atteignent leur maximum d’intensité

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vers le ‘i » jour. C’est pourquoi, je pense que le jeûne doit durer trois jours, mais il peut se faire que chezeer-

lains malades, le résultat soitobtenu au boutdc deor

jours.

On ne peut pas dire que l’on imposera le jeûne et les purgations d’une façon générale, cela est indiscutable. Il sera toujours utile à titre préventif pour les gens qui ont une tendance à l’autointoxication comme les arthritiques et aussi les surmenés. En pathologie, il trouvera son indication dans bien des cas, ces cas seront même si nombreux que la cure du Dr Guelpa sera d’une fréquente applie.ition. Quant à sa durée, il faudra se baser sur les analyses du sang et des urines pour la déterminer d’une façon précise. Toutefois la clinique sei:le peut nous éclairer suffisamment en cette occurencc.

M. ItuESER. — En supprimant certaines glycosuries par ic jeûne accompagne des purgations, il. Guelpa a montré le mode d’action de son traitement qui débarrasse l’organisme de déchets accumules. Il ne produit pas le renouvellement des tissus dans le sens de remise à neuf, il agit même

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très peu sur les tissus et effectue pltilùl un nettoyage du milieu qu’un re tapage réel de la cellule, ce qui n’est d’ailleurs pas à dédaigner. En effet, lanulrition.parsuite d’influences que nous n’avons pas à préciser ici. à de certains moments, se ralentit, et dans quelques cas même, oii toutes les phases de la nutrition, assimilation et désassimi’.ation, sont normales et bien équilibrées, il arrive que l’excrétion des matériaux uses ne se

240 AUTOINTOXICATION KT DESINTOXICATION

lait pas toujours avec toute la régularité désirable.

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1 4 .

Dans les cultures du laboratoire, quand le ferment alcoolique reste au contact de l’alcool, produit excré-mentitiel, malgré l’abondance de la solution sucrée, qui est en somme sa nourriture, son activité se ralentit, et au bout d’un certain temps de dépérissement, la mort survient. Pour guérir le ferment de cet état de souffrance, il suffit de le changer du milieu, de lui rendre un champ de culture neuf, simplement d’enlever l’alcool. Alors la cellule, débarrassée des causes extrinsèques d’affaiblissement, reprend sa vigueur, et la végétation continue.

Le renouvellement d’une notable quanliLé de matière vivante, très probable à la suite de la cure du M. Guelpa, n’infuserait pas à cette matière un dynamisme nouveau, ne lui rendrait pas les propriétés et l’activité des tissus jeunes. La cellule conserve son ûge, mais délivrée des substances empêchantes, elle reprend sa liberté d’allures, elle est mise en étal d’exercer sans entraves les transformations énergétiques dont elle est capable dans un milieu épuré. G’esl en envisageant ce trailemenl sous cet aspect seul que je désire en signaler une application rationnelle, qui pourra devenir intéressante, quand l’expérience aura prononcé sur sa valeur, c’est-à-dire quand la pratique aura confirmé la théoiie.

M. Metchnikoiratlribue aux intoxications d’origine intestinale une grande paît dans l’apparition de la

IIKXOUVKM.KMKNT »KS TISSUS 217

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vieillesse, et par conséquent de la mort. Selon lui, les toxines élaborées par les microbes dans le gros intestin sont les facteurs presque exclusifs de la déehéauce sénile, et si celte déchéance, quoique précoce à son gré, ne se produit pas encore plus tôt, c’est que l’accumulation des poisons, tout connue celle du sucre dans les formes de glycosurie traitées par M. Guelpa, ne s’opère qu’avec le temps, et un temps encore assez considérable. Pendan t des années, l’individu soumis à l’intoxication ne s’en aperçoit pas; il est vrai que la jeunesse rend ses réactions plus vives et l’élimination ou la destruction des résidus de la vie plus faciles. Mais enfin, il arrive un moment où la puissance réacliounelle s’affaiblit, où la cellule reçoit les excitations avec indifférence et y répond sans empressement.

Nous savons aussi que dans la vieillesse, comparable en cela à l’arthrilisme, non seulement l’influence des toxines se montre plus intense, mais que l’élimination plus lente des matériaux usés vient encore ajouter son action pernicieuse aux autres causes d’intoxication. Ces déchets embarrassent le fonctionnement de la cellule par leur accumulation, eu même temps que leur composition chimique en l’ait des poisons.

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\)c plus, les phagocytes, dont toute l’activité, pendant l’àgc adulte, se dépense dans la suppression des éléments nuisibles à l’organisme, qui s’occupent avec une ardeur inlassable à faire disparaître les cellules

218 AUTOINTOXICATION ET DÉSINTOXICATION

malades ou mortes, les corps étrangers, les microbe^ et les toxines, une fois la vieillesse survenue, de défenseurs de la cellule vivante, se transforment en ennemis, et la dévorent.

Peut-être, malgré toute l’intelligence dont M. Met-ehnikoff veut les voir doués, dans leur logique encore rudimentaire, à l’exemple de l’ours de la fable, détruisent-ils la cellule pour la préserver des toxines qui l’envahissent. Quoi qu’il en soit de ce procédé de défense, il n’est pas à favoriser, et il devient utile de songer au dressage ou au remplacement de ces phagocytes, traîtres à leur fonction.

Si, à ce moment intervient la cure par le jeûne et les purgations, si on replace la cellule dans un milieu dans lequel ses aptitudes pourront se manifester librement et sans obstacles, n’cst-il pas évident qu’on aura reculé l’époque d’apparition de la vieillesse et de la mort? Et si, en outre, on arrive à provoquer par ce moyeu une leucocytose plus abondante, ne peut-on espérer que les leucocytes

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nouveaux consentiront à ne pas imiter les errements de leurs prédécesseurs, et ne s’attaqueront plus aux éléments sains de l’organisme »?

11 est évident qu’il ne faut pas entreprendre ce traitement avec l’espérance téméraire do voir refleurir le printemps d’une jeunesse nouvelle. L’épuisement graduel de l’énergie vitale initiale ne permet pas un tel résultat. Mais on peut au moins compter sur une vieillesse normale, sans maladie, ni infirmité, sur-

IIE.NULVKI.I.EUKXT UK> TI»SU> 2*0

loul d’une durée bien plus prolongée, ainsi que le rêve M. Metclmikoh ».

Dans ces conditions, la promesse de M. Guelpa : renouvellement des tissus, se trouvera justifiée en partie par la leucocylose, et rajeunissement des fonctions, par la facilité plus grande que rencontreront dans l’accomplissement de leurs fondions les éléments anatomiques évoluant dans un milieu particulièrement favorable aux échanges vitaux.

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M. Behtï-Maihkl. — Au cours de sa communication récente sur le jeûne méthodique, notre distingué collègue, M. Guelpa, nous a fourni de la faim et du rôle de l’aliment une conception nouvelle, un peu partout citée et qui appelle, semble-t-il, bien des réserves. J’en voudrais formuler quelques-unes, quille à souligner ensuite l’opportunité réelle de l’inlervenlion de notre collègue sur ce point un peu délaissé par les praticiens, non spécialisés dans la gastro-entérologie.

Vous vous souvenez, Messieurs, que M. Guelpa purge systématiquement ses malades pendai.l les trois jours consécutifs déjeune qu’il institue. Or, en même temps que les évacuations copieuses qu’il obtient, c.e que M. Guelpa a constaté presque toujours chez ses malades, c’est la disparition progressive tir tous les malaises de la faim. Ce parallélisme l’a suffisamment intéressé et frappé pour qu’il ait cru pouvoir formuler cette audacieuse délinilion :« La lai’u,

250 AIÎTOINTOXICATION ET DÉSINTOXICATION

c’est le cri de l’organisme infecté et intoxiqué », suivie de cette remarque non moins révolutionnaire : « Si l’aliment calme la faim, c’est que précisément son rôle le plus urgent est d’absorber les poisons du tube digestif et de les entraîner au dehors. »

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II faut bien avouer, Messieurs, que sous cette forme absolue la pensée de notre collègue revêt une allure franchement paradoxale et quelque peu simpliste tout à la fois.

En demeurant sur le seul terrain de la clinique, ce qu’il paraît légitime d’affirmer en opposition aux idées de M. Guelpa, c’est que la faim, le désir plus ou moins intense de l’aliment, à aucun moment ne se désigne à nos yeux comme l’expression directe de l’infection ou de l’autoinloxication.

Le premier signe de l’infection, c’est l’inappétence absolue, l’anorexie soudaine, insolite.

C’est le dégoût de l’aliment, la sensation de son inutilité, de sa nocivité même, qui apparaissent tout d’abord au grippé, au typhique par exemple, comme l’indice non équivoque de leur état morbide. Par contre, chez ce dernier, quand l’appétit vorace vient succéder à l’hyporexie du début, n’est-ce point, pour tous les praticiens, l’annonce de la défaite définitive de l’agent infectieux, le signe de la convalescence.

Chez les infectés chroniques, on constate des faiblesses, des défaillances. Mais les malades ne rappor-

itKXOIIVKI.I.EMKNT DES TISSUS 251

278

tout point ces sensations au besoin de se nourrir. IU n’ont pas faim.

11 en va de même pour l’aulointoxication. Quand ses conditions réelles sont effectivement réunies, ijuand chez un individu, le rein se ferme, quand le foie devient insuflisaut, quand la peau s’encombre, le tube digestif offre sa suppléance, il se transmue en organe éliminateur et l’anorexie progressivement s’installe. Il est vrai que, dans l’autoinloxication mineure, mais continue, qui constitue en partie le syndrome arthritique, on trouve un grand nombre d’individus, tourmentés par la faim. Mais n’est-il pas un peu tendancieux d’affirmer qu’ils sont tels de par leur intoxication. Pour ne prendre que l’exemple du diabétique, est-ce que l’azoturie, et mieux encore, l’hyperexcitatiou digestive provoquée par le régime carné prépondérant ne sont pas des explications pour le moins aussi satisiaisantes que celle qui nous est offerte?

Si donc l’exonération large et répétée du tube digestif supprime la sensation de faim, ce n’est point, semble-t-il, en éloignant l’infection et l’intoxication de l’organisme malade, niais très vraisemblablement par le mécanisme suivant : par le jeûne el la purgation systématique, M. Guelpa réalise au maximum le repos sensitif el la décongestion des organes digestifs.

11 assure l’évacuation hors de l’estomac des acides qui y naissent et y stagnent et qui sont des ,- igcnts

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252 AUTOIXTOXICATION KT OÉSINTIIXICATIUX

irritants, producteurs de réflexes mais non des toxiques au sens réel du mot. Or la présence de c«s acides dans l’estomac est la condition sine qua non de la faim vive, durable. Tous les individus qui en sont largement pourvus sont d’ordinaires des hyper-sthéniques gastriques et pendant longtemps des affamés qui supportent très mal l’abstinence et même la simple réduction alimentaire. Évacuez ces acides; s’ils se reproduisent ou s’il en reste des traces, évacuez-les à nouveau après les avoir dilués. Remplacez à’chaque instant l’excitation acide de la muqueuse par le contact antagoniste d’une solution neutre ou alcaline et vous verrez toujours la faim diminuer, puis disparaître. S’il y avait un doute sur ce point, on pourrait le supprimer en ne se servant d’aucune drogue directement évacuatrice, mais en saturant simplement par des terres alcalines, les acides en question ; on verrait semblablement s’évanouir la faim et tous les malaises réflexes qui l’accompagnent. Mais il y a autre chose, Messieurs, et tous ceux qui ont lu Pawlow me comprendront; il y a ceci : les conditions psychiques du jeûne médical et de la purge sont exactement l’opposé de celles qui déclanchent la sensation de faim.

L’absence d’image alimentaire, le. verre de Jauos substitué aux mets savoureux du repas, l’obligation que l’on s’impose de suivre le traitement sévèrement, la curiosité que l’on a de vérifier une expérience, sont les moyens les plus aptes à réaliser le repos

280

ItENuUVELLEJlhNT UKs TISsl’A 253

fonctionnel d’un contre nerveux que nous avons l’habitude de solliciter pour le moins 2 à 3 fois par jour. C’est en réalisant la dicte absolue des excitants physiologiques de la faim que il. Guelpala supprime. C’est en décongestionnant ses centres digestifs, au profit de ses centres psychiques, qu’il arrive à pouvoir jeûner lui-même des jours entiers, tout eu vaquant à ses occupations.

Quant à sa conception du rôle de l’aliment, je ne sais si M. Guelpa y tient beaucoup, mais elle parait entachée du même vice que sa conception de ia faim.

Assurément, la masse alimentaire effectue eu progressant le long du tube digestif un certain drainage intestinal qui peut bien entraîner quelques résidus toxiques. Mais c’est là une action toute accessoire, que possède d’ailleurs à uu bien plus haut degré la chasse biliaire antiseptique et péristaltogène.

Et maintenant, dirons-nous, par exemple, que la viande et le bouillon, ces toxiques, qui calment si merveilleusement la faim, y arrivent en désintoxiquant l’organisme « ?

281

L’aliment a un tout autre rôle que celui d’absorber les poisons du tube digestif, et surtout ce n’est point ainsi qu’il calme la faim. Il la calme, en tant que sensation locale, en utilisant chimiquement les acides normaux de l’estomac, si c’est un azoté, eu lubrifiant les surfaces muqueuses et eu les protégeant si c’est un gras, eu pompant le contenu gas-

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lepte

RENOUVELLEMENT DES TISSUS 255

283

En niant la faim vraie qui existe, M. Guelpa a ramené nos esprits opportunément sur une réalité pathologique trop délaissée : la fausse faim, expression, elle, d’un état morbide véritable et élément capital à son tour dans l’établissement de nombreuses affections.

M. Klotz. — A l’appui de la communication de M. Guelpa, je viens citer un fait récent : Observation de Mme X.., âgée de trente-quatre ans.

Antécédents personnels. — 5 enfants bien portants.
Tuberculose pulmonaire ayant débuté il y a quatre ans et guérie depuis deux ans.

Depuis plusieurs années, de l’entéro-colite, constipations et la malade ne pouvait presque plus rien manger de peur des migraines.

Depuis huit ans, je la soigne pour de la séborrhée grasse du cuir chevelu et depuis deux ans, elle suit à la lettre un traitement indiqué par le Dr Sabouraud. Jusqu’à ces derniers temps, deux jours après le lavage de tète, le cuir chevelu était aussi gras qu’avant le dégraissage.

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Il y a trois semaines, cette malade a suivi la cure du Dr Guelpa et cela de la façon suivante : Premier jour, une bouteille entière d’eau de Janos, les deux autres jours, chaque fois une deini-bou-

-250 ACTOINTOXICATIn.N KT DKSIXTOXtCATlOX

teille. Pas de nourriture, mais des tisanes et un peu de thé.

Ce traitement a commencé le ’18 janvier. Le lendemain la malade avait déjà remarqué la sécheresse de son cuir chevelu. Aujourd’hui 28 février, la séborrhée grasse n’est pas encore revenue. Mais depuis le deuxième jour du traitement, cette personne présente [un pityriasis sec du cuir chevelu. La malade est tellement [heureuse de ce résultat qu’elle ne parle que de cela sans faire d’allusion à son intestin, qui lui aussi va à merveille depuis. Les migraines ne sont pas revenues.

Cette personne digère aujourd’hui très facilement des aliments qui n’auraient pu passer, il y a quelques semaines. Je l’ai renvoyée à M. Sabouraud qui a constaté lui-même l’amélioration considérable. Inutile de dire que Mme L., recommencera avec plaisir ce traitement à la première menace de séborrhée grasse.

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M. Glelpa.. — A la séance dernière, plusieurs objections furent formulées au sujet de ma communication sur le renouvellement des tissus et le rajeunissement des fonctions. Mon neveu, le DrRégis, qui est à même de connaître la question autant que moi, n’a pas tardé à faire les réponses nécessaires. Je n’aurais par conséquent presque rien à dire pour donner satisfaction à mes arguinentateurs. Mais fidèle au repelila jiioant, je crois de mon devoir

RENOUVELLEMENT DBS TISSUS 257

d’ajouter mes efforts pour le triomphe de ce qui me parait être la vérité.

Je suis d’abord heureux de constater, clans l’argumentation de M. Lombard, notre accord au sujet de l.i conception ues maladies et des idées capitules qui doivent nous guider dans leur traitement.

Je me permettrai cependant de n’être pas de son avis lorsqu’il dit que ma méthode ne semble pas revêtir un caractère général.

11 me parait que c’est précisément le contraire, comme je crois en avoir donné un commencement de démonstration dans les nombreuses et différentes observations que j’ai eu l’honneur de vous

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présenter. L’application du jeûne et de la purgation dans les maladies est toujours un adjuvant très utile quand elle n’est pas la cause suffisante et capitale de la guérison. Ce n’est donc pas un traitement spcci&l à une affection.

Je constate aussi avec plaisir que M. Godlweski partage en général ma manière de voir sur les avantages du jeûne complété par la purgation. Mais en vieux praticien, il est sceptique sur l’acceptation de celte cure de la part des malades. Je crois qu’il a tort. Je peux dire, d’après mon expérience, que jusqu’à présent, elle a rencontré beaucoup moins d’opposition de la part des malades que de la pari des médecins. J’ajouterai qu’au fond les malades suut beaucoup moins rebelles que nous ne le pensons, et qu’ils finissent presque toujours par suivre

les prescriptions de lear médecia. Mais pour cela, il faut d’abord que le médecin soit lui-même bien convaincu de l’utilité de ce qu’il conseille.

il. Godhveski, contrairement aux idées retentissantes de M. Burlureaux, pense que la purgation, au lieu d’être un danger social, est une excellente méthode de traitement. Je n’ai pas besoin de dire que je partage complètement son opinion. Mais, où je rne sépare de lui, c’est lorsqu’il accuse la dièle d’avoir été le facteur de la mortalité très élevée qu’on avait jadis dans la fièvre typhoïde. Je suis certain qu’il y a dans celle affirmation une erreur profonde provenant ou de l’imparfaite observation des fails ou encore de leur plus imparfaite interprétation. Car les recherches sévères et concluantes faîtes à l’Hôpital Coehin démontrent mathématiquement que, dans la fièvre typhoïde, l’évolution favorable cesse régulièrement dès que le malade absorbe le moindre aliment, serait-ce même des bouillies ou du lait. Vous pouvez consulter les Bulletins de thérapeutique des années 1887 et 1S89, et

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vous verrez un parallélisme entre la baisse du poids, l’élévation de température et ‘l’aggravation de la maladie. En somme, complications possibles, et prolongation du processus morbide, dès qu’on veut alimenter le malade, quand la maladie n’est pas complètement guérie.

Dois-je répéter que c’est précisément de cette constatation si saisissante qu’est sortie l’idée qui

HKXOUVKLLEMKNI DBS TISilM 25V

m’a atncué à établir lu méthode qui fait l’objel d« cette discussion 1

M. Cayla a formulé des objections nettes, auxquelles M. Récis a répondu, non moins nettement. J’interviendrai cependant, tout d’abord pour iui faire observer qu’il ne m’a pas lu, ou qu’il m’a bien mal lu. Je n’ai, en effet, jamais avancé que, pour guérir, il n’y a qu’à se purger. J’ai trop d’estime de cette haute assemblée, et assez de respect de moi-même pour n’avoir même pas la pensée d’avancer des assertions aussi peu scientifiques, aussi peu sérieuses.

En effet, au troisième paragraphe de la page 730 de notre Bulletin, je dis : « La rénovation est un procédé de toute sûreté, lorsqu’elle est guidée par les analyses du sang et des urines, et elle assure

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le maximum d’effet aux indications thérapeutiques concomitantes ». Il me parait qu’il y a loin de cette affirmation, que je maintiens, à ce que me fait dire M. Cayla.

M. Cayla voudrait savoir jusqu’où on poussera le jeune et que doit-on faire ensuite. Ici encore, je vais lui rappeler le premier paragraphe à la même page : il n’y a absolument aucun inconvénient à pratiquer l’abstinence alimentaire lolale pendant deux, trois, quatre jours et même plus, et on peut la répéter impunément plusieurs fois à la condition que toics les jours ou à peu près soit adininislrce

2C0 AUTOINTOXICATION ET DÉSINTOXICATION

une abondante purgation pour assurer la désinfection intestinale. Pour compléter cette réponse, je répéterai ce qui fait suite au précédent troisième paragraphe. // va sans dire que le succès ne sera pas toujours immédiat et définitif. Ce serait naïveté que de le penser. Je n’ai pas davantage la prétention de pouvoir obtenir la réparation des lésions organiques. Mais si on sait être énergique au début, si on i7isiste ensuile par intervalles de plus en plus espacés sur cette gymnastique des fondions nulri-tices, on a la satisfaction d’assister au relèvement progressif et rapide de l’étal général, et plus lard à la disparition complète et durable des manifestations morbides fonctionnelles.

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Je me permettrai enfin de répondre, parce que principal intéressé, à la dernière question que M. Cayla a adressée à M. Régis, c’est-à-dire si je faisais de mon traitement une méthode thérapeutique, systématique et générale, ou simplement un essai. Il me parait que le nombre des observations que j’ai présentées et que, aujourd’hui, je pourrais compléter par un nombre presqu’égal d’autres, toujours variées, dit suffisamment qu’il s’agit bien d’une méthode thérapeutique générale, et non simplement d’un essai.

Si j’ajoute que cette méthode a germé dans mon esprit depuis près de vingt ans, que j>. l’ai expérimentée, contrôlée petit à petit, pendant tout ce temps de ma vie médicale, M. Cayla comprendra

RESOL’VKI.I.EJIKNT DES TISàUS 201

pourquoi les faits que j’ai étudiés permettent mes aflirmalions, et m’autorisent à avancer sans crainte de contradictions sérieuses que plus on applique cette cure, et plus on reste étonné des effets, qui déjjassent tout ce qu’on peut imaginer.

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Je viens maintenant à l’argumentation de M. Kou-binovitch, qui a paru porter les coups les plus impressionnants et décourageants à la thèse que je soutiens. Heureusement que ses arguments ne portaient qu’à faux ; et cela parce que très probablement notre collègue n’a pas eu le temps de parcourir ma communication avant de prendre la parole. J’ai à constater dans ses objections plusieurs erreurs presque inévitables pour ceux qui, en cette question, raisonnent encore avec les préjugés, officiels si vous voulez, mais non moins réels. Je tiens doublement à rétorquer les arguments qui me sont opposés parce qu’une affirmation erronée venant d’une autorité si appréciée que celle de M. Roubinovitch a une portée trop grande et peut créer un préjudice social trop dangereux et longtemps persistant dans l’opinion publique.

M. Roubinovitch se base, pour contester l’utilité de ma cure dans les maladies mentales, sur le fait que la diète que s’imposent volontairement certains de ces malades donne des résultats régulièrement détestables à tous les points de vue. Je suis loin de contredire ces faits. Mais je ferai observera M. Roubinovitch que le point capital de ma thèse repose

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1 5 .

262 Al’TOIXTOXN’.ATIOX ET DÉSINTOXICATION

sur la désintoxication de l’organisme par la diète inséparable de la purgation abondante. Or, les malades dont il parle ne font par leur abstinence pathologique que multiplier leur intoxication. Ils ne mangent pas, ils n’ont pas les évacuations habituelles, et réalisent donc un surcroît d’intoxication de leur organisme. Ils subissent donc fatalement les conséquences de cette intoxication. Leur maladie, au lieu de décroître, dans ces circonstances, ne peut que s’aggraver.

Comme vous voyez, l’objection de M. Roubinovitch ne porte en aucune façon atteinte à ma thèse; elle, ne peut que la consolider, je l’en remercie.

M. Roubinovitch ajoute que chez ces malades, on constate un état saburral des voies digestives qui oblige à leur imposer des purgations répétées qui déterminent, d’après lui, une déperdition tissulaire cause de cachexie et de mort. Je conteste cette conclusion, complètement illogique, et je ne peux m’empècher de lui poser franchement la question s’il ose soutenir que c’est la purge qui cause la déperdition des forces avec sa conséquence : la mort. Pour moi, je ne crains pas d’affirmer de la manière la plus décisive que ce qui détermine la cachexie chez les malades de M. Roubinovitch, c’est la même cause qui détermine l’état saburral de leurs voies digeslives, c’est-à-dire l’infection et l’intoxication. J’ajoute que si l’évolution de la maladie continue et même se précipite, cela dépend en partie de l’iiisufO-

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RENOUVELLEMENT DES TISSUS 253

sance et du retard de la désintoxication. Je ne crains pas de prédire à M. Roubinovitch que, partant de cette vérité, on ne tardera certes pas, en pratique psychiatrique et neurologique, à modifier la règle alimentaire qu’il vient de nous exposer.

Pour étayer les affirmations précédentes, j’ai recours à deux observations que vous connaissez déjà, et en une troisième qui n’est pas moins probante.

Dans la première, il s’agit, comme voussavez, d’une dame atteinte depuis près d’un an de profonde neurasthénie avec idées obsédantes, découragement et pleurs à tout moment, quoique avec conscience de son erreur. Mme B., notre malade, a suivi avec plus ou moins de bénéfice différents traitements. Mais s’étant refusée à l’isolement, la persistance et davantage l’aggravation même des conditions morales palhogéni-ques rendaient la guérison presque impossible. J’ai voulu voir si la cure de désintoxication pourrait aider au rétablissement de cette pauvre malade. Après deux périodes de cure, le résultat commençait à laisser bien espérer. Les globules rouges étaient montés d’un million et plus, les blancs de plus de mille ; et tandis que les polynucléaires descendaient de 77 à 58 p. 100, les mononucléaires montaient de 20 à 36.

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La malade avait pu passer deux jours sans larmes, et reprendre un peu de distraction au travail. Je lui avais même fait exécuter pendant quelques jours

204 AUTOINTOXICATION ET DÉSINTOXICATION

avec succès l’exercice de l’écriture conseillée ici par notre cher collègue, M. Bérillon.

Malheureusement, des peines réelles répétées sont venues enrayer la marche favorable du traitement. Alors je l’ai engagée fermement à changer de milieu. Ce qu’elle fit en entrant dans une maison de santé, où elle se trouve encore en ce moment, guère améliorée.

La deuxième observation a trait à une dame de cinquante-quatre ans, qui, après un précédent léger avertissement et quelques maux de tête, fut prise brusquement d’hémiplégie droite avec aphasie presque complète. Je l’ai soumise sans retard à la cure de privation et de purgation pendant trois jours, répélée après un intervalle de deux jours, pendant lesquels je lui avait permis un litre de lait. Il n’y avait pas d’albumine dans ses urines, elles avaient une densité moyenne ; j’ajoute cela pour qu’on voie bien qu’il ne s’agissait pas de manifestations uré-iniques.

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L’amélioration se manifesta dans les premiers jours, et la guérison était presque complète quinze jours plus lard. Il fallait savoir que 5Ime R. avait été si sévèrement atteinte pour dépister une minime manifestation soit de la parole, soit dans la fermeté delà poignée de main. Un mois plus tard, elle revint me voir parce qu’elle se sentait la tète un peu lourde, et qu’elle éprouvait une sensation de fatigue. J’ai mesuré sa pression artérielle avec l’appareil de

BEXOCVELLEUKXT DES T1>SC> Î6i

Potain. Elle marquait 25. Je l’ai engagée vivement à reprendre la cure, qu’elle devrait répéter de temps en temps. Dès le deuxième jour, la pression était descendue à 1G », et l’état général est revenu immédiatement normal.

J’ai revu la malade ces jours-ci. Elle se porte bien. La tension artérielle est normale et rien n’autorise à penser que cette malade avait une hémiplégie avec aphasie très prononcée, il y a deux mois environ.

Mme Th., de Noisy-le-Sec, dont vous me pardonnerez de répéter l’observation, est habituellement une personne très calme, très réfléchie et passionnée au travail. Mère de deux enfants, elle a marié sa fille il y a quelques mois. Le chagrin de la séparation a influé profondément sur son état mental, et elle esl

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tombée dans une tristesse inconsolable. Elle pleure sans cesse et se laisse aller au désespoir, persuadée qu’elle était de ne pas survivre à tant de chagrin. Elle est dans cet état depuis plus d’un mois.

C’est dans ces conditions qu’elle me fut amenée p.ir son mari tout désolé. L’examen le plus soigné ne m’a indiqué aucune cause spéciale decette pénible modification morale. Je n’ai constaté d’anormal que la langue épaisse et sale avec haleine un peu fétide, et un fonctionnement défectueux des organes digestifs.

Pour vaincre sa prétendue faiblesse et pour combattre l’anémie cérébrale, dont la malade se croyait atteinte, elle se forçait à manger et mangeait plus

266 AUTOINTOXICATION ET DÉSINTOXICATION

que d’habitude. Aussi après les repas, elle avait la face congestionnée et de la difficulté à s’appliquer à ses occupations.

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Malgré certains précédents étiologiques, qui pouvaient justifier quelques inquiétudes, je n’ai pas craint de soumettre cette malade à la cure de désintoxication, persuadé que si je ne parvenais pas à la guérison complète, j’obtiendrais à coup sûr au moins l’amélioration des fonctions digestives. En effet, après une première périodes de trois jours, le grand chagrin de la malade était presque disparu et les larmes avaient cessé. Après une deuxième période, la malade a recouvré sa bonne santé. Je l’ai engagée à manger très sobrement et à répéter la cure de temps en temps.

Je pense que c^s trois observations (je n’ai pas eu d’autres malades de cette catégorie à soigner) prou vent suffisamment que les craintes de M. Roubino-vitch sont exagérées et que la diète inséparable des purgations, loin d’être régulièrement suivie de résultats détestables à tous les points de vue, comme il le déclare, peuvent au contraire contribuer largement à la lutte efficace contre ces maladies généralement abandonnées à la thérapeutique des bras croisés.

Au sujet de la communication de M. Roeser, je constate avec plaisir que nous avons la mémo conception des maladies et des conditions favo-

RENOUVELLEMENT DES TISSUS 267

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rables pour les prévenir et pour les combattre. Je ne peux que le remercier de l’appui de sa grande autorité.

M. Berty-Maurel, dans une argumentation suggestive, s’est efforcé de démontrer que ma conception de la faim est par trop audacieuse et franchement paradoxale et quelque peu simpliste à la fois. J’ai lieu d’être surpris qu’il trouve par trop simpliste mon interprétation de la faim. Que devrais-je donc dire de lui, qui voudrait simplifier encore plus ma conception, en réduisant la faim à une question de quantité d’acide dans l’estomac?

Je suis loin de contester que ces produits acides ne puissent contribuer à la manifestation delà faim. Mais je ne vois vraiment pas la raison justifiée de cette limitation de la détermination de la faim.

Il est vrai que M. Berty-Maurel base son affirmation sur le fait, qu’en évacuant ou diluant les acides de l’estomac, ou bien saturant simplement avec des terres alcalines le contenu de l’estomac, on prévient ou on supprime la faim et tous les malaises qui l’accompagnent. Je ne lui conteste pas ce fait, mais je me permets de lui faire observer qu’il serait certainement en peine de prouver que cette intervention ne détruit ou ne neutralise seulement que les acides et pas d’autres produits nuisibles.

Ce qui reste indiscutable, c’est qu’en débarrassant le tube digestif de sou contenu, la faim disparait. La purgation réalise cet effet et a en plus l’avantage

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208 AUTOIXIOXICATIOX ET DKMXTOXICATIO.N

très important d’assurer l’amaigrissement nécessaire pour le renouvellement des tissus.

De cette constatation découle aussi indiscutable la preuve que la faim n’est pas, comme on l’a toujours enseigné en physiologie, le cri de l’organisme qui a besoin de réparer ses pertes. Je crois qu’en cela, je me trouve d’accord avec M. Berty-Maurel. C’est une grande erreur de physiologie qu’il valait la peine de relever.

Pour ce qui est de son explication négative de la la faim sous l’influence de l’intoxication, je suis obligé défaire observer à notre collègue qu’il a été induit en erreur par la confusion qui s’est faite dans son esprit entre intoxication du système digestif et autointoxication générale.

Les manifestations d’infection qu’il invoque pour combattre ma conception de la faim sont toutes des manifestations d’intoxication générale ; tandis que je n’ui pas manqué de préciser dans mon travail que la faim est l’expression de l’intoxication dans le système digestif. Car, dès que ces intoxications ont franchi cette limite, elles ajoutent et provoquent une autre sensation, la soif, qui à son tour est l’expres-on, le cri de l’organisme gêné par les intoxications qui, irritant les humeurs en circulation,

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n’entravent pas encore le fonctionnement des organes. Mais ici, je m’arrête, parce que nous entrons dans une question nouvelle, dont j’ai l’intention de vous entretenir plus tard.

RENOUVELLEMENT DES TISSUS 269

M. Berty-Maurel me conteste aussi le bien-fonJé de ma conception du double rôle de l’aliment. Il ne croit pas que la désintoxication du contenu gastrointestinal fasse partie de sa fonction, et il pense le démontrer avec l’exemple du bouillon et de la viande. La moindre logique prouve que cette ingestion, au lieu d’être une infirmation, est précisément la confirmation de ma thèse. En effet, la quantité de viande et de bouillon qui arrive dans le tube digestif fournit à l’intoxication qui commence à se manifester l’élément absorbant et diluant nécessaire pour sa neutralisation temporaire. Gela ne diminue en rien l’importance de l’action complémentaire de lâchasse biliaire antiseptique et péris- taltogène. Ces deux actions et d’autres que nous oublions se complètent pour assurer la désintoxication nécessaire au fonctionnement régulier de l’organisme.

Je crois avoir répondu à toutes les argumentations importantes qui ont été faites à ma communication sur le renouvellement des tissus et le rajeunissement des fonctions ; et après cette importante discussion ma thèse reste debout complétée, agrandie par la valeur de mes argumentateurs.

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M. Berty-Maurel. — Messieurs, la discussion sur la communication de M. Guelpa paraissant close, je m’en voudrais de solliciter longtemps encore l’attention de la Société sur un sujet à peu près épuisé.

270 AUTOINTOXICATION ET DÉSINTOXICATION

Cependant, je dois une réponse à M. Guelpa, qui a bien voulu commenter assez longuement les objections que je lui avais présentées sur sa conception de la faim et du rôle de l’aliment. Je ferai donc cette réponse aussi brève que possible.

Vous vous rappeler, Messieurs, les formules de notre collègue : La faim, c’est le cri de l’organisme infecté et intoxiqué.

Le premier rôle de l’aliment est de désintoxiquer l’organisme, c’est par l’exercice de cette fonction qu’il apaise la faim.

Ce sont, Messieurs, ces propositions que je me suis permis de trouver audacieuses, paradoxales et un peu simplistes tout à la fois. M. Guelpa ne saurait contrevenir aux deux premiers termes, mais pour

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le troisième, il s’en déclare surpris et estime, qu’en réduisant à mon tour la faim à une question « d’ucides dans l’estomac », j’ai fait preuve d’une tendance bien autrement simplificatrice.

Je répondrai, Messieurs, que je n’ai jamais prétendu que la faim fût uniquement affaire d’acidité stomacale. J’ai dit et je persiste à croire, comme tant d’autres, que la faim est une sensation à départ gastrique et que la présence d’acides dans l’estomac demeure la condition sine qua non de son apparition et de sa persistance. La clinique nous montre quotidiennement l’action prépondérante de ces acides dans l’établissement de la sensation qui nous occupe.

LE nEKO0VELI.BIIE.NT DES T1S5CS 271

Ne pouvons-nous pas créer momentanément l’appétit même violent, de toutes pièces, chez un hypo- acide par l’adjonction d’acide chlorhydrique ou phos-phorique dans sa poche gastrique?

Par contre, quel est celui d’entre nous qui n’a pas observé l’elTet sédatif des poudres alcalines ou alcalino-terreuses chez les estomacs qui crient famine ?

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A ce propos, M. Guelpa prétend que je serais bien en peine de prouver, en tout cas, que par la saturation alcaline l’on neutralise seulement les acides et non pas d’autres produits nuisibles — toxiques.

Je répondrai qu’il me parait diiiicile de neutraliser autre chose que des acides avec des alcalins.

Je répondrai encore ceci : la faim n’apparaît jamais, bien que puissent subsister, chez des sujets en étal d’hypoaeidit*, stomacale franche, toutes les autres causes d’intoxication qui, au dire de notre collègue, seraient les véritables incitalrices de cette faim.

En ce qui coucerne le rôle désintoxicaleur de l’aliment, j’avais posé cette question à M. Guelpa : la viande, le bouillon, ces toxiques, qui calment si merveilleusement la faim la plus vorace, faudra-t-il admettre qu’ils y arrivent par uno action proprement désintoxicante ? M. Guelpa trouve que c’est l’évidence même et que jamais objection ne confirma mieux sa thèse. « En effet, dit-il, la quantité de viande et de bouillon qui arrive dans le tube digestif

270 ALTOINTOXICATIOX ET D2.SINT0X.RATIOS

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Cependant, je dois une réponse a M. Guelpa, qui a bien voulu commenter assez longuement les objections que je lui avais présentées sur sa conception de la faim et du rôle de l’aliment. Je ferai donc celte réponse aussi brève que possible.

Vous vous rappelez, Messieurs, les formules de notre collègue : La faim, c’est le cri de l’organisme infecté et intoxiqué.

Le premier rôle de l’aliment est de désintoxiquer l’organisme, c’est p-c l’exercice de cette fonction qu’il apaise la faim.

Ce sont. Messieurs, ces propositions que je me suis permis de trouver audacieuses, paradoxales et un peu simplistes tout ù la fois. M. Guelpa ne saurait contrevenir aux deux premiers termes, mais pour le troisième, il s’en déclare surpris et estime, qu’eu réduisant ù mon tour la faim à une question « d’acides dans l’estomac », j’ai fait preuve d’une tendance bien autrement simplificatrice.

Je répondrai, Messieurs, que je n’ai jamais prétendu que la faim fût uniquement affaire d’acidité stomacale. J’ai dit et je persiste à croire, comme tant d’autres, que la faim est une sensation à départ gastrique elque la présence d’acides dans l’estomac demeure la condition sine qua non de son apparition et de sa persistance. La clinique nous montre quotidiennement l’action prépondérante de ces acides dans l’établissement de la sensation qui nous occupe.

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LE nESOUVKLI.EMENT DES TlSsCS 271

Ne pouvous-nou3 pas créer momentanément l’appétit même violent, de toutes pièces, chez un hvpo- acide par l’adjonction d’acide chlorhydrique ou phos-phorique dans sa poche gastrique?

Par contre, quel est celui d’entre nous qui n’a pas observé l’elTel sédatif des poudres alcalines ou alcalino-terreuses chez les estomacs qui crient famine ?

A ce propos, M. Guelpu prétend que je serais hieti en peine de prouver, en tout cas, que par la saturation alcaline l’on neutralise seulement les acides et non pas d’autres produits nuisibles — toxiques.

Je répoudrai qu’il me parait difficile de neutraliser autre chose que des acides avec des alcalins.

Je répondrai encore ceci : la faim n’apparait jamais, bien que puissent subsister, chez des sujets eu état d’hypoacidité stomacale franche, toutes les autres causes d’intoxication qui, au dire de notre collègue, seraient les véritables incitatrices de cette faim.

Eu ce qui concerne le rôle désintoxicateur de l’aliment, j’avais posé cette question à M. Guelpa : la viande, le bouillon, ces toxiques, qui calment si merveilleusement la faim la pius vorace, laudra-t-il

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admettre qu’ils y arrivent par une action proprement désiutoxicante ? M. Guelpa trouve que c’est l’évidence môme et que jamais objection ne confirma mieux sa thèse. « En effet, dit-il, la quantité de viande et de bouillou qui arrive dans le tube digestif

272 AUTOINTOXICATION KT DÉSINTOXICATION

fournit a l’intoxication qui commence à se manifester l’élément absorbant etdjluant nécessaire pour sa neutralisation temporaire. » Mais qu’est-ce dom: en définitive que cette neutralisation et si, par hasard notre collègue appelait ici désintoxication l’utilisation physiologique du contenu gastrique par les aliments que je cite, n’y aurait-il pas lieu de lui rappeler que son terme n’est plus adéquat cl peut prêter à l’équivoque?

M. Régis nous a dit, Messieurs, que la communication de son oncle contenait une théorie nouvelle de la faim et du rôle de l’aliment. Il m’a personnellement semblé que l’on pouvait avantageusement s’en tenir aux données depuis longtemps classiques et à celles qu’élabore chaque jour la science physiologique. Je me suis permis de le lui dire, un peu longuement peut-être, ce dont je m’excuse.

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M. Guei.pa. — Empêché par des questions de famille de faire en temps, pour sa publication dans les Bulletins de la Société, la réponse que comportait l’argumentation de M. le D’ Berty-Maurel, je profite de l’occasion de cette publication pour réparer ce silence.

D’abord, je regrette que M. Berty-Maurel persiste à vouloir m’attribuer une allégation erronée que j.: n’ai ni pensée ni exprimée. En effet, je n’ai jamais dit ni écrit que la faim est le cri de l’organisme infecté et intoxiqué. Ce que j’ai affirmé, par contre.

LE UENOUVELLEUENT DES TISSUS 273

c’est que la faim est le cri de l’organisme gêné par l’intoxication et par l’infection qui siègent dans le système digestif. Il me parait que la différence est capitale. Aussi étais-je parfaitement en droit d’objecter U mon collègue qu’il a été induit en erreur par la confusion qui s’est faite dans son esprit entre autoinloxication générale et intoxication du système digestif. Je m’étonue donc qu’il persiste dans cette erreur.

Pour ce qui concerne l’importance des acides comme facteurs de lu fuim, je suis loin de nier lu chose. Mais je suis obligé de faire observer à M. Berty-Maurel qu’il exagère lorsqu’il affirme que la présence

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des acides dans l’estomac demeure la condilio sine qua non de l’apparition et de la persistance de la faim : et que son exagération est plus urandeencore lorsqu’il ajoute que lu faim n’apparaît jamais chez des sujets en élat d’hypoacidilé stomacale franche.

Pour faire ressortir ce que, à tort, contiennent d’absolu les propositions de notre collègue, je vais simplement reproduire ici un passage de l’article faim du dictionnaire de Dechambre, passage tout à fait adapté à cette discussion.

« Quant à la théorie qui suppose que la sensation de la faim est due à l’irritation de la muqueuse par le suc gastrique, elle tombe d’elle-même devant ce fait que le liquide qui s’écoule par la fistule gastrique d’un animal est à peine acide, quelquefois

27+ .utointoxii:atiijn kt dk>i.\to.\icatiox

neutre, ou même alcalin quund l’estomac est vide, tandis que le liquide extrait de l’estornac plein offn; une réaction fortement acide (Schiff). Il n’est donc pas raisonnable de vouioir expliquer la sensation do la faim par l’action d’un liquide qui n’agit que lorsque l’estomac est plein. »

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J’ai donc raison de répondre à M. Berty-Maurel qu’il avait tort de prétendre que la présence des acides est condilio sine qua non de l’apparition et de la persistance de la faim.

Je pense qu’il est préférable do se montrer plus réservé dans nos affirmations, et de nous borner, pour le moment, à affirmer le fait, absolument incontestable, que la faim disparait quand on débarrasse le tube digestif de son contenu. Ce qui nous autorise à ajouter le corollaire aussi incontestable que c’est une erreur de la physiologie de faire consister la faim dans la sensation du besoin de l’organisme de réparer ses pertes. Car si cela était vrai, la faim devrait augmenter au lieu de disparaître après une première, et plus encore après une deuxième purgation.

Enfin, au sujet du rôle désintoxicant de l’aliment M. Berty-Maurel m’attribue encore une pensée que je n’ai pas eue, ni écrite. Jamais je n’ai eu, même par hasard, l’intention d’appeler désintoxication l’utilisation physiologique du contenu gastrique. Il n’y a donc pas lieu d’avancer que mon terme n’est plus adéquat, et qu’il peut prêter à l’équivoque. J’ai dit

I

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I.K RENOUVELLEMENT DES TISSUS 275

qu’il est très compréhensible que la viande et le bouillon introduits dans l’estomac aillent absorber ot diluer les produits intoxicanls, cause de la faim ; une partie de ces aliments, chargés de ces produits toxiques, concourant à former le bol fécal, tandis que l’autre va continuer sa pénétration réparatrice dans l’organisme. La faim disparaît alors, jusqu’à la reproduction d’un excédent de produits toxiques dans le tube digestif.

Après cette explication, ai-je besoin de faire observer à M. Berty-Maurel que, contrairement à sa manière de voir, il serait illogique de s’en tenir aux données depuis longtemps classiques de la physiologie, qui, dans la question actuelle, est en contradiction avec les faits les plus évidents?

GUÉRISON RAPIDE
ZONA GRAVE ET D’UNE BRONCHITE ANCIENNE

310

PAR LA CURIÔ I>K DESINTOXICATION

Chers collègues,

Vous savez combien le zona est parfois douloureux, combien son évolution est longue, et rebelles les névralgies, qui souvent persistent après sa disparition. Ayant eu ces derniers jours l’occasion d’en soigner un cas assez grave avec un succès relativement rapide, je ne crois pas inutile ue vous en parler aujourd’hui.

Il s’agit d’une dame R…, âgée de 08 ans, atteiute de bronchite plus ou moins intense depuis plus de trente ans. Cette bronchite était à peu près disparue pendant trois mois, il y a une quinzaine d’années, et fait curieux cette disparition coïncide avec une appendicite non opérée. Mais, quelque temps après le retour à la vie habituelle les manifestations broncho-pulmonaires avaient repris de plus belle, au point de l’empêcher de sortir de ses appartements pendant plusieurs mois de l’année, elle était souvent en proie à de longues crises de suffocation parfois très pénibles.

Comme ses sœurs et un nevf u, qui avaient habité avec elle, étaient morts de tuberculose, ilélailadmisparlViiiou-

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AUTUlSTUilCAllO:!. 10
27(S ACTOINTOXICATION KT MK>I.VTfJXICATI<>\

311

ra;;c et par la malade que l’a flcclion, don telle souffrait san> interruption malgré de nombreux traitements, était également de la lulierculose.

Il y a quelques années, ajant eu l’occasion de voir une fois cette malade à ma consultation, j’avais constaté une Forte congestion des sommets avec rdles abondants dans toute la poitrine. Ces constatations me disposaient de premier abord à admettre les diagnostics précédents, qui, cependant, auraient eu besoin d’être contrôlés par des examens et des analyses ultérieures.

Je n’avais plus revu la malade depuis plusieurs années lorsque, il y a quelques jours, on me lit appeler parce quelle éprouvait de fortes soufTrances au cou. Effectivement, toute la partie droite du cou et l’épaule du même côté étaient sur un fond très hyperémié. couvertes d’un semis de vésicules d’aspect perlé de petite dimension, occasionnant une brûlure insupportable. Jamais dans ma pratique médicale je n’avais observé un zona aussi étendu L’éruption occupait toute la moitié droite, en coinmeurant de la nuque, du lobule de l’oreille et de la joue correspondantes jusqu’au milieu du dos. toute l’épaule elle haut de la région thoracique. La (lèvre était vive et une toux intense dont les efforts provoquèrent des exacerbations douloureuses rendait la respiration doublement pénible.

En présence d’un étal si douloureux, fort des résultats obtenus dans plusieurs cas d’érysipèle, dont je vous parlerai un autre jour, j’ai engagé ma malade à se soumeltre énergiquement à la cure de désintoxication que j’ai eu l’honneur de vous exposer au sujet de la cure du diabète. Elle se résume, comme vous le savez, dans la privation totale ^’aliments pendant des périodes de 2, 3 à 4 jours, complétée par la purgation journalière pendant la même durée. Ce qui fut exécuté de la façon la plus prompte el la plus ponctuelle, malgré l’aggravation de la maladie pen-

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GUÉMSOX IIAPIDE D’UN ZONA 2Î8

dant les premières vintft-quatre heures. Le résultat ne tarda pas à devenir encourageant. Dès le deuxième jour la sensation de brûlure commença à s’atténuer, pour disparaître au troisième. Comme traitement local, ou n’avait fait que des applications de poudre d’amidon.

Mais un avautage bien plus grand était réservé à ma malade. Sa toux si rebelle depuis lant d’années avait aussi disparu. A l’examen de la poitrine on ne constatait plus trace de lésion ancienne ni récente. De plus, après quelques répétitions de la cure, l’état général s’était si profondément et heureusement modifié que la souplesse des articulations, la facilité des mouvements et la clarté de la pensée étaient revenues comme aux meilleures années de sa vie. En moins de deux semaines toutes les croûtes étaient complètement tombées, et les accidents bronchopulmonaires n’ont jamais plus reparu.

La seule manifestation de la maladie qui continua à persister, fut une névralgie profonde du cou, plutôt gênante que vraiment douloureuse, et contre laquelle j’ai répété la cure de désintoxication en y ajoutant l’application de courants continus.

Pour compléter cette observation, il est bon d’ajouter qu’avant l’explosion de la lorte éruption zoostérieune du cou, une petite éruption composée d’une dizaine de vésicules brûlantes était apparue huit jours plus tôt au creux de la main droile. Cette éruption, qui s’était évanouie toute seule, avait fait place quelques jours après a la crise angoissante pour laquelle on avait demandé mon intervention.

L’examen des faits que je viens de vous exposer sommairement suggère quelques réflexions intéressantes qui me paraissent mériter une attention particulière.

313

280 AUTOINTOXICATION ET DÉSINTOXICATION

Sans parler du fait exceptionnel de ce vaste zona du cou, précédé huitjours auparavant d’un petit zona au creux de la main, on est frappé d’abord de ce qui s’est passé chez notre malade, lorsqu’elle souffrit, il v a une quinzaine d’années, de son appendicite. En effet, la toux pénible constante et très ancienne avait disparu pendant près de trois mois, à la suite du traitement et de la diète inhérente à cette maladie.

Il est probable que si ma malade avait été réellement atteinte de tuberculose, ses manifestations n’auraient cessé, ni totalement, ni si rapidement. La toux avait donc une autre cause.

Il en est de même actuellement où toutes les manifestations broncho-pulmonaires se sont évanouies après trois jours de régime de privation totale, complété par la purgation répétée. Ceci ajouté au fait précédent nous permet, je crois, de conclure de la façon la plus formelle que la congestion bronchopulmonaire, la toux et la suffocation n’étaient pas d’origine bacillaire, mais d’origine essentiellement toxique alimentaire.

Cette interprétation nous met tout à fait à notre aise pour expliquer ia cause, l’évolution et la guérison des graves accidents de ma malade, et confirme la conception que nous avons depuis longtemps, que l’hydroa febrilis, l’herpès préputial, le conjonctival et le zona-zoster ne sont au fond que le même processus morbide variant seulement de degré et de localisation, et qu’ils sont toujours l’ex-

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(iUÊniSON ÎIAI’IDK D’UN ZONA 281

pression d’une intoxication ncvrétique d’origine alimentaire.

D’où la conséquence thérapeutique de la nécessité de la désintoxication rapide et profonde de l’organisme, pratique déjà employée habituellement avec succès dans l’hydroa et dans l’herpès préputial.

Cette observation confirme aussi la très grande influence des intoxications alimentaires dans la détermination des désordres broncho-puhnonain s, surtout forme congestive et dyspnéique, comme l’a depuis longtemps démontré notre ancien Président, le D’IIuchard.

Me basant sur celte conception, depuis de nombreuses années, je me préoccupe de moins en moins de la thérapeutique locale dans les processus thora-ciques, el avec des résultais toujours heureux je dirige mon intervention contre les intoxications provenant de l’appareil digestif. Et cette intervention a atteint son maximum de puissance et de rapidité, lorsque je l’ai réalisée par la privation absolue d’aliments complétée par la purgation dans les conditions scienlifiques que j’ai développées dans mes précédentes communications. (Société de Thérapeutique, novembre 1909).

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DÉSINTOXICATION EN OPHTALMOLOGIE

Chers collègues,

Dans une communication que j’ai eu l’honneur de vous faire en décembre 11)08, j’avais relaté parmi plusieurs observations la mienne propre. Je relevais, s’il vous en souvient, la désolante persistance des pénibles inconvénients visuels, dont je souffrais depuis quatre ans malgré les soins dévoués de nos spécialistes les plus distingués. Ces troubles étaient caractérisés par une sensation douloureuse de tension, de pesanteur et de chaleur aux yeux, avec brusque larmoiement, qui m’obligeait à suspendre précipitamment la lecture au bout d’une dizaine de minutes, quitte à la reprendre cinq à dix minutes après, mais toujours en des conditions également pénibles.

Au cours d’études faites sur moi-même au sujet de la désintoxication de l’organisme par la purgation et parla diète absolue des aliments, j’ai eu le bonheur, à la suite d’un amaigrissement de plus de 10 kilo-

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281 AIJTOISTOXICATIOX KT DÉSINTOXICATION

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grammes, de voir se produire avec le rétablissement parfait de l’état général, la plus heureuse modification dans l’état de ma vision. Depuis ce temps fpri.s de deux ans) je travaille avec la plus grande facilite: jusqu’à des heures très avancées de la nuit, sans que la moindre souffrance oculaire m’oblige à abandonner la lecture.

Après avoir cité encore les cas de trois autres malades qui avaient obtenu une grande amélioration de leur fonction visuelle par la cure de désintoxication, j’ajoutais qu’en réfléchissant à ces résultats, je ne serais pas étonné qu’une cure sérieusement pratiquée et suffisamment répétée ne parvienne à produire les plus heureux effets dans les affections oculaires à forme congestive, voire même dans le glaucome, surtout à ses débuts. El je faisais appel auxcollègues ophtalmologistes pourqu’ils voulussent bien vérifier cette conception, dont la réalisation ne pouvait présenter aucun danger et qui assurerait au moins quelques avantages si elle ne parvenait pas à entraîner une guérison radicale.

J’ai eu la chance que cet appel fût entendu par un savant oculiste de Bourges, M. le D’ Leprince, à qui nous devons déjà les étonnantes applications de rayons X intermittents dans certaines affections oculaires. Mes prévisions se sont réalisées au delà de ce que je pouvais espérer.

Le 27 septembre notre confrère m’écrivait : « Je me fais un plaisir de vous adresser 11 observations

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LA DESINTOXICATION EX l)l>IITAt.UOLnr.!E 28j

résumées de malades que j’ai soumis à la cure de purgation et de diète. J’aurais pu vous en communiquer une vingtaine; mais les autres, certainement guéris, n’ont pu être revus par moi, et je ne puis en conséquence être affirmatif. »

En décembre il m’envoyait deux autres observations et j’avais, ces jours derniers, le plaisir de recevoir de vive voix la confirmation que les résultats annoncés ne s’étaient pas démentis par la suite.

Ces treize observations peuvent être reparties en trois groupes : un groupe comprend cinq cas d’hémorragie oculaire, parmi lesquels il y a une guérison complète et trois grandes améliorations, presque guérisons ; le cinquième malade n’obtint qu’un très petit avantage parce qu’il ne voulut suivre qu’une seule lois le traitement, et encore pas plus de deux jours. Le deuxième groupe est constitué par deux cas de glaucome : l’un grave, très amélioré d’abord avec grande diminution du trouble de la vision et abaissement de la pression artérielle de 25 à 19, complété plus tard par l’iridectomie dans les meilleures conditions ; et l’autre assez léger, mais complètement guéri. Enfin le dernier groupe comprend six cas, qui avaient pour substratuin le diabète. Ils ont été suivis de quatre guérisons définitives et de deux améliorations. Le résultat incomplet dans ces deux derniers cas est dû uniquement au fait que les malades n’ont pas voulu se soumettre à la répétition et à la durée de la cure nécessaires.

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280 AUTOIXTOXICATION ET DÉSINTOXICATION

Voilà en détail ces différentes observations, telles que M. le Dr Leprince les a résumées :

Obseuvation I. — M. C, quarante-neuf ans, fui atteint à Pâques 1009 de kcralo-iiilis rhumatismale et traite par l’atropine.

Je vois le malade pour la première fois le 11 mai.
Diagnostic kérato irilis. Iris trouble congestionné se dilatant mal par l’atropine.
Traitement: Atropine, tampons chauds, aspirine à l’intérieur.
14 mai. Hémorragie de la chambre antérieure, œil très congestionné, quelques douleurs de tête, tension artér. = 21. Traitement: continuer l’atropine elles tampons chauds.

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i’i mai, une bouteille d’eau de Janos.16.une demi-bouteille.

17.une demi-bouteille.

Diète absolue pendant ces trois jours.

18, mieux sensible

21, l’iris et la conjonctive sont décongestionnés, la vue est moins trouble, — tension = 19

26, rechute, l’œil est un peu plus rouge. Je prescris une deuxième cure de trois jours les 27, 28, 29 mai.

Le malade revu le l°r juin est guéri.

Oiisehvation II. —M. R., cinquante-huit ans. — Hémorragie intra-oculaire de l’œil droit; impossibilité de lire de cet œil.

24 mat. Analyse dcl’urine ; trace d’albumine, urobiline abondante et indican en quantité excessive, présence anormale de diverses substances phénoliques accusant des fermentations intestinales très intenses, pas de sucre, présence d’oxalate de calcium.

Traitement : pilocarpine par l’œil.

320

LA DÉSINTOXICATION KN OI’IITAI.MOI.oCIK -.’87

Cure Ics2o, 20, 21 mai.
4 juin. Analyse: plus d’albumine, plus il’imlican, augmentation des chlorures (H.30 an lien de G,73), demi-ration de l’acide phospliorique

(1,80 au lieu «le 2.00).
La vision est plus nette, et la résorption de l’hémorragie presque complète.

Oiiskhvatiox III. — M. J., quarante-cinq ans. Hémorragie inlra-oculaire de l’œil gauche, ayant débuté le 27 juin et en ayant en l’espace de huit jours aboli complètement la vision. bond del’œil inéclairable.

Jusqu’au 22 juillet le traitement a consisté en onguent napolitain. Kl cl injections sous-conjonctivalcs ùe cyanure de mercu-e. 22juillet. Tensionarlér. = 10.

Les 22, 23, 24, cure.

321

29 juillet. La vision commence à s’améliorer, le malade distingue les mouvements de la main, nombreux flocons du vitré, ;’i travers lesquels on aperçoit la rétine, la tête semble moins lourde, amélioration générale.

Jusqu’au 10 septembre le traitement a consisté en Kl, et j’ai fait suivre au malade trois autres jours de cure.

12 septembre. L’amélioration est considérable, et le malade peut être considéré comme presque guéri.

Oiiservation IV. —Mmc C, soixante-quatre ans. Hémorragie intra-oculaire de l’œil droit en octobre 1908, traitée par les injections sous- conjonctivales. La malade tombe en janvier dans l’escalier de sa cave; et depuis cette époque perd complètement la vue de l’œil droit (atrophie optique), gr’PPe en février l’JOO.

25 juillet. État général mauvais, étourdissemcnls, maux de tète. OEil gauche, vision trouble, crainte «le congestion. Cure les 27, 28, 29 juillet.

•288 AUTOINTOXICATIO.N ET DESINTOXICATION

‘JQ juillet. Amélioration de l’état général.

322

lor septembre. La vision a été meilleure depuis la deuxième cure de deux jours cITectiiéc pendant le mois d’août. La sauté générale est considérablement améliorée.

Observation Y. — M »ICB.. soixante-cinq ans. Hémorragie maculaire de l’œil droit en juillet 1908.
Le 22 juillet 1909 hémorragie maculairede l’œil gauche datant de quinze jours. Tension artér. = 22.

Cure prescrite les 20, il, 28 juillet.
29 juillet. Pas d’amélioration. La malade n’a suivi que deux jours la cure cl refuse de s’y soumettre à nouveau. Traitement . »onguent

napolitain, et Kl à l’intérieur.

La malade n’a pas été revue.

Observation VI. — Mmu B., soixaule-neuf ans. Glaucome de l’œil gauche ayant débuté fin janvier au cours d’une grippe et qui ne fut pas traité.

Je vois la malade pour la première fois le 7 mai 191)9, l’état de l’œil est très mauvais, dur. à peine perception lumineuse. Tension artér. = 25.

Traitement: ésérine.
11,12 mai. Deux jours de cure.

323

17.

18.mai. La pupille n’a pas réagi sous l’action de rine.

19.et 19 mai. Cure, demi-bouteille eau de Janos jour.

l’ésé- chaque

« 6 mai. Vision moins trouble, pupille à demi contractée, tension art. = 19. L’état oculaire permet d’effectuer en bonnes conditions une iridectomie antiglaucomateuse le 30 mat.

Observation VII. — M. A. Artériosclérose généralisée, tension artér. = 24 Vu en octobre pour troubles visuels, hyperémie de la

I.A DKSIXTclXIliATlON F.N iil’ll’l’AI.MOI.olill. VVJ
rétine et menace de glaucome, liyperlenlioti oculaire, a eu plusieurs fois des uhnuhilaliuns subites, accès de légère diplopie non

persistante.
Trois jours de cure.
Au bout du troisième jour, les troubles visuels ont disparu.

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l.c malade malgré ma défense recommence ;i boire et à manger (c’est un gros mangeur), les troubles se manifestent à nouveau. Une nouvelle cure de trois jours les l’ail disparaître.

12 décembre. Je prescrivis pour l’avenir une purgation et diète tous les quinze jours et suppression du vin, de l’alcool, et réglementation du la nourriture.

Observation VIII. —M. R.,!i7ans. l’asd’affeeliousaiilé-rieures sauf une légère bronchite et un peu d’emphysème pulmonaire. I’oids 87 kilogrammes. Eu décembre 1907 le malade éprouve de la difficulté de lire et d’écrire, des maux de tète et des étourdissements. Cet état dure deux mois environ. L’iodurc de potassium, les bains de pieds et quelques purgations viennent à bout de cet état.

En 1909, le 24 avril, je constate une hémorragie sous-conjonctivalc, qui inquiète le malade. Il a également difficulté de lire et d’écrire, des éblouissements et des maux de tète. Tension artér. = 23.

Traitement Kl à l’intérieur, adrénaline en collyre, tl mai, pas d’amélioiation de l’étal général, l’œil est guéri. Tension =25. Urines le^SOde sucre par litre.

Les 12, 13, 14 mai, cure par la purgation et la dièle. 17 mai. Amélioration notable de l’état général. Pour la première fois le malade a pu lire sans faligue, les maux de tête ont disparu. Tension z= 23.

Deuxième cure les 20, 21, 22 mai.

27 mai. Poids 82 kilogrammes. Tension = 20. Depuis cette époque le malade a fait de nouveau dem

325

200 AUTOINTOXICATIOX KT DÉSINTOXICATION

cures, et pour abaisser la tension artérielle quelquesséances de haute fréquence.

15 septembre. Tension = 19. Poids, 80 kilogrammes. L’état général se maintient; plus de sucre dans les urines.

Ouskrvatiun IX. —M. B., 24 ans. ltêtinitc diabétique, troubles du vitré, impossibilité absolue de lire. Atteint de diabète a l’âge de 21 ans avec 125 grammes de sucre par litre et 0 litres par 24 heures. L’affection oculaire a débuté en janvier 1009. En avril l’analyse donne trois litres et demi par 24 heures avec 08gr,’j0 de sucre par litre.

Traitement par l’huile d’olive. Huit jours après le taux du sucre s’est abaissé à 00 grammes par litre et trois litres cl demi d’urine. Le traitement huileux continué n’a pas maintenu l’amélioration. Le 17 mai le sucre était remonté à « oBr,li0 avec 2 litres et demi d’urine. Tension artér. prise le 17 mai est égale à 22.

Le 18 mai je prescris une bouteille d’eau de Janos, et une demi le 19 et le 20.
Le 21 l’analyse révèle l!jsr,30 de sucre par litre, l’état général s’améliore de plus en plus.
En juin il y eut une rechute. Le malade n’ayant pas voulu se mettre à ladiète de nouveau, le sucre était remonté à 758r,50 avec 3 litres.

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Oiisbrvation X. — Mmc G., 48 ans. Troubles visuels, asthénopie, diabète depuis cinq ans. Urines, 5 litres par jour. Lel8 mai, sucre 58Br,50 parlilre, tension artér. =23. Cure les 10, 20, 21 mai.

211 mai. Pas de sucre. Tension = 17.

lor juin, 32 grammes de sucre. 11 persiste encore des maux de tète; mais il n’y a plus d’oppression, et la respiration est plus facile. Tension artér. = 20.

Cure les 0, 7, 8 juin.

i.a i>k>inïi>xii:atiiin k.n oi’Iitai.uulmiiik i’ji12 juin, plus de sucre. Tension arlér. = 18.

Depuis cette épo<|tie le malade suit régulièrement la cure une fois par mois ; les douleurs de tete ont disparu, la malade à maigri de li kilogrammes et son asthénopie visuelle ù complètement disparu.

OiisKiiVATiox XI. — Mm »(î.,!i:i ans. Paralysie du moteur oculaire commun de l’œil droit, plose de la paupière, diplopie, diabète. 8 juin. Sucre 8 grammes par litre. Tensiou arlér. = 22. Cure les ‘J, 10. 11 juin.
lii juin. Klcetrisalion, souille slali(|iie pendant dix minutes.

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20 juin. Plus de sucre dans les urines, la diplupic et les ptôses oui disparu.

Obsiîhvation XII. —M. I!., 71 ans. Paralysie du moteur oculaire commun de l’œil gauche ayanl débuté vers le 10 juillet 1009.

15 juillet. Analyse des urines 23 grammes de sucre par litre, traitement trois jours de diète et de purgations.

Le quatrième jour le sucre dosé est égala 7,32.

Traitement général par Kl et onguent napolitain. Le !> septembre, légère amélioration.

Je prévois une deuxième cure du G au y décembre.

Le malade revu le 2li septembre esl complètement guéri depuis huit jours. L’amélioration bien évidente a commencé vers lo 10 septembre.

Oiiskhvation MIL — M »10 P., ;>0 ans. Troubles du corps vitré, 2 août. Analyse des urines 10 grammes par litre et par 24 heures. Traitement anti-diabétique et traitement local habituel, ne donnent pas d’amélioration, sucre 8 grammes par litre, lii grammes par 24 heures.

Le 4 octobre cure de trois jours (diète et purgation toiu les jours). Après les trois jours de cure de désinloxica-

292 .\rT »lXTiisi«:.\Ti ». »> •• it.-i.n m/ail i n »N

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tiim il v avait : iirim- 920 gramme*; sucre 5 grammes.

La malade très indocile ne reut pas renooreler le» cures de Irois jours, ni meme de deux. Elle consent seulement â se purger une fois par mois cl rester à la dièie lonle la journée. Ne pouvant exiger plus, je roe contente de ce minimum.

ii septembre. Volume d’urine 1.550 grammes, sucre 4 grammes.
Malirré le régime mal suivi il y a légère diminution de la quantité de glucose. La tension =: 2».

Toutes les personnes, se plaignant plus ou moins de leur vision et soumises pour d’autres causes à la cure par la purgation et la privation des aliments (et tous savez si elles sont nombreuses!, m’ont presque toujours déclaré, qu’outre les antres avantages, elles éprouvaient régulièrement un grand soulagement pour leur yeux, et que cette amélioration se manifestait du reste également pour l’ouïe. J’ai eu de ces affirmations une nouvelle preuve très convaincante, il y a deux mois, chez une malade qui fait l’objet de l’observation suivante.

Diabolique très grave ;300 grammes de sucre ») avec irréparables lésions rétiniennes et anthrax volumineux h l’abdomen, ma malade ne pouvait reconnaître à la lecture que très difficilement les grosses lettres de plus de deux centimètres (le mot Malin dans le journal). Quelques jours après,

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grâce à la cure, elle lisait avec beaucoup plus de facilité des lettres relativement petites de cinq à six millimètres.

Mais voici un cas encore plus suggestif, c’est celui

I,A UKSINTUXIlîATUJN UN nl’IITAI.MnI.OcJlli ^’J3

d’un malade que je soigne en ce moment chez moi, et que M. le Dr Caussade a bien voulu me laisser prendre dans son service à l’hôpital Tenon. Ce malade âgé de 40 ans, ne pu t pendant prés de vi ngt ans travailler que cinq ou six mois par an, de sa profession de peintre en bâtiment; le reste du temps, il demeurait presque ankylosé par des graves et très douloureux rhumatismes goutteux. Enfin, il a passé ces deux dernières années dans le lit : l’avant-der-uière chez lui, et la dernière au dispensaire Rothschild et moitié à l’hôpital Tenon. C’est là, comme je viens de le dire, que je l’ai pris pour le soigner chez moi, convaincu que ma cure sérieusement appliquée et répétée devrait probablement amener la guérison. Mon espérance ne sera certes pas déçues, car déjà les tophus disparaissent, les jointures se mobilisent, et aujourd’hui 30 janvier, après une quinzaine de jours de cure sous mon incessante surveillance, le malade a pu aller se promener sur le boulevard.

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Revenant à la question des yeux, ce malade me racontait que depuis plus de deux ans, il lui était matériellement impossible de lire, parce que après cinq minutes au plus de lecture ses yeux se troublaient, papillotaient et larmoyaient fortement. Il ressentait alors une cuisson oculaire très pénible qui le forçait à suspendre immédiatement la lecture. D’autre part, la mémoire lui faisait de plus en plus défaut, de sorte qu’il ne pouvait plus rien retenir de ce qu’il lisait.

294 AOTOINTUXICATIO.V Kï DÉSINTOXICATION

Or, actuellement ce malade pour se distraire lit presque toute la journée sans la plus légères souffrance, sans la moindre fatigue et sans le secours de verres correcteurs.

Chers collègues, les observations que je viens de résumer rapidement sont, comme vous le voyez, une démonstration des plus convaincantes de l’immense utilisation que la médecine peut faire de la cure de désintoxication dans les affections des yeux : ce qui est remarquable dans cette méthode c’est son absolue et constante innocuité ajoutée à son influence toujours plus ou moins heureuse et souvent à une efficacité et à une rapidité vraiment extraordinaires. Il ne fait pas de doute que dans l’avenir l’étude de ses applications constitue un des chapitres les plus importants de l’hygiène et de la thérapeutique oculaires. Société de Médecine, février 1010.

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RESULTATS ELOIGNESDIX-NEUF CAS DU DIABÈTE

traités par la méthode de désintoxication.

Chers collègues,

Lorsque l’année dernière j’ai eu l’honneur de vous faire une communication sur la cure du diabète, les observations que je rapportais avaient à ce moment le grave défaut d’être trop récentes pour permettre des conclusions définitives.

Jepense pouvoir commencer à combler celle lacune aujourd’hui que la méthode est expérimentée depuis plus d’un an. Mes conclusions auront, je l’espère, encore plus de vaieur parce que le tiers des

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observations que je présente m’ont été fournies parti, le Dr Leprince, oculiste très distingué à Bourges, qui a déjà appliqué dans sa clinique avec des résultats surprenants la méthode de désintoxication que je conseille.

J’ai, dans une précédente communication sur la désintoxication en ophtalmalogie, cité 13 observa-

rJ!i Al’TUlNTOXICATlU.N KT DÉSINTOXICATION

lions (jiii m’avaient été fournies par ce confrère, sur lesquelles les six dernières intéressent la statistique que je vous présente aujourd’hui. Pour éviter leur répétition fastidieuse, je vous prierai de vous y reporter.

Comme vous voyez, mes flhers confrères, sur six cas d’affection oculaire d’origine diabétique, on relève quatresuccès complets. Ces succès remontent à huit mois, dans un cas, à sept mois dans deux autres cas, à quatre mois dans le dernier.

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Les deux insuccès sont uniquement attribuables à l’indocilité des malades, qui n’ont pas voulu répéter la cure avec l’intensité et la durée nécessaires. Je n’ai pas besoin, je pense, de vous faire noter la gravité exceptionnelle de quelques-uns de ces cas, ainsi que la rapidité et la solidité de leur guérison.

En consultant ma pratique personnelle, je puis vous apporter les résultats du traitement de treize diabétiques dont quatre figuraient déjà dans ma communication du 24 décembre 1908.

Sur ce total j’ai neuf guérisons stables, avec disparition du sucre des urines et le retour à la normale de l’état général. Dans les autres quatre cas j’ai-toujours obtenu la disparition brusque et totale du sucre, avec arrêt immédiat de quelque complication que ce soit et avec le rétablissement presque complet de la santé. Mais l’impatience de reprendre trop tôt le régime normal, et les difficultés particulières de l’existence ont déterminé forcement le retour du

MX-MilH’ CA> IIK M.UIK1K 2’J7

sucre, mais dansdeseonditions autrement favorables: comme le prouvent d’abord la grande amélioration de l’état général, et ensuite la facilité à la suppression du sucre dès que le malade se

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soumet de nouveau à la cure par la privation des aliments et par la purgation pendant des périodes de deux ou trois jours.

Pour ce qui est de la durée des guérisons, elle est dans deux cas de deux ans, dans un cas de treize mois, dans un autre cas de douze mois, dans un de dix mois, dans un de huit mois, dans deux de cinq mois et dans le dernier de deux mois.

Les malades qui n’ont pas obtenu la guérison définitive, parce qu’ils n’ont pas eu le courage de se soigner avec l’intensité et la durée nécessaires, sont au nombre de quatre. Mais, tous sont restés quelques jours, ou plutôt quelques semaines comme guéris après chaque répétition de cure; et, à l’exception d’un seul, toujours dans des conditions très favorables relativement à leur état précédent.

Voici, rapidement résumées, les observations de ces différents malades :
Les observations I, II, 111, IV, V et VI se trouvent déjà dans la communication précédente : La

désintoxication en ophtalmuluyic, je n’ai pas besoin de les répéter ici.
Ohskuvatuin VII. — .M. J…,cinquante aus, ancien arthritique obèse, ayant eu plusieurs crises de rhumatisme, siirloutlombairo avec

lithiase rhéuale, fjeiie habituelle de la respiration ;ï la plus légère montée, ït plusieurs l’ois

29S AL’TolMOXICAÏIlf< ET DKSIXToXICATIU.N

335

des accès do dyspnée suffocante. Il y a plus de deux ans on avait aussi constate dans ses urines 4 grammes de sucre par vingt-quatre heures. Soumis à la cure de privation d »aliments complétée par la purgation journalière pendant trois jours, il voyait au Lotit de ce temps dispa-raitre le glucose de ses urines. Homme de forte volonté, il eut la constance et la prudence de répéter plusieurs fois la cure et de vivre plus sobrement. Les crises sont disparues, et il a le bonheur d’avoir récupéré la liberté de ses mouvements et l’aisance de sa respiration.

Observation VIII. — M »1″ J…, la Icinme du précédent. Elle augsi un peu obèse, pâle, avec de la gène de la respiration, présentait des urines légèrement sucrées [\i grammes parjour). \ta cure l’cna facilement débarrassée. Une hygiène plus sévère et le renouvellement de la cure lui ont assuré par la suite une santé satisfaisante.

Observation IX. — Jl. (i…, employé dans un grand magasin, est atteint de diabète, à 100 grammes euvirou depuis plusieurs années. Soumis il la cure de désintoxication au mois d’avril dernier, il était en trois jours débarrassé de son diabète, sans abandonner un seul instant ses occupations.

Mais au mois d’août, étant en vacances chez des amis, et ayant fait pendant quelques jours un peu de désordre alimentaire, le sucre avait reparu dans ses urines. De son chef, il se remit à la cure qui le guérit aussitôt de son diabète; et depuis il jouit de la meilleure santé.

Ohskhvation X. — M. D— employé de commerce, cinquante ans, avait depuis quelques années le diabète (60 grammes au moment de ma visite). L’état général était assez bon. Il accepta et exécuta sérieusement la cure, qui le lit maigiirdeprèsde 10 kilogrammes. C’était

336

djx-nkuf i:as iik diaiikik -m1)
au mois de janvier 1909. Depuis ce moment il s’est toujours bien porté.

Observation XI. — Au mois d’avril dernier .M. M..,, employé à la Faculté de médecine de Palerme, sur les conseils de M. le professeur Cervello, inombre correspondant de notre Société, s’adressait à moi pour l’aider de mes conseils dans le traitement d’un dabète, soigne précédemment par les différentes méthodes, toujours avec insuccès. Il commença la cure de désintoxication le 8 avril par un jeûne de cent dix heures. Et la cure n’était pas terminée dans sa première période, qu’il n’y avait plus de sucre dans les urines et que l’état général moral et physique était redevenu absolument normal. Deux mois après, —comme le malade, étant employé du laboratoire de physiologie, s’analysait tous les jours ses urines, —il observa à un certain moment qu’il y avait au fond du tube à essai une très petite trace de réduction; et en même temps il éprouva un retour de la sensation de faiblesse. Sans hésitation il refit trois jours de jeûne. Et, comme s’il avait remis de l’huile dans une lampe (c’est son expression), il se sentit si bien et si vaillant comme dans sa jeunesse. Son poids était descendu de 80 kilogrammes à 69.

Le 13 décembre il m’écrivait : « II y a sept mois que j’ai terminé la cure de jeûne et jamais je n’ai plus constaté trace de sucre dans mes urines, tout en pratiquant chaque jour l’analyse. »

Observations XII et XIII. — Dans sa lettre, le malade précédent ajoutait que plusieurs personnes de son entourage lui ont demandé des renseignements pour faire la cure à leur tour. Mais il n’en connaît que deux qui l’ont appliquée sérieusement et avec le plus complet succès : ce sont un commandant de vapeur de la Compagnie générale et un employé des chemins de fer.

:iO() Al.TiFlNIuXir.VnilN KT UK>I.Mi’Xli:.\ïlMN

337

Observation XIV. — M. de H…, quarante-cinq ans. Diabétique depuis quelques années, s’analysaut lui-même très souvent ses urines, lut traité pardifférentes méthodes toujours avec insuccès. Il y a deux mois que j’ai eu l’occasion de le soumettre à la cure de désintoxication. Dès le troisième jour il n’avait plus de sucre dans les urines. Et depuis, la guérison se maintient.

Observation XV. — Celle observation est la continua-lion de l’obcrsation Vde ma précédente communication — cure du diabète — se rapportant à une dame du Perreux, que j’ai soignée en novembre l908 de diabète.à 90 grammes avec la grave complication de gangrène de la moitié antérieure du pied. Je me permets de rappeler que la gangrène fut immédiatement arrêtée, limitée a la chute de deux petites escarres de la peau des deuxième cl troisième doigts du pied, et que la malade était complètement guérie en moins de deux semaines.

J’ai revu cette malade ces derniers jours ; j’en ai analysé les urines, et j’ai appris avec satisfaction que la guérison ne s’est jamais démentie depuis treize mois.

Observation XVI, XVII et XVIII. — Ces observations correspondent aux observations II, III et IV de ma communication sur la cure du diabète faite le 23 décembre 1908. Je ne vous les répéterai pas. Ces malades à 100, 200 cl 300 grammes de sucre s’étaient complètement rétablis sous l’influence du traitement. Mais les trop grandes atteintes à la durée et à la modération du régime oui favorisé le retour du diabète, qui pourtant redisparaissait facilement dès que le malade se remet-tait sévèrement à la cure de privation.

Ces derniers jours, le malade qui fut l’objet de la III » observation présenta avec 150 grammes de sucre un commencement d’anthrax à la région interne de la

D1X-NKLT CAS UK D1AUKTU ‘.Wi

338

cuisse droite. La tuméfaction avait la grosseur d’une grosse noisette. Le malade ayant pratiqué une cure sévère de quatre jours, le sucre était de nouveau disparu et, l’anthrax s’étant ramolli, on put obtenir la guérison en quelques jours sans la plus légère complication.

OBSERVATION XIX. —11 y a trois mois, j’ai eu l’occasion de donner mes soins a une dame de 00 ans, un confrère à New-York. Venue expressément à Paris pour se faire soigner d’une grave ambliopie par M. le Dr Trousseau, qui lui conseille d’abord des soins médicaux. Cette pauvre dame avait un diabète de 300 grammes de sucre avec un état général déplorable. L’intelligence même était parfois obscurcie. La malade présentait, en même temps, deux anthrax, dans la région abdominale: l’un à droite l’autre à gauche de l’ombilic. Le second complètement livide, cyanose, avait la grosseur d’un poing. Le teint de la face étai bistré. Vous pouvez juger par ces rapides renseignements quelle était la gravité du cas.

La malade accepta, quoique avec beaucoup de scepticisme, de rester trois jours au jeûne absolu et à la purgation journalière. Au bout de ce temps, toute émerveillée, elle eut la satistaction de constater que le sucre était disparu de ses urines (l’analyse avait été faite par M. Leclerc. le pharmacien de la Madeleine, et répétée par moi). La vision avait presque doublé, et l’état général s’était considérablement amélioré. Les

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anthrax ont commencé à bien se limiter dans les tissus sains, et à se ramollir. Mais la malade étant gourmande et très volontaire, voulut manger malgré mes conseils, et le sucre revint, quoique en modestes proportions, relativement à l’état précédent. Grâce aux répétitions de la cure, il y eut des alternatives de disparition et de retour du sucre dans les urines, cl pendant ce temps l’état général continua à s’améliorer. Les deux anthrax marchèrent à la guérison ; le petit dis-

302 AUTOINTOXICATION ET DÉSINTOXICATION

parut sans s’ulcérer. Quant au gros, les tissus déjà mortifiés, rapidement séparés des parties saines, se sont éliminés par sphacèle en moins d’un mois sans déterminer la moindre ascension fébrile ou toute autre complication. Malheureusement la malade, esclave de ses habitudes alimentaires n’eut pas le courage de rester suffisamment au régime du jeûne et alimentation restreinte, et elle ne s’est donc pas débarrassée de manière définitive de son diabète, qui persiste, mais beaucoup plus léger.

Avant de tirer de ces observations les conclusions encourageantes qu’elles comportent, je tiens à ajouter quelques indications utiles pour l’obtention plus rapide et plus solide de la guérison des diabétiques. Ces indications consistent dans la nécessité absolue de répéter de temps en temps les

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périodes de cure en imposant dans leur intervalle, de plus en plus espacé, un régime de restriction alimentaire.

Pour cela, j’ai l’habitude de compléter la première période de 3-4 jours par une semaine de régime lacté à la dose de un litre à un litre et demi, pas

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341

Le matin, café ou thé sans lait (une ou deux fois).

A midi, un potage julienne, une salade abondante une ou deux pommes ou poires. Une infusion de thé ou de tilleul à quatre heures.

Le soir, même menu que le midi.

Comme boisson, de l’eau ou des infusions quelconques à volonté.

Dans certaines conditions particulières, je permets quelques dizaines de grammes de pain, ou un plat de légumes. J’augmente progressivement les doses alimentaires après chaque répétition de la cure, en me guidant sur l’analyse des urines. Depuis que je prescris ce régime, les guérisons stables de mes malades se réalisent beaucoup plus rapidement, sans rechutes décourageautes.

Je tiens aussi à signaler l’erreur funeste de ceux qui considèrent le lait comme très nuisible dans la cure du diabète. C’est une erreur de porter semblable jugement, basé sur l’interprétation fausse d’un fait. Il est bien vrai que le diabétique soumis à la cure du lait émet presque toujours, mais seulement pendant quelque temps, une quantité plus grande de sucre. De là, la conclusion que le lait est nuisible dans le diabète. Une telle déduction est le résultat d’une réflexion trop superficielle. On ne ferait pas

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autrement si dans la courbature on jugeait nuisibles le repos et la chaleur, parce que ces moyens provoquent une plus abondante décharge uratique. Dans notre cas le lait ne fait qu’accélérer l’expulsion du sucre

304 AUTOINTIIX1UATION KT DKSINÏUXICATIIJX

anormal qui gêne les tissus, soulage les fonctions hématopoiétiques, et contribue plus promptement il la guérison, si on ne commet pas la faute d’accabler les fonctions hématopoéitiques par la quantité de lait excessive, supérieure à la capacité comburante du foie.

Comme vous voyez, mes chers collègues, ce sont des faits bien nets que je vous apporte. Joints aux résultats que j’avais précédemment annoncés, ces laits m’autorisent une fois de plus à affirmer avec la force que donne la certitude que le diabète, non symptomatique d’une lésion organique, doit être considéré à l’avenir comme une des maladies les plus faciles elles plus rapidement curables, même quand il présente les plus graves complications. (Société de thérapeutique, janvier 1910.)

Je possède aussi une abondante moisson de faits pour des études sur l’érysipèlc, sur les manifestations goutteuses, sur les complications urémiques, etc. Les résultats ont toujours dépassé

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mes prévisions les plus optimistes. Je soumettrai incessamment ces recherches au jugement de mes confrères.

Pour le moment, je tiens à ajouter quelques mots au point de vue purement hygiénique.

Comme j’ai eu l’occasion de le dire précédemment, à la suite de la cure de désintoxication suffisamment prolongée et quelquefois répétée on a la satis-

AUTtlINTliXICATIIiN LT ltl:>INÏïl.MCA I IfiN 305faction île se sentir réellement rajeuni. La digestion s’effectue plus aisément, la respiration devient plus légère, les mouvements plus agiles, la vue cl l’ouïe s’améliorent. Mais, ce que j’ai toujours eu l’occasion d’apprécier au-dessus de tout, c’est la vigueur incomparable qu’acquièrent la pensée et l’action. On est vraiment étonné de la lucidité d’esprit éprouvée après une cure plus ou moins prolongée, par laquelle s’cITectue une réelle désintoxication cérébrale.

Je suis persuadé qu’il n existe pas de moyen plus facile, plus rapide et plus énergique pour combattra la distraction, la somnolence et la paresse cérébrale. Pour mon compte, lorsque, en certaines périodes d’aboulie, j’ai besoin de m’appliquer sérieusement au travail, qui presse, je sais qu’il me suffit de faire quelques jours de cure pour récupéier les modestes moyens intellectuels qui me sont normaux.

344

Il est naturel que tant d’enthousiasme au su jot de l’influence du jeûne et de la purge .scientifiquement appliqués dans l’évolution de si nombreux et si différents états physiologiques et pathologiques fasse penser immédiatement à de l’exagération, ou au moins à de l’imparfaite observation des faits, puisqu’il n’existe certes pas en médecine une méthode ou un traitement auxquels on puisse attribuer une action aussi énergique et aussi étendue contre la menace et contre les ravages de tant de maladies. Je comprends mieux que quiconque cette méfiance

306 bien explicable, contre laquelle j’ai lutté longuement moi-même, dans la crainte d’être victime d’une autosuggestion, mais dont lentement je me suis départi en présence de l’éloquence persistante des faits.

D’autre part, la méthode que je soumets au jugement de mes confrères n’est pas le traitement d’une ou de plusieurs maladies, mais c’est un élément général de cure, comme le repos, le séjour dans un milieu sainement aéré, et comme l’est en chirurgie, depuis quelques années seulement, l’antisepsie, quia étendu si largement et si sûrement le domaine de l’intervention opératoire. Et bien, le repos, l’air pur, l’antisepsie chirurgicale ne sont pas les méthodes de traitement d’une plutôt que d’une autre maladie, mais ils sont toujours une condition nécessaire, sinon indispensable, pour l’évolution rapide et favorable de toutes. Il en est absolument de même, et certes, pas avec moindre importance, du jeûne non séparé delà purgation; moyens qui, réunis et scientifiquement maniés, constituent vraiment ce que sans crainte d’exagération nous pouvons appeler l’antisepsie interne.

345

L’avenir prouvera, je n’en doute pas, que son importance, son efficacité, l’étendue de son action, ne seront certes pas inférieures à celles de l’antisepsie externe. Comme celle-ci en chirurgie., l’antisepsie interne provoquera en médecine la révolution par plusieurs pressentie et par tous attendue, révolu-

AIMOI.NTOXIC.VTID.N KT DKSINTlIXllI.VTION IKIT

lion nécessaire qui doit dicale la légitime confiance lui ont mérité les grands progrès des sciences médicales.

Février 1910

TABLE DES MATIÈRES

restituer et

la

à la place

pratique mé élevée que

page346image5108976page346image18443056page346image18443472page346image18443264page346image7112944page346image18442016page346image16376064page346image2979792page346image3687072page346image18400000

346

AVANT-PROPOS M

Cure du diabète )
Utilité de la

bétiques, par M. Linossier. . . < l’j
Diète absolue et

restriction alimentaire alimentation

globale chez dans

les

dia diabète,

arthritiques urines

fonc

restreinte
La purgation dans la méthode de traitement du diabète préconisée par M. Guelpa, par M. Burlureaux …. 5»

le

par M. liardet 43

La ration hydrocarbonée et leur rééducation nutritive, par M. Laufer G3

chez

les diabétiques l’examen

rajeunissement

Del’acétonuriedes diabétiques des glycosuriques. par M. Mauban 7s

La purgation, par M. (iuelpa. . «. US

Renouvellement des tions 16<i

Un cas de zona 277

et

de

des

des

tissus

et

347

La désintoxication en ophtalmologie ^ __. . -JS3

Résultats éloignés de 19 cas de diabète méthode de désintoxication ….

KVKEUX, lal’KIMEIllK Cil. 1IÛUISSEV, PAIX UtRISStV.

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